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Full text of "Annales des sciences naturelles. Zoologie et biologie animale"

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ANNALES 



DES 



SCIENCES NATURELLES. 



8XC®B3DIB 8&1&1K& 
TOME V. 



IMPRIME CHEZ PAUL RENOUARD, 

fiVZ CARASCIERE ? N. ?. 



ANNALES 



DES 



SCIENCES NATURELLES 

COMPRENANT 

la zoologie, la botanique, 
l'ahatomie et la physiologie comparees bes deux regies; 
et l'histoire des corps organises fossiles5 

REDIGEES 

POUR LA ZOOLOGIE 

FAR MM. AUBOUIM ET MlLNE-EBWilRBS , 

ET POUR;LA BOTAMQUE 

PAR IE AD. BRONGNIilRT ET CUXLLEMIN. 



&m\\toe £hie> 
TOME CINQUIEME. — ZOOLOGIE, 




S %£^ 



PARIS. 



CROCHARD, LIBRAIRE-EDITEUR^ 

TLACE DE l'eCOLE-DE-MEDECINE ? W. l3» 

31836. 



ANNALES 



DES 



SCIENCES NATURELLES. 



PARTIE ZOOLOGIQUE. 

HecherCHes anatomiques et phvsiologiques sur Forgane de 
I'ouie dans les Oiseaux , 

Par M. Breschet, 

Docteuren medecine, Chirurgien ordinaire de 1'Hotel-Dieu , merabre de i'lnstiiut, etc, 

CHAPITRE PREMIER. 

PARTIE HISTORIQUE. 

§ i.Un des plus anciens et des plus illustres membres de cette 
academic, lequel fut anatomiste habile, medecin eclaire et grand 
architecte , Claude Perrault enfin , a dit : « L'histoire , de quelque 
« nature qu'elle soil, s'ecrit en deux manieres; en Tune, on 
« rapporte toutes les choses qui ont ete reeueillies en plasieurs 
« temps, et qui appartiennent au sujet qu'elle traite : en Fautre, 
« on se renferme dans la narration des faits particuliers, dont 
« celui qui ecrit a une connaissance certaine (i).» Nous avons 
suivi avec rigueur dans cet opuscule, ce que nous enseignent 
ees paroles. Dans la premiere partie de notre travail sont consi- 
gned les principaux faits publies jusqu a nos jours par les ana- 
tomistes ; et dans la seconde partie , nous avons place ce que 

(i) C, Perrault.^Memoires pour servir a l'histoire naturelle des animaux 2 etc, Paris^ j6£<| 
ia-f, 



EiiEsciiET. — Organe de Vou'ie dans les Oiseaux^ 

nos propres recherches nous ont fait connaitre. Ainsi; on. 
pourra voir avec facilite et promptitude ce qu'etait la science , 
avant nous, sur ce point d'anatomie , et ce que nous avons 
ajoute. Nous dirons a cet cgard que notre travail etait acheve' 
depuis long-temps, lorsque nous avons pu consulter plusieurs 
ouvrages publies avant le commencement de nos dissections, 
ou a une epoque correspondante a celle de nos propres inves- 
tigations; telssont les MemoirescleMM.Treviranus,Huschke, etc.; 
tel est surtout le travail de M. Windischmann, bien posterieur 
au notre, et dont nous devons la connaissance a M. Muller, alors 
professeur de Funiversite de Bonn, lorsque nous lui communi- 
quames nos propres etudes. 

§ 2. Gasserius(i) , dont les recherches sur la structure de Fo- 
reille de Fhomme et des animaux sont pleines de faits,et dont les 
figures sont digues d'eloges,quoique publieesa une epoque deja 
bien loin de nous (1600) , a successivement represente le con- 
duit auditif, et la membrane du tympan de FOie, du Coq- 
d'lnde (2); la cavite du tympan avec le nerf et Fosselet qui la 
traversent. Il donne a cette derniere partie, le nom de Mar- 
teau (3) ; il decrit aussi le labyrinthe et une ouverture commu- 
niquant avec la Cochlee. (4) 

Il represente separement la columelle avec ses annexes, 
nomme marteau le centre de cette tige et etrier son extremite 
interne; mais d'apres la figure de cette derniere partie, il est a 
croire qu'il a represente le cartilage de la Cochlee, et non la 
platine ou base de la Columelle. (5) 

§3.ClaudePerraultavaitdepuislong-tempsobservequelaslruc- 
ture de Forgane de Fouie des Oiseaux a quelque chose de parti- 
culier : cc Les osselets sont reduits a un seul, et dans le labyrin- 
« the au lieu d'un conduit en spirale, il y a seulement un conduit 
« court en maniere d'un petit sac. » 



(1) Julii Casserii Placcnlini tie vocis auJitusque organis, etc. Ferrariae 1600.— ■ Pentaea 
tfieseioD, lioc est, de quinqse seosibus. liher x. Venetiis 1C09. 

(2) Tab. org. audilus. — Tab. vnr. fig. 1 et w. 

(3) Tab. ix. fig. xir et xirr. 

(4) — fig, xix, foramen ad cochleam vergens. fig. xx. Extuberanlia cochlea:. 

(5) Ossicula organi auditus diversorum aoimalium. (Anseris.) II. 



breschet. — Organe de Vouie dans les Oiseaux* 7 

Ce qu'il dit de Foreille des Poissons n'a pas ete cite par les 
auteurs modernes , cependant ses observations sont bien ante- 
rieures a celles de Geoffroy , Camper, Monro, etc. « Dans les 
Poissons, nous n'avons point encore pu trouver ni de tambour, 
ni d'osselets, ni de conduits dans le labyrinthe, qui ait aucune 
analogie avec le Limacon : II j en a meme beaucoup oil il ne se 
troupe point d'ouverture au dehors qui soit visible. Tout ce 
qu'on y voit distinctement sont les conduits, principaleraent 
ceux du labyrinthe, qui se trouvent en quelques Poissons, an 
nombre de trois, co'rame aux Oiseaux; il y en a ou il ne s'ea 
trouve que deux. » (1) 

II paraitrait d'apres ce passage, que C. Perrault avait coa- 
naissance des communications de Foreille des Poissons avec 
Fexterieur , communications indiquees dans la Raie, par Geof- 
froy, decrites avec plus d'exactitude par Monro, et surtout par 
Weber, et niees, fort mal-a-piopos, comme le remarque fort 
bien G. Cuvier (2), par Camper et Scarpa. 

Quant aux Poissons qui n'ont que deux canaux semi-circu- 
laires, nous n'en connaissons pas, et il est a presumer que 
C. Perrault s'est trompe sur ce point. Les Cyclostomes sont les 
seuls Poissons dont Foreille soit depourvue de canaux semi-cir- 
culaires. 

Dans un autre ouvrage consacre a la description anatomique 
de beaucoup d'animaux, C. Perrault parle de la structure des 
organes des sens chez un grand nombre d'Oiseaux, mais il ne 
dit rien de la disposition de Pappareil auditif. (3) 

§ 4- Comparetti (4) reconnait 1'existence d'un sac dans le la- 
byrinthe des Oiseaux, ainsi que la presence de corpuscules ere- 
taces. Il avait etudie assez bien la Cochiee sous le rapport de sa 
forme, de sa longueur et de sa courbure, particulierement dans 



(1) OEuvres diverses de physique, etc. De C. et P. Perrault. Du Bruit, troisieine partiey 
•chap. 1, t. i, p; 247. 

(2) Histoire naturelle des Poissons. T. i. liv. 2 . chap. vi. p. 460. 

(3) Memoires pour servir a 1'histoire naturelle des animaux, par C. Perrault, in-f . Pari* 
1676. 

(4) Andreae Comparetti in Gymnasia Palavino. p. p. p. Observations anatomies. Deaurein- 
tenia comparata. Pataviae in-4 1789. 



8 BREscnET. — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 

les Oiseaux de prole ( Accipitres) , les Canards (Anseres), les 
Pies, les Echassiers (Grallae) et les Grues. Le vestibule, le limacon 
et le corps cartilagineux de cette derniere partie, ainsi que le 
fluide qui remplit ces cavites, paraissent avoir ete observes par 
• Comparetti (i). Mais il s'exprime en termes si generaux, et le 
plus souvent avec si peu de clarte et de precision, qu'il faut 
deja connaitre les parties dans leurs plus petits details pour 
comprendre les descriptions de cet auteur. Cependant le corps 
naviculaire de l'interieur de la Cochlee n'avait pas echappe a la 
sagacite de cet anatomiste; seulement ii en explique mal la na- 
ture et le mode de formation, (2) 

II cherche a apprecier la disposition et la nature de ces tu- 
bes semi-circulaires contenus dans les canaux, et le fluide qui 
baigne ces parties (3); enfin, ii admet l'existence de deux aque- 
ducs, un pour la Cochlee etl'autre pour le vestibule. (4) 

§ 5. Scarpa, dans deux ouvrages differens (5), s'est occupede la 
structure de l'oreilledes Oiseaux, et ces deux ouvrages contien- 
uent des observations importantes et nbmbreuses. II indique 
rapidement le tympan et la columelle, dans son livre sur l'au- 
dition et l'olfaction ; mais il insiste davantage sur la disposi- 
tion des canaux demi-circulaires, sur les tubes qu'ils renfer- 
-ment et dont quelques-uns sont pourvus d'ampoules ou de ren- 
flemens a leur terminaison. 11 parle de l'existence de liquide 



(i) Ncque avibus deest sacculus, qui cum corpusculo cretacco major amphibis reptilibus et 
iu serpeutibus, minor, et anterior in naiitibus, varius in piscibus, maximus in Cyprinis inter 
alia genera Piscinm similia, elc. p. 37. 

(a) Pages 184, i85, 186. 

(3) Quod si acicula fundum discindat, scparantur latera, et eorpusculum suscepit figuram 
annuli formem cum capitulo, aut nodulo exima extremitate, et cum aspera el crassiore superficie 
abextremo superiori, etc. p. 190. 

(4) Ductus ipsi recentissimi intra canales, fere instar Taeniarum, contract 1 sunt, ut mulfo 
magis supcrent clongati longitudinem suorum canalium; et visi sunt similes illis, quos supra tu- 
nicas carotidis interna* repere pcrvideram, a ganglio olivari ascendentibus. Ita dignovi, sub- 

.stantiam ductuum, et vesicularum compositam esse ex membranulis, vasculis, nervulis cum sep- 
lis, caveolis, et monticulis conclusis, madefactis et irroralis hum ore sui generis comparato, & 
diverso abeo, quo implenlur Vestibula et Canales continentes, etc. p. 192. 

(5) Neque deesse videntur avibus caualiculi, aqiux'duclus dicti, per quos humor exire possit. 
Ccchlearis tubus habet ilium, qui, a foraminulo incipiens ad extremilatcm canalis majoris semi- 

-jcircularis, in tubum ipsum descendit. Veslibulo «st alter, qui posterior est, etc. Page aoi. 



ereschet. — - Organe de Vouie dans les Oiseaux. 9 

dans le labyrinthe, et il admet les deux ouvertures qui font 
communiquer le vestibule et le limacon avec la cavite tympa- 
nique. La fenetre ronde est ouverte pres de l'origine du canal 
recourbe du limacon, la fenetre ovale ne correspond pas ail 
centre du vestibule , mais pres de la paroi posterieure de la ca- 
vite. Les veritables canaux semi-circulaires sont membraneux 
dans les Oiseaux , et c'est parce qu'on les avait cherches sur des 
teres seches qu'on les avait pris tantot pour les vestiges des zones 
nerveuses , tantot pour le perioste de ces canaux; comme dans 
les Poissons et les Reptiles, ces tubes demi-circulaires membra- 
neux, ainsi que leurs ampoules terminates, sont distendus par 
une humeur limpide. (1) 

Scarpa assure n'avoir point trouve de matiere cretacee ni de 
sac au vestibule (2). II a represente et decrit la cochlee rudi- 
mentaire, et indique le cartilage et le liquide qui y sont con- 
tenus. Enfin, il termine en declarant que la plus grande ana- 
logieexiste, surtout pour les canaux demi circulaires, entre le la- 
byrinthe des Oiseaux, celui des Poissons et des Reptiles. (3) 

Il peut avoir raison a Tegard de beaucoup de Reptiles ; mais 
quant aux Poissons, il est certainement dans 1'erreur, particu- 
lierement pour ce qui concerne le limacon. (4) 

§6. Dans son premier ouvrage, Scarpa avait principalement 
pour but dedemontrer que, chez les Oiseaux comme chezrhomme 
et les Mammiferes , les ondes sonores arrivent au labyrinthe par 
la chaine osseuse et la fenetre ovale, a laquelle les osselets cor- 
respondent, ou par la fenetre ronde qu'il designe sous le nora 



(1) Anatomical disqidsitiones de Olfactu et Audita. Mediolani. 1794. — De structurd fenes- 
tra rotundce auris, et de tympano secundario anatomicce observaliones. Mutinae 1772. 

(2) Sacculum restibuli cum materia cretacea in avibus reperimus nullum. Etenim tumedulae 
ampulla? ductus membranosi majoris, et minimi fere totam vestibuli cavitatem replent, exiguo- 
que illo in spatio, quod remanet inter ampullas modo memoratas, et t'eneslram ovalem, nihil ma- 
teria? cretacea? contineri certo nobis constat. Sacculi autem cum materie cretacea defectui sup- 
petias ferre in Avibus videtur eximius alter parlium apparatus, ob quem vel maxime intima 
Vohicrum auris ad perfecliorum animalium organum auditus immediatum accedit. — Disq. de 
Auditu et Olfactu. P. 36. 

(3) Hac cavitas humors repleta est. § iv, p. 56. 

(4) S ix, page 38. 



io EREScriET. — Organe de Voiiie dans les Olseaux, 

de tjmpan sccondaire (i). 11 decrit successivement la dispositioa 
des plumes situees au pourtour de la membrane du tympan, et 
qui represcnte Tauricule et le canal auditif dans quelques circon- 
stances.La membrane du tympan convexe en dehors , le muscle 
attache a la face exterieurede ce diaphragme,etlebourrelet glan- 
duleux cprrespondant a sa circonference (2). II indique avec le 
memesoin la tromped'Eustachijle canal osseuxcontenant des vais- 
seauxsanguins(S), les communications des deux cavitesdu tympan 
entre elles, par l'intermediaire des cellulosites du diploe(4).Il faut 
remarquer que \afenetre dite ovale est triangulaire et que hfenetre 
ronde est oblongue, beaucoup plus grande que la premiere, et 
quelle est fermee par une membrane a surface plane (§ xix). 
Le nombre des cauaux semi-circulaires est le rneme que dans 
les autres animaux; maisces canaux different par leur etendue, 
leur situation et leur entrecroisement. Cette derniere circon- 
stance assignee, par Yesale , aux conduits semi-circulaires de 
l'homme, est une erreur qui demontre que ce grand anatomiste, 
qui a reproche si souvent a Galien d'avoir attribue a l'espece 
humaine des dispositions propres aux animaux, n'est pas lui- 
rneme a l'abri de cette accusation. 

§ 7. Scarpa decrit aussi la cochlee , laquelle ne presente pas 
dans les Oiseaux des spires comme surl'hommeetsur lesmammi- 
feres,mais elle forme un canal legerement courbe, et comparable 
a l'appendice vermiforme des intestins (5). II indique dans la 
cochlee deux rampes distinctes rune de l'autre, par une mem- 
brane qui remplit a leur egard, les fonctions de la lame spi- 
rale (6), et il declare ignorer si ces deux rampes communiquent 
entre elles au sommet du limacon. II n'admet pas la presence de 



(1) De structure! fenestra: rotundce auris, et dctjmpano secundaria anatomlccc observationes* 
Blutinac 1772. 

(2) § via. p. 108. tab. 11. fig. 11. 

(3) § xvii. p. 120. 

(4; $ xvi. p. 118 ft 119, 

(5) SeJ canalem efficit non nihil recurvum, ct vcrmiformem intestinorum appendiculum 
simulantem. § xxiv. Cap. v. p. i25. 

(G) Dislinguit aulcin hasce scalas membrana munerc spiralis laminae fungens; Cap. V» 
page 125. 



breschet. — Organe de Voiiie dans les Oiseaux. 1 1 

la lymphe de Cotugno dans le labyrinthe (1); et c'est moins 
dans cet ouvrage que dans celui qui lui est posterieur, clont 
nous avons deja donne 1'analyse , qu'il faut chercher des idees 
precises et exactes, sur le labyrinthe membraneux et sur la 
distribution des nerfs. II ne fait non plus dans ce livre sur le 
tympan secondaire, aucune mention de l'existence de matiere 
pulverulente dans le labyrinthe. 

§ 8. Les recherches d'Aloys Galvani (2) sont anterieures a celles 
de Scarpa, sur la fenetre ronde et le tympan secondaire, puis- 
qu'au dire de Galvani elles appartiennent aux annees 1768, 1769, 
1770, ou il en avait fait connaitre les resultats a l'Academie de 
Bologne : cependant elles n'ont ete publiees qu'en i^83 dans le 
sixieme volume des Commentaires de cette compagnie sa- 
vante. 

En passant sous silence ce qu'il dit du meat auditif , des par- 
ties contenues clans le tympan, et d'un canal qui contient, selon 
lui, une brancbe de l'artere carotide, une» veine et un nerf, 
qu'on pent comparer a la portion dure de la septieme paire, ca- 
nal osseux qu'il counaissait avant que Scarpa en parlat, on ar- 
rive a la membrane du tympan , a la columelle , et a ses annexes. 
II dit qu'il y a dansle tympan une brancbe nerveuse semblable 
a la corde du tambour. 

II a connu assez bien le limacon, et dit qu'il contient line 
cloison formee par une partie cartilagineuse (3) , que le nerf de 
la cochlee se termine au sommet de cette partie du labyrinthe, 
par un pinceau dont les filamens, de grosseur et de longueur 
variees, nagent dans l'humeur de Cotugno. 

Les canaux demi-circulaires sont plus grands que ceux de 
1'Homme, du Bceuf ou duCheval, et leurs formes varient sui- 
vant les especes; ainsi, clans quelques Oiseaux , ils sont plutot 
elliptiques que semi-circulaires. II dit qu'aucune production, 
nerveuse , soit du pinceau nerveux de, la cochle'e 011 de ceux 

(i ) Cseterum etiam in labyrinthis avium deest aqua eel : Cotunii et facile osiendi potest. Cap. 
▼.page 129. 

(2) Aloysii Gai.vawi, De Volatllium aure. Id. de Bononiensi, scieniiovum et art'tum instl* 
into atque academia commentarli. X. vi. p. 420. B.ononiae 1788. 

(3) II renvoie a la table 4, fig, 2. B. 



i a breschet. — Organe de Voiiie dans les Oiseaux. 

des canaux, ne prend la forme membraneuse. Enfin , i! termine 
en declarant qu'entre l'oreille des Oiseaux et celle des quadru- 
ples, il y a plusieurs dispositions semblables. 

§ 9. Vicq-d'Azyr a donne un Memoire sur la structure de Fo- 
reille des Oiseaux (1). II avait disseque le Coq-d'Inde,la Poule, le 
Pigeon, la Chouette, la Pie, le Geai , la Tourterelle, le Pic- 
vert , le Canard , le Moineau , le Serin et l'Autruche. II s'est plus 
applique a connaltre le tympan que le labyrinthe lui-meme , et 
son travail laissait encore beaucoup a desirer. Apres avoir indi- 
que sommairement les canaux demi-circulaires , il dit qu'on 
apercoit a la partie interne du labyrinthe, un prolongement 
figure comme une portion de conduit demi-circulaire , avec 
cette difference qu'il est droit, et qu'il forme en bas et en arriere 
une espece de cul-de-sac. Perrault regardait cette partie comme 
representant un limacon; mais outre qu'il n'y a ni rampe, ni 
cloison quelconque, cette cochlee pretendue ne communique 
pas immediatement. avecle tympan paruneouverture quipuisse 
etre comparee a la fenetre ronde ; de sorte qu'il n'a aucun des 
caracteres de la Cochlee. 

« Le limacon qui est particulier a Vhomme et aux quadru- 
« pedes, nest pas indisp disablement necessaire auxfonctions de 
« Coreille interne, puisque les oiseaux qui en sont depourvus en- 
« tendent tres bien. » (2) 

Sans doute le limacon n'est pas indispensable a Taudition , 
puisque les poissons et quelques reptiles, n'en ont point, mais 
il est une partie de perfectionnement ; il est lie avec les organes 
de la voix el de la respiration pulmonaire, et peut-etre que les 
modulations de la voix dependent de l'existence de cet organe; 
c'est pourquoi les oiseaux le possedent a un degre de develop- 
pement deja tres haut. 

Vicq-d'Azyr s'est done tromp6 en refusant une cochlee a cette 
classe nombreuse d'animaux. 



(1) Memoire sur la structure de l'organc de l'oulie des Oiseaux, compare avec celui del'hom- 
me, des quadrupedes, des reptiles et des poissons, — OEuvres de Vicq-d'Azyr. Edit, de Mo- 
reau de la Sarthe. t. iv, p. 33o. Paris i8o5. 

(a) Page 353. 



breschet. — Organe de Voiiie dans les Oiseaux. 1 3 

§io.MM.CuvieretDumeril(i)ont indiqueavec assez de preci- 
sion quelqnes parties de la cochlee; ils ont connu sa division 
en deux loges par deux lames cartilagineuses etroites, reunies 
par une membrane, mais ils n'ont rien dit de la Perilymphe du 
Limacon, de Xampoule terminant le cul-de-sac du cone formant 
la cochlee, de X Endolymphe contenue dans cette ampoule, 
et au centre de laquelle est unematiere puiverulente. Ces anato- 
mistes celebres pensent quelelabyrinthe membraneuxestenve- 
loppesi etroitementpar les os, que cette disposition alaisse long- 
temps ignorer son existence, et la fait regarder comme le pe- 
rioste interne des cavites osseuses. Tls partagent les opinions de 
Scarpa et de Comparetti sur ce labyrinthe membraneux, sur 
les os qui en sont l'etui, et ne parlent pas des deux liquides du 
labyrinthe, et des Otoconies dans les poches du vestibule. Ils 
ont tres bien signale la ressemblance du Limacon des oiseaux, 
avec celui du crocodile. 

§ 1 1. L'examen que M.Everard Home a fait de la membrane 
du tympan de l'Elephant, et de la disposition radiee du 
muscle qui la constitue , le porte a consider er cet organe 
comme rendant i'oreiile susceptible de connaitre la modulation 
des sons. (2) 

Les oiseaux ont de commun avec les poissons de posseder un 
vestibule et des canaux semi-circulaires, mais en outre, on leur 
connait une membrane, du tympan, un osselet s'etendant de 
cette membrane a la fenetre du vestibule, et une trompe guttu- 
rale. Cette membrane est convexe en dehors par Teffet de la 
pression de l'extremite de la columelle ( Slender Bone). Les 
poissons, par la structure de leur organe auditif, peuvent seu- 
lement entendre les sons produits par 1'eau agitee, et qui est 
immediatement en contact avec leur tete. 

§ 1 2. Les fonctions de la membrane du tympan dans les oiseaux 
sont precisement les meraes que dans l'homme et les quadru- 



(1) Lecons d'anatomle comparec de G. Cuvier, recueillies et publiees sous ses yeux par C. 
Dxjmeril, t. 2. Paris, an vnr. 

(2) Philosoph. Transact, an 1800. vol. xc. p. 1. The croonjan. lecture on the structura ao4 
uses of the membrana tjmpani of the ear* 



1 4 BRESCiiET. — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 
pedes; mais comme cette membrane n'a pas, dans les oiseaux 
de muscle tenseur pour fa ire varier les degresde tension, laquelle 
depend seulement chez eux de la pression de la columelle, Fechelle 
harmonique dans les oiseauxne peut descendre aussi bas que dans 
l'oreille humaine. Quoique la cochlee ait ete considered paries 
physiologistes comme la partie la plus composee et la plus cu- 
rieuse de l'oreille , cependant on ne peut pas la considerer 
comme servant amoduler les sons; elle sert seulement a trans- 
mettre ceux qui viennent du dehors. Aucun son ne peut arri- 
ver a la cochlee, s'il n'est transmis par la membrane du tympan; 
ainsi, toutes les varietes de sons etant repetees par cette mem- 
brane, aucune modulation n'est produite par la cochlee, et cette 
derniere partie appartenant a l'oreille des oiseaux, parait n'etre 
adaptee qu'aux sons articules. 

§ 1 3. On voit que c'est moins sur la structure de 1'oreille en gene- 
ral, que sur ceile de la membrane du tympan, et sur ses fonctions, 
que roule le memoire de 1'anatomiste anglais. II serait facile de 
demontrer l'erreur de plusieurs propositions, me me pour ce qui 
concerne la membrane du tympan des oiseaux; mais nous nous 
arreterons a une seule objection : Si la membrane du tympan est 
j'organe de modulation des sons, l'organe essentiellement musi- 
cal, comment se fait-il que les personnes chez lesquelles cette 
partie a ete detruite, conservent leur audition musicale , et 
leur aptitude a dislinguer les varietes des intonations ? 

§ 1 4. Apres avoir fait 1'histoire de la cavite du tympan, de la 
columelle, de son muscle, de la trompe d'Eustachi des Oiseaux , 
M. Tiedemann (1) parle du labyrinthe de l'oreille, et dit qu'il 
consiste, comme celui de l'liomme et des Mammiferes, en un 
vestibule, des canaux demi-circulaires et un cylindre court, 
creux, l'analogue du limacon de l'homme. Le vestibule est pres- 
que arrondi. Dans le Coq et quelques autres Oiseaux, il est petit, 
presque quadrangulaire;la fenetre ovale ne s'ouvre pas au milieu 
du vestibule; mais a sa paroi posterieure. Les canaux demi-cir- 



(1) Zoologic. Zu scinen Vorlesungen enlworfen. Zciter Band-Analomle unci naturgese« 
ticlilc dcr Vogcl. Heidelberg. 18 10, 



breschet. — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 1 5 

culaires out ceci de remarquable , que la branche qui sort du 
vestibule est elliptique et renflee, et 1'autre branche qui se ter- 
mine vers cette cavite est beaucoup moins renflee. Ces canaux 
sont pioportionnellement plus grands sur les Oiseaux que sur 
les Mammiferes, car dans les Oiseaux de proie, par exeir.ple, ils 
sont plus grands que chezl'Homme, leCheval et le Boeuf.Ils sont 
aussi plus grands dans les Oiseaux de proie et les meilleurs 
chanteurs, que dans les Gallinaceset les Piongeurs, etc. 

§ 1 5. Les canaux demi-circulaires osseux renferment des tubes 
membraneux, transparens, dont la forme est celle des con- 
duits osseux , et ils portent des renflemens elliptiques ou des 
ampoules a Tune de leurs extremites. Ces tubes membraneux 
sont remplis d'une eau limpide, et Ton voit s'y terminer les ra- 
meaux du nerf auditif, sous l'apparence d'une pulpe gelatineuse: 
ce liquide est mis en mouvement par la base de 1'osselet, et 
celui-ci par les vibrations de la membrane du tympan. 

Le limacon des Oiseaux n'est a proprement parler qu'un ru- 
diment de la cochlee de l'Homme et des Mammiferes. II consiste 
en un cylindre osseux, court, creux, un pen recourbe en ar- 
riere, se terminant par un sommet mousse. Son interieur est 
partage en deux canaux ou rampes, Tune anterieure, Fautre 
posterieure, par des cloisons cartilagineuses, qui communi- 
quent ensemble vers leur sommet. Les cloisons cartilagineuses 
proviennent de la lame osseuse separant les deux fenetres , elles 
sont formees par deux lamelles cartilagineuses, etroites, reunies 
par une membrane fine. Ces canaux de la cochlee sont remplis 
par un liquide aqueux et contiennent les rameaux du nerf au- 
ditif. Le nerf acoustique se divise en quatre branches ? dont 
trois vont au vestibule, et se terminent sur les ampoules : la qua- 
trieme branche se rend au limacon , et se porte dans la dupli- 
cature de la cloison cartilagineuse; d'ou il sort vers le sommet de 
la cochlee sous forme d'un pinceaunerveux,les filets les plus fins 
nagent dans le liquide contenu dans les rampes. Cette descrip- 
tion de l'oreille des Oiseaux , par le celebre professeur de Hei- 
delberg, laisse pen a desirer, et nous la considerons comme 
bien plus exacte que celles des auteurs qui ont precede M. Tie- 
demann, 



1 6 brfschet. — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 

§ 1 6. Chr. Ed. Pohl (2) a peu ajoute aux connaissances que Ton 
avait deja sur la structure de l'oreille des Oiseaux. II dit que le vesti- 
bule {alveus communis) de figure oblongue est rempli, comme les 
canaux demi-circulaires, par une eau limpide; mais ii ne parle 
-que d'un seul liquide et encore n'indique-t-il pas son siege avec 
beaucoup de precision (§ xiu). II n'admetdans ce labyrinthela 
presence d'aucune parcelle de matiere solide, chaque canal demi- 
circulaire contient, dans l'epaisseur de sa substance, un vais- 
seau sanguin et dans la depression que forme le canal supe- 
rieur, est recu l'appendice du cervelet. II considere l'apophyse 
conique comme ranalogue de la cochlee des Mammiferes, quoi- 
qu'elle ne soit pas roulee en spirale. La cavite de ce cone est di- 
visee en deux parties par une lame cartilagineuse, d'ou il resulte 
deux rampes: Tanterieure ou celle du vestibule, la posterieure 
ou celle du tympan. II affirme n'avoir rencontre aucun vestige 
des aqueducs decrits par Comparetti. Pohl fait avec plus de pre- 
cision Thistoire du tympan. La columelle est bien decrite. II 
indique trois feuillets a la membrane du tympan : quant a la corde 
nerveuse , il n'ose rien dire de positif sur elle. Pohl laisse aussi 
beaucoup a desirersur le labyrinthe membraneux et la cochlee; 
ses figures sont encore plus vagues que ses descriptions: ce- 
pendant l'ensemble de Fouvrage de Tanatomiste de Yienne con- 
tient beaucoup de faits nouveaux et importans a connaitre, sur 
la structure de Torgane de l'audition. 

§ i^.ParmilestravauxnombreuxetsiimportanscleM.Geoffroy 
Saint-Hilaire, on ne trouve que transitoirement quelques pas- 
sages ou il s'est occupe de Toreille des Oiseaux. Dans sa philoso- 
phic anatomique , il s'est borne a determiner les pieces osseuses 
de la chaine du tympan, et il a d'abord regarde comme appar- 
tenant a l'os lenticulaire, ce que nous considerons comme la 
platine de l'etrier. Pour completer cette chaine, M. Geoffroy 
Saint-Hilaire avait cru reconnaitre l'etrier dans la cavite du li- 
macon, en considerant comme tel le cartilage que renferme 
constamment la cochlee conique dans les Oiseaux et beaucoup 



(t) Expositiolgmcralisanatomioc ovganl auditus per classes anlmcilhiTn ) elci aucton Chils- 
tiauo-liduardo Poul. Vindcbon?e. 1 8 1 S 



breschet. — Organe de Voiiie dans les Oiseaux. 17 

de Reptiles. Mais iin nouvel examen fit bientot revenir M. Geof- 
froy de cette idee qu'il s'empressa d'abandonner,et dans d'autres 
ecrits il restitua au limacon la piece qu'il lui avait empruntee 
pour en faire une partie de la chaine du tympan. 

« L'etrier ne manque pas dans les Oiseaux et les Reptiles : il 
existe au-dela des cellules acoustiques, et chez les Oiseaux de 
nuit dans une caisse reelle; mais il y existe sans pouvoir s'etendre 
et passer au second etatdesos,restant toujours cartilagineux ? oii 
pourraitajouterdansun teldelaissement qu'on nesaitplus quelle 
fonction lui assigner. Il ressemble, dans la Chouette, a 1'instru- 
ment dont on fait usage pour arracher les bottes.ei dans le Cro- 



's y 



pour 



codile, il prend la courbure de la cellule qui le contient : toute- 
fbis, dans ces deux exemples, il n'est atteint qu'a Tune de ses 
deux branches par l'os lenticulaire. On remarque un arrange- 
ment analogue dans les Poissons » (1). M. Geoffroy ne confond- 
il pas le cartilage du limacon, avec la platine de la Columelle ? 

Le travail de M. de Blainville est sans doute le moins income 
plet de ceux que nous avons. Get anatomiste reconnait qu'il 
n'y a jamais, dans les Oiseaux, d'os analogue a celui qu'on 
designe sous le nom de Rocher, dans les Mammiferes ; le lima- 
con n'existe pas comme tel , mais il est remplace par une es- 
pece de petit tube termine par un cul-de-sac auquel on donne, 
dans les osteozoaires ovipares, le nom de sac. 11 n'a reellement 
qu'un orifice assez grand, au cote interne et inferieur du vesti- 
bule et qui n'est jamais ferme\ Un repli membraneux sigmoids 
se trouve bien quelquefbis en retrecir 1'entree, mais il n'em- 
peche jamais la communication entre le sac et le vestibule. Le 
rudiment du limacon renferme un corpuscle rudimentaire. Sa 
forme est celle d'une vesicule comprimee, qui contient une 
matiere pulpeuse et medullaire. Celle petite masse est suspendue 
dans la cavite par des filets ne/veux. (2) 

En traitant des organes, des sens et de leurs foncdons, en 
general, M. le professeur Huschke (3) est entre dans quelques 

(1) Philosophie anatomique par M. Geoffroy Saint-Hiiaire. p. Sot. Paris i3i8. 

(2) De V organisation des animaux, ou principcs d'Anatomie comparee par H. M. DuCRO- 
tay de Blainvit.le t. i. p. 524. Paris 1822. 

(3) Huschke, Deitrage zur pln-itotogk unrf natitrgeschkiil?. Weimar 1824, 

Y, Zooti — Jaiwicr, ~ 



1 8 brf.sciiet. — Organe de route dans les Oiseaux. 

considerations stir l'organe de Tome chez les differens animaux; 
mais son Memoire d'une haute philosophic , compose d'apres les 
principes de l'ecole dont M. Oken est un des principaux chefs, 
est fait, en grande partie, d'apres d'ingenieuses interpreta- 
tions de ce qu'on connaissait deja , plutot que d'apres de nou- 
velles recherches t et des observations jusqu'alors inconnues. 

Suivant ce physiologiste, les cavites de l'oreillc, de l'ceil, et du 
nez ne sont que des trous de conjugaison des vertebres de la 
tete, et dans les insectes, l'oreille ne pent etre qu'une trachee 
qui est la plus simple expression de ce sens. Dans les poissons, 
l'oreille, l'ceil et le nez, ne sont autre chose que des poches mu- 
cipares modiflees, developpees et organisees chacune selon les 
fonctions qu'elledoit remplir. Cette origine est surtout manifeste 
pour l'oreille, dans la Raie. Deja Monro avait apercu deux petites 
ouvertures par lesquelies le labyrinthe s'ouvre au-dehors. Cette 
disposition mise en doute par Scarpa, et meme par M. de Blain- 
ville, a ete demontree depuis, d'apres les recherches de MM. 
Weber et Buschke et par nous-meme (i). On observe sur les 
Raies derriere les yeux, de chaque cote, itne ouverture bouchee 
par une membrane en forme de tympan; mais cette ouverture 
aboutit dans le crane, et non dans le vestibule, et elle ne parait 
etre cfu'une for.tanelle appartenant a Foreille. Scarpa Fa consi- 
deree comme la fenetre ovale, et Weber comme la fenetre ron- 
de *, mais lcur assertion n'est fondee que sur une analogie de 
situation. Outre cette ouverture il en existe une autre, suivant 
M. Buschke, laquelle conduit dans le vestibule. De celle-ci, on 
decouvre de petit s trous a la peau. La Raia clavata, liaia aquila 
et Ft. miraletus presentent deux de ces trous, tandis que dans 
la Raia torpedo, il n'y en a qu'un, mais il est plus large. Ces 
ouvertures forment les canaux excreteurs d'un sac [sinus audi- 
tortus ex ternus Weber), situe sur le crane et communiquant avec 
la cavite du vestibule, de maniere que Ton y peut facilement 
faire arriver du mercure. Lorsquon poursuit par des incisions, 
ou en introdnisant des stylets ou des aiguilles fines, dans ces 
petits canaux, on arrive egalement et avec facilite dans ce si- 

(i) Yo>'cz nos Mcmoires sur la strucluic de Torgane auditif des poissons 



ERiisciiET. — Organe de route dans les Oiseaux, 19 

nus qui est rempli d'une masse crayeuse, blanche, et de la, 
quoique plus difficilement, 011 parvient dansle vestibule. Outre 
ces petits trous qui menent dans le labyrinthe, il y en a d'autres 
situes plus en arriere, qui ne se distinguent des premiers, que 
par leur grandeur ; ils appartiennent aussi a la ligne laterale* 
Sur la Torpille cette disposition est tres rnanifeste, et le trou 
conduisant a 1'oreilie, demontre que le labyrinthe n'est qu'une 
de ces petites poches muqueuses secretant unematiere calcaire. 
Ici la vertebre s'est considerablement developpee, pour consti- 
tuer u n organe sensorial, que la secretion d'une matiere calcaire 
rend organe de l'ouie. Les autres petits sacs, restent stationnai- 
res, et finissent par disparaitre entierement dans les classes su- 
per] eures. 

L'oreille tire son origine de cette ligne laterale des poissons, 
ou de la rangee de trache'es des insectes, car le vestibule et le 
limacon ne peuvent pas avoir d'autre signification que la repre- 
sentation des poches tracheliennes. 

Continuant a poursuivre son idee que l'oreille, 1'ceil et le nez, 
ne sont que la continuation de la rangee de trachees, de meme 
que la tete n'est qu'une continuation du squelette du tronc, 
M. Huschke parle, plutot d'apres Fanalogie que d'apres sa pro- 
pre observation, de 1'existence de Lapilli sous la forme d'une 
masse pulpeuse, dans le labyrinthe des oiseaux, et ii pretend 
que dans ces animaux la nature revient a son etat premier, 
auquel on ne parait pas avoir eu assez d'egarcl jusqu'a present. 
Dans les foetus des oiseaux, les branchies sont encore manifes- 
tes, dans toute i'etendue des osselets de l'oreille jusqu'a la re- 
gion du cou. Cependant,notre savant anatomiste avoue n'avoir 
examine que des individus adultes, sur lesquels il a trouve la 
disposition suivante : 

En considerant la face convexe ou externe de la membrane 
du tympan de la Poule, du Coq de Bruyere, de l'Outarde, on 
apercoit la piece fibro-cartilagineuse qui est fixee dans le tym- 
pan, pres du bore! superieur.et posterieur de cette membrane, 
qu'elle pousse au- dehors, et dont elle determine ainsi la con- 
vexite. De son extremite au milieu de la membrane, ou cette 
piece se joint, sous un angle presque droit, avec la portion car- 



ao BREscnr/r. — Organe de Voitie dans les Oiseaux, 

tilagineuse tie la Columelle, part un prolongement sous forme 
d'une tige cartilagineuse, tres mince et qui se porte en avant et 
en bas, de maniere a former un angle obtus avec l'autre piece 
situee derriere elle, et qui est plus large. On voit meme deja 
tres clairement du dehors, la ligne dans le trajet de laquelle elle 
estnniea la membrane, et un vaisseau l'accompagne depuis le 
bord superieur de l'autre piece qui represente l'enclume et qui 
est absolument disposee comme un vaisseau branchial. On pour- 
rait croire au premier abord , que ce n'est qu'un repli de la 
membrane tympanique, mais en faisant avec soin des recher- 
ches a l'aide d'une aiguille, on s'assure quelle est differente de 
cette membrane, quoiqu'elle y adhere intimement. Cela devient 
encore plus prononce quand on examine toute la face interne 
de la membrane, sans qu'elle soit endommagee, et apres avoir 
fendu la trompe d'Eustachi, une partie de ces pieces fibro-car- 
tilagineuses s'etend encore dans cette cavite au milieu de laquelle 
elle se termine sous forme membraneusp. Sans doute cett 
piece represente en partie un arc branchial qui s'etendrait jus- 
que dans la trompe gutturale , c'est-a-dire dans une partie re- 
trecie du sac branchial, et d'autre part elle represente le muscle 
tenseur interne de la membrane du tympan, lequel n'a pas 
encore ete trouve sur les oiseaux. La structure des osselets est 
un peu differente de ce qu'elle est dans les amphibies,du moins 
dans la grenouille. L'etrier, comme on sait, parcourt d abord un 
long tube osseux avant de parvenir dans le tympan. C'est dans 
ce tube qu'il passe devant la fenetre ronde qui n'est separee de 
la fenetre ovale que par une lame osseuse. La seconde piece, 
continuation de la precedente, est d'une structure fibro-cartila- 
gineuse, elle se fixe au milieu de la membrane du tympan, au 
meme endroit que la piece decrite plushaut, et forme un angle 
droit avec celle-ci. Elle correspond done a la seconde piece des 
amphibies. La piece fixee transversalement sur la membrane du 
tympan, manque sur la grenouille; cependant elle parait se re- . 
produire dans les lezards, et en general sur tons les reptiles voi- 
sins des oiseaux. 11 est probable qu'elle correspond ainsi que la 
tige cartilagineuse, non pas au marteau_, mais a renclume, qui 
est tres souvent fixee a la meme place que la membrane du tym- 



breschet. - — Organe de Vouie dans les Oiseaux* i\ 

pan, par son apophyse posterieure, plus large. Lemarteau forme 
ici la seconde piece, qui est line continuation immediate de Fe- 
trier. En general la disposition etles rapports du marteau a Ten- 
clume, paraissent tres variables, ce qui pent provenir des dif- 
ferentes formes que peuvent adopter les arcs branchiaux. Dm 
reste, il ne faut pas s'imaginer que tous ces arcs se fondent en- 
semble pour constituer les osselets. D'apres ce que je vais dire, 
d'apres mes observations, ce ne serait que les deux arcs ante- 
rieurs; le premier formerait le marteau, le second I'enclume, et 
tous les deux se confondraient en haut, en line seule piece, 
l'etrier. Les autres descenclent vers le cou, ou ils subissent de 
serablables metamorphoses : cette confusion des arcs bran- 
chiaux n'offre rien cl'extraordinaire. Dans la Salamandre aqua- 
tique, ou elle a ete decrite avec precision, les quatre arcs sont 
soudes par leur partie superieure. Une reunion sembiable pa- 
rait exister sur la Grenouille, de sorte qu'il est hors de doute 
que la soudure est une chose tres commune pour ces organes. 
Comme sur les Poissons, chacun de ces arcs est forme de quatre 
pieces , deux ventrales et deux dorsales. II paraitrait que ce sont 
ces dernieres qui restent comme osselets, tandis que les autres 
disparaissent en tres grande partie, ou ne se trouvent que dans 
les cartilages qui descenclent dans la trompe d'Eustachi : les autres 
representeraient le marteau et I'enclume, qui en se reunissant 
par leur extremite superieure , constitueraient l'etrier. 

Tels sont les principaux points examines par M. Huschke, etl'on 
voit qu'ils sont relatifs bien plus an tympan qu'au labyrinthe. 
Nous avons voulu faire connaitre cette theorie de la formation 
de 1'organe deTou'ie, parce quelle se rattache au systeme des 
analogues , et qu'elle est encore fort peu repandue parmi nous. 
Cependant en parlant des Lapilli, en general, M. Huschke dit 
quelques mots du limacon des Oiseaux, mais il parait surtouten 
parler d'apres les travaux de Scarpa. 

« Dans les Oiseaux et les amphibies , le limacon se detache 
de plus en plus du vestibule et se porte en bas. Sur ces derniers 
le limacon a toujours une direction en dedans eten arriere .La 
concavite qui, dans les Mammiferes, se trouve en avant, offre 
sur les Oiseaux une direction presque opposee 9 et sa partie in 



ii bresciikt. -— Organo de Vouie dans les Oiseaux. 

fericure et posterieure est renflee comme le sac lapillaire des 
Poissons. Les Oiseaux sont les premiers animaux sur lesquels 
on trouve une lame en spirale qui. consiste en deux lamelles car- 
tilagineuses, un pen ecartees l'une de l'autre : ces deux lamelles 
sont unies pres des fenetres et contournees. L'une se place a la 
partie anterieure et interne de la fenetre ronde et forme ainsi 
la rampe tympanique ; l'autre constitue la rampe vestibulaire. 
C'est dans le cornet meme du limacon que ces deux lamelles se 
separent, et ne sont plus jointes que par une membrane bien 
fine , se terminant dans leur extremite renflee, en formant 
une poche ovalaire, epaisse, dans laquelle parait etre une sub- 
stance blanchatre. La partie interne et posterieure de ces carti- 
lages n'est pas fendue comme sur le milieu du cornet; mais a leur 
extremite, les lamelles se reunissent comme a leur origine. Le 
nerf acoustique se porte en majeure partie vers Fextremite renflee 
ou il se termine en rayons divergens. M. Buschke n'a pas pu 
observer de filets nerveux sur les lames deja un peu contour- 
nees en spirale ; il est done evident , suivant notre anatomiste , 
que cette derniere poche renflee represente la dilatation du sora- 
met du limacon qu'on observe sur les Mammi feres et chez 
l'homme , et ou se porte la majeure partie du nerf arrivant par le 
centre de l'axe. » 

Un physiologiste moderne, M. le docteur Flourens (i), a-t-il 
voulu designer la presence des Otoconies ou petites masses pul- 
verulentes dans la cavite labyrinthique des Oiseaux, en faisant 
en peu de mots la description des diverses parties du laby- 
rinthe des Oiseaux ? « Dans ces dernieres parties, le vestibule, 
« les canaux et le limacon, vient se ramifier le nerf auditif, 
« au milieu d'une pulpe gelatineuse, et de quelques jpetits corps 
« grisdtrcs. » 

Peu satisfait de ce qu'avait ecrit Galvani et Scarpa sur le laby- 
rinthe des Oiseaux, G. R. Treviranus (2) a voulu, par des dissec- 
tions nouvelles, s'assurer de la disposition des parties. Ses re- 

(1) Rccherchcs sur les conditions fondamentales de V audition ct sur les diverses causes de 
surditi. § 11. p. 37. Paris 18^ "■ 

(?.) Lber den hinern lau der scJmechc des Ohrs der Vbgcl. Von G. R, Treviranus, Zeitsclirijt 
/ "tj.r PhfsiolagU. Erater Band, heft. it. i825. 



ereschet. — Organe de route clans les Oiseaux. 23 

cherches out particulierement ete faites sur le Falco-lagopus , 
le Corvus glandarius , XArdea stellaris , le Fringilla canaria , le 
Loxia coccothraustes. Il a reconnu que la cochlee offreune double 
serie de lames membraneuses , sur lesquelles se distribue la plus 
grande partie des rameaux du limacon. Sur le Coq, il n'a pas 
rencontre ces feuillets et son limacon est d'une structure plus 
simple. Sur le Canard, on apercoit bien cette membrane, mais 
elie parait moins distinctement. Apres avoir enleve soigneuse- 
ment la coque osseuse, on voit vers l'extremite libre du lima- 
con j dans les Oiseaux de proie (Accipitres), les Corbeaux 
(Coraces) } les Echassiers (Gralloe), les Passer eaux (Passeres) , 
un petit reservoir rond, comme cartilagineux, duquel partent 
deux lames cartilagineuses, greles, allongees, quis'etendent vers 
1'autre extremite, courbees comme le limacon lui-meme, et qui, 
par leur concavite, recoivent Texpansion du nerf du limacon, 
et dont la convexite est recouverte dans toute leur etenduq par 
une voute membraneuse formee de lamelles. Ce reservoir carti- 
lagineux a la figure d'une cornue a goulot brise, et Treviranus la 
nomme capsule du limacon, 

Le cartilage interne du limacon forme deux lames allongees, 
etroites et un pen recourbees, avec des bords contournes qui 
se joignent vers le vestibule en decrivant une legere inflexion. 
Entre elles se trouve une ouverture etroite, allongee, par laquelle 
passe le grand rameau du nerf du limacon. Ces deux lames 
s'etendent dans toute la longueur du limacon qu'elles divisent 
en deux cavites ou cliambres,l'une anterieure et Tautre poste- 
rieure. A la chambre posterieure correspond la fenetre ovale, 
et a Tanterieure la fenetre ronde. T3es deux cotes de cette ou- 
verture allongee, dont nous venons de parler, sont, dans une 
direction verticale et transversalement a 1'axe du limacon, les 
lamelles auditives serrees Tune contre 1'autre sur les cartilages 
de la cochlee. Ce sont des feuillets membraneux, terms, rides, 
chez quelques Oiseaux. Le nerf du limacon, apres s'etre separe 
du nerf des canaux semi-circulaires, se porte le long de la face 
concave de cet organe clans un canal osseux, jusqu'au voisinage 
de la fenetre ronde ; et de la , il passe dans la chambre anterieure 
s'y pa rtage en deux rameaux inegaux. Le plus grand se repand 



2 4 13HKSC11EX. — Organe de Vou'ie dans les Oiseaux. 

en filamens entre les deux cartilages, et les plus deiies se por- 
tent vers les lames auditives et se terminent sur leurs deux sur- 
faces. L'autre rameau ne se separe du precedent qu'au voisi- 
nage de la capsule du lirnagoii dans laquelle il se porte en 
formant un angle obtus avec la branche principale. Le limacon 
de 1'oreille duCoq s'eloigne beaucoup de la disposition que nous 
venons de decrire. La substance de la capsule et des deux car- 
tilages est tres mince, et ressemble bien plus a une membrane 
solide et elastique qu'a un cartilage. 

Le reservoir membraneuxque nous venons de voir renfermer 
les feuillets auditifs se retrouve encore, mais ces feuillets man- 
quent ; les derniers filets du rameau ne se distribuent qu'a ses 
parois. Sur le Canard, les feuillets acoustiques sont plus petits et 
moins distincts que sur le Faucon. 

D'apres tous ces fails, G. I\. Treviranus pense que les 
Oiseaux qui ont l'ome la plus delicate, sont ceux dont Fo- 
reille presente un limacon avec des feuillets bien developpes. 
La multiplicity de ces feuillets represente la lame spirale des 
Mammiferes, et par cette disposition la plus grande surface 
possible est offerte a F expansion du nerf du limacon , sans aug- 
menter l'etendue de la cavite. 

La portion osseuse de la lame en spirale manque au limacon 
des Oiseaux, mais on peut comparer a la lame cartilagineuse qui 
correspond au bord de cette lame spirale, les deux cartilages du 
limacon des Oiseaux, et par le renflement dans lequel, chez les 
Mammiferes , le nerf qui vient de traverser le canal de l'axe de 
la cochlee va au sommet de la lame spirale. On pourrait,en quel- 
que sorte, expliquer la transmission de rune des branches du 
nerf du limacon dans la capsule. 

La composition de l'interieur de la cochlee, des cartilages et 
de la membrane, a certainement quelque influence sur Toiue 
des Oiseaux; mais il est difficile de le constater. 

Dans les Mammiferes, la fenetre ovale appartient exclusive- 
ment au vestibule, et la fenetre ronde au limacon, tandis que, 
dans les Oiseaux , la fenetre ovale menc directement au vesti- 
bule et au limacon. 

La Coliunelle ou osselet; concave par l'extremite correspon- 



BRESCHtT. — ' Organe de Vouie clans les Oiseaux. 2 5 

dante a la membrane du tympan, et convexe par l'autre bout, 
toucbe par une de ses moities a la voute membraneuse et aux 
feuillets acoustiques, et par l'autre moitie repond a la poche 
membraneuse du vestibule, d'ou par tent les tubes semi-circu- 
laires. 

Reprises par Ch. Jos. H. Windisehmann (1), les recherches 
commencees deja sur le Coq commun ( Gallus cojnmunis), le 
Canard musque (Jnas moschata) et le Dindon {Melleagris 
Gallopavo) donnent des resultats semblables en divers points 
a ceux que Treviranus avait obtenus sur d'autres Oiseaux. 

Suivant les propres observations de M. Windisehmann , sur 
la cochlee des Oiseaux, cette partie forme un organe entoure de 
tous cotes par un canal osseux assez large, aux parois duquel il 
est uni par de legers filamens. Deux cartilages lui forment une 
base solide comrae le canal osseux lui-meme , ils sont reflechis 
de dehors en dedans et d'arriere en avant; leur surface concave 
regarde la cavite du crane. L'espace existant entre ces deux 
cartilages est etroit du cote convexe , 011 il est forme par une 
membrane tres mince et tres deliee,sur laquelle vient se distri- 
buer la branche cochleenne du nerf , comme sur la lame spirale. 
Au-dessus de cette membrane, on en voit une seconde qui est 
vasculaire, diversement plissee, rugueuse et recourbee, elle 
tient mollement a la surface convexe de la premiere, entoure les 
cartilages, adhere a leurs bords lateraux et en avant, plus epaisse, 
elle ressemble a une ampoule en forme de bouteille 011 de cor- 
nue (Lagena). On voit deja que ces membranes et les carti- 
lages reunis, circonscrivent un espace creux qui, en avant, 
communique avec Tampoule, lesquels,l'un et l'autre, sontrem- 
plis , en partie par Feau de la cochlee, en partie par une sub- 
stance a demi fluide. Le nerf correspondant au cote concave, pe- 
netre dans le canal osseux du limacon, mais il ne gagne pas 
l'espace situe entre les cartilages, en passant par en bas , ii va 
vers le cartilage correspondant au cote anterieur de la cochlee ; 
la il se developpe, devient bulbeux et remarquable par ses fibres 
transversales. 11 envoie un rameau a Tampoule , perce le carti- 

(l) De Penetlori auris in Amphibiis structurd.tiipsl® i83i 4°. 



26 breschet. — Orgctnc de Vouie dans les Oiseaux. 

lage dans la partie la plus large et finit en une membrane fine, 
comparable a la lame spirale. 

CHAPITRE II. 

PARTIE DESCRIPTIVE. 

Les oiseaux forment, sans aucun doute, la classe la plus na- 
turelie parmi les animaux vertebres; leurs caracteres sont tel- 
lement distincls, tellement tranches, qu'il devient impossible, 
quel que soit le systeme zoologique qu'on adopte, de ne pas en 
faire une meme famille, et des plus naturelies. 11 y a entre tous 
les genres beaucoup plus de ressemblance de structure qu'il nen 
existe entre les genres des autres families de vertebres entre 
eux , surtout parmi les reptiles et les poissons. 

L'oreille, dont les formes varient toujours d'apres celles de 
l'animal entier, presente chez les oiseaux des dispositions con- 
stantes , qu'on ne retrouve pas dans les autres classes d'animaux 
qui sont pourvus de cet organe. Comme celle des Mammiferes , 
l'oreille des Oiseaux est naturellement divisee en trois parties : 
i° l'oreille externe; i° l'oreille moyenne; 3° l'oreille interne ou 
le labyrinthe. La premiere est, chez la plupart des oiseaux, re- 
duite a la plus grande simplicite, a l'etat elementaire d'un con- 
duit, comme dans lesCetaces, et meme comme dans quelques 
Poissons , bieti qu'on ne veuille pas admettre d'oreille externe , 
ni d'oreille moyenne dans cette derniere et nombreuse famille 
de Vertebres : cette oreille externe avec un pavilion serait aussi 
defavorable au vol qu'a la natation , en offrant une resistance 
au milieu aerien oil au liquide parcouru par l'animal; aussi ne 
trouvons-nous aucune trace de pavilion auditif dans les animaux 
vertebres qui habitent les eaux.Dans les Mammiferes aquatiques, 
l'oreille externe n'est jamais qu'un canal plus ou moms long et 
tortueux , vestige d'une organisation plus complexe. Si les Oi- 
seaux montrent une disposition dans leurs plumes qu'on puisse 
comparer a une conque, ces plumes peuvent se placer de telle 
facon qu'clles ne forment aucun relief, aucune saillie, lorsque 
l'animal prend son essor dans les airs. Sur un grand nombre 



breschet. — Organe de Fouie dans les Oiseaux. %j 

d'oiseaux de proie nocturnes, on recommit cette disposition ra- 
diee des plumes autour de l'orifice externe du conduit auditif 
tres court. Mais une disposition, qui deja avait ete signalee (i) 
par MM. Cuvier et Dumeril (2), et dont a parle M. de Blain- 
ville (3) est celle d'une espece d'opercule 011 de repli cutane 
mobile, qui se baisse pour fermer le meat auriculaire, 011 se 
releve pour exposer la membrane du tympan aux rayons sono- 
res. Cette espece de paupiere ou de levre , si nous pouvons par- 
ler ainsi, existe surtout dans les oiseaux de proie nocturnes, et 
nous la retrouvons , mate a des degres moindres sur les grands 
palmipedes (les Plongeons (Colymbus), les Petrels (Procel- 
laria G facialis ) , les Albatrosses (Diomedea Exulans), les Hi- 
rondelles de mer (Stherna), les grands Ecbassiers, le Heron {Ar- 
deacinered), et la Cigogne {Ardea Ciconia), 

Nous signalerons une disposition analogue dans quelques 
Reptiles aquatiqu.es, surtout parmi les Crocodiliens (4) ; mais 
nous en parlerons plus tard en faisant 1'histoire de l'organe de 
l'ouie de ces animaux. Nous avons deja indique ailleurs quel- 
ques-unes des particularites de la caisse auditive des Oiseaux, 
principaiement sous le rapport des nerfs qui appartiennent a 
cette cavite rnoyenne, et des muscles propres a la Columelle, 
ainsi que sous celui de la forme de la membrane du tympan. 
Nous ajouterons a ces considerations, que ce tympan offre de 
nombreuses varietes, et qu'il possede peut-etre toutes les parties 
qu'on rencontre chez celui des Mammiferes. On a jusqu'ici assez 
generalement admis, qu'il n'y avait dans le tympan des Oiseaux 
qu'une seule piece osseuse a Textremite interne de la columelle ; 
et que le reste de cette tige etait cartilagineux (5). La piece os- 
seuse representait 1'etrier, tandis que les autres osselets man- 



(1) Cuvier, Regne animal distribue d'apres son organisation, 1. 1, p. 295. Paris, 1817. 

(2) Lecons d'anatomie comparee. 

(3) De l'organisation des animaux, ou principes d'anatomie comparee, t. 1, p. 532. Paris, 
1822. 

(4) Voyez mon Memoire sur l'oreille des Reptiles, el la description de l'oreille du Crocoditus 
hiporcatus. 

(5) « L'oreille des oiseaux n'a qu'un osselet entre le tympan et la fenetre ovale. » Cuvisr ; 
Regne animal, t 1^,295. Paris, 1814. 



28 imESCHiiT. — Organe de Fouie dans les Oiseaux. 

quaient. Un examen attentif nous a fait voir que cette opinion 
n'etait pas exacte, car on decouvre aisement sur le corbeau 
(Corvus Corax) sur certains Echassiers ( Procellaria glacia- 
lis), sur les grands Palmipedes (Diomedea exuians-L. ) et sur 
les grands Gallinaces (Meleagris Gallopavo), etc., les diverses 
pieces qui constituent la chaine osseuse du tympan. Nous avous 
fait representer celles de l'oreille du Corbeau, voyez pi. i, 
fig. i , [\; de l'Albatrosse (Diomedea cxulans), pi. i, fig. 6, et 
du Dindon, pi. i, fig. 8. 

Non-seulement sur plusieurs des especes que nous signalons, 
la plaque osseuse appliqueesurlafenelre vestibulaire, appartient 
a l'etrier par sa fonction de fermer l'ouverture du vestibule , 
mais on voit souvent sur la face tympanique de ce disque, deux 
radicules de tiges, qui sont les rudimens des deux branches de 
l'etrier (Voyez pi. i, fig. i , etc.). Enfin onapercoit, tout-a-fait en 
dehors de cette chaine osseuse, une apophyse que nous avous 
considered comme representant le processus gracillimus mallei 
qui, dans les foetus de plusieurs Mammiferes ? se porte jusque 
sur la face interne de l'os maxillaire inferieur. Cette apophyse, 
sign alee chez l'homme par J.-Fr. Meckel, a ete decrite avec plus 
de details par MM. Heusinger(i) Huschke (2), Serres (3) , et nous 
en parlerous dans le memoire consacre a l'histoire des develop- 
pemeus ou des evolutions de l'organe auditif. Sur la figure 8 de 
la planche i qui represente la chaine des osselets du Dindon, 
a represente le corps du marteau, a' le manche de cet osselet, 
a h represente une apophyse cartilagineuse, que nous compa- 
rons a l'apophyse grele [processus gracillimus). Cette apophyse, 
dirigee d'abord en arriere, se recourbe en avant, et se termine 
sur le cercle osseux qui donne insertion a la membrane clu tym- 
pan ; b le muscle interne du marteau ; ce muscle , en se contrac- 
tant, relache la membrane du tympan, ainsi quil est facile de 
s'en assurer par rexperience. 11 n'y a pas, a proprement parler, 
de muscle interne du marteau ou tenseur de la membrane du 

(i) Specimen mala? conformationis organortim auditus humani, etc. Ienae, 1824. 

(2) Beitrage zur physiologie und naturgeschichte. Weimar, 1824. 

(3 ) Aunales d'hi^toire naturellc. Voyez aussi Memoires d'anat. generale et transceudante. 
1 vol. iu-8". 



brescdet, — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 29 

tympan, ou du moins s'il existe, c'est a l'etat rudimentaire 
(Voy. la meme figure), c est une bandelettefibreuse, orcl inairement 
confondue dans son origine avec le tissu de la membrane du 
tympan; mais chez le Dindon, elle forme une corde distinete 
separee de cette membrane. Cette bandelette sort de la 
cavite du tympan par sa partie anterieure et inferieure et 
vient se perdre pres de la ligne mediane sur la trompe d'Eus- 
tachi. Elle a, comme on voit, les memes rapports et les memes 
insertions que le muscle interne du marteau des mammiferes; 
ce qui lui manque, c'est du tissu musculaire pour pouvoir se 
contracter. Lorsqu'on la tiraille, on opere la tension de la mem- 
brane du tympan; or la trompe d'Eustachi, a laquelle elle s'in- 
sere, donne attaclie a d'autres muscles qui peuvent, de cette 
maniere, operer indirectement la tension du tympan. d repre- 
sente l'enclume; il faut avouer qu'ici Fanalogie est un pen 
forcee : on admettra difficilement que l'enclume et l'etrier s'ar- 
ticulent a-la-fois avec le corps du marteau; que, d'un autre cote, 
l'enclume s'articule encore avec le processus gracillimus ; mais 
voila le fait. La grande analogie que nous rencontrons partout 
ailleurs nous permet de forcer ici un peu la comparaison. e. e. } 
tige de l'etrier, termine en dedans par le disque qui s'applique 
sur la fenetre vestibulaire, on voit que cette tige nait par deux 
raeines; dans certaines especes, on rencontre un trou entre 
ces deuxracines, ce qui est deja un commencement de la bifur- 
cation des deux branches de l'etrier des mammiferes. D'aiileurs 
nous avons souvent rencontre, meme sur les mammiferes, 
des etriers a une seule branche , par exemple, dans les Cetaces 
et les tres jeunes foetus de Vache, etc. ; la bifurcation des 
racines de la tige de l'etrier, chez les oiseaux, est assez rare. Le 
plus souvent le trou qui les separe n'existe pas, et la tige nait 
alors par 3, 4, 5 ou 6 racines. L'etrier des Oiseaux est entie- 
rement osseux, excepte a son sommet, ou il presente une ap- 
pendice fibreuse (f) qui se porte sur le perioste de l'os carre, 
et que nous regardons comme un vestige du muscle de ietrier. 

Ce que nous venous de dire du tympan prouve que cette 
cavite presente, comme celle des mammiferes, une cavite tres 
irreguliere ; mais on ne pent, chez les Oiseaux, lui assigner 



3o bkkschet. — Organe de Vouie dans Ls Oiscaux. 

aucune limite, parce que toutes les parties spongieuses, placees 
entre les tables externe et interne des os du crane, sont rem- 
plies d'air, et en communicalion directe avec la cavite du tym- 
pan. L'os carre presente egalement une ouverture a travers 
laquelle lair passe du tympan dans les areoles de ces os. En 
avant et en bas on aper^oit une ouverture a-peu-pres elliptique 
qui fait coinmuniquer le tympan avec le tissu areolaire de la 
base du crane. Ces areoles presentent, en cet endroit, une ca- 
vite tres irreguliere qui bientot donne naissance a un canal 
regulier, c'est la trompe d'Eustachi proprement dite. Elle est 
formee par un conduit osseux tapisse, a I'interieur, par une mem- 
brane assez epaisse, presque fibro-cartilagineuse, qui se porte 
en avant et en dedans, se retrecit un peu, puis vient s'unir a 
celie du cote oppose; la, les trompes reunies n'ont plus 
qu'une paroi membraneuse et forment une espece de sinus . 
Ce sinus donne naissance a un canal plus etroit qui s'a- 
bouche, dans le pharynx, a quelques lignes au-clessous 
des arriere-narines, par un orifice allonge parallelement a 
Taxe du corps; cet orifice est garni de papilles qui en defen- 
dent Fentree aux corps etrangers. Mais revenons a la cavite 
du tympan. Cette cavite peut etre divisee en deux parties, 1'une 
externe, qui s'etend tres loin de haut en bas et d'avant en ar- 
riere et tres peu de dehors en dedans; I'autre est,au contraire, 
interne, commence a la partie inferieure et posterieure de la 
pre.niere, et s'etend beaucoup plus de dehors en dedans que 
de haut en bas on d'avant en arriere. Sa forme est a-peu-pres 
celle d'un cylindre creux, elle est uniquernent destinee a loger 
la tige de 1'etrier, quoique cette tige soit bien loin de remplir 
cette cavite. 

La paroi anterieure du tympan est formee par la membrane 
tympanique; cette membrane est evidemment composee, chez 
les Oiseaux , de deux couches, dont l'externe est un prolonge- 
ment de la peau presque epidermique du conduit auditif, et 
s'enleve souvent avec la plus g^awAe facilite; 1'interne, quoique 
transparente, est manifestement organisee, j'y ai souvent vu, 
iiit'iiie a Tceil nu , des vaisseaux sanguins. 

La membrane du tympan forme, a rexterieur, une saiilie, 



br esc n et. - — Organe de l J ouie dans les Oiseaux. 3i 

tandis que, chez les mammiferes, elle est concave en dehors, 
exceptc chez FAL Elle est habituellenient tendue, ce qui tient 
a la nature cartilagineuse du marteau et de renclume. II n'y a 
qu'un seul muscle veritable, et c'est le reldcheur de cette mem- 
brane : il fallait done une puissance qui tendit sans cesse a 
contrebalancer Taction de ce muscle, et la nature y a pourvu 
par Felasticite des cartilages. La membrane du tympan s'insere 
de meme que chez les mammiferes sur un cercle osseux incom- 
plet, qui est termine en avant par un bourrelet fibro-cartila- 
gineux, lequel se rend, d'une extremite de ce cercle a Fautre, 
pour le fermer. L'os carre passe sous ce bourrelet fibro-carti- 
lagineux, qui forme en cet endroit une espece de pont. Les 
mouvemens de l'os carre n'exercent aucune influence sur la 
membrane du tympan, si ce n'est le mouvement qui pourrait 
etr im prime par cet os a Fe trier par la petite bandelette 
fibreuse qui rem place le muscle de l'etrier et qui s'insere sur 
le perioste lache et epais de l'os carre, ainsi qu'il est facile 
de s'en assurer par l'experience ; en faisant mouvoir cet 
os, la membrane n'est pas le moins du raonde derangee. 
Cette particularite m'a frappe plus d'une fois , et je ne 
sais pas quelle analogie il pourrait y avoir entre cet os et le 
cercle osseux des mammiferes, d'autant plus que ce cercle se 
retrouve chez les Oiseaux. 

La portion interne (cylindrique) de la cavite du tympan est 
formee par l'os carre en partie. Cet os, comme je viens de le 
dire, passe sous une espece de pont fibro-cartilagineux qui 
complete en cet endroit le cercle osseux. L'os carre s'articule 
dans l'interieur de la caisse du tympan par une arthrodie, 
qui permet des mouvemens assez etendus. Il n'y a qu'un e 
petite partie de cet os qui soit renfermee dans la cavite du 
tympan, et cette partie presente, a sa face inferieure , externe , 
une ouverture a travers laquelie penetre Fair, qui du tympan 
se rend dans les cellules de cet os eminemment spongieux. 

A la partie superieure et posterieure de la face interne sont 
les ouvertures des cellules mastoidiennes; vers la partie infe- 
rieure et anterieure est Fouverture de la trompe d'Eustachi, qui 
communique avec les cellules de la base du crane. 



39. BhESCHET. — Oj'gane tie L'ouie dans les Oiseaux. 

La partie retrecie ( cylindrique) de la cavite du tympan est 
comme je l'ai deja dit, etendue de dehors en dedans, elle ne 
contient que la tige de Vetrier; au fond, elle presente deux ou- 
vertures, dout Tune, bouchee par la base de Tetrier, est per- 
pendiculaire a la direction de fespece de canal que forme la 
partie retrecie, interne du lympan , c'est la fenetre vestibulaire; 
Fa litre ouverture, dirigee parallelement a l'axe de la partie in- 
terne, retrecie du tympan, est simplement fermee par line 
membrane que j'appellerai membrane du tympan secondaire. 

Le tympan secondaire fait suite a la cavite tympanique, c'est 
une cavite presque hemispherique, tapissee, a 1'interieur, par 
une membrane essentiellement vasculaire et remplie de liquide. 
Sesparois osseuses sontpercees de deux trousbouches par deux 
membranes; Tune, membrane du tympan secondaire, est celle 
que nous venons de citer; sa direction, avons-nous dit, est 
parallele a l'axe de la partie retrecie du tympan; ainsi 1'une 
des faces de cette membrane est en contact avec Fair et l'autre 
avec le liquide renferme dans le tympan secondaire. L'autre 
ouverture pratiquee dans les parois du tympan secondaire, et 
qui fait communiquer celui-ci avec la rampe tympanique du 
limaron, est la fenetre cochleenne. Cette fenetre, fermee par la 
seconde membrane placee comme un diaphragme entre deux 
cavites remplies de liquides, est constamment baignee d'eau. 
Elle est excessivement mince, et surplus de cinquantelimacons 
que nous avons examines, nous ne Tavons vue que rarement 
intacte. Nous croyions autrefois qi3e la cavite du tympan secon- 
daire n'etait autre chose qu'un prolongement de la rampe tym- 
panique, mais la decouverte de cette membrane, et la lecture 
attentive de l'ouvrage (f) de Scarpa sur ce sujet, nous out fait 
changer didee. 

Le tympan secondaire est done une cavite supplementaire 
qui ne recoit point de filet du nerf acoustique. Les parois os- 
seuses de cette cavite existent aussi chez Thomme; on sait que 
la membrane de la fenetre cochleenne est placee au fond d'une 

(i) De sti uclura fenoslrre rotunda* auris, ct dc tympano sccundario analom. observat. Mu- 
line. i-?2. 



r>RT:scHtT. — - Organe de Vouie dans les Oiseaux. 33 

cavite; eh bien! si l'entree de cette cavite etait fermee par ime 
autre membrane, nous aurions egalement notre tympan se- 
condaire. II ne tient done qua la presence d'une membrane, 
et l'analogie serait parfaite. 

La huitieme paire de nerfs des anciens passe immediate- 
ment derriere la paroi osseuse du tympan secondaire, quelque- 
fois ces nerfs en sont teilement rapproches qu'ils forment la 
paroi posterieure de cette cavite, En cet en droit , la sub- 
stance osseuse qui separe ordinairement les nerfs du liquide 
contenu dans le tympan secondaire manque; e'est une dispo- 
sition que nous avons plusieurs fois rencontree sur 1'Oie et sur 
d'autres Oiseaux, mais nous la regardons comme une ano- 
malie. 

Les anatomistes n'ont jusqu'a present, en general, admis 
qu'un seul osselet pour l'oreille des Oiseaux. Cependant, comme 
nous 1'avons deja dit, un examen ai ten tif nous a fait reconnaitre 
presque toutes les parties des osselets des mammiferes. L'etriec 
seul est osseux, les autres pieces restent cartilagineuses; on re- 
trouve tous les elemens du marteau : quant a Fenclume, nous 
avouons que le rapprochement est un pen plus difficile a eta- 
blir. Quoi qu'il en soit, la grancle analogie qui existe entre les 
autres parties de foreille des mammiferes et des Oiseaux nous 
permet de forcer ici un pen la comparaison. 

Les articulations de ces parties entre elles ne sont pas bien 
distinctes, I'etrier est osseux et les deux autres osselets sont 
cartilagineux, la ligne de demarcation entre ceux-ci n'est pas 
toujours bien tranchee. 

Le marteau, le plus exterieur de ces osselets, s'articule d'un 
cote avec 1'enclume , et de l'autre avec ce dernier osselet et I'e- 
trier; en dehors, il est en grande partie contigu-a la membrane 
du tympan : il y a meme continuite de substance entre cette 
membrane et toute la partie qui remplace le manche du mar- 
teau. 

L'apophyse grele (processus gracillimus) n'est pas continue 
avec la membrane du tympan; elie se porte en dedans en d(> 
crivant une legere courbure dont la concavite regarde en has , 
et vient se perdre sur le cercle osseux, vers l'insertion de la 

V. Zoor,. — Jhm'kr, 3 



3/j breschjst. — Organic de roue clans les Oiseaux. 

membrane clu tympan, tout aupres de la scissure de Gla- 
scr. 

La portion qui represented corps du marteau est, en ge- 
neral, fort petite (voyez la planche 1 ). II s'articule en partie 
avec l'enclume et en partie avec l'etrier ( voyez les memes 
figures.) 

Le marteau n'a, a proprement parler, qu'un seul muscle, le 
muscle externe (laxator) de la membrane du tympan. Ce muscle 
(voy. planche i, fig. 2 d' et fig. 8, b) s'attache sur le marteau 
au point de jonction clu manche avec le corps de cet osselet, 
il a un tendon qui est d'abord confondu avec la membrane du 
tympan; mais apres avoir quitte cette membrane, le tendon 
s'engage dans un canal osseux, sort du tympan, devient charnu, 
et vient s'attacher a la partie inferieure, posterieure et interne 
de cette cavite, recouverte en cet endroit par les nerfs pneumo- 
gastrique et glosso-pharyngien, et ce dernier clonne nais- 
sance a un ganglion considerable un pen avant sa sortie du 
crane. 

Le muscle interne du marteau [tensor tympani) n'existe, 
chez les Oiseaux , qua Tetat rudimentaire (voy. pi. 1, fig. 2, d 
et fig. 5); e'est une petite bandellette fibreuse, surtout bien 
distincte chez le Dindon, ou elle est separee de la membrane 
du tympan. Nous l'avons examinee sur une multitude d'autres 
especes, ou nous Tavons constamment trouvee unie avec cette 
membrane, et sous la forme d'une bande nacree, se portant 
dans la direction indiquee. Cette bandelette s'insere sur le 
marteau; de la elle se porte en avant et en dedans, passe 
au-devant de la trompe d'Eustachi dont elle suit la direc- 
tion, et se perd sur la membrane fibro-cartilagineuse qui ta- 
pisse lmterieur de cette trompe. Les usages de ce muscle sont 
tres bornes; il ne peut communiquer au tympan d'autres mou- 
vemens que ceux qu'il recoit de la trompe d'Eustachi, a la- 
quelle s'insereut des muscles assez forts. 11 est inutile de dire que, 
lorsqu'on tiraille cette bandelette ou la trompe d'Eustachi a la- 
quelle cile s'iniplante, on opere la tension de la membrane du 
tympan, tandis que, si on tiraille le tendon du muscle ex* 



breschet. — Organe de route dans les Oiseaux. 35 

terne, on la relache, experience qui prouve manifestement 
leur usage. 

Nous avons declare plus haut que la membrane du tympan 
des Oiseaux n'avait pas besoin de ce muscle pour etre tendue, 
que Pelasticite des cartilages suffisait pour operer cette tension; 
mais la nature ne deroge pas facilement a une loi etablie; si cet 
organe est inutile a un animal queleonque, il n'existe chez lui 
qu'a Petat rudimentaire , mais il existe. 

Nous n'avons que fort peu de chose a dire de l'enclume ; c'est 
line piece cartilagineuse qui s'etend de Papophyse grele du mar- 
teau au sommet de Petrier, ou elle s'articule avec cet osselet par 
arfhrodie et avec le marteau par symphise (voy. fig. 2, d.) 

Nous sommes deja convenu plus haut que Panalogie etait ici 
un peu forcee, car on ne voit pas ordinairement l'enclume s'ar- 
ticuler avec Papophyse longue du marteau, mais voila le fait. 

L'etrier est le mieux caracterise de tous les osselets, il est 
entierement osseux ; ce qui le distingue un peu de celui des 
mammiferes, c'est qu'il n'a qu'une seule tige (coiumelle), tandis 
que celui des quadrupedes offre plus ou moins d'analogie avec 
l'instrument dont il porte le nom. A cela nous repondrons ce 
que nous avons deja exprime dans une autre occasion: c'est que, 
sur un foetus de veau, nous avons vu cette piece offrir la merae 
forme que chez les Oiseaux, et chez certains Oiseaux la tige de 
l'etrier nait par deux racines sur la disque, lesquelles sont se- 
parees par un trou, de maniere qu'il y a deja un commence- 
ment de composition de la columelle en deux branches ; mais 
chez la plupart des Oiseaux la tigelle nait par trois, quatre, 
cinq ou six racines, et Panalogie est alors moins frappante. Pres 
de Participation malleo-incudi-stapedienne, la columelle presente 
un petit prolongement fibreux qui se dirige en avant et un peu 
en dehors, et se perd dans le perioste lache qui recouvre la 
portion tympanique de Pos carre. Ce petit prolongement est le 
vestige du muscle de Petrier (voy. meme fig. A.) 

La difficulte des recherches, la petitesse des objets et sur- 
tout le manque de temps, nous ont empeche de poursuivre 
nos recherches sur les filets nerveux qui parcourent cette partie 
on qui s'y distribuent. Cependant quelques-uns d§ ces nerfs^ 

3. 



36 ereschet. — Organe de Vonie dans les Qiseaux. 

particulierement le nerf facial et la corde da tympan, ont ete 
decrits ailleurs, nous y renvoyons. (i) 

DU LABYRINTHE. 

Nous alions voir maintenant comment le labyrinthe de 1'oreille 
des Oiseaux se distingue d'une maniere frappante de tous les 
autres labyrinthes, quoiqu'il soit fait d'apres le meme type. 

Le labyrinthe de 1'oreille des Oiseaux presenteles meme? par- 
ties que de celui des mammiferes, c'est-a-dire qu'il se compose du 
vestibule, des canaux semi-circulaires et du limacon. Cette divi- 
sion de 1'oreille interne est placee, comme toujours, entre les 
deux orifices craniens, dont l'un est destine an passage de la 
cinquieme paire de nerfs et l'autre a celui de la paire vague. 
Situe en dedans de 1'os carre, a la region posterieure, inferieure 
et laterale de la tete, le labyrinthe est engage entre les deux 
lames ou dans le diploe des os du crane, ayant les canaux demi- 
circulaires diriges en haut et un peu en arriere, et le limacon 
en bas et un peu en avant, la tete de l'Oiseau etant supposee 
placee sur un plan horizontal. 

A la face externe et moyenne du labyrinthe se trouvent 
deux orifices plus ou moins arrondis et separes run de 
Tautre par une petite bride osseuse, ce sont les deux fenetres 
du labyrinthe. La fenetre supcrieure est la plus petite, pas tout- 
a-fait circulaire, elle a une forme legerement triangnlaire a 
angles presque arrondis. Dans l'etat frais, elle est fermee par la 
plaque de Tetrier, unie par une membrane assez resistante aux 
bords de cette ouverture, qui, comme nous Tindique fanalogie, 
est la fenetre vestibulaire. L'autre fenetre, plus grande, pla- 
cee derriere la precedents, est dirigee de haut en bas et de 
dehors en dedans, de maniere que Tune des faces de la mem- 
brane qui la tient bouchee regarde en avant et l'autre directe- 
ment en arriere. Cette fenetre est a Tentree d'une cavite parti- 
culiere, que Scarpa nomine tympan secondaire (2), qui nous 

(i) Voyez lc Memoire que nous avons present c a l'Academie royale des Sciences , 1826, 
nlitulc : Memoire sur lc plexus neiveux du tympan dans i'homme et hs anitnaux, 

(a) De structural fenestra rotunda? auris et de tympano secundario , anatomicce observation 
nt"s Mutin,T f 17781 



breschet. — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 07 

avait paru d'abord n'etre qu'un prolongement de la rampe tym- 
panique,parce que primitivement nous n'avions pas decouvert 
de cloison pour separer ces deux cavites. Cette ouverture, 
que nous appellerons orifice du tympan secondaire, placee 
en dessous de la precedente, est un peu allongee, elliptique, 
le grand diametre de l'ellipse etant dirige de devant en arriere. 
A l'etat trais , elle est mollement recouverte par la membrane 
muqueuse qui tapisse la eaisse. 

DU TYMPAN SECONDAIRE. 

Le tympan secondaire est dans une cavite dont la forme est 
difficile a definir; elle presente deux ouvertures, dont l'exte- 
rieure est celle que nous venons de decrire; l'autre, interieure, 
est la veritable fenetre cochleenne , Tune et l'autre egalement 
fermees par une membrane. Le tympan secondaire estrempli par 
un liquide analogue a la perilymphe du labyrinthe; ses parois 
sont tapissees par une membrane excessivement vasculaire , de 
maniere que si Ton ouvre cette cavite sansbeaucoup d'attention, 
on pourrait croire quelle n'est remplie que par un plexus devais- 
seaux. Quelques-uns de ces vaisseaux traversent la fenetre co- 
chleenne^ pour se repandre dans la rampe tympanique, et aller 
s'anastomoser avec les autres vaisseaux duJimacon. 

La face interne et moyenne du labyrinthe offre un petit 
enforcement perce d'un certain nombre d'orifices pour le pas- 
sage des filets du nerf acoustique; cet enfoncement correspond 
a ce qu'on a Thabitude chez l'homme d'appeler conduit auditif 
interne. 

Le plus grand des orifices, qui se trouve dans cet enfonce- 
ment, est destine au passage du nerf du limacon, cet orifice 
est en bas. En baut sont trois autres orifices beaucoup plus 
petits et destines, l'anterieur au passage de deux filets nerveux 
ampullaires et du filet utriculaire , le moyen au passage du filet 
nerveux sacculaire ^ et le posterieur encore a un filet nerveux 
ampullaire. En avant de l'enfoncement qui constitue le conduit 
auditif interne, se trouve un dernier petit orifice qui est destine 



38 imtfscHET. — Organe de Voule dans les Oiseaux. 

au passage cle la portion dare de la septieme paire de nerfs. 

Un pea au-dessus et en arrxere du conduit auditif interne, on 
observe un petit orifice legerement saiilant, fort distinct et perce 
obliquement dans les parois du labyrinthepour s'ouvrir dansle 
vestibule : c'est l'aqueduc du vestibule, dont l'existence ne sup- 
porte pas le moindre doute, quoiqu'on Fait nie dans les oiseaux. 
Nous avons trouve cet aqueduc dans toutes les especes que nous 
avons dissequees. 

Quant a 1'aqueduc du limacon, nous en avons quelquefois 
observe ia presence dans la Chouette; mais souvent nous l'avons 
cherche vainement, soit parce qu'il n'existait pas, soit plutot 
parce qu'il avait deja disparu par le travail de l'ossification. Cette 
difference tenait done a lage de 1'animal; et dans ces pretendus 
aqueducs, consideres sur de jeunes oiseaux, on apercevait tou- 
jours des rameaux vasculaires. Quand cet aqueduc exislait, nous 
en avons remarque Torifice interne en[dedans du bord poste- 
rieur de lafenetre cochleenne; cet orifice menait dans un canal 
fort etroit qui traversait obliquement la paroi du limacon, et 
qui s'ouvrait vers le milieu du bord concave de ce dernier. 

Dans tous les Oiseaux, le labyrinthe osseux est facile a pre- 
parer, parce qu'il est forme de substance compacte , laquelle est 
entouree de tissu areolaire : il suffit d'enlever ce dernier pour 
avoir le labyrinthe osseux bien isole et les canaux semi-circu- 
laires ainsi que le limacon bien configures. 

DE LA. COCHLEE OU LIMACON. 

Le limacon forme un prolongement conoide , creux , mousse 
a son extremite, legerement courbe, ayant plus ou moins d'e- 
tendue, suivant les especes. II n'est point ouvert a son sommet, 
ainsi que Yicq-d'Azyr le represente. (i) 

DU VESTIBULE. 

Entre le limacon et les canaux demi-circulaires, se trouve le 
vestibule, cavite irregulierc, qui sert en quelque sorte derendez- 

(r) Voye*les figures donuees par Yicq d'Azyr. Menioire cite dans fiotre partie lust0rique< 



breschet. •*— Organe de Voiue dans les Oiseaux. 3 9 

vous aux differens canaux qui concourent a former le labyrin- 
the : c'est la, en effet, qu'aboutissent les canaux denii-circulai- 
res. Le vestibule est proportionnellement plus petit clans les 
Oiseaux que dans les mammiferes. 

DES CA.WA.UX DEMi-CIRCULAIRES. 

Les canaux demi-circulaires des oiseaux sont caracterises par 
une disposition toute particuliere , dont on ne trouve pas 
d'exemple dans les autres classes d'animaux vertebres. 

Comme dans les mammiferes, les reptiles et les poissons, 
leur nombre est cle trois , et cbacun presence, a Tune de ses ex- 
tremites, un renflement pour contenir une ampoule. Deux de 
ces renftemens sont en avant, et I'autre en arriere; ce dernier 
remplace le canal semi-circulaire posterieur, les deux autres re- 
presented le canal anterieur et le canal externe. 

Le canal anterieur est toujours le plus grand; c'est lui qui s'e- 
tend directement en baut. Les deux autres canaux, plus petits, 
se distinguent parce qu'ils se croisent dans le milieu de leur 
ctendue. Les canaux anterieur et posterieur se reunissent, 
comme dans les mammiferes , pour former le canal commun ; 
mais leur mode de reunion est different dans les oiseaux, en ce 
que, avant de se joindre, ils passent Tun au-devant de I'autre, 
ensorte que le canal anterieur aboutit a Tangle posterieur du 
sinus commun; et le canal posterieur a Tangle anterieur du 
meme sinus (Voy. pi. 1, fig. 4? °\ etc.). Cette fdisposition est 
constante cbez tous les Oiseaux, au moins chez tous ceux que 
nous avons disseques. Gependant nous avons remarque^ sur 
plusieurs Oiseaux de proie , ainsi que sur le Corbeau , une 
disposition particuliere : le canal externe, apres son entre- 
croisement avec le canal posterieur, s'entrecroise avec le canal 
commun, puis s'en separe pour aller s'ouvrir dans la cavite du 
vestibule. (Voy. pi. 1, fig. 4» etc., etc.) 

Le canal commun est large et tres court ; il s'ouvre dans le vesti- 
bule immediatement au-dessus de Taqueduc propre a cette cavite. 

Les canaux posterieur et externe se croisent a-peu-pres a angle 
droit, comme nous Tavons deja dit : ceci est encore une dis- 



4o BRESCHtjT. — Organe de I'ou'ie dans les Oiseaux. 

position propre a l'oreille ties Oiseaux, et que nous avons re- 
trouvee sur toutes les especes examinees par nous. Ge croise- 
ment est tei que les cavites des deux canaux communiquent 
pleinement l'une avec l'autre. 

Les deux communications que je viens de signaler entre 
les canaux semi - circulates ne sont assurement pas sans in- 
fluence sur l'audition. Elles constituent encore un de ces carac- 
teres qui distinguent l'oreille des oiseaux, et qu'on ne retrouve 
plus ailleurs. 

Si nous passons maintenant a la description des parties molles 
contenues dans la cavite labyrinthique, nous aurons a exami- 
ner : i° le labyrinihe membraneux ; i° les parties molles conte- 
nues dans le limacon; 5° l'humeur de Cotugno , ou la perilym- 
phe; 4°lhumeur contenue dans les tubes et les pctits reservoirs 
du labyrinthe membraneux , ou V Endolymphe {yiitrne auditive); 
5° les Otoconies, ou petits amas pulverulens. 

i° Le labyrinthe membraneux a la forme du vestibule osseux 
et des canaux derni-circulaires , dont il remplit les cavites de 
maniere a laisser un leger intervalle entre lui et les parois os- 
seuses. Get intervalle est occupe par la perilymphe et par des 
brides d'un tissu cellulaire extremement delicat, brides qui vont 
du vestibule membraneux aux parois osseuses. 

Ce qui frappe d'abord, lorsqu'on examine le vestibule mem- 
braneux des Oiseaux, c'est la grandeur des ampoules et la peti- 

tesse du sac. 11 suffit, du rcste, de jeter un regard sur nos figures 

(pi. ii, fig. 4 ? 5, io), pour voir que le vestibule membraneux 

est ici construit sur le meme plan que chez les mammiferes et 

les poissons. 

Le sinus median, Xutricule et le sac se confondent presque en 

une seule cavite, et communiquent iargement Pun avec l'autre. 
Les deux derniers cependant se distinguent facilement par la 

presence de concretions calcaires {otoconies). 

2° Le sinus median se continue en haut par le tube commun, 

et reeoit en cet endroit 1'extremite non renflee du tube externe; 

en basil communique avec le sac qui n'en est qu'une sorte de 

petite a; riere-cavite; en avant ii se continue avec l'utricule, et 

en arriere avec l'ampoule posterieure. 






breschet. — Organe de Vou'ie dans les Oiseaux. 4 1 

Z°Uulricule est a eileseule plus considerable que toutle sinus 
median ; elle se trouve a la partie anterieure de ce dernier et 
donne attache aux deux ampoules anterieure et externe. Elle 
contient dans son interieur un noyau de poudre calcaire, tres 
visible a 1'ceil nu, et recoit un pinceau assez fort du nerf auditif. 
Elle occupe une grande partie du vestibule. 

4° Le sac n'est qu'un petit renflement du sinus median, il se 
trouve immediatement au-dessous de ce dernier et fait saillie 
entre lui et Tutricule, ii contient une petite quantite de poudre 
calcaire et recoit un filet nerveux. Son ouverture communique 
largement avec le sinus median. Le sac est tout-a-faitrudimen- 
taire dans les oiseaux. 

5° Les ampoules sont les parties les plus saillantes du laby- 
rinthe membraneux, elles ressemblent pour la forme generate a 
celle des autres animaux, sont disposees d'une maniere pareille 
et recoivent chacune un filet nerveux; deux de ces ampoules 
sont en avant (l'anterieure et Fexterne); la troisieme, qui est 
la posterieure, est tout-a-fait en arriere. Les deux premieres 
adherent a l'utricule et la derniere est attachee au sinus median. 

6° Tubes semi-circulaires . Les ampoules remplissent beaucoup 
plus exactement leurs cavites osseuses que les tubes semi-circu- 
laires; ces derniers sont bien prononces. Leur direction est la 
meme que celle des canaux demi-circulaires dans lesquels ils 
sont renfermes. Les tubes anterieur et posterieur se reunissent 
par leurs extremites non renflees pour former le tube comraun, 
qui est large, aplati, et fort court a l'endroit ou se fait le croise- 
ment des canaux demi-circulaires externe et posterieur, les tubes 
passent Fun au-dessus de 1'autre. C'est le posterieur qui passe 
par-dessus Fexterne. 

Le labyrinthe membraneux est forme d'un tissu mince, trans- 
parent et tres delicat. La partie de ce tissu qui forme le sinus me- 
dian et le sac est beaucoup plus fragile que le reste , ce sont 
les ampoules qui ont le tissu le plus fort. Au reste, ce tissu res- 
semble parfaitement, par les caracteres exterieurs , a celui qui 
forme le labyrinthe membraneux de Toreille des mammiferes. 

7° La perilymphe. Entre les parois osseuses des canaux 



4 1 bresciiet. — Organe do Voule dans les Oiseaux. 
semi-circulaires et du vestibule d'une part, et les tubes mem- 
braneux, le sinus median et le sac d'autre part , existe un es- 
pace moins grand dans les oiseaux que chez i'homme et les mam- 
miferes, et surtout que dans les poissons, et principalement les 
chondropterygiens; cet espace est rempli par un liquide aqueux 
que nous avons norame la perilymphe et que nous croyons 
etre le liquide de Cotugno. Cette humeur rernplit aussi la partie 
libre de la cavite du limacon comrae dans les mammiferes. 

8° 11 Endolymphe . La cavite du labyrinthe membraneux con- 
tient un liquide clair, 1' Endolymp he (vi trine auditive), dont la den- 
site ne nous a guere paru plus forte que celle de l'eau ordinaire. 

Deux amas de poudre calcaire (otoconies) nagent dans ce li- 
quide : nous en avons deja fait mention. Un de ces amas se 
trouve dans Futricule, et l'autre dans le sac {otoconies utricu- 
laire et sacculaire). 

9° UOtoconie utriculaire rernplit presque toute la cavite de 
l'utricule, et elle constitue un petit amas de poudre blanchatre 
tres apercevable. io°U otoconie saeculaire ne forme qu'une legere 
traine de poudre blanche. Ces otoconies font effervescence avec 
les acides, et se comportent comme du carbonate de chaux. A 
l'aide d'uue loupe montee, produisant un grossissement de six 
fois le diametre environ, on pent parfaitement bien observer 
ces pheuomenes chimiques. Avec des grossissemens peu consi- 
derables nous avons plusieurs fois reconnu que cette matiere 
puiverulente etait formee par de tres petits cristaux. 

Tout le labyrinthe membraneux est librement contenu dans 
les cavites osseuses et n'y tient d'une maniere fixe qu'aux en- 
droits ou les filets du nerf auditif , apres avoir perce les parois 
osseuses, viennent s'inserer aux ampoules , a Xutricule et au sac. 

Si les parties de Toreille interne que nous avons passees en 
revue jusqu'a present, n'offrent pas des caracteres uniquement 
devolus aux Oiseaux, nous allons voir des particularites encore 
plus frappantes dans le limacon de cette classe d'etres. 

i i°LeLimacon ou Cochlee peut varier d'un genre a l'autre pour 
la grandeur. Dans la Chouette, que nous prenons pour type de 
cette description , il est proportionnellement tres developpe. 
Quand on a un labyrinthe frais et quon ouvrela cavite du lima9on 



breschet. — Organe de Vouie dans les Oiseaux. 43 

apartir des deux fenetres jusqu'au sommet de cette cochlee, de 
maniere a emporter toute la paroi externe, on voit etendue dans 
toute la longueur de la cavite cochleenne , une piece cartila- 
gineuse, qui, commenous le dirons tout-a-l'heure,represente la 
lame spirale du iimacon de 1'oreille des mammiferes , et que nous 
designons sous le nom de cloison cartilagineuse. Elie est con- 
tournee de la raeme maniere que le Iimacon lui-meme ; aplatie 
dans sa partie superieure, terminee en bas par un petit bouton 
arrondi. Toute la partie aplatie presente le long de sa ligne 
mediane, une scissure qui la divise en deux lames qu'on peut 
ecarter lorsqu'on retire la cloison cartilagineuse de sa cavite. 
Quand cet ecartement a lieu, la piece offre plus on moins de 
ressemblance avec une des branches du forceps, ou avec un 
tire-botte , d'ou la comparaison qui en a ete faite par M. Geof- 
froy Saint-Hilaire. C'est peut-etre ce merae corps que Compa- 
retti a compare a une petite nacelle {piece naviculaire.) 

La cloison cartilagineuse laisse en avant, entre elle et la pa- 
rol osseuse, un petit vide longitudinal, espece de canal qui 
s'ouvre en haut dans le vestibule, et qui se dirige, en se retrecis- 
sant, vers le sommet du Iimacon. Ce canal n'est autre chose que 
la rampe vestibulaire. (Voy. pi. ir, fig. o , o.) 

En arriere, la cloison cartilagineuse laisse egalement entre 
elle et la paroi osseuse un autre canal fort etroit, qui commu- 
nique avec le precedent au sommet du Iimacon. Ce dernier ca- 
nal represente la rampe tympanique, car il aboutit a la fenetre 
cochleenne, pres de laquelle il eprouve une dilatation forte et 
subite. (Voy. pi. n, fig. 2. p.) 

Yoila done deux rampes separees par une cloison cartilagi- 
neuse. Ces rampes, corarae nous venons de le voir, ont les 
memes rapports que dans les mammiferes, puisqu'elles s'ou- 
vrent, Tune dans le vestibule, et Fautre sur la fenetre ronde. 
De plus, elles communiquent Tune avec I'autre a Fextremite du 
Iimacon, car la cloison cartilagineuse n'atteint pas le sommet de 
la cavite osseuse, et c'est par 1'intervalle existant entre le bout 
du cartilage et le sommet du Iimacon que la communication se 
fait. Cette derniere circonstance est une analogie de plus entre 
1'oreille des oiseaux et celle des mammiferes* 



44 BRF.scflET. — Organe de Vou'ie dans Les Oiseaux, 

Ce que nous venous de dire serait deja suffisant pour prouver 
que la cloison cartilagineuse est le representant de la lame spi- 
rale des mammiferes; mais un dernier trait d'analogie, et que 
nous allons signaler, ne laisse plus de doute a eet egard. On sait 
que c'est dans la lame spirale des mammiferes que s'epanouit le 
nerf du limacon : eh bien! chez les oiseaux, c'est sur la cloison 
cartilagineuse que se termine le meme nerf (nerf cochleen). 
(Comparez pi. i , fig. 4<7> et fig- 6.) 

12° T^e nerf cochleen, apres avoir traverse la paroi osseuse, 
entre dans Tepaisseur de Tune des deux branches du cartilage 
dontje viens de parler;il s'y divise en rayonnant,le traverse dema- 
niere que les filamens nerveux sortent par les dentelures qu'on 
remarque a Tangle interne de ce cartilage , pour se porter a la 
face externe ou convexe de l'autre branche. Un dernier filet 
descend dans le Lagena , ou petit renflementarrondi qu'on re- 
marque a Textremite inferieure de la cloison cartilagineuse. Ce 
renflement est creux, et forme un sac qui s'ouvre dans la rampe 
vestibulaire, ainsi que cela s'apercoit sur la fig. 4, pi. n. C'est 
dans ce sac qu'est contenu un amas de poudre calcaire, visible 
a travers les parois du tissu cartilagineux (fig. 6, pi. n). Les 
filets superieurs du nerf cochleen aboutissent a un tissu gelati- 
niforme situe au-devant de la cloison cartilagineuse, dans la 
rampe vestibulaire ; ce tissu se concrete par Taction de Talcool. 
Le filet descendant du meme nerf s'epanouit dans le petit sac a 
concretion calcaire {Lagena de Windischmann) qui se trouve au 
bout de la cloison cartilagineuse. La scissure que presente cette 
cloison n'est pas une fente qui la traverse; elle n'est pas beante; 
elle est au contraire fermee, excepte a son extremite inferieure, 
ou elle forme Xhelicotreme , par un tissu membraneux tres de- 
licat, dans lequel vient se terminer le nerf cochleen , et des 
vaisseaux sanguins, dont la principale branche, reposant sur le 
cartilage, le contourne, en envoyant sur la membrane une mul- 
titude de rameaux, qui forment un reseau tres fin et tres joli. 
C'est au-devant de ce tissu membraneux que se trouve la sub- 
stance gelatiniforme dont nous avons parie tout-a-Theure. 

La perilymphe ou humeur de Cotugno est moins abondante 
dans les Oiseaux que dans les mammjferes, parce que le labyrin- 



ereschet. — Organe de Voiiie dans les Oiseaux. /j5 

the membraneux remplit mieux la cavite osseuse. Elle existe evi- 
demment entre les tubes et les canaux demi-circulaires. Autour 
des ampoules, il n'y en a presque pas, ou du moins elle est tres 
peu apparente , et ces parties semblent etr.e appliquees contre 
les pieces osseuses. Mais il y a une plus grande quantite de Pe- 
rilymphe qui entonre le sinus median , et surtout le tube com- 
mun. Comme les rampes sont beaucoup moins spacieuses que 
dans les mammiferes, il y a anssi bien moins de Perilymphe : 
ajoutez a eela que la majeure partie de la rampe vestibulaire est 
remplie par la substance gelatiniforme dont il a deja ete ques- 
tion. La Perilymphe n'est pas separee dans plusieurs loges : elle 
communique partout avec elle-meme; il n'y a aucune portion 
qui soit tout-a-fait separee des autres. La Perilymphe d'une 
rampe communique avec celle de l'autre rampe. Le tympan 
secondaire est egalement rempli d'un liquide analogue a la pe- 
rilymphe, quoiqu'il n'y ait plus de communication manifeste 
entre cetle cavite et celle du labyrinthe. 

L'oreille des Oiseaux ne s'eloigne done pas du type general : 
non-seulement elle presente des concretions dans les cavities ou 
nous en avons decouvert chez les mammiferes, les poissons et 
les reptiles, mais encore il existe des Otoconies dans le limacon; 
et nous n'en avons pas vu bien manifestement dans les premiers 
de cesanimaux, si ce n'est dans quelques oreilies de jeunes foetus, 
ou nous avons trouve, pres du soramet du limagon,la lame spi- 
rale parsemee d'une poussiere blanche analogue a i'otoconie. 

Scarpa s'est done trompe, en disant qu'on ne rencontre au- 
cune matiere cretacee dans le labyrinthe des oiseaux. Sou vent, 
dans l'etude longue et difficile que nous avons faite de l'oreille 
interne, lorsque nous pensions avoir decouvert une disposition 
non encore signalee, Scarpa venait nous montrer que deja il avait 
indique ceite conformation. Mais ici il en est autrement (i), et 
nous croyons etre le premier a signaler la presence de ces Lapilli 
dansle labyrinthe des Oiseaux, ou ces Otoconies offrent ceci de 
particulier, qu'on les trouve dans deux parties bien distinctes du 



(i) Sacculum vesiibuli cum materie crelacel in Avihus reperimus r.ullum, $iv, p, 30, 
D'sqtiU, anatom. 



46 bresciiet. — Organc de Vouie clans les Oiseaux. 

labyrinthe : i° clans les poclies du vestibule; 2° dans le renfle- 
mcnt ou ampoule dc l'extremite inferieure du limacon. 

Cette description du labyrinthe a ete principalement faite d'a- 
pres l'oreille d'oiseaux de proie nocturnes , et surtout d'apres 
1'oreille du Strix flammea et du Strix bubo. La plupart des fi- 
gures, executees avec beau coup de soin, de la planche n, ap- 
partiennent a l'oreille du premier de ces oiseaux. 

Pour completer cette description, nous letendrons a quelques 
autres Oiseaux, et nous ajouterons quelques considerations sur 
l'arrangement des nerfs, des vaisseaux et des autres parties 
molles de la cochlee. 

La forme exterieure de la cochlee est celle d'un cone re- 
courbe, dont la base est en haut et l'extremite libre, ou le som- 
rriet est plus ou moins renfle. Ge sommet presente line cour- 
bure dont la concavite regarde en arriere et en dehors. 

Sur la face externe, on remarque deux ouvertures dont 
l'anterieure est superieure , a-peu-pres circulaire , formee par 
la base de Terrier, communique avec la cavite fdu vestibule. 
L'ouverture inferieure et posterieure est l'orifice interne de la 
rampe tympanique du limacon. Sur la face interne du limacon, 
on apercoit une ouverture dont le fond offre une paroi percee 
de plusieurs petits trous, destines a livrer passage au nerf acous- 
tique. Une branche principale de ce nerf est destinee au li- 
macon; elle en traverse la paroi osseuse, et s'y comporte 
a-peu-pres comme lorsque le meme nerf traverse la colu- 
melle ou modiolus du centre de la cochlee de l'oreille des 
mammiferes. 

L'interieur de la paroi osseuse n'appelle Fatten tion par au- 
cune particularite; elle est partout tapissee par une membrane 
extremement mince et vasculaire, qui fait corps avec les parties 
molles du limagon , et que Ton pourrait separer de la surface 
osseuse avec la plus grande facilite, si elle avait un peu plus de 
resistance. 

De meme que chez les mammiferes, le limacon des oiseaux est 
divise en deux rampes : la rampe tympanique et la rarnpe vesti- 
bulaire ; la premiere, fermee par la membrane de la fenetre co- 
chleenne, est par cette membrane separee du tympan secon- 



BREScriET. — Organe de Vouie dans les Olseaux. f.\^j 

daire. Sa cavite presente moins d'etendue que celle de la 
suivante. 

La rampe vestibulaire, plus ample que la rampe tympanique, 
communique d'un cote avec le vestibule, par une ouverture as- 
sez large, a travers laquelle passent un vaisseau et du tissu cel- 
lulaire, qui etablissent une continuite de tissu entre les parties 
molles du vestibule et celles du limacon. A l'autre extremite, 
cette rampe s'ouvre dansle Lagena , et communique, par XHe- 
licotreme, avec la rampe tympanique. Nous aurons i'occasion de 
revenir sur Fexamen de ces differentes parties. C'est dans la 
rampe vestibulaire que s'epanouissentlesdernieres ramifications 
du nerf cochle'en. Ces deux rampes sont, comme touteslesautres 
parties dulabyrinthe, remplies par un liquide incolore, qui s'e- 
vapore avec facilite et promptitude. (La Perilymphe cockieenne.) 

Les vaisseaux et les nerfs du limacon sont en rapport avec la 
partie superieure du corps cartilagineux dont nous avons deja 
parle.Inferieurement, ce corps offre une poche plus ou moins ren- 
flee, qui est le Lagena de quelques modernes. Ce corps cartilagi- 
neux, dont la forme generale, comme nous 1'avons vu, a €te compa- 
ree a celle d'un tire-botteou d'une cuillerde forceps, a une dispo- 
sition toute particuliere, qu'on ne peut bien concevoir que pa. a un 
dessin (i). II resulte de deux prismes triangulaires continus par 
leurs extremites superieures, correspondant, d'une part, a la 
partie superieure de l'orifice interne de la fenetre cochleenne; 
se continuant, d'autre part, en bas, en laissant entre eux un 
ecartement, et se reunissant.de nouveau pour s'epanouir et 
produire le renflement dont nous avons parie (Lagena), 

Ces deux portions cartilagineuses ne sont pas regulierement 
triangulaires, mais ainsi que nous 1'avons fait representer d'a- 
pres 1'oreille du Falco nisus L., du Falco tinnunculus. La 
face du triangle qui, dans la position naturelle, regarde enavant 
et en dehors, est plus large que les deux autres, et Tangle leplus 
aigu est tourne vers le cartilage du cote oppose. Le cartilage 
superieur interne presente, en outre, sur cebord, des dentelures 
aigues qui donnent passage a des filamens du nerf cochleen, qui 



(t) Voyez les plancbes. 



4 ft eresciikt. — Organc de Vouie dans les Oiseaux. 

traversent l'epaisseur de ce cartilage pour se porter sur la face 
convexe, ou face anterieure et externe du cartilage oppose, pour 
concourir a la formation deslamelles auditives, dont nous par- 
lerons plus tard. 

Les cartilages se terminent en bas par le renflement mera- 
braneux en forme d'ampoule (Lagena de Windischmann); ce 
renflement est une cavite en cul-de-sac remplie de perylimphe 
avec laquelle communiquent les deux rampes du limacon. Le 
liquide contenu dans fampoule ne peut etre autre chose que 
de la perilymphe puisque les deux rampes du limacon s'ouvrent 
dans cette poche et etablissent ainsi leur communication. 

Cette cavite de Tarn poule(Za^/z«) present e avec le sac une autre 
sorte d'analogie ; c'est qu'elle contient une matiere blanche cal- 
caire, Otoconie cochleenne , qui affecte dans sa disposition la 
figure d'un fer-a-cheval et sur le pourtour delaquelle viennent 
se terminer les dernieres extremites du nerf cochleen ampuU 
taire. Les parois de Tampoule sont formees de deux membra- 
nes minces, entre lesquelles sont situees les dernieres divisions 
du ncrf. Les vaisseaux de la cochlee sont fournis d'un cote par 
le plexus vasculaire que nous avons signale dans le tympan se- 
condare, d'un autre cote il y a une branche vasculaire qui 
provient de l'interieur du vestibule. 

Ces deux vaisseaux s'anastomosent par arcades sur la face 
interne ou convexe de fampoule (Voyez la planche i , fig. 
j3, etc. ). A la face anterieure externe, des vaisseaux 
s'anastomosent de la meme maniere, mais seulement par 
des ramuscules, et contribuent a former avec les petits 
filamens nerveux, les lameiles auditives de Treviranus (i). 
Lorsque tons ces petits vaisseaux sont heureusement injec- 
tes, ils forment up reseau admirable qui cache les filamens 
werveux places au-dessous. Si au contraire ces vaisseaux sont 
vides, les irerfs seuls paraissent, et se font distinguer par leur 
blancheur. Cette circoustance de distension des vaisseaux par 



(i) Cber den iimcrn Ban der schnecko des Ohrs d<r Vogel. — Zciiscliftft fiir Physiologic, 
Ertter I»j»ii i Htsfi ir, Heidelherg, 182 5. 



bresciiet. — Organe de I'ouie dans les Oiseaux. 49 

line matiere colorante, ou cle leur etat de vacuite,donni' ex- 
plication cle la difference de notre sentiment, avec celui de 
Trevarinus qui considere ces lamelles comme uniquement 
nerveuses (i) et de celui de Windischmann (2) qui les con- 
sidere comme formees exclusivement par des vaisseaux san- 
guins. Pour apercevoir, et reconnaitre les nerfs , il ne faut pas 
injecter les vaisseaux, et lorsqu'on desire etudier les vaisseaux, 
il faut sacrifier les nerfs, ou renoncer a les voir. Toutes les par- 
ties membraneuses du limacon sont essentiellement nerveuses 
et vasculaires, mais les vaisseaux sont excessivement petits ot 
deiies. C'est sans doute a cette tenuite que nous devons attri- 
buer l'impossibilite ou nous avons toujours ete de distinguet 
les arteres des veines. Dans ces reseaux terminaux, les commu- 
nications sont si multipliers, entre ces deux ordres de vaisseaux, 
que l'iujectiori passe facilement des arteres dans les veines; 
c'est ce que nos etudes anatomiques nous ont fait souvent re- 
connaitre dans les divers tissus organiques , et c'est ce que 
M. Doellinger (3) a bien represente par des figures pour les vu% 
losites intestinales. 

Les nerfs du limacon traversent, comme nous Tavons deja 
dit, la face interne de la paroi osseuse de cette partie du la- 
byrinthe. On apercoit sur cette face, un trou ou plutot une 
depression au fond de laquelle on remarque plusieurs pertuis, 
mais surtout un plus grand que les autres, lequel est destine a 
livrer passage au nerf cochleen ampullaire (4). Apres avoir tra- 
verse la paroi osseuse de cette lame criblee, les fibres du nerf 
cochleen s'ecartent en rayonnant. (Voyez les planches.) La 
portion lamellaire traverse lepaisseur du cartilage superieur 
interne. Les filamens sortent par les dentelures dont nous 
avons deja parle et vont se perdre sur la surface convexe de 



(1) Loc. cit. 

(2) De penitiori auris in amphibiis structurd. Lipsiae, i83i, 4°- 

(3) De vasis sanguifetis quce <vitts intestinorum tenuium hominis, brutorumque insunt. 
Dissert, anatom. , auct.J. Doellinger. — Monachii. 1828. 

(4) Voyez la planche 1 et 2, representant le labyrinthe auditif du Strix flammea , vu sous 
toutes ses faces. 

V. Zooi.. — Janvier. A 



So "bresciiet. — Organe de Vouie clans les Oiseaux. 

l'autre cartilage en conccmrant a former ainsi les lamelles 
auditives. 

La portion ampullaire , e'est-a-dire celle qui se rend a l'am- 
poule terminale du limacon (lagend) forme un cordon a part 
.bientot ce nerf s'engage sous line membrane cellulo-vasculaire 
extremement mince, et arrive ainsi jusqu'a lorigine de Parri- 
poule (Lagend) ou il se divise en plusieurs filamens qui bientot 
se subdivisent, et forment des arcades anastomotiques sembla- 
•bles a celles des arteres mesenteriques, de la convexite des- 
qnelles partent une infinite de filamens excessivem enttenus 
et qu'il nous a ete impossible de suivre plus loin Les divi- 
sions de ce nerf sont renfermees entre deux feuillets mem- 
braneux. 

Nous venons de decrire la lame exterieure, et quant a la lame 
Interieure, elle parait etre la continuation ou l'epanouissement 
des cartilages. Nous venons de decrire aussi d'une rnaniere 
assez generale, les formes et la structure du limacon des Oi- 
seaux. Quant aux diverses varietes dans ses formes, on en trou- 
vera des exemples sur les dessins que nous joignons a ce 
Memoire, et par lesquelles nous avons represente la disposition 
de Torgane auditif de beaucoup d'Oiseaux appartenant a des 
families differentes. 



DESCRIPTION DES FIGURES. 



PLANCHE I. 



Fig. i. Tetc dcCorbeau {Cornis Corax L.), labyrinthc en place et de grandeur naturefftf. 

a. If. c. canaux demi-circulaircs; d. i'cnelre veslibulaire; e. fenetre corhlcaire; /. limacon en 
coelilee. 

Fig. 2. Chaine des ossclets grossis; a. corps du marteair, b. h. manche du marteau, qui 
appuie sur la membrane du tympan ; c. processus gracilUmus ; d. vestige du muscle tenseur du 
tympan ; d\ muscle cxterne du marteau ; e. piece qui represente l'enclume;/ tige de l'etrier; 
g. base de cet ossclel; h. vestige du muscle de l'etrier. 

Fig. 3. a. a. a. a. Canaux dcmi-circulaires avec leurs ampoules de l'orcille du Corbeau; 

b. limaron; c. portion cartilagineusc contenue dans le limacon pour en constituer lesrampes; 
une portion de ce cartilage a ete enlevee en haut et a gauche; d. sommct osseux de cette co- 
elilee correspondant an lagena ou ampoule qui est renfermee dans sa. cavite. 



breschet. — Organe de Fouie dans les Oiseaux. 5i 

Fig. 4. Le labyrinthe isole de l'oreille du Corbeau; a. canal anterieur; b. b. canal externa 
qui s'entrecroise d'abord avec le canal posterieur, puis avec le canal commun; les cavites 
osseuses de ces canaux communiquent eutre elles, tandis que les tubes membraneux n'offren. 
entre eux aucune adherence; c. c. canal externe; d. limacon; e. fenetre du limacon ou co- 
chleaire; / fenetre vestibulaire , fermee par la base de l'etrier; g. chaine des osselets de 
grandeur naturelle. 

Fig. 5. Organe auditif de la Chouette {Strix flammea L.) ; les parties qui constituent l'o- 
reille sont isolees et grossies, le limacon est ouvert pour laisser voir le cartilage cochleen; d. 
membrane du tympan ; e. sommet du limacon;/ g. h. canaux demi-circulaires ; I. marteau; 
h. cartilage renferme dans la cavite du limacon. 

Fig. 6. Labyrinthe isole (cote gauche) avec la chaine des osselets; de l'Albalros {Dlome- 
dea exulans L.) a. a. a. canaux demi-circulaires; b. canal commun; a c. extremites renflees 
ou ampullaires des canaux osseux demi-circulaires; d. base du limacon ; d\ sommet du li- 
macon ; / fenetre vestibulaire ; g. etrier dont la platine est engagee dans la fenetre vestibu- 
laire; h. marteau avec les autres pieces et les muscles de la chaine tympanique. 

Fig. 7. Parties molles du limacon et c. grossies du meme oiseau. 

Fig. 7'. Parties molles du limacon, et c. du meme oiseau, de grandeur naturelle. 

Fig. 8. Chaine tympanique de l'oreille du Dindon (Meleagris gallo-pavo L.) 

Fig. 9. La piece cartilagineuse isolee et grossie du limacon de la Chouette {Strix flammea 
t.) Toy. fig. 5. 

Fig. 10. Tete du Strix stridula. Labyrinthe en place et de grandeur naturelle; a. canal an« 
terieur;£. canal posterieur; b\ ampoule de ce canal, c. c. canal externe qui s'entrecroise 
' avec le canal anterieur; d. limacon; e. fenetre vestibulaire fermee par l'etrier;/. fenetre du 
limacon. 

Fig. 11. Parties molles appartenant a la cochlee, vues par leur face posterieure et interne. 
a. a. a. a. cartilages; b. b. lagena ou ampoule de l'extremite inferieure du limacon; c. nerf 
cochleen ; d. parties de ce nerf traversant le cartilage pour venir sortir vers les dentelures si- 
tuees sur le bord interne et contribuant a former les lamelles auditives; d\ les lamelles audi- 
tives; e. rameau du nerf cochleen venant se distribuer sur l'ampoule ou lagena autour des 
autres otoconies ; / otoconies cochleennes; g. vaisseau entrant par la fenetre du limacon. 

Fig. 12. Parties molles renfermees dans la cochlee du Strix stridula } vues par la face ante- 
rieure et externe. a. a. a. cartilages; b.b. lagena ou ampoule du sommet du limacon; c. oto— 
conie; d. section du nerf cochleen. Ce nerf traverse un des cartilages et sort vers les petites 
dentelures qu'on voit sur le bord de ce cartilage, pour venir former les lamelles auditives; e. 
lamelles auditives;/ vaisseau penetrant dans le limacon par la fenetre cochleenne. 

Fig. 1 3. Les memes parties, mais vues par la face opposee; a. a. a. cartilages contenus dans 
la cavite conoi'de du limacon; b. b. extremite renflee ou lagena de quelques anatomistes; c. 
otoconies ou substance pulverulenle renfermee dans cette ampoule ou lagena; d. d. d. nerf 
cochleen s'epanouissant sur le cartilage; e.e.e. dentelures sur lesquelles passent l'expansion 
nerveuse de la cochlee ;/././ vaisseau penetrant dans la cavite du limacon par la fenetre 
cochleenne, et formant un reseau sur l'expansion nerveuse couvrant les cartilages pour pro- 
duire les lamelles auditives, qui ne sont bien distinctes et qu'on ne pent reconuaitre comme 
de nature nerveuse que lorsque les vaisseaux sanguins n'ont pas ete injectes. 



PLANCHE II. 

Tous les details analomiques representes sur cette planche appartiennent a l'orgaae auditi\ 
lu Strix flammea, 

4. 



5i BREScnET. — Organe do Voiiie dans les Olseaux. 

Fig. i. Elle rcpresente lc Iabyrinthe osscux , vu par sa face cxterne ct dc grandeur na- 
turelte. 

Fig. 2. Cette figure est la meme que la precedente, mais grossie; a. a. partie osseuse du 
limacon ; b. fenetre cochleenne ; c. fenetre vestibulaire; d. canal demi-circulaire anterieur; 
c. canal cxterne; f. canal posterieur; g. canal commun. 

Fig. 3. Les menies parties, mais ouvertes pour laisser voir I'interieur des parois osseuses 
du Iabyrinthe; a. face externe du limacon; d. c.f. canaux osseux demi-circulaires ouverts; 
a, tana] commun ouvert ; h. orifice interne de l'aqueduc du vestibule; i. i. nerf cochleen coupej 
k. I. m. n. petits trous qui livrent passage aux differens filets ncrveux allant se repandre sur 
les parties molles du vestibule; o. orifice interne de l'aqueduc du limacon; x. endroitou s'en- 
trecroisent et communiquent ensemble les canaux posterieurs et externes. (Les tubes mem- 
braneux ne font que passer l'un au-dessous de I autre sans communiquer entre eux. ) 

Fig. 4- Meme coupe que sur la preparation precedente, mais les parties molles sont repre- 
sentees en place; a. ampoule anterieure, b. posterieure, c. externe, recevant chacune un filet 
nerveux: d. c.f. tubes membraneux anterieur, cxterne et posterieur ; g. tube commun ; h. sac 
membraneux recevant un gros filet nerveux et conlenant une notable quantite d'otoconie; i, 
utricule recevant un filet nerveux et conlenant egalemcnt de Votoconie; k. sinus median ± I. 
parties molles du limacon; m. lagena; n. hauteur a laquelle les deux rampes communiquent 
ensemble dans I'interieur du lagena; o. o. partie qui correspond a la rampe vestibulaire; p. 
feuetre cochleenne ct commencement de la rampe tympanique; q. q. cartilages representant 
les differentes parties de la lame spirale. 

Fig. 5. Tubes membraneux et poches membraneuses du vestibule isoles; ces objets sont 
grossis, et, sous ce rapport, la figure est ideale. Elle a ete faite pour donner une idee meil- 
leure et plus exacte de la disposition de toutes les parties. La signification des Ietlres est la 
meme que dans la figure precedente. 

Fig. 6. Parlies molles de I'interieur du limacon; a. cartilages; b. trou du nerf cochleen; 
c. filets nerveux s'epanouissant dans le lagena. Autour de l'extremite de ces filets on apercoit 
line matiere pulverulente blanche (otoconies.) 

Fig. 7. Labyrinthe osseux , de grandeur naturelle , vu par la face interne. 

Fig. 8. La meme preparation, mais grossie; a. limacon; ^.conduit auditif interne; c. orifice 
externe de l'aqueduc du vestibule; d. c.f. canaux demi-circulaires anterieur, externe el pos- 
terieur. 

Fig. 9. Labyrinths ouvert pour faire voir rinteriem*; a. b. c. d. e. f. g. memes indications 
que ci-dessus; It. enlrc-croisement des canaux posterieur et externe; i. communication du canal 
cxterne avec l'anterieur ; k. orifice interne de la fenetre vestibulaire. 

Fig. 10. Meme coupe des memos objets. Les parties molles sont restees en place; a. am- 
poule anterieure avec son filet nerveux (fdet ampulaire anterieur); b. ampoule externe; c. am- 
poule posterieure; d. e. J. tubes demi-circulaires membraneux; g. tube commun; h. sac 
contcnant Votoconie et recevant un cordon nerveux; i. utricule; Z\ sinus median; /. tronc 
du nerf acoustique qui fournit en has le nerf cochleen (/«.) et en haut plusieurs rameaux qui 
sont : n. nerf ampullaire posterieur; o. nerf ampullaire de l'ulricule; p. nerf sacculaire ou du 
sac ; q. r. ncrfs nmpullaires externe et anterieur. 

Fig. 1 r. Represente la forme que prend la poudre calcaire (otoconies) dans les poches mem- 
braneuses du vestibule ; a. otoconies du sac ; b. otoconies du cyslicule. 



martin saint-ange. — Villosites du chorion des Mammif. 53 

Recherches sur les villosites du chorion des Mammiferes , 
Par M. Martin Saint-Ange. (Extrait.) 

Dans ce travail, auquell'Academievientde decernerunemedailleMonlnyon (1) 
Tauteur cherche d'abord a se faire des idees arretees sur ce que Ton doit ap- 
peler chorion. L'anatomie comparee lui a fourni quelques donnees a cet egard. 
Chez la vache, la jument, la brebis et la truie, il est tres facile de separer cette 
membrane en trois lames; ellfc est parcourue dans toute son etendne par des vais- 
seaux qui sont places dans le feuillet moyen et se reunissent aux vaisseaux om- 
bilicaux. La surface interne du chorion varie dans ses rapports avec les autres 
parties de Foeuf aux diiFerentes epoques de la gestation ; mais l'auteur a toujours 
trouve le chorion dans ces animaux, etversle milieu de lagrossesse, en contact, 
dans une certaine etendue, avec Famnios, et dans tout le reste, avec 1'allantoide ; 
un liquide clair et iknpide existait en outre entre ces parties, cc Si Ton n'admet, 
dit-il, dans Foeuf humain, qu'une membrane externe (le chorion), line lamelle 
tres fine (rallantoi'de), une membrane interne (l'amnios), et une poche interme- 
diaire (la vesicuie ombicule), on a raison de dire que la surface interne du cho- 
rion est lisse et en contact avec un liquide : mais alors il faut admettre, ajoute- 
t-il, que le chorion est forme de trois lames : l'une, ainsi que le pense M. Du- 
trochet, externe epiderinoidc; rautre, moyenne, de nature celluleuse et renfermant 
des vaisseaux; enfin, la troisieme, interne, egalement epidermoide. Chez la fem-i 
me, hors la partie ou existe le placenta, le chorion ne lui a presente aucun 
vaisseau: cela n'a point lieu de surprendre, puisque, dans tout le reste de son 
etendue, les fonctions du chorion sont reduites a celle d'un epiderme. Selon lui, 
le feuillet epidermoide externe aurait pour usage d'isoler Toeuf des parties envi- 
ronnantes; le moyen serviiait de gangue aux vaisseaux qui, se trouvant imme- 
diatement en contact avec des fluides secretes par la mere, porteraient au foetus 
les elemens de sa nutrition ; et enfin Finterne serait destine a isoler cet organe 
des autres parties de Foeuf. 

M. Martin Saint-Ange poursuit ainsi : 

<c Suivant piusieurs auleurs, la peripherie de Foeuf presente, dans toute son 
etendue, et des son apparition dans la matrice, des flocons, un duvet, des villo- 
sites, en un mot, elles sont d'abord eparses sur toute la surface externe de Fceuf, 
independantes toutes les unes des autres, et paraissant avoir, a peu de chose 
pres, le meme degre de developpement. D'abord tres courtes, on a dit qu'elles 
n'etaient pas ramifiecs, et que la surface externe dc Fceuf avait Faspect d'une 
peau de chagrin. Cepcndant nous les avons constamment trouvees ramifiees ; il 

(i) Voyez t, 4, p. 38o. Cet exlrait est tiiedu compte-rendu des seances del'Academie des 
Sciences. 



54 maiiTW saint-ange. — l^illosites du chorion des Mammif. 

est possible que ccla tiennea ce que nous avons examine des ceufs humains, dont 
le plus jeune avait deja un mois. 

« JNous avons aussi rcmarque que ces filamens cylindriques offraient un plus 
grand nombre de ramifications vers la fin du secondoudutroisiememois, que vers 
lc trentieme jour. A mcsure que la gestation avance, les villosites qui se trouvent 
en contact avec la caduque reflechie, et qui occupent environ les quatre cin- 
quiemes de la surface de l'ceuf, deperisscnt ; et vers la (in du troisieme mois, 
ont entieremcnt disparu; tandis que celles qui occupaient l'autrc cinquieme 
preunent un accroissement beaucoup plus considerable, deviennent beaucoup 
plus longues et presentent plus de ramifications. Ces dernieres villosites se trou- 
vaient dans les premiers temps en contact iminediat avec la matrice, et plus tard 
avec la membrane caduque intra-placentaire, dans l'epaisseur de laquelle elles 
penetrentplus ou moins. Cependantsur un ceuf de deux mois environ les villosi- 
tes de toute la surface de l'ceuf nous ont offert le meme degre de developpement. 
MM. Breschet, Raspail et Velpeau ont avance, dans differens memoires, qu'au 
commencement dela grossesse les villosites n'etaient point vasculaircs. Selonnous, 
les vaisseaux des villosites preexistent a la formation des vaisseaux dans le 
cordon ombilical. Sur un ceuf de deux mois environ, nous sommes parvenus, au 
moyen de Tail* injecte dans les vaisseaux du cordon, a nous assurer que les villosi- 
tes contenaient des vaisseaux. Du reste, 1'existence, de troncs vasculaires est, 
d'apres ce que nous savons sur la formation des vaisseaux,, une preuve de 1'exis- 
tence d'un reseau vasculaire au-dela des troncs. A tcrme, les villosites sont tres 
greles et tres longues ; elles s'entrelacent entre elles, se contournent en diflerens 
sens et afTectent toutes sortes de directions. On ne saurait mieux comparer cette 
disposition qu'a celle des cheveux crepus du negre. Lorsqu'on les a isolees, on 
voit qu^clles ont d'un demi-pouce a un pouce de longueur ; qu'elles fournissent 
de nombreuses ramifications et se terminent par des extremites renflees^ arron- 
dies et claviformes ; elles offrent en divers points de leur etendue des nodo- 
sites ou renflemens irreguliers. La veine et. l'arterc presentent, dans le tronc 
principal de la villosite, un calibre assez grand. On peut suivre leurs subdivi- 
sions j usque dans les dernieres ramifications de la villosite. Le plus souvcnt la 
maticrc injcctce s'arrete dans les vaisseaux avant d'arriver au bout des dernieres 
ramifications de la villosite et ne penetrent point dans le reseau capillaire par 
lequel ces vaisseaux se terminent. Mais si Von a injecte de l'air, ou s'il s'en est 
inele au liquide dont on s'est servi pour faire l'injection, alors, a l'aide du mi- 
croscope, on pourra distinguer ce reseau capillaire, et reconnaitre qu'une bran- 
che arteriellc et une veineuse se continuent l'une avec l'autre en formant unc 
cspece d'anse^, comme l'a observe M. Lauth. )) 

Voici les considerations gcnerales par lcsquelles 1'auteur termine son travail : 

« Les ceufs des mammiferes presentent toujours un placenta lorsqu'ils sont 
arrives a uneccrtaine epoque de leur developpement; il est inexact de dire que 
la truic et la jument n'cn ofTrcnt pas. 

(( lie placenta est toujours forme de deux parties, lc placenta uterin et le pla- 



martin sajnt-ange. — ■ Villosites du chorion des Mammif. 55 

centa foetal. Lc placenta uterin consiste en une on plusietirs portions, ou meme 
en la totalite de la membrane muqueuse de la matrice ; les parties qui consti- 
tuent cet organe se trouvent en rapport avec les villosites vasculaires du cho- 
rion ; ces parties prennent un grand degre de developpement ; tan tot elles pre- 
sentent des cavites ou cellules ramifiees pour recevoir les villosites dans leur 
interieur; tantot des cspeces d'enfoncemens., des godets par les quels cette mem- 
brane se trouve en contact immediat avec les villosites; enfin, dans d'autres 
circonstances, le placenta uterin est separe des villosites par une couche de ma- 
tiere inorganique. 

<c Le placenta foetal est constitue par 1'ensemble des villosites qui revetent la 
surface de l'ceuf; elles sont tantot reunies en une seulc masse, d'autres fois dis- 
seminees par plaques plus ou moins nombreuses , et enfin , dans certaines cir- 
constances, elles rccouvrent en entier la surface de l'ceuf. Une villosite est for- 
inee par un feuillet epidermoi'de et du tissu cellulaire, ou se developpe un reseau 
vasculaire. Ce reseau fournit des ramuscules qui se reunissent a ceux des autres 
villosites, pour donner naissance a des branches se terminant par trois ou qua- 
tre troncs connus sous le nom de vaisseaux ombilicaux. 

cc D'apres ce que Ton voit sur la jument et la truie, ou toute la surface du 
chorion est recouverte de villosites ; sur la brebis et la vache, ou elles occupent 
une moindre surface; d'apres ce que Ton observe chez la femme, etc., on peut 
admettre que plus les villosites sont repandues sur une grande surface, plus elles 
sont courtes et petites. 

(c Chez les differens animaux les villosites presentent de nombreuses varia- 
tions dans leurs dispositions, leurs formes, etc. D'apres cela, la circulation du 
foetus est-elle dependante de celle de sa mere, comme le veulent certains au- 
teurs ? Telle est l'importante question que nous avons maintenant a resoudre. 
S'il en etait ainsi, une injection faite dans les vaisseaux des membranes de l'ceuf 
devrait necessairement passer dans ceux de la mere, et une substance injectee 
dans les vaisseaux de la mere devrait, sans aucun doute, penetrer dans les vais- 
seaux du foetus. Nous avons souvent repete ces experiences sur difierens ani- 
maux, et nous pouvons affirmer que jamais nous n'avons pu reussir a faire pas- 
ser une injection soit des vaisseaux du foetus dans ceux de la mere, soit des 
vaisseaux de celle-ci dans ceux du foetus. Au fait que nous venons d'enoncer , 
nous ajouterons les considerations suivantes : nous dirons d'abord que le sang 
du foetus ne ressemble aucunement a. celui de la mere et nous nous fonderons 
sur les observations faites par Autenrieth et M. Vclpeau. Ces auteurs ont vu 
que le sang foetal est d'abord rose, puis devient rouge, ensuite noiratre, et ne 
presente pas de difference de couleur dans les veines et les arteres. Tiedemann 
a trouve qu'il renferme une proportion de serum beaucoup plus considerable 
que chez 1'adulte ; qu'il est moins coagulable, et d'apres les observations mi- 
croscopiques de MM. Prevostet Dumas, les globules du sang sont tellemcnt pe- 
tits chez le foetus, que ceux de i'adulte ne pourraient traverser les memos 
vaisseaux sans dctruirc 1'equilibre de toutes les foliations et produirc la 



56 Academic ties Sciences. 

inort. Quaud 4iiciiic on n'aurait pas rcconnu ces differences, on doit pre- 
sumcr que la nature de cc fluide doit ctre en rapport avec chaque age 
du fcetus. Ajoutons que le norabrc des battemens de cceur du foetus est 
prcsquc lc double de celui de la mere, qu'une libre communication a lieu 
cntre les arteres et la veinc ombilicale ; rappelons-nous la disposition anatomi- 
que des vaisscaux dans le placenta, et les faits que nous avons tires de l'anato- 
niic comparec, et nous arriverons a cette induction: que les vaisscaux du fcetus 
ne communiquent pas avec ceux de la mere ; que les premiers forment un cer- 
cle propre au fcetus, et que la circulation fcetale est tout-a-fait independante de 
cclle de la mere. 

cc Ainsi Ton peut , jusqu'a un certain point, comparer le placenta aux 
Lranchies des tctards de la grcnouille : en effet , ces deux orgaiics sont 
egalcmcnt transitoires ; la distribution des vaisscaux se fait de la meme ma- 
nieie dans les deux, et les fonctions qu'ils ont a remplir sont a-pcu-pres ana- 
logues. 3) 



Analyse des travaux anatomiques , physio logiques et zoolo- 
giques presenters a V Academie des Sciences pendant le mois 
de Janvier i836. 

Seance du 4 Janvier i836. 

Rapport de M. Dumeril sur une monographie du genre Clytus, par 
MM. S. Laporte , comte de Castelnau , et Gory. 

cc Cette monographie comprend la description et la figure eoloriee de cent 
vingt-neuf especes toutes dessinecs d'apres nature, lesquclles seront rcproduites 
sur vingt planches. Ce travail est complet el nc laisse rien a desirer , car a chaque 
dessin est jointe une phrase latine caracteristique des especes , et une description 
detaillce avec les indications relatives a leur histoire et surtout a la syuonymie 
qui a etc specialement ctudiee. 

cc Nous pensons que l'Academie doit accucillir avec bienveillance un pareil 
travail, qui servira utilemcnt a la propagation de la science., ct qui constate les 
grands progrcs que fait rcntomologie. » 

Rapport de M. Dumeril sur une monographie du genre Olive , Mollusques 
de Vordre des Gasteropodes , par M. Duclos. 

cc Nous avons etc charges par T Academie , M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire 
ct moi , de vous rendre compte d'un ouvrage imprime , mais non public , qui a 
pour titrc : Histoire naturelle , generale et particuliere de tous les genres de 
ccquilles univalves maritimes observees a Vttab vivant et fissile , distri- 
bute par monographie , clout l'autcur est M. Duclos. 



dcademie des Sciences. 57 

« Vous le savez , l'abondance des faits observes en histoire naturelle s t 
devenue une s plus grandes difficultes de la science; les decouvertcs nom- 
breuses et successives des especes inconnues , ou plutot les distinctions 
que Ton a ete force d'etablir entre elles, et par suite leur repartition en 
genres, ont rendu cette branche des connaissances humaines beaucoup plus 
difficile a etudier. Les travaux les plus utiles auxquels les naturalistes puis- 
sent se livrer aujourd'hui, ceux qui seront les plus durables et qui servi- 
ront le mieux a Favancement ulterieur de l'histoire naturelle des corps or- 
ganises en particulier, ce sont certainement les monographies. 

« C'est un ouvrage de ce genre que publie M. Duclos II s'y est prepare 
depuis plus de vingt-cinq ans, en reunissant a grands frais des materiaux 
sans nombre, afin de pouvoir suivre et comparer, sur une immense serie 
d'individus, les legeres modifications de formes et surtout les transitions 
successives de teintes, de taches et de nuances dans les couleurs brillantes 
dont les coquilles sont ornees; coloration qui servait uniquement^ il y a 
pcu d'annees, a la distinction et a la denomination des especes. 

<c Comme la collection formee par M. Duclos est peut-etre la plus riche 
et la plus precieuse en especes rares de toutes celles que nous connaissons, 
et que ce naturaliste a pu d'ailleurs trouver dans ses propres ressources tous 
les moyens d'cxecution de ce magnifique ouvrage, il a employe les talens des 
premiers artistes pour produire les dessins, les gravures en couleurs, et l'im- 
pression du texte. II a dedie cette premiere monographic aux manes de Lamarck, 
dont il s'honore d'avoir ete le disciple. Les planches in-folio qu'il a soumises a 
notre examen, sont au nombre de trente-cinq, et sont relatives au genre Olive 
uniquement. 

cc Les especes de ce genre sont toujours tres polies et tres brillantes, comme 
on le sait. Leurs couleurs sont admirablement reparties ; mais leurs formes ge- 
nerales et apparentes sont tellement semblables, qu'au premier apercu, on les 
prendrait toutes pour de simples varietes les unes des autres, dependantes de leur 
age divers, de leur volume ou d'autres circonstances. En effet quelques natura- 
listes, meme les plus eclaires, avaient adopte cette opinion. Cependant Lamarck 
en avait distingue 67 especes differentes, et parmi cellcs-la M. Duclos n'en 
admet que 44. Malgre cette reduction, il en a decrit en tout i38, ce qui aug- 
mente le genre de g4 especes distinctes qui comprennent souvent un ties grand 
nombre de varietes, tellement que quelques-unes en ont offert jusqu'a 4o. 

<c M. Duclos a subdivise le genre des Olives en quatre groupes. Le premier, 
sousle nom d'ancilloides, e'est-a-dire voisiue des Ancillaires, comprend toutes 
celles qui sont munies d'opercules, et qui portent, sur la partie posterieure de 
leur columelle, des plis en torsade; 42 especes s'y rapportent, dont i3 n'ont ete 
observees qu'a Tetat fossile. Le second groupe reunit les Olives cylindro'ides , 
nominees ainsi d'apres la forme de leur coquille, dont la columelle porte en 
outre des plis horizontaux, au moins dans la partie superieure. L'auteur y range 
61 especes, dont 11 ont ete reconnucs parmi les fossiles. Letroisieme comprend 



58 uicademie des Sciences. 

les Olives glandiformes qui sont courtes ct vcntrues, dont la spire est cachee 
dans rintericur, au moius en ties grandc partic. Dix-scpt especes, toutes a 1'etat 
frais, sont rapportccs a cette section. Le quatrieme et dernier groupc comprend 
les volulelles, ou les Olives qui sont semblables aux Volutes, par la manierc 
dont la spire est empatec et semble former une espece de raamelon, sauf le der- 
nier tour qui conserve le canal spiral, et qui parait avoir ete moule sur le pro- 
lougemcnt mince et delie du manteau. 18 especes sont rapportees a cette divi- 
sion, dont tine scule n'a ete observee qu'a 1'etat fGssile. 

a MM. Quoy, Gaymard, Rang et d'Orbigny, qui avaient examine les animaux 
qui construisent les coquilles de ces quatre groupes, ont pu confirmer plcinc- 
ment l'avantage de cette divison ; car, d'aprcs leurs dessinsque M. Duclos a fait 
graver, on voit en effet qu'ils different reellemcnt les tins des autres par la 
structure et la longueur relatives des tcntaculcs, du pied musculaire, les formes 
generales, et meme pour la distribution des taches et des marques colorees di- 
verses de toutes les parties molles exterieures. Les quatre dernieres planches de 
cette monographic sont specialement consacrees a ces animaux meme dessines 
comme vivans et en mouvement, et en outre elles offrent des details anatomi- 
ques fort interessans. 

cc Nous ne terminerons pas ce rapport sans faire connaitre a l'Academie que 
ce beau travail et ces recherches sur les especes du genre Olive, ont etc soumis 
dans le temps a l'exanien et au jugement de notre savant confrere M. de Blain- 
ville, tres competent dans cette matiere^ et que dans son Traite de Malacolo- 
gie, il en a presente, avec les plus grands eloges, une analyse detaillee. Nous 
ne citons ce fait que comme un nouveau temoignage en faveur du merite de 
l'ouvragc qui a ete soumis a votre exameu. 

tc Nous pensons que l'Academie doit accueillir cet ouvrage, ct engager l'au- 
teur a continuer un travail execute dans une aussi bonne ct aussi belle direc- 
tion. » 

Seance du 1 1 Janvier. 

Geographie zoologique. — Sur la migration des animaux. 

II est donne lecture de l'extrait d'une lettre ecrite de Francfort par M. de 
Humboldt a M. Arago. Le savant academicien a visite dans cette ville le musee 
que M. Ruppel a forme des objets rccueillis dans ses voyages en Abyssinic ct 
en Egypte. M. de Humboldt a recueilli, dans sa conversation avec le cilebre 
voyageur, plusieurs faits interessans : il cite le suivant : 

M. Ruppel s'est assure qu'en Abyssinie, les clephans sauvages et les singes 
n'hesitent pas a traverser des plateaux de plus de i,5oo metres (i,3oo toiscs de 
hauteur); or, a une pareille hauteur et par une latitude de 16 degrcs, ces ani- 
maux rencontrcnt des circonstances meteorologiqucs tcllcs que celles qui se pre- 
scntent dans le plat pays par des latitudes beaucoup plus clevees. Ce fait pcut 
scrvir a faire comprciuirc comment des especes qui ordinaircment ne sortent 
guere des contrecs tropicales, ont pu, dans certains cas, parvenir dans des pays 
qui en sont fort cloigncs. 



Academie des Sciences. 5q 

Deja M. de Humboldt, dans une communication faite a 1' Academie ily a plu- 
sieurs annees, avait, d'apres une observation de M. Ehrenberg, fait une remar- 
que tendant au merae but, a l'occasion du tigre royal qui penetre quelquefois 
fort avant dans le nord de l'Asie. 

Physiologie. — Spicialite des nerfs de l'odorat j du gout et de la vue, 
par M. Gabriel Pelletan. 

L'analogie presumee entre les sensations determinees par les odeurs et les sa- 
veurs a fait admettre, dit M. Pelletan, que chez les poissons le sens de l'odorat 
etait transforme en celui du gout. L'admission de cette premiere hypothese a 
porte ensuite a avancer que chez les taupes et les musaraignes, le nerf optique, 
nerf de la deuxieme paire, qu'on ne trouvait point, etait remplace dans ses fonc- 
tions par une branche de la cinquieme paire. 

Le but du niemoire de M. Pelletan est principalement de demontrer que ces 
hypotheses qui etabliraient la non-specialite des fonctions des nerfs des sens , 
sont inadmissibles. 

11 se fonde : 

i° Sur ce qu'il n'y anulle analogie entre les sensations determinees par les 
odeurs et celles fournies par les corps sapides, et par consequent entre le gout 
et l'odorat. 

2 Sur ce que chez les poissons, les nerfs olfactifs par leur origine , et les 
cavites nasales par leurs dispositions conservent toujours les caracteres, qui chez 
les autres animaux differencient ces nerfs et ces organes de ceux du gout. 

3° Sur ce que rien ne prouve que l'air soit le seul vehicule possible des 
odeurs, et que les particules odorantes en dissolution dans l'eau ne puissent etre 
odoreesyax les poissons. 

4° Sur ce qu'en general, l'odeur des alimens les distinguant beaucoup mieux 
que leur saveur, le sens de l'odorat est plus utile aux poissons que celui du 
gout pour les guider dans les choix de leur nourriture, surtout pour ceux qui 
vivent dans l'eau de la mer liquide, si fortement sapide. 

5° Sur ce que les taupes etlcs musaraignes, possedant des nerfs optiques que 
Ton peut suivre depuis leur origine, qui est semblable a celle des animaux de la 
meine classe jusqu'a leur terminaison au globe de l'ceil, il. n'y a aucune raison 
pour penser que ce soit une branche du nerf de la cinquieme paire qui les 
fasse voir. 

Ces conclusions, poursuit l'auteur., ne s'appliquent nullement au sens du 
toucher, qui, commun a toutes nos parties , sans faire d'exception pour les or- 
ganes de la vue, de Tome, de l'odorat et du gout, est necessairement exerce par 
des nerfs d'orieine differente. 



Seance du 18 Janvier. 

Zoologie. — Sur quelques especes de singes confondues sous le nom d'Q 
rang-Outang ; par M. de Blainvillje. 



(do ^tcaddmie des Sciences. 

« Pendant long-temps on a rcgarde l'orang-outang, que Ballon a design e sous 
lc nom de jocko , comrae formant unc espece distincte du pongo, que Ton ne 
connaissait, il est vrai, le premier, que d'apres les observations de Vosmaer, de 
Camper; et le second, que d'apres ce qu'en a dit Wurmb, dans les Transac* 
tions de la Societe de Batapia, et d'apres le squelettc complet qui fait parlie 
de la collection d'anatomie comparee du Museum d'Histoire naturelle.On croyait 
meme ces anhnaux d'especes si differentes, que les zoologistes, a 1'imitation de 
M. Gcoffroy, crurcnt devoir former un genre distinct de la dernierc, qu'ils 
placaicnt fort loin de l'autre, parce qu'a cette epoque on avait surtout egard a la 
consideration de Tangle facial, pour la distribution des especes du grand genre 
Simla de Lione. 

<c Mais, plus tard, en faisant l'observation que ces deux especes de singes n'e- 
taient connues, Tune que d'apres de tres jeuncs individus femelles, et l'autre 
d'apres un seul individu male et adulte, on commenca a entrevoir la possibilite 
qu'elles appartinssent a la meme espece ; doute qui se presenta a Tesprit de G. 
Cuvier, a la vue d'un crane d'orang dage assez intermediaire a celui sous lequcl 
on avait connu l'orang roux ct le pongo, et qui lui avait ete envoy e de Calcutta 
par M. Wallich. 

« En meme temps que ce soupcon etait introduit en zoologie , il s'en elevait 
parallelement un autre qui consistait a admettre que ces deux singes etaient 
reellement d'especes distinctes , comme on l'avait pense d'abord, mais dont 
on n'en connaitrait pour le premier, ni 1'age adulte, ni le sexe male ; et pour le 
second, ni le jcune age , ni le sexe femelle. Cette idee etait celle qu'adopterent 
la plupart des zoologistes, et surtout ceux qui crurent devoir former un genre 
distinct des singes de l'ancien continent, dont les bras sont disproportionnes, 
et qui sont depourvus de queue et de callosites ischiatiques. Mais cette maniere 
de voir ne pouvait etre convertic en certitude, que lorsqu'on possedcrait, sinon 
les pcaux bourrees des deux sexes de cliaque espece pretendue, mais au moins 
leurs tetes osseuses; et ce n'est que tout nouvcllement que nous avons pu nous 
procurer deux clemens nouveaux propres a avancer la question , savoir : une 
belle tctc osseuse d'orang-outang adulte, et un squelctte complet d'un second 
sujet de la meme espece, provenant l'un et l'autre de Sumatra. Je les mcts sous 
les yeux de TAcadennc. 

(C On pourra done voir ct reconnaitrc ni cement que le crane de rorang-ou- 
tang adulte conserve tous les caractcrcs Casciii'icls de la tete du ]cuv.c a^c, e'est- 
a-dire la forme oblique et rcguliei cnicnt ovalaii c des orbites , outre un tres 
grand rapprochement cntre eux, la petitcssc, rctroitcssc et la position tres rc- 
montee des os du nez, qui tendent meme a etre caches par rempietcment des 
maxillaircs ; tandis qu'clle acquiert, par l'epaissement du a ce devclopperoent 
des cretes surcillaire, sagittalc ct occipitale, par le grand prolongemcnt des ma- 
choircs. tout ce qui la fait rcsscinblcr a la tete du pongo. 

<c D'apres ccla, cti en juger d'apres la partie csscntiellc du squelettc, l'orang- 
outang est une espece distincte du pongo. 



udcademie des Sciences. 61 

<c Quant aux caracteres exterieurs, il parait certain qu'ils suffisent egalement 
pour confirmer cette distinction, puisque dans 1'une les individus males sont 
pourvus d'un lobe cutane epais, comprime, arrondi, operculiforme, nu, situe au 
cote externe de la racine de la joue , comme j'ai pu le constater sur plusieurs 
beaux individus de la collection de Leyde j partie qui n'existe pas dans l'autre, 
comme on peut s'en assurer par la description de Wurmb, auquel une singula- 
rity aussi remarquable, et qui donnc a ces animaux un aspect veritablement ef- 
froyable, n'aurait certainement pas echappe. Or, comme e'est bien certainement 
le pongo dont nous possedons le squelette qui manque de ce caractere, il faut 
en deduire que e'est 1'orang-outaDg qui en est pourvu, celui dont nous n'avons 
vu en France que de jeunes individus femeiles. 

<c Toutefois , e'est une conclusion qu'il ne faut pas encore regarder comme 
absolument legitime, car il se pourrait qu'il y eiit plusieurs especes confondues 
sous le meine nom d'orang-outang. 

« En effet, le crane d'apres l'inspection duquel G. Cuvier a ete conduit a pen* 
ser que rorang-outang et le pongo pourraient ne former qu'une seule espece , 
differe notablement de celui du meme age de rorang-outang, pour seiapprocher 
notablement de celui du pongo. Les orbites sont a-peu-pres rondes, et propor- 
tionnellement plus" grandes ; les zygomatiques offrent, au-dessousdeleur arti- 
culation a\ec 1'apopliyse orbitaire externe du frontal, une dilatation assez consi- 
derable qui n'existe ni dans le pongo, ni dans l'orang-outang ; et comme ce 
crane vient de Calcutta, il est a presumer qu'il existe sur le continent indien une 
espece particuliere d'orang. 

« On peut egalement concevoir que la grande espece de singe decrite par 
M. Abel sous le nom d'orang-outang de Sumatra, serait distincte de l'orang 
roux et du pongo, d'abord par sa tres grande taille, qui est au moins de six a 
sept pieds , et ensuite par une longueur proportionnelle beaucoup moindre 
des doigts, qui, chez ces derniers animaux, sont veritablement de longs crochets. 

« D'apres ces observations, on pourra admettre provisoirement, et dans le 
but de solliciter les recherches a ce sujet, que dans la division des orangs-ou- 
tangs proprement dits, e'est-a-dire des singes de 1'ancien continent, a ouvertu- 
res nasales fort rapprochees, a bras disproportionnes, sans queue ni callosites 
ischiatiques , ce qui les separe assez nettement des chimpanzes et des gibbons,, 
les quatre especes suivantes : 

cc i° L'Orang-Outang proprement dit; l'orang roux dans le jeune age ; l'orang 
a pommettes lobiferes chez le male adulte, de Sumatra et de Borneo \ 

« i° L'Orang de Wallich du continent indien ; 

<c 3° I/Orang d'Abel de Sumatra ; 

a 4° Le Pongo de Borneo. 

« L'Academie verra en outre, en examinant les cranes que j'ai l'honneur de 
mcttre sous scs yeux, combien Ton a exagere le rapprochement de ces premiers 
singes avec Tespece humaine, et combien I'emploi trop rigoureux de 1'anglc fa- 
cial pourrait induire en erreursur les rapports nalurelsdesmammiferes. L'orang- 



62 Academic des Sciences. 

outang doit done, conime tousles zoologislcs 1'adnieUent aujourd'hui, ctre place 
aprcs lc chimpanze (S. Troglodytes L.), qui est depourvu de queue et dc callo- 
sites, mais dont les membres et les doigts sont mieux proportionnes. Toutefois, 
cette premiere espece de singes a, dans Tage adultc, un museau et des cretes 
surcilieres, et occipitales assez prononcees, quoique moins que les singes cynoce- 
phales. » 

M. Geoffroy Saint-Hilaire prend la parole a la suite de cette lecture, et dit 
que deja depuis long-temps, dans le cours de maramalogie qu'il faitau Museum, 
il n'attribuc qu'une valcur tres secondaire aux caracteres tires de la consideration 
de Tangle facial. 

Seance du 25 Janvier. 

Zoologie. — Considerations sur les Singes les plus voisins de Vhomme ; 
par M. Geoffroy Saint-Hilaire. (Extrait remis par l'auteur.) 

« L'auteur se propose d'expliquer comment, a son imitation , les zoologistes 
crurent devoir former un genre distinct du singe de fVurmb (1), reconnu au- 
jourd'hui commc etant un orang-outang adulte. 

« Avant d'aborder son sujet, il passe en revue les travaux des naturalistes 
touchant les singes coufondus sous le nom & orang-outang. 

« Ce qu'il s'attache surtout a demontrer , e'est qu'il y a deux groupes princi- 
paux de singes tres voisins de Vhomme : i° les plus anciennement conn us par 
les nations qui, dans l'antiquite , commercaient avec l'Afrique, les Egyptieus et 
les Carthaginois ; et 2° les especes qui, depuis la renaissance, furent observees 
aux Indes Orientales. 

« Les singes de ce premier groupe different aussi bien organiquement parlant 
que geographiquement. Leur corps presente de tres grands rapports avec celui 
de rbomme, eu egard aux proportions du tronc et des membres : les bras sont 
courts. La patric de ces singes est exclusivement l'Afrique ; on en trouve en 
Guinee a portee de la riviere de Gaboon, et generalement dans Tinterieur des 
terres, cote d'Augola. Ce qu'on en croyait savoir autrefois, e'est qu'ils Tivaient 
solitairement dans \qs bois ou dans des cavernes, d'ou le nom de troglodites. On 
les lenait pour des hommes sauvages ou des etres demi-humains et demi-betes 
faroucbes. Linue s'est laisse influencer par ces recils , et on l'a vu ballotter ces 
animaux du genre homme dans celui des singes, les appelant, dans deux edi- 
tions successives, d'abord, homo troglodites, puis simia troglodites. On y avait 
il est vrai, reuni des negres a peau blanche, les chacrelas, et aussi quclques 
idiots ou cretins de la race humaine, qu'on avait baibaremenl rejetes et confines 
dans des forels. 

k Budon s'etant propose de remcttre en ordre le savoir confus touchant les 
singes voisins de I'hommc, vint a choisir, pour point de depart un morceau littc- 
rairc de X Histoire das Voyages^ ou Battel, coramente par Parchapp, raconte 
qu'il existe dans l'interieur des terres, cole d' Angola deux singes a la face et aux 

(i) Voy. Audebert , pi. x dc I'Osteologie. 



^cademie des Sciences. 63 

formes humaines, fun plus grand, appele paries naturels pongo, et l'autre plus 
petit, du nom Ac jocko. C'etait, sans doute, les deux ages de la memo espece , 
portant un nom special. 

cc Tyson avait decrit ce singe sous le nom de simia sylpestris ; Traill et Vose 
en ont aussi donne une anatomic Buffon en observa vivant un individu en 
i74o, qu'a cause de sa taille il nomina /oc£o. Long- temps apres il connut un 
plus petit sujet analogue, venu des iles de la Sonde, qu'il appela de nouveau 
jocko, proposant de changer la nomenclature dont il s'etait d'abord servi , en 
nommant pongo le plus grand sujet de ses descriptions. 

« Cette confusion de noms fut le motif qui nous porta, M. Guvier et moi, a 
proposer, pour l'espece africaine, Tune de ses appellations du pays, chimpanze ; 
ce qui fut admis. 

cc L'espece africaine fut recemment comparee osteologiquement avec un indi- 
vidu des Indes. Deux planches tres belles comme ceuvre graphique placent ces 
questions sous un nouveau jour. II est aujourd'hui un chimpanze vivant a la 
Societe zoologique de Londres. 

« Quant a la determination generique de ces singes exclusivement propres a 
l'Afrique, je l'ai donnee en 1812 en reprenant Tancien nom troglodite, dans un 
travail general des singes, 19° volume des Annates du Museum d'Histoire 
nature Lie ; ce que j'en ai dit en 1812 se trouve encore vrai maintenant en 
i836: il n'est toujours dans ce groupe que l'espece troglodite chimpanze. 
Mais des cranes de meme age et de meme dimension sont assez differens pour faire 
croirc a plusieurs especes dans le genre troglodite. 

<c A l'egard des especes asialiques , hissons en demeure le travail de mon ho- 
norable collegue, communique dans notre derniere seance ; je m'en tiens a cette 
reflexion; j'incline a penser avec lui que les trois grandesiles de la Sonde, Bor- 
neo, Sumatra et Java ont chacune leur orang distinct. Deja le squelette du 
singe de vYurmb (de Borneo) est figure par Audebert ; celui du singe d'Abel 
(de Sumatra) Test, je pense. par Owen; et s'il etait vrai, comme je le conjecture, 
quele crane envoye de Calcutta par Wallisch a M. Cuvier en 1818 ne fut que 
la tete osseuse d'un sujet de Java ou de ses ilots adjacens, qu'on aurait trans- 
pose sur le continent et qui y aurait peri, nous aurions les elemens des trois 
especes. MM. Temminck et de Blainville donneront, dans les recherches dont ils 
s'occupent activement, pleine et parfaite satisfaction sur ces points. 

« Maintenant j'examine le point principal d'un fait qui me touche person- 
nellement. Quanl j'ai, en 1798, etabli et place (1) les elemens du singe de 
TVurmbj comme genre a part, qu'ai-je fait alors dans l'interet des sciences ? 
C'etait une faute que la marche progressive des etudes fait aujourd'hui connai- 
tre ; earMe pongo de TVurmb n'est que lage avance du jeune orang-outang. 

a Trois grands faits se sont, depuis mon travail, reveles, qui ont rendu neccs- 
I! saire de modifier mes premiers apercus. Tels sont : 

(1) Journal de Physique ,46, page 342 (floreat an vr). 



6l[ Academic des Sciences. 

cc i° L'cnvoi da crane de Calcutta, par Wallicli ; 

a 2° La capture d'un cnorrac sujet, faite a Sumatra; sujet qui est donne 
corarae cspece a part, sous le nom dc Pongo Abelii ; 

cc 3° Les travaux faits, et que poursuit le celebre Temminck, lequel dispose 
des rcssourccs, en Histoirc Nalurelle, du gouvernement hollandais. 

cc En l'abscncc dc ces trois ordres dc connaissanccs, j'ai elevc a la condition 
d'une determination generique le singe dc Wurmb : e'etait line faule inevitable, 
en 179S., quand arrivcrent a Paris les collections duStathouder, et avec elles les 
cranes d'un jeune orang et de ce grand singe, dit pongo. 

cc Heureuse faute, si e'en est une, que de s'etre laisse alors guider par les 
priucipes des mcilleures regies enzoologie ! Heureuse, du moins, car nous allons 
profiter, dans sa rectification, de documens neufs touchant le pouvoir et l'eten- 
duc d'action de developpemens organiques; a quoi , sans cettc occasion, nous 
n'eussions de long-temps pensc. 

<( Et, en effet, pouvait-on esperer, et devait-on espcrcr, en 1798, que des 
cranes aussi differens, I'un pris du jeune age, et l'autre dans l'adulte, revele- 
raient des faits d'un developpement successif dans une meme espcoe ? II y avait 
la, en distance pour les rapports naturels, im intervalle plus grand qu'entre les 
genres cants et ursus. 

cc Or, reflechir a la consequence de ce rcsultat, me parait quelque cliose de 
plus dircctement utile a la philosophic naturelle , que ce zelc sans doute ires 
louable qui nous anime tous par Enumeration et la caracterisation des especes ; 
car e'est un fait teratologique etdes plus piquans, que cctte nouvcllc revelation 
d'un ccart aussi grand des regies que nous avions etablies. 

a Dans la tete du jeune orang, ce sont les formes enfantines et gracieuses dc 
l'homme, exceple trop de saillie dans le museau : e'est le memc front, large, 
haut ct avance ; e'est la meme correspondance dans les habitudes, meme douceur 
et sympathie afTectueuse; quelques traits aussi de bouderie et de mutinerie, 
quand arrivent des contrarictcs. A rendre justice a cette organisation, elle serait 
done devoluc a un animal devant venir prendre sa bien legitime place tout pres 
de Thomme, j'allais dire pour y devenir Yhomo troglodites de Linne. 

cc Qu'au contraire, nous considerions le crane de l'adulte, ce sont des formes 
vraiment effroyables et d'une bestialite revoltante , un visage a plan oblique et 
tout entier proemincut; telles sont aussi des cretes surcilieres, sincipitales et oc- 
cipitales, comme il n'y a que le lion pour en presenter d'aussi saillantes : e'est le 
developpement osseux le plus exuberant , curieux surtout, commc s'accordant 
avec le developpement inverse du cervean. Nous sommes par la conduits aux 
formes tics cxtraordinaires des singes hurleurs. 

cc Les choscs en etaicnt venues dans des transformations aussi considerables 
du jeune a l'egard dc l'adulte, qu'admettant nos regies pour les rapports naturels, 
il fallait placer entre ces deux distances organiques la serie des guenons ct des 
babouins, faire ces intercalations entrc ces deux formes extremes d'orangs, si 
l'cnvoi du crane de Wallich n'etait venu montrcr cc large hiatus coinble, et faire 
converger sur cc centre ces autres existences si diffcrcntcs. 

cc Les crocodiles donnentdes differences encore bicn plus considerables entre 
les tetcs des jeunes et des adultcs. Gar qui aurait songe a mettre a profit ces 
hautc^ indications pour la philosophic naturelle, sans les faits des orangs ou- 
tans ? 

<c Voici en mesures lineaires quelques proportions : chez un adulte, la tcte 
est a la longueur du cervcau : : 7 : 1, et dans un trcs jeune sujet : : 3 : 1. » 



ixottrens* -^ Communis vase* entre la mere et le foetus* 65 

Recherches sur les communications vasculaires entre la mere et 

le foetus , 

Lues a la seance du i5 fevrier i83G; 

Par M. Flourensj 

ST- 

1. J'ai l'honneur de presenter a l'Academie une double serie de 
pieces anatomiques qui pourront jeter quelque jour sur la ques- 
tion si controversee et si importante des communications vas- 
culaires entre la mere et le foetus. 

2. Toutes ces pieces ont, pour resultat commun, la demon- 
stration d'une communication vasculaire entre la mere et le 
foetus dans Fespece du lapin; mais une premiere serie montre 
cette communication y ou, ce qui revient au meme, le passage 
de la matiere injectee, du foetus a la mere; et une seconde serie 
montre cette communication ? ce passage, de la mere au foetus, 

§ ii. 

Premiere seriel 

i. Dans la piece n. i , Finjection a ete faite par la veine om- 
bilicale > e'est-a-dire par le fostus, et la matiere injectee a passe 
dans les veines uterines. 

2. Dans la piece n. 2 , 1'injection a ete faite par une artere 
ombilicale, et la matiere injectee a passe d'abor.d dans X artere 
ombilicale du cote oppose, dans la veine ombilicale,et ensuite dans 
les arteres et les veines de V uterus. 

3. Dans ces deux pieces , la matiere injectee est du vemis a 
V essence colore par le minium. 

4. Dans la piece n. 3, la veine ombilicale a et£ injectee avec 
du mercure, et le mercure a passe dans les veines uterines. 

5. Dans la piece n. 4? la liqueur injectee est du vernis colore 
par la ceruse. Cette piece comprend plusieurs foetus : deux seuls 

V. Zool. — Fevrier. 



66 floured, — Communic, vase, entre la mereet le foetus; 

ont ete injects par leur veine ombilicale, et neanmoins la ma- 
tiere injectee a passe non-seulement dans les veines uterines y 
mais, chose remarquable, elle a passe de ces veines dans le pla- 
centa d'un troisieme foetus, qui lui-meme n'avait pas ete in- 
jecte. 

6. De tous ces faits, il suit, i° que la liqueur injectee passe 
des veines da foetus dans les veines de la mere ou de Y uterus $ 
2° quelle passe d'une artere ombilicale dufcetus, d'abord dans 
l'autre artere ombilicale , dans la veine ombilicale, et de la 
dans les arteres et les veines de Y uterus ou de la mere; et con- 
sequemment qu'il existe une communication vasculaire evidente 
entre le foetus et la mere. 

§ HI. 

Deuxieme serie. 

i. Dans la piece n: i , la liqueur, injectee par une artere de 
V uterus, a passe dans les placentas de plusieurs/a?/^ contenus 
dans cet uterus. 

i. Dans cette piece, la liqueur injectee est clu vernis colore 
par le minium; dans la piece n. 2, e'est du vernis colore par la 
ceruse; cest de la colle coloree par le minium dans la piece 
n. 3; et dans toutes ces pieces, la liqueur, injectee par une artere 
de V uterus y a passe dans les placentas des divers foetus contenus 
dans ces uterus. 

3. La liqueur, injectee dans les vaisseaux arteriels de la mere, 
passe done clans les placentas des foetus; la communication vas- 
culaire de la mere avec le foetus est done encore un fait evident 
et incontestable, 

l\. Je dis vaisseaux arteriels de la mere; je n'ai jamais vu , en 
effet, la liqueur, injectee par les veines de la mere ou de Yute- 
rus , passer dans les placentas dies foetus. 

5. Ainsi, une premiere serie des pieces que je presente a 1' Aca- 
demic montre le passage de la liqueur injectee du foetus a la 
mere; une seconde montre ce passage de la mere au foetus. 

6. II est inutile d'ajouter que toutes demontrent Texistence 
des vaisseaux utero-placentaires , c'est-a-djre des vaisseaux qui 



flotirens. — Communic. vase, entre la mere et le foetus. 67 

etablissent la communication , le passage entre le placenta ute- 
rin et le placenta foetal , entre 1' uterus et le placenta , entre la 
mere et le foetus. 

6. Plusieurs de ces vaisseaux sont raeme assez gros pour etre 
distinctement apercus dans leur etat nature! et sans le secours 
d'aucune injection, he placenta des lapins est forme comme de 
deux gateaux, et e'est dans le centre de chacun de ces gateaux 
que se montrent les vaisseaux utero-placentaires . 



§ IV. 

1. Ces resultats obtenus stir Pespece du lapin^je les ai vus se 
reproduire sur Pespece du chien y sur celle du chat. Dans une 
experience faite sur Pespece de Xhomme ^ j'ai retrouve, dans la 
veine ombilicale, une partie de la liqueur qui avait ete injectee 
par les veines de I uterus. 

1. Or, toutes ces especes, Yhomme , le chien, le chat, le lapin 
ont un -placenta unique ; et, comme on va le voir, ces animaux 
a placenta unique sont les seuis encore ou j'aie reconnu une 
veritable communication vasculaire , une communication vas- 
culare evidente entre le foetus et la mere, entre le placenta et 
Yuterus. 

§ v. 

t» Queique nombreuses, quelque multipliees, en effet, qu'aient 
ete mes tentatives sur les pachydermes, sur le cochon, par 
exemple, je n'ai jamais vu passer la moindre partie de la liqueur 
injectee, soit des houppes vasculaires du chorion dans les veines 
de V uterus, soit des veines de V uterus dans les houppes du cho- 
rion, houppes qui constituent les placentas multiples de ces ani- 
maux, comme chacun sait. 

2. Je n'ai pas obtenu de resultat aussi net, aussi tranche dans 
les ruininans, dans la brebis , dans la vache, par exemple. Les 
villosites qui forment les houppes ou les placentas du chorion, 
dans ces animaux, penetrent tellement dans les mailles des co- 
tyledons uterins, que le moindre epanchement survenu teint 

5. 



G8 flotjrens. — Communic. vase, entre la n\ere elle foetus 

plus ou moins ces villosites et rend par la le resultat obscur (i); 
et neanmoins un examen approfondi finit par faire voir que 
les ruminans sont dans le meme cas que les pachydermes. 

3. L'exemple des rumumns et des -pachydermes, oppose a celui 
des rongeurs et des camassiers, montre done, avec evidence, que, 
sous le point de vue qui nous occupe, les mammiferes forment 
deux divisions, savoir, lesanimaux a placenta unique, ouil existe 
line communication vasculaire entre la mere et le foetus, et les 
animaux a placentas multiples, ou cette communication vascu- 
laire n'existe pas. 

§ VI. 

i * A prendre done dans son ensemble la classe des mammiferes, 
deux modes distincts constituent les rapports de Y uterus avec 
Yoeuf, de la mere avec le foetus; ou une communication vascu- 
laire, cest-a-dire une communication tres prononcee, mais par 
un seul point, par un placenta unique; ou des communications 
tres faibles, des communications de simple contact, de simple 
adhesion , mais par plusieurs points, mais par des placentas 
multiples. 

2. Et il est aise de voir que ces deux modes se compensent : 
de faibles, mais tres nombreuses communications equivalant, 
en effet, a une communication tres prononcee, rnais unique. 

3. En d'autres termes , la communication du foetus avec la mere 
se fait par contiguite ou par continuite. 

[\. Et quand elle se fait par contiguite, cette contiguite s'opere 
par un tres grand nombre de points; et quand elle se fait par 
continuite, cette continuite ne s'opere que par im seul point: 
Yetendue de la surface ou des points de contact suppleant, dans 
le premier cas , an defaut d'eiiergie du mode de communication, 
et Yenergie du mode de communication suppleant, dans le second 
cas , au defaut ftetendue de la surface. 

(i) On peut remarquer, tTailleurs, que les ruminans, animaux a placentas multiples, mais vo- 
lumineux, torment, par le volume meme de ces placentas , etpar la penetration de leuvs villo- 
sites dans les cotyledons ulerins, une sortc d'intormediairc entre les animaux a placenta unique 
( Yhomme , les quadrumanes , les camassiers , les rongeurs , etc.), et les animaux. a placentas petits 
et multiples ( les pachydermes , les solipedcs , etc.). 



£. j. pigtet. — Sat le genre Sialis, 69 



MiiMomE sur le genre Sialis de Latreille _, et Considerations surla 
classification de V ordre des Nevrop teres 7 

Par F. J. Pictet. 

Le but que je me suis propose de passer en revue les divers 
genres des Nevropteres m'a amene a etudier les Sialis y quim'ont 
paru offrir quelques circonstances importantes a la classification 
et a l'histoire de cet ordre. Les metamorphoses de ce genre 
etaient deja en partie connues, toutefois ce qu'on savait de la 
nymphe m'a paru insuffisant, et en suivant leur histoire j'ai ete 
frappede quelques faits qu'il m'a semble interessantclefaire con- 
naitre. Ay ant etudie, ces dernieres annees, quelques autres 
genres du meme ordre (Pedes, Nemoures et Phryganes), j'ai ete 
amene a envisager les rapports naturels des Nevropteres d'une 
maniere un pen differente de celle qui avait preside a leur clas- 
sification , aussi ferai-je preceder ce qui tient aux details de 
mceurs des Sialis de quelques considerations sur les rapports de 
ce genre avec les autres Nevropteres et sur la classification de 
cet ordre. 

Linue reunissait Fespece unique qu'il connut, aux Hemerobes 
(H. lutarius\ etnous verrons plus bas qu'en effet nos Sialis 
doivent etre rapprochees deces insectes.Fabricius, aucontraire, 
les placa dans le meme genre que les Perles (Semblis lutaria) , 
mais les Perles et les Sialis different considerablement les unes 
des autres, soit a 1'etat parfait, soit a Fetat de larve. De Geer s'ac- 
corde avec Linne pour les reunir aux Hemerobes, ainsi que 
Latreille. 

Gette discordance entre les principaux naturalistes ainsi que 
celle qui a toujours regne entre eux pour Farrangement des Ne- 
vropteres, provient de la difference des principes qui les ont 
diriges, aussi convient-il de jeter un coup-d'ceil general sur les 
caracteres qui peuvent servir dans la classification de cet ordre; 
Deux classes de caracteres se presentent immediatement, savoir : 



70 K. J. pictet. — Sur le genre Sialis. 

ceux tires de l'insecte par fait, et ceux tires de la metamorphose. 
II est evident que les premiers doivent etre preferes aux se- 
conds, et meme on peut dire qu'aucune division valable ne 
pent etre etablie sur des caracteres uniquement tires des me- 
tamorphoses, les raisons sont trop evidentes pour qu'il soit 
neccssaire d'y insister. Mais, en meme temps que je crois 
devoir sanction ncr ce principe d'une maniere absolue je ne 
puis admettre avec Lamarck que les caracteres tires des me- 
tamorphoses soient de pen d'importance. L/illustre auteur de 
l'histoire des animaux sans vertebres se base sur le disaccord 
qui existe souvent entre les classes naturelles et les differences 
des metamorphoses; mais la plus grande partie de ces disaccords 
vient de metamorphoses mal observees ou de classes peu natu- 
relles, et ces caracteres me paraissent an contraire un fil pre- 
cieux qui tantot guidera pour l'etablissement des families , et 
tantot viendra confirmer celles que les organesde l'insecte par- 
fait avaient deja indiquees. L'ordre des Nevropteres est un des 
plus interessans sous ce point de vue , a cause de la variete 
de ses metamorphoses, et je] crois pouvoir demontrer que 
si on partage cet ordre en fam/lles vraiment naturelles, les me- 
tamorphoses seront sensiblement uniformes dans chacune de 
ces families. 

Les caracteres tires de l'insecte parfait sont les organes de la 
bouche , les antennes et les organes de la locomotion (pattes et 
ailes ). Les premiers sont les plus importans en ce qu'ils influent 
da vantage sur le genre de vie de l'insecte; il doivent en general 
etre preferes aux derniers qui seront cependant d'un grand se- 
cours, surtout les ailes et leurs nervures. 

Si on jette les yeux sur la planche qui est jointe a ce memoire 
on verra que la larve de la Sialis deja figuree par Roesel est line 
larve hexapode, agile, munie d'organes respiratoires externes, 
simples et allonges, silues des deux cotes del'abdomen. Cette 
larve est aquatique, se creuse des trous dans la vase et vient se 
metamorphoser dans un endroit sec en une nymphe immobile. 
Nous reviendrons plus tard sur toutes ces circonstances pour 
ajouter a ces faits deja connus quelques observations sur la phy- 
siologic et les mceurs des insectes. 



f. jr. pictet. — : Sut le genre Sialis. 71 

Si, d'un autre cote, on compare avec Fhistoire de la Sialis celle 
de la Raphidie, donne par M. Percheron dan6 le Magasin de Zoolo- 
gie de i833, on sera frappe de la grande analogie qui existe entre 
elles. Les larves de ces deux genres, a Texception des organes 
respiratoires externes, que dans d'aulres ouvrages j'ai deja tie- 
montre etre de peu d'importance comme caracteres, ont une 
grande ressemblance ; ies nymphes en ont encore plus. Les 
insectes parfaits se rapprochent soitpar la forme des ailes et 
la disposition des nervures, soitpar la composition de leur bouche. 
Je crois done pouvoir etre fonde a considerer les Raphidies et 
les Sialis comme tres voisines et appartenant a la meme division 
naturelle. 

Je n'ai point la pretention, dans un memoire aussi special que 
Test celui-ci, de reconstituer toute la classification des Nevrop- 
teres. Elle n'a d'ailleurs pas besoin d'autant de changemens que 
quelques naturalistes ont paru le croire. La methode adoptee 
par Latreille a deja fait faire un grand pas a la science a cet 
egard, et, disons-le en passant, e'est un des traits les plus re- 
marquables de ce grand naturaliste que d'avoir su toujours saisir 
dans l'etude des insectes parfaits les caracteres vraiment impor- 
tans, au point que les nouveiles decouvertes que la marche pro- 
gressive de la science amene tous les jours , viennent presque 
sans exception confirmer ses divisions. G'est un hommage que 
se plaisent a lui rendre tous les entomologistes, soit qu'ils etu- 
dient l'anatomie , soit qu'ils s'occupent de taxonomie. 

Dans ces derniers temps, M. Brulle, dans son bel ouvrage sur 
l'Entomologie de la Moree, a cherche a arriver a une nouvelle 
disposition de cet ordre. II le partage en quatre divisions a cba- 
cune desquelles il laisse le nom d'ordres. Ce sont : i° les Die- 
tyopteres (Libellules, Epliemeres etPerles); 3° les Isopteres (Ter- 
mites); 3° les Trichopteres (Pbryganes) ; 4° les Nevropteres, ren- 
fermant le reste de Fancien ordre du meme nom , et il rejette 
dans les Ortbopteres, les Mantispes, les Rapbidies et les Pso- 
ques. 

Il me semble que les caracteres nesont pas assez tranches pour 
qu'on puisse mettre dans des ordres differens les Pbryganes et 
les Sialis, ces denrieres et les Raphidies, les Psoques et les Ter- 



71 f. j. pictet. — Sur le genre Sialis. 

mites, etc. Je croisquel'ancienne denomination de Nevropteres 
peut subsister dans les memes limites, pourvu qn'on les partage 
en families naturelles. Ilya d'ailleurs des points de detail ou il 
me semble qu'il y aurait des objections a faire : ainsi lesPsoques 
ont des analogies assez eloignees avec les Orlhopteres, ils se 
rapprochent beaucoup plus des Termites ; les Raphidies ont ete 
depuis reconnues avoir des metamorphoses completes. II y a 
cependant, dans le projet de M. Brulle, des vues qui me sem- 
blent tout-a-fait dignes d'etre appuyees, telle est celle qui lui 
fait rapprocher les Perles des Orthopteres pour les eloigner des 
Phryganes. 

Prenant pour base l'ordre etabli par Latreille, je presenterai 
quelques observations necessities par la connaissance des meta- 
morphoses plus grande qua l'epoque ou ilecrivit, et je tacherai 
de donner un tableau plus naturel des families et des genres de 
cet ordre. 

Latreille divise ses Nevropteres en trois families , les Subuli- 
cornes , les Planipennes et les Plicipennes. Les Planipennes se 
divisent en cinq tribus qui sont : les Panorpates, les Myrmeleo- 
nides,les Hemerobins, les Termitines et lesPerlides. 

A cette classification, on peut faire ceme semble les objections 
suivantes. 

Les caracteres qui separent les Panorpates des Termitines et 
des Perlides, et ces deux dernieres divisions l'une de l'autre sont 
beaucoup plus importans que ceux qui divisent les Hemerobins 
et les Myrmeleonides; on peut meme dire que les Perlides et les 
Panorpates s'eloignent autant et plus des autres Planipennes 
que lesSubulicornes ou les Plicipennes.il y a donc,ce me semble, 
dans cette classification un vice , en ce sens que la famille des 
Planipennes est composee de tribus, dont quelques-unes repo- 
sent sur des caracteres trop importans pour n'etre pas erigees 
en families, et quainsi Tequilibre qui doit toujours exister est 
rompu, puisque les caracteres des tribus sont quelquefois au 
moins aussi importans que ceux des families. 

Je crois done qu'on devrait plutot partager les Nevropteres en 
six families , qui seraient : 



r. j. pickt. *■» Sur le genre Sialis. 7 3 

io Les Subulicornes , avec les caracteres que leur clonne La- 
treille ; 

2° Les Planipennes , bornees aux Hemerobins et Myrmeleo- 
nides. On pourrait alors ajouter aux caracteres : ailes en toit, re- 
ticulees, a nervures bien marquees et nervules transversales 
nombreuses, les inferieures non plissees semblables aux supe- 
rieures, metamorphoses completes; 

3° Les Panopartes distinguees de tous les Nevrop teres, parce 
que l'extremite anterieure de la tete se prolonge et se retrecit 
en forme de bee ou de trompe. Leurs ailes sont horizontals, los 
inferieures egales aux superieures, non plissees, les nervures 
transversales, peu nombreuses. Leur metamorphose, encore 
presque inconnue, est vraisemblablement a nymphe immobile 
et par consequent complete ; 

4° Les Termi tines retinites aux Termeset auxPsoques, a quatre 
articles pour le plus auxtarses, a ailes a nervures transversales 
rares , a bouche assez semblable a celle des Orthopteres , a demi- 
metamorphose ; 

5° Les Perlides caracterisees par des mandibules petites, des 
ailes horizontales , dont les inferieures plissees et doublees sur 
elles-memes , a bouche se rapprochant de celle des Orthopteres 
par un appendice a la machoire , a demi-metamorphose ; 

6° Les Phryganides sans mandibules, a ailes en toit, a meta- 
morphose complete. (J'ai abandonne ainsi que je l'ai dit dans 
mon ouvrage sur cette familie, les noms de Plicipennes et de 
Trichopteresj, parce que ces mots ne s'appliquent qua une partie 
de la familie.) 

Ces six families me paraissent etablies sur des caracteres d'une 
valeur sensiblement egale et ils me semblent partager les Ne- 
vropteres d'une maniere naturelle, que les caracteres des ailes 
et des bouches ten dent a etablir, d'accorcl avec ceux tires des 
metamorphoses. 

Quant a Fordre que Ton devrait adopter entre ces six families, 
je crois : 

i ° Quela familie des Termitines et celle des Perlidessont les deux 



34 F * J - p ic tet. — Sur le genre Sialis. 

qui ont le plus d'analogie avec les Orthopteres. Elles ont,comme 
les insectes de cet ordre, unappendice a la machoire {Galea) 
et des demi-metamorphoses. Je mettrai done ces deux families 
en tete en comrnencant par les Termitines , dont les ailes sont 
plus semblables a celle des Orthopteres que celles des Perles; 
i° Les Subulicornes viendront apres ; ces insectes se lient aux 
precedens par les Ephemerides et aux suivans par les Libellu- 
lines, dont les ailes tres enreseau ne ressemblent point a celles 
des Orthopteres. Ces trois families renferment tous les Nevrop- 
teres a demi-metamorphoses. 

Parmiles Nevropteres a metamorphose complete, nous place- 
rons en premiere iigne : 

i° Les Planipennes , qui se rapprochent des Libellulines par 
leurs ailes , et des Phryganides par les Sialis ; 

2° Les Panorpales , groupe anomal qui ne se rattache qu'im- 
parfaitement aux autres families, et qui ferait assez bien un pas- 
sage aux Dipteres par les Bittacus; 

3° Les Phryganides , qui font par les Mystacides un passage 
aux petits Lepidopteres de la famille des Tineites. 

Reprenant maintenant la famille des Planipennes,)?, ferai re- 
marquer que Latreiile a ete induit en erreur quand il a cru que 
les Raphidies n'avaient que des demi-metamorphoses; elles en 
ont d'analogues aux Sialis et doivent en etre rapprochees. Les 
Mantispes, si elles ont des demi-metamorphoses, sont des Or- 
thopteres; mais si elles en ont de completes, elles devront rester 
dans la tribu des Raphidies. La famille des Planipennes se com- 
posera done de deux tribus : 

i° Les MyrmeUonides , comprenant les genres Fourmiiion et 
Ascalaphe, a six palpes, a antennes en bouton; 

-2° Les Heme robins 9 comprenant les Hemerobes, les Sialis, 
les Raphidies et les Mantispes, a quatre palpes, a antennes 
en fil. 

On pourrait done donner le tableau suivant de l'ordre des 
Nevropteres. 



F. J. PICTET. — 

Termitines. 
Perlides. . 

SlJBULICORNES. 



Sur le genre Sialis. 



?s 



Planipennes. 



fiphemerides . 
Libellulines. . 

Myrmeleonides. 



j Termitines propr. Termes. 
) Psocides .... Psoques. 
j Perles. 

Nenioures. 

Lpheineres. 

Libellules. 

iEshnes. 

Agrions. 

Fourmilions. 

Ascalaphes. 

Hemerobes. 

Osmylcs. 

Nymphes. 

Sialis. 
Haphidies. 
Mantispes? 
I Nemoptercs. 

Panorpates. ". K*. . . [v • "•* • • in ac J ues * 

j Fanorpes. 

I Borees. 

Phryganes. 

Mystacides. 

Trichostomes. 

Sericostomes. 

Rhyacophiles. 

Hydropsyches. 

Psychornyies. 
\Hydrop tiles. 

Telle est la classification des Nevropteres que je crois devoir 
proposer aujourd'hui. Elle pourra etre modifiee a mesure que 
de nouvelles especes seront connues , ou que les larves des an- 
ciennes seront mieux etudiees. Je me suis attache a changer le 
moms possible les noms admis et a n'introduire que les modifi- 
cations strictement necessities par les nouvelles decouvertes. Je 
passe maintenant a ce qui tient plus specialeraenl aux Sialis. 

Tous les auteurs qui s'en sont occupes n'en out connu et de- 
crit qu'une seule espece. Je ferai voir plus has que nos environs 
en offrent deux voisines, mais bien distinctes. Pour le moment, 
je me bornerai a considerer la larve de la premiere espece , car 
presque tout ce que j'en ai a dire est applicable a la seconde. Je 
ne m'etendrai pas sur la description organique, car Roesel et De 
Geer s'en sont deja occupes. Je rappellerai seulement que ces 
larves (pi. 3, fig. 1) ont une tete ecailleuse, munie d'yeux et d'an- 



Phryganipes 



76 f. j. PiCTEf. — Sur le genre Sialis. 

tennes courtes , en soie, a quatre articles, dont le dernier en 
forme de poil (fig. 1 a. ).Les mandibules sont arquees, pointues 
avec une 011 deux petites dents ail cote interne. Les machoires sont 
aussi legerement arquees et munies d'une sorte de palpe biflde. 
Le thorax est compose de trois anneaux a-peu-pres egaux, il 
porte des pattes dont les tarses a deux articles sont termines par 
deux crochets (fig. 1 c.) 

L'abdomen est interessant a observer a cause des organes 
respiratoires externes, qui sont situes de chaque cote du corps 
au nombre de deux par anneau(fig. i.b.). Ces filets diffe- 
rent de tous ceux connus, parce qu'ils sont articuies , cest-a-dire 
composes de quatre pieces qui vont en diminuant vers l'extre- 
mite. lis sont evidemment les analogues des filets respiratoires 
des Ephemeres et des Phryganes, sauf cette difference de l'arti- 
culation. II est impossible de ne pas s'etonner en voyant des 
variations si frequentes dans les organes respiratoires des larves 
du meme ordre, qui ont en apparence le meme but a atteindre 
et vivent dans les memes milieux; du reste , j'ai deja a diverses 
reprises indique des exemples encore plus frappans de ces dif- 
ferences. 

Je dois aussi faire remarquer ici que ces articulations vien- 
nentconfirmer 1'opinion de ceux qui voient dans ces appendices 
abdominaux Fanaloguedes pattes du thorax. Ces filets articuies 
e^ablissentun passage entre les pattes et les organes plus simples 
des Ephemeres et des Phryganes. 

Puisque j'ai parle de ces organes, je clirai aussi quelques 
mots de la fonction de la respiration dans ces larves. Elles sont 
destinees a vivre dans Teau ou dans la vase ties humide ; cepen- 
dant comme la nymphe doit etre mise a l'abri de Feau, on les 
voit, pen de temps avant leur metamorphose, se retirer pres du 
rivage, dans la terre, pour s'y disposer a quitter leur forme de 
larve. II y a done cette difference entre les nymphes des Sialis 
et celles de tous les autres Ndvropteres connus, a larves aqua- 
tiques, que sa nymphe est terrestre, tandis que dans le cas or- 
dinaire la larve aquatique se transforms en une nymphe qui, 
comme elle, vit dans l'eau. 

Nos larves de Sialis se rendent done hors de l'eau lorsqu elles 



f. j. pictet. mm Sur le genre SialisJ 77 

veulent passer a Fetat de nymphe; c'est iin fait qui avail deja 
ete indique par Roesel. Mais j'ai ete tres frappe, au prin temps, 
de trouver de ces larves a une distance cle six a huit pieds de 
1'eau dans on terrain tres sec et au pied des arbres. Elies vi- 
vaient la avec des larves terrestres et aussi avec celles d'un Co- 
lymbete qui parait avoir les memes moeurs. En trouvant ces 
larves, je ne doutai point que ce ne fussent de vraies lar\es 
terrestres et je les elevai commetelles dans de la terre. Elles vecu- 
rent au moins quinze jours avant que de se metamorphoser et 
ne paraissaient point souffrir. Ce fait, qui a quelque interet sous 
le point de vue des mceurs, prend de l'importance dans Fhistoire 
de la respiration. C'est en effet le premier exemple que Ton ait 
d'insectes respirant Fair atmospheriqueavec des appendices res- 
piratoiresexternes. La contexture de cette sorte d'organes est en 
general telle qu'ils ne peuvent remplir leurs fonctions que quand 
ils sont humides; s'ils sechent, ils se contractent et deviennent 
inutiies. J'ai done du etre etonne de voir des larves pareilles 
pouvoir vivre si long-temps dans une terre tres seche. 

La menie condition a lieu pour les branchies proprement 
dites. Ces organes out besoin d'etre humides pour jouer leur 
role , et nous trouvons dans quelques crustaces terrestres une 
exception analogue. Les Cloportes en particulier respirent aussi 
par des branchies et recherchent a cause de cela les endroits 
frais et humides. Malgre ce fait deja connu, 1'exception que je 
signale ici dans nos larves de Sialis, offre ce me semble quelque 
interet, car elle a lieu dans des insectes proprement dits, 
et comme on lesait, les organes respiratoires externes de ces 
animaux ne peuvent point etre compares a des branchies, et par 
suite ces deux cas ne sont point identiques 

Nous avons dit que ces larves s'enfoncaient dans la terre, elles 
s'y ereusent une cavite ovoide et s'y metamorphosent en une 
nymphe immobile, molie, assez analogue a ceile des Phryganes 
et Raphidies. Cette nymphe, inconnue a De Geer, a ete mal fi- 
guree par Roesel. Ses antennes, ses pattes, ses rudimens d'ailes 
sont bien visibles (fig. 2); les anneaux de 1'abdomen sont 
(fig. 2 a.) munis d'un cercle de poils raides qui est situe aux deux 
tiers dans les premiers anneaux et a Fextremite dans les derniers 



78 f. J. pictet. — Sur le genre Sialis. 

(fig. 2 b. ). Quaiul ellcs veulent eclore, elles ne deviennent point 
mobiles com me celles des Phryganes, mais elles se metamor- 
phosent sur place, laissant comme elles line depouille intacte 
representant toute la nymphe, et c'est le Sialis parfait qui se 
degage de la terre ou elle etait enfermee. 

L'insecte parfait vit pendant quelques jours, s'accouple et 
pond des ceufs, deja decrits par Roesel et De Geer, qui sont 
ovoides, termines par une petite pointe qui semble articulee. La 
femelle les pond en plaques sur des feuilles ou des debris de 
roseaux , quelquefois merae sur les murs ou les pierres. 11 faut 
souvent, d'apresleur position, que la jeune larve aiile chercher 
1'eau a quel que distance pour s'y etablir. 

J'ai dit plus haut que Ton trouvait aux environs de Geneve 
deux especes de Sialis; je terminerai en indiquant leurs carac- 
teres distinctifs. La premiere, la seule connue, differe de la se- 
conde parce quelle est constamment plus claire et quelle parait 
tous les printemps deux a trois semaines plus tot. On n'a qua 
jeter les yeux sur la figure de Roesel pour s'assurer que c'est 
bien notre premiere espece qu'il a eue entre les mains. Je 
lui conserverai son nom de Sialis lutarius , car ce nom specifique 
est le premier qui lui ait ete donne par Linne et conserve par 
Fabricius, et je ne sais pourquoi Latreille l'avait change en 
Sialis niger, nom qui n'a pas du etre adopte. Nos deux especes 
sont done : 

1. Sialis lutarius. Fig. 1-4. 

Noire, tete et corselet melanges de fauve vif, ailes d'un brim 
clair, opaques, a nervures noires; larve a taches bien mar- 
quees. 

Synonymie. 

Linn. Syst. nat. Ed. xn. Hemerobius lutarius. 
Roesel. II. Pi. xm, p. 913, n° i4 fct 
Fabr. Ent. syst. II. p. <][ h n ° to. Semblis lularia. 
Latreille. Hist. nat. XIII, p. 44- Sialis riiger. 



f. J. HCTET, — Sur le genre Sialis. 79 

2. Sialis fuliginosus. Fig. 5 et 6. 

Noire , tete et corselet melanges de fauve obscur 9 ailes d'un 
brun fonce, presque noires , a nervures noires; larves a taches 
peu marquees. 

On voit done que ces deux especes different : 

i° Par la couleur des ailes qui sont d'un brun tres clair dans 
la premiere, et presque noires dans la seconde. Cette difference 
est tres marquee entre les males (fig. 4 et D )- Le male du S. 
latarius est fauve , et celui du S. fuliginosus noir ; mais les fe- 
melles sont plus difflciles a distinguer. 

2 Les taches de la tete et du corselet sont fauves dans la 
premiere espece, et d'un brun souvent fonce dans la seconde. 
Dans le male meme, elles sont noires. 

3° Les larves, tout en ayant une grande analogie, different 
par la couleur. Gelle de la premiere espece a les taches bien 
marquees en brun fonce sur im fond pale; mais celle du S. fu- 
liginosus, tout en ayant le meme genre de dessin , a le fond 
encore plus pale et les taches moins visibies. Je renvoie a la 
figure pour ces differences. II est a remarquer que la couleur 
generate est sujette a varier; mais ce qu'il faut considerer, e'est 
si les taches sont plus 011 moins visibies. 

4° Le S. lutarius eclot au mo is d'avril, et le S. fuliginosus au 
moins quinze jours plus tard. 

Ces differences pourraient paraitre iusuffisantes et surtout 
un peu vagues; aussi ai-je cherche a leur substituer un carac- 
tere plus precis qui ne fut pas entache de cette variation de 
plus au moins qui se fait sentir dans tons ceux que nous venons 
d'indiquer. 

Les nervures ne peuvent malheureusement etre ici d'aucun 
secours, car elles sont sujettes a de grandes variations dans 
l'espece,et sont souvent aussi cliff erentes d'un inclividu a 1'autre 
dans la meme espece que d'un individu d'une espece a un de 
i'autre. 



So f. J. pictet. — Sur le genre Sialis. 

J'ai cherche un caractere dans la tete, et j'en ai trouve un 
peu visible, mais qui m'a paru constant, et qui, ajoute a ceux 
precedemment indiques, suffit pour mettre chaque naturaliste 
a meme de distinguer clairement ces deux especes. 

La tete vue en-dessus, fig. 4 b et 6 £, offre dans son milieu 
u n sillon longitudinal. A la partie posterieure de la tete et des 
deux cotes de ce sillon, on voit deux taches allongees plus 
claires que le reste. En examinant un tres grand nombre de 
Sialis des deux especes, j'ai vu que dans le S. lutarius, les deux 
taches sont aussi larges en avant qu en arriere, tandis que dans 
le S.fuliginosus, elles forment, par leur reunion, une sorte de 
cceur allonge. Les bords clu sillon, en avant des taches, sont 
de plus aplatis dans la seconde, et arrondis dans la premiere 
especc. 

Tels sont les caracteres qui distinguent ces deux especes. Je 
crois que le plus souvent on pourra les reconnaitre facilement 
kjla couleur, sinon il faudra recourir au caractere indique' ci- 
dessus. La reunion de tous ces caracteres, et celui tire des lar- 
ves, me semblent justifier amplement Tetablissement de deux 
especes distinctes. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE III 

Fig. i. Larve du Stalls lutarius grossi. a. Sa tete vue en dessous. l>* tlndesanneaux alxlo- 
minaux. c. La patte droite, intermediaire. 

Fig. 2. La nymphe de la raerae espece. a. Le deuxieme anncau abdominal vu en dessus. 
b. Les trois derniers, id. c. La palte droite, intermediaire. 

Fig. 3. Les oeufs de la memo espece sur un roscau. a. Deux deccs oeufs grossis.^ 

Fig. 4. Le male de la meme espece, grandeur naturelle. a. La femelle, id. b. La tete de colle- 
ct vue en dessus. 

Fig. 5. Larve du Sialis faliginosus grossie. 

Fig. C. Le male de la meme espece, grandeur naturelle. a. La femelle, id. b. La tete de 
cclle-ci, vue en dessus. 



brandt- — Nerfs stomato-gastriques des invertebres. 8 1 



Bemarques sur les nerfs stomato - gastriques ou intestinaux 
(nervus sympathicus seii nervi reproductorii ) , dans lesani- 
maux invertebres. 

Par M. le D r Brandt. 

Membre de l'Acadcmie Imperiale des Sciences de Saint-Petersbourg , et directeur du Musee 
Imperial zoologique de cette ville. (i) 

La decouverte d'un double systeme nerveuxdans lesinsectes, 
que nous devons a Swammerdam et a Lyonet, ne peut etre 
que d'un vif intetet pour l'organologie et la physiologic C'est 
ce qui engagea, il y a plusieurs annees , M. J. Muller a prendre les 
nerfs stomato-gastriques ou intestinaux des insectes, dont on 
n'avait fait mention jusqu'alors qu'en passant, pour le sujet 
d'une dissertation speciale, qui futinseree en 1828 dans la pre- 
miere partie du quatorzieme volume des Nova acta Academic? 
natures curiosorum. 

La partie historique de ce sujet a ete traitee par M. Muller 
d'une maniere a-peu-pres complete. Gependant sa dissertation ne 
mentionne pas les observations sur les rudimens des nerfs sto- 
mato-gastriques que M. Treviranus a faites dans les Jules (a) , ni 
les remarques de Succow sur un nerf stomato-gastriqae impair 
dans les Ecrevisses et dans le Bombyx pint (3); on aurait ega- 
lement vu avec interet Fanteiir mentionner les observations de 
Cuvier, sur les nerfs stomato-gastriques dans quelques Mol- 
lusques, et rechercher leur analogie avec ceux des insectes. (4) 

Apres avoir rassembie et discute tous les faits deja connus, 
M. Muller a soutenu dans sa dissertation cette idee deja emise par 
Meckel et M. Treviranus : a que les nerfs stomato-gastriques ne 
doivent pas etre compares au systeme nerveux ganglionnaire 
des invertebres, mais bien aux nerfs sympathiques des animaux 

(1) Traduction du Memoire allemand insere dans le torn, in des Memoires de l'Acaderaie 
Imperiale des Sciences. 

(a) Ecrits divers, part. 2. pag. 47. 

(3) Recherches anatomiques et physiologiques sur les Crustaces. Heidelberg. 18 18. 

(4) M. Muller a egalement omis de citer une observation de M. Audouin relative a la de- 
couverlede ce systeme ganglionnaire dans la Lytta vesicatoria et public en i8a6. (Aon. des 
Sc nat. torn, ix, p. 3^ et 40.) R. 

V. Zool, — & Fevrier. 6 



Hal hham)t. — Sur lex nerfs stoma to-gastriqucs 

superieurs. » II a demontre pour la premiere fois fexistence de 
nerfs intestinaux dans plusieurs insectes (Phasma ferula , Man- 
tis JEgj-ptiaca , Gryllotalpa vulgaris , Blatta orientalis, Gryl- 
las hieroglyphicus , Dytiscus marginalis , Lucanus cervus > et 
dans une chenille de Sphinx), et a emis cette opinion, que leur 
developpement est proportionne a celui du canal intestinal, (i ) 

Depnis la publication de 1'excellent travail de M. Miiller, on a 
tente de nouvelles experiences sur le sujet en question. 11 faut 
mentionner en premiere ligne les interessantes recherches de 
M. [Straus ( Considerations generates ; Paris , 1 828 ) sur l'anato- 
mie du Hanneton. Outre le nerf nomme impair {nervus recur- 
rent des premiers entomologistes, systeme nerveux stomato- 
gastrique impair, Nob.) qu'il designe covewaa \i\\ systeme ner- 
veux cVorganes vitaux (ibid. pag. 4o6) , sans y comprendre sans 
doute le ganglion stomachique qui exisle toujours, M. Straus 
a rcmarque deux paires de petits ganglions paiticuliers , places 
derriere le cerveau, et quisont reunis au nerf impair et au cer- 
veau par deux filets tresfins. Je les avais aussi decouverts dans 
les Meloes, avec mon ami Ratzeburg, dans Pete de 1827 , sans 
avoir connaissance des observations de M, Straus. Cet auteur 
ne considere cependant pas ces ganglions (p. 3gi, et pi. ix, fig. 
\-i e. f.), comme (iiisant partie des nerfs stomato-gastriques; 
mais il les regarde comme des ganglions lateraux (ganglions 
collate raux ou accessoires) du cerveau , bien qu'ils se distin- 
guent de celui-ci d'une maniere evidente, lorsqu'on suit leur 
developpement dans les differens groupes des insectes. 11 n'a 
vu egalement aucun filet se rendre de ces ganglions a l'ceso- 
phage, 

En meme temps que M, Straus, MM. Audouin et Milne 
Edwards publierent leurs recherches sur le systeme nerveux 
des Crustaces (Ann. des Sc. nat. t. xiv.), et donnereut a la 
page 77 et suivante une description accompagnee de planches, 
d'une partie des filets du systeme nerveux pair, et de Tex- 
tremite posterieure du systeme nerveux stomato-gastrique im- 



(1) Cette opinion pounail bien no s'appliquer qu'anx Insectes , dans 1'aceeption rigoureusc 
de ce mot , et neut-etre meme a une partie dea crustaces, 



des ariimaux inverlebres. 85 

pair dans le Homard, dans un Palemon ? dans une Langouste et 
dans un Maja. 

Ayant entrepris dedonner, dans la deuxieme partie de la Zoo- 
logie medicale (Berlin, i83o a i833, in-4°)> une anatomie de- 
taillee des animaux inferieurs employes en medecine, je fus 
conduit a etudier les nerfs stomato-gastriques des Meloes et des 
Cantharides, ce que j'executai en partie avec raon ami Ratze- 
burg, et en partie seul. Plus tard, lorsque M. Ratzeburg eut quitte 
Berlin, j'etudiai pendant les annees i83o et i85i, les nerfs sto- 
mato-gastriques des Bombyx mori , a 1'eiat de chenille et de pa- 
pillon , Coccinella septem maculaia , Qryllus migratorius , Li- 
bellulct , Epeira diadema , Lucanus cervus , Bombus terrestris _, 
Apis rmllifera , AstacusJIuviatilis , Porcellio scaber et dilata^ 
tus mihi, ainsi que des Pha&na ferula , Mantis religiosa, Scolo- 
pendra morsitans , Ljgceus et Spirobolus Olfersii (i) Mihi; et 
j'eus le bonheur de decouvrir dans les Helix pomatia j Sepia 
elegans et Octopus vulgaris, un systeme nerveux stomato-gas- 
trique analogue a celui des insectes, et qui n'avait encore ete 
qu'imparfaitement demontre. 

Mes observations au sujetdes genres Astacus, Epeira, Por- 
cellio , Lytta , Meloe , Apis, Sepia et Helix, sont inserees dans 
la deuxieme partie de la Zoologie medicale, mais d'unemaniere 
tres concise. Cependant , une partie des recherches que je viens 
de mentionner fut le sujet d'une communication faite a la sec- 
tion Zoologique de la reunion des naturalistes a Hambourg, en 
i83o, par mon ami, le professeur Nordmann, et publiee dans 
I'lsis , annee 1 83 \ , p. i oo3; telles furent en particulier mes observa- 
tions sur les genres Bombyx , Qryllus , Libellula, Meloe, Lytta 
et Epeira. Ce passage de I'lsis fit d'abord connaitre que Ton doit 
admettre, dans les insectes un double systeme de nerfs intestinaux, 
savoir, un impair et un pair, qui se presentent tous deux dans 
un tel etat fun a l'egard de fautre, que lorsque fun a acquis 
plus de developpement, le second est plus rudimentaire. 

Dans le meme cahier de I'lsis, p. 986, M. Stannius avait fait in- 
surer ses recherches sur les nerfs intestinaux des Amphinomes. , 



(1) Voyez pour le genre splrobohis le Bulletin des Naluralistes de Moscon, Tom. vr. p. 202, 

6. 



S/j Brandt. — Sur lea nerfs stomato-gastriques 

Les Transactions philosophiques tie la Societe Royale de 
Londres pour l'aunee 1 83s* , renferment dans la deuxieme partie, 
pag. 383, pi. 12 et i5, des recherches de M. Ch. Newport sur Ie 
systeme nerveux ganglionnaire et intestinal de la chenille et de 
la nymphe du Sphinx ligustrL 

En 1 85^, j'etudiai a St. Petersbourg la structure de la Sang- 
sue ,, et j'eus le bonheur de decouvrir chez elle des traces non 
equivoques de nerfs intestinaux. 

L'excellent Manuel d'Entomologie de M. Burmeister (Ber- 
lin i833 in-8° avec atlas in-4°) renferme sous le titre de Systeme 
nerveux du pharynx (p. 5o8)_, la reunion de tout ce qui con- 
cerne leur anatomie en general. L'auteur semble avoir vouiu 
adopter les principales idees que presentent mes remarques in- 
serees dans llsis, quoiqu^il se contente de dire a la page 3o8 : 
« M. Brandt, dans le memoire en question, a complete les re- 
cherches de Muller. » 

Nous trouvons des details tres circonstancies dans les re- 
cherches de M. Burmeister sur les nerfs stomato-gastriques du 
Gryllus migratorius _, mais ils s'eloignent peu de ceux que nous 
avons presentes dans l'lsis, (loc. cit. pi. 7. fig. 5), et que M. Bur- 
meister ne cite pas; ils n'en different que par quelques bran- 
ches qu'il a su ivies plus loin. 

Outre ces observations sur le Gryllus _, M. Burmeister a aussi 
represents dans la pi. 16, fig. 8., la partie frontale du systeme 
nerveux impair, et les ganglions anterieurs du systeme lateral , 
des nerfs stomato-gastriques dans la larve du Calosoma syco- 
phanta. 

Les nerfs stomato-gastriques des Ecrevisses ont ete decrits 
dernierement avec beaucoup de details par M. Rrohn (lsis, 
i834, p. fog.), d'une maniere conforme a nos observations 
precedentes. 

Depuis la publication du memoire peu etendu que renferme 
PIsis, j'ai multiplie les observations sur les nerfs intestinaux 
desinvertebres, et j'ai soumis a de nouvelles recherches ceux de 
la Blatta orientalis et du Gryllotalpa vulgaris , deja etudies par 
M Muller. En outre, les details que renferme la Zoologie medi- 
cale sur les nerfs intestinaux, sont trop peu etendus et en gene- 



des animaux invertebres. 85 

ral trop isoles et trop dissemines , pour ne pas etre presentes de 
nouveau dans une serie plus complete. 

II ne sera done pas inutile de rassembler ici, soit les details 
non encore publies de recherches speciales , soit merae celles 
deja connues, et de presenter les resultats que Ton pent 
en deduire; ce qui oblige necessairement a rappeler en leur 
lieu les observations des auteurs qui nous out precedes. Les faits 
que nous allons enumerer ne peuventneanmoins etre conside- 
red que comme des fragmens de memoires, en attendant les 
travaux plus complets que susciteront sans doute les questions 
de prix proposees par notre Academic II faudra faire encore 
bien des recherches avant que la connaissance de ce systeme 
nerveux si remarquable puisse etre regardee comme com- 
plete. 

DEFINITION DU NOM DE IVERFS STOMA TO-GASTMQUES. 

On designe en general sous ce norn dans les invertebres, les 
uerfsquiforment un ou plusieurs ganglions distincts de la masse 
generate du systeme nerveux, et qui se rendent aux parties de 
!a bouche, aux glandes salivaires quand elles existent, a l'ceso- 
phage, al'estomac, aufoie lui-meme, et de plus aux organes de 
la reproduction. 

Leurs ganglions principaux sont ordinairement separes de 
la masse generale du systeme nerveux et situes dans la parlie du 
corps qui lui est opposee. Dans les Mollusques et les animaux 
articules, on les trouve sur les cotes de la partie dorsale de 
Toesophage et de Testomac, et sur les cotes de leur partie ven- 
trale dans les Cephalopodes. 

On remarque que ces nerfs se rendent principalement aux 
parties de la bouche, a Tcesophage et a Testomac, mais qu'ils 
ne se prolongent pas jusqu au foie dans tous les groupes; il fau- 
drait done, si Ton voulait leur donner un nom en rapport avec 
leurs connexions, adopter celui de nerfs stomato-gastriques 
(Mundmagennerven), qui les designerait dans le plus grand 
nombre des cas. M. Burmeister avait deja senti que 1'expression 
de nerfs intestinaux (Eingeweidenerven), n'est pas tout-aiait 



86 BRANDT. — Sur tes twrfs stomato-gastriques 

e.xactc, puisqu'il lui substitua celle de systeme nervcux da pha- 
rynx (Schlundnervensystem). Tout ce que nousavons ditjus- 
, qu'ici prouve suffisamment que cette derniere expression est 
elle-meme trop restreinte. Si Ton voulait designer ces nerfs 
dVapres leur importance physiologique , il faudrait peut-etre 
leur donner le nom de nerfs reproducteurs (nervi reproductorii) , 
si Ton ne croit pas pouvoir leur laisser celui de sympathiques. 

Les nerfs stomato-gastriques out ete demontres jusqu'ici 
d'nne maniere plus ou moins complete dans les Cruslaces, les 
Insectes , les Cephalopodes et les Gasteropodes; mais on ne les 
commit encore que superficiellement dans les Annelides et les 
Arachnides. 

Des recherches ulterieures nous apprendront si ces nerfs se 
trouvent dans les Acephales et autres Mollusques , ainsi que dans 
les Zoophytes, et notamment dans les Radiaires. Je pourrais 
presque les soupconner dans les Acephales. Leur demonstration 
dans les Radiaires serait d'un interet tout particulier. 

Ces nerfs forment soit un systeme simple et situe sur la ligne 
mediane, comme dans les Cephalopodes, soit deux systemes la- 
teraux pairs (les Gasteropodes); ou bien encore un systeme im- 
pair sur la ligne mediane, et en meme temps on voit de chaque 
cote un ganglion que j'ai deja designe sous le nom de systeme 
pair, lateral ou symetrique (Is is et Zoologie Medicate), par 
opposition avec le systeme median ou impair. Les Crustaces et 
les Insect es en offrent des exemples. 

On ne saurait admettre avec Midler (Physiologie part. i re , 
page 58o) , que le systeme impair est la forme la plus simple et 
en meme temps la plus parfaite, et que les nerfs stomato-gas- 
triques ne partent du cerveau, sous forme de filets tres fins, 
que dans les etres les plus parf aits , car on ne pent pas en faire 
Papplication aux Insecies , ou Muller les a lui-meme tres bien 
demontres. On ne trouve pas dans les Insectes, comme le prou- 
vent mes observations anterieures et celles que je vais presenter, 
le systeme nerveux impair seulement; il est toujours accom- 
pagne des nerfs lateraux, et toujours chez eux les ganglions 
stomato-gastriques co:;;muniquent avec le cerveau par des cor- 
dons tn-fc lins, comme celt a lieu aussi , a ma ronnaissance, dans 



des animaux invertebres. 87 

les Annelides et les Mollusques. On pourrait admetlre en ge- 
neral la communication des nerfs stomato-gastriques avec le 
cerveau comme un de leurs caracteres essentiels, quelle que soit 
d'ailleurs la forme sous laquelie ils sc presentent. 

NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES CRUSTACES DECAPODES. 

Les nerfs stomato-gastriques de ce groupe d'animaux se dis- 
tinguent par Fabsence d'un ganglion du systeme impair qui, 
dans les Insectes, est situe en avant du cerveau. La portion qui 
repond au systeme nerveux pair n'a pas non plus ses gan- 
glions separes du cerveau ou du collier, que Yon rencontre dans 
tons les Insectes. Le systeme des nerfs pairs provient des cor- 
dons qui se rendent a la levre superieure, aux parties de la 
bouche, au pharynx et quelques-uns a l'estomac, et forment le 
renflement ganglionnaire plus ou moins epais du collier (pi. 4, 
fig. 1, 1 et 3), qui est place de chaque cote aupres du milieu de 
i'cesophage. Ce renflement, qui etait connu de MM. Audouin et 
Edwards (loc. cit.), peut etre considere comme un ganglion 
confondu avec le collier, quoique les cordons qui en proviennent 
se rapprochent du systeme impair, sans former de nceuds , d'une 
maniere si intime, qu'ils semblent n'etre plus que des cordons 
destines a le renforcer , au lieu de former un systeme tout-a~ 
fait distinct et separe de lui , comme on le voit dans les Insectes. 

Lorigine des cordons qui se rendent a la levre superieure et 
aux muscles des mandibules , semble provenir de la partie qu 'il 
faut considerer comme l'analoguedu systeme pair des Insectes; 
et comme il ny a pas la de ganglion anterieur du systeme im- 
pair, elle s'etend aussi aux parties de la bouche situees plus en 
arriere. La partie paire du systeme usurpe ainsi dans ce groupe 
quelques-unes des fonctions du systeme impair. 

Nerfs stomato-gastriques de I'Ecrevisse. 
(PI. 4, fig- 1 ct 2.) 

Le trajet des nerfs stomato gastriques de TEcrevisse fut eu 



88 . bra\dt. — Sur les nerfs stomato-gastriques 

partie conuu de Succow, comme nous l'avons deja dit, parce 
qu'il decouvrit l'origine du systeme impair. Muller semble aussi 
l'avoir observe, du moins en partie, car il dit a la page 98 : « Je 
croisavoir remarque dans l'Ecrevisse un ganglion frontal allonge* 
qui se ramifie en haut et en bas sur I'estomac. » De mon cote, 
j'ai presente d'une maniere plus complete que mes devanciers, 
dans l'anatomie que j'ai faite de l'Ecrevisse pour la i e partie de 
la Zoologie Medicale, annee i83o (page 65, pi. xi), le trajetdu 
systeme nerveux stomato-gastrique en general; non-seulement 
j'ai demontre les nerfs impairs indiques par Succow, et qui se 
rendent depuis la partie posterieure du cerveau, sous forme de 
tilets tres minces, jusque vers le milieu de la surface de l'esto- 
mac, mais j'ai reconnu aussi dans les cordons observes deja par 
MM. Audouin et Edwards, et qui proviennent du collier dans 
le Homard, la Langouste et le Maja, les analogues du systeme 
pair des nerfs stomato-gastriques qui se reunissent a angle aigu 
avec le systeme impair. Le trajet de ces nerfs, tel que je l'ai fait 
connaitre, fut confirrne par le travail deja cite de Krohn, le 
meme qui decouvrit de nouveau , avec M. Nordmann , les vers 
des yeux des poissons, oublies depuis Wagner (1); il y ajouta 
meme quelques details que je n'avais pas donnes dans 1'his- 
toire des animaux employes en medecine. 

Une etude plus recente des nerfs stomato-gastriques dans les 
ecrevisses^ me fit voir que le trajet regulier de ces nerfs a lieu 
comme je vais l'exposer. (2) 

Du milieu de l'extremite posterieure du cerveau (pi. 4, fig- 1 > 
2, A.), part le cordon du systeme impair a , semblable a un fil 
tres mince, situe d'abord entre les deux moities du collier BB, 
dontil est egalement eloigne. Ce cordon se dirige en arriere et 
un pen en bas, puis bientot, lorscju'il arrive pres de l'origine 
de I'estomac , il se redresse, s'applique sur le milieu de la paroi 
anterieure de ce viscere, et, decrivant un arc peu etendu, qui 
correspond a la courbure de I'estomac, il se rend de sa paroi 

(1) Hisloire naturelleJe la Suisse , Zurich , i68o,in-ia, pag. ai5,et l'lchthyologie hel- 
vetique de Harfmann , pag. 56. 

(a) Il so presente qnelquefois , ainsi que Krohn le remarque tres bien , de legeres differences 
dans le trajet d'un des filets, sans que ppur cela le type soil essenliellement altere. 



ties animaux invertebres. 89 

anterieure a sa face superieure et se continue sur le milieu de 
cette partie clans les deux tiers anterieurs seulement. Le cordon, 
dans ce trajet, envoie de chaque cote un ou plusieurs filets sy- 
metriques, dont le premier, <f, tres grele, se repand sur la 
face anterieure de i'estomac. A l'endroit ou la paroi anterieure 
de I'estomac aboutit a la superieure, le cordon presente un ren- 
flement plus ou moins apparent , allonge ou en forme de fuseau 
e, duquel partent de chaque cote un filet anterieur ? plus mince 
et un autre posterieur et plus gros, qui se rendent aux muscles 
de I'estomac. A quelque distance de ce renflement, avant le mi- 
lieu de la face superieure de I'estomac , naissent encore de chaque 
cote deux filets/*^ dont les anterieurs sont aussi plus minces que 
les posterieurs (fig. 2,/), et semblent plus superficiels , tandis 
que les derniers se dirigent de haut en bas vers les cotes de l'es- 
tomac entre la petite pot*he (1) ou se forment les yeux (TRcre- 
visses et la paroi de I'estomac; ces filets, dans leur trajet 
d'avant en arriere, en projettent plusieurs autres tres fins. 
En arriere des filets que nous venons dedecrire , il s'en trouve a 
quelque distance et de chaque cote deux autres g, qui semblent 
plus specialement affectes a la surface de I'estomac. Apres avoir 
parcouru encore une petite distance, le cordon impair forme vers 
la moitie posterieure de I'estomac un petit renflement triangu- 
laire h, queiquefois a peine visible, et se divise alors en deux 
branches qui s'ecartent Tune de l'autre dans un angle assez ou- 
vert k, k. Chacunede ces branches se rend d'avant en arriere et 
en dehors sur les cotes de 1'extremite posterieure de I'estomac, 
et envoie a peu de distance de son origine quelques petits ra- 
meaux «. a. qui se dirigent en arriere; il se partage lui-meme 
plus loin en deux branches; l'une interieure ou superieure, et 
l'autre exterieure ou inferieure. La branche interieure ou supe- 

(1) Pour cette petite poche que j'ai decouverte, et dont I'existence a ele recemmeal confir- 
mee par raon excellent ami et collegue Baer ( Archives de Miiller pour I'anatomie et la physio- 
iogie. Voyez part. i834 p. I21.), je renvoie a la a e partie de la Zoologie medicale. Il y a deja 
plus de cinq ans que j'avais reconnu sa structure glanduleuse. Je suis plus porle a regarder 
cetie poche com me un sac glauduleux de I'estomac , que comme une glande salivaire , et eu 
effet , l'organisation des nerfs stomato-gastriques eu particulier semble indiquer d'une maniere 
certaine que les pieces interieures et dentees de I'estomac sont plutot le resultat du developpe- 
ment interieur de ce viscere, que des pieces de la bouche refoulees dans son interieur. 



90 brandt. — Sur les nerfs stomato-gastriques 

rieure j3 se repand de preference a la partie superieure et sur 
la moitie laterale clu lobe posterieur de l'estomac ; ellese ter- 
mine dans le foie par des filets tres fins £,5, 5. La branche ex- 
terieure 011 inferieure y se porte au contraire a la partie infe- 
rieure du lobe posterieur de l'estomac; elle envoie en arriere 
du corps de l'estomac un long filet jv. qui descend en se rami- 
liant plusieurs fois, et cpii communique a son origine avec l'ex- 
tremitc la plus longue d'une branche que nous decrirons bien- 
tot, et qui part du renflement du collier (fig. 1. n.); enfin, elle 
se rend au foie par plusieurs filets tres defies 5, 5, S. 

Le systeme nerveux impair que nous venons de decrire recoit 
de chaque cote deux cordons, qui sont les analogues des cor- 
dons de communication du systeme nerveux pair des insectes 
avec leur systeme impair; et qui proviennent du renflement on 
sorte de ganglion triangulaire D du collier, analogue au renfle- 
ment du systeme nerveux pair; c'est un peii au-dela du milieu 
de chacune des branches B du collier qu'est situe ce renflement. 
II envoie d'abord en bas et en avant une branche (fig. 1. /.), 
qui se divise bientot en deux autres £, X; l'une de ces branches, 
£, se dirige en dehors, en bas et en avant vers la levre supe- 
rieure; I'autreX, serecourbe, se dirige en dedans et en avant, 
en passant sous le collier, et se reunit presque a angle droit en 
£, au cordon du systeme nerveux impair a, avant que celui-ci 
ne s'applique sur la paroi anterieure de l'estomac; dans ce tra- 
jet, la branche envoie encore quelques rameaux sur la face an- 
terieure de l'estomac et de l'cesophage. En arriere de la branche 
que nous venous de decrire, il en part une autre 0, qui se di- 
rige en bas et plus en dehors, et se rend aux muscles des ma- 
choires. Au-dessus de celles-ci, en haut et en dedans, il part du 
renflement ganglionnaire du collier une autre branche m(i), 
qui se divise bientot en deux rameaux n , 3- , Tun anterieur 3, 
1'autre posterieur n. Le premier 3- , qui est droit, s'avancs obli- 
quernent d'arriere en avant et en haut, dans une direction pres- 



tr) Gette branche est quelquefois placee en avanl du renflement et Bemble tout-a-lait dis- 
inicii •, ce que j'ai pris d'abord pour la disposition normale; e'est pourquoi la descriplion qu«- 
1 a« (lounec dans la ?.< partie d«- la /oologie medieale des iirris stoni.ilo-;_;aslriques lalerau* 
u'esl pas afceolumevt eMcte, 



des animaux invertebres. gi 

que parailele a celle du rameau plus anterieur X de la branche 
inferieure /. qui part du renflement du collier; il se reunit ega- 
lement a quelque distance de ce rameau , au systeme nerveux 
impair en c; mais il envoie auparavant quelques filets qui se 
divisent eux-raemes vers la paroi laterale de Festoniac. Le ra- 
meau posterieurvj, qui est le plus mince, se subdivise sur la par- 
tie rnoyerne de la paroi laterale de Festomac et projette en haut 
et en arriere un petit cordon de communication en forme d'arc e, 
qui se reunit a la branche posterieure et superieure du renfle- 
ment du collier qui nous reste a decrire. Cette branche poste- 
rieure on superieure n, prend son origine un peu en arriere de 
la branche superieure et anterieure m ; elle s'eleve un peu 
obliquement et en decrivant une tres legere courbure en haut 
et en arriere, et se ramifie sur la partie posterieure et moyenne 
de la paroi laterale de Festomac, apres avoir communique en 
avant avec le filet deja mentionne t 3 du rameau posterieur vj ? 
qui nait de la branche superieure et anterieure 771 du renfle- 
ment ganglionnaire du collier. Elle communique d'une autre 
part avec le filet deja decrit p, qui part du rameau exterieur y 
de la branche la plus eloignee du systeme nerveux impair. 

Les nerfs stomato-gastriques de FEcrevisse alimentent par 
consequent une partie des pieces de la bouche, Fcesophage, Fes- 
tomac et le foie ( ! ), en un mot les organes de la mastication et 
ceux de la chymification. 

Nerfs stomato-gastriques da Homard. 

Le Homard, que j'ai pareillement etudie, presente a peu-pres 
la meme disposition que FEcrevisse ; seulement le renflement 
ganglionnaii e du collier parait un peu moins gros, etla branche 
anterieure et superieure de ce renflement, qui se rend au sys- 
teme nerveux impair, se dirige en bas comme la branche ante- 
rieure et superieure et forme, en passant dans le collier, un arc 
de peud'etendue. 

Nerfs stomato-gastriques des Crabes. 
Les nerfs stomato-gastriques des Crabes ne different pas de 



() i mi a jn dt. — Su r les ji erfs sto ma to -gastriq ues 

eeux des crustaces macroures, comme Font deja prouve les re- 
cherches de MM. Audouin et Edwards sur le Maja et comme 
le confirment mes propres observations sur le Portumne. J'ai 
trouve ega lenient dans cet animal la terminaison anterieure du 
systeme impair, qui avait ete decouverte dans le Maja, par ces 
naturalistes. 



NERFS STOMATO-GASTJUQUES DES STOMAPODES. 

Nerfs stomatogastriques des Squilles. (PI. 4? fig- 3.) 

La disposition des nerfs stomato-gastriques dans les Squilles 
serapporte essentiellement a celle des nerfs dans FEcrevisse, le 
Homard et les Crabes ; ils paraissent seulement un peu moins 
developpes en proportion. 

On y remarque pareillement un filet nerveux impair (pi. [\, 
fig. 3. a.) qui part du cerveau et s'eleve en arriere a egale dis- 
tance de chacune des branches laterales du collier B. Ce filet 
s'applique sur Festomac immediatemeivt apres avoir recu de la 
meme maniere deux cordons 5, \ qui se reunissent a lui en for- 
mant un angle aigu et proviennent dn renflement D du collier. 
Apres avoir ainsi parcouru quelque distance, ce filet forme un 
renflement triangulaire h. au-dela duquel il se partage aus- 
sitot en deux branches k, k, Fune droite et Fautre gauche, 
dont chacune se divise bientot elle-meme en deux a litres 
rameaux, Fun exterieur y, Fautre interieur |3. Ces rameaux se 
subdivisent sur Festomac, penetrent en arriere par plusieurs ra- 
muscules 5, §, dans le foie ? mais avant d'y entrer, ils se reunis- 
sent inferieurement avec un filet qui provient du renflement 
ganglionnaire du collier D. 

Le petit renflement triangulaire deja mentionneZ?, correspond 
visiblement a celui de FEcrevisse (fig. i , 2 h. ) , et les deux 
filets qui en proviennent sont analogues aux memes parties 
dans FEcrevisse k, k. Le systeme nerveux stomato-gastrique 
est done visiblement plus court et moins developpe dans les 
Squilles. Le renflement du collier D, que Fon doit considerer 
comme le rcpresentant du ganglion du systeme pair, etd'ou par- 



des animaux invcrtebres. o3 

tent les cordons 3-, X, qui correspondent aux filets de communi- 
cation du systeme nerveux stomato-gastrique lateral, est situe 
beaucoup plus en arriere que dans TEcrevisse, le Homard et le 
Crabe. G'est pourquoi les cordons qui se rendent de ce renfle- 
ment au systeme nerveux impair sont beaucoup plus longs que 
dans l'Ecrevisse et le Homard. 

NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES ONISCIENS. 

Les premieres observations qui ont ete faites a ma connais- 
sance sur les nerfs stomato-gastriques, sont celles que j'ai pu- 
bliees dans la deuxieme|partie de la Zoologie medicale, pag. 73, 
pi. xv, fig. 27, c. concernant les Porcellio scaber et dilatatus 
mihi. 

Malheureusement les recherches les plus penibles ne permet- 
tent pas dedecouvrir de traces certaines d'un systeme nerveux 
impair que Ton est cependant en droit de soupconner, si Ton se 
fonde sur l'analogie de ces animaux avec les Decapodes. 

Tout ce qui a ete vu jusqu'a present consiste en deux ren- 
flemens generalement fort petits, places au devant d'un esto- 
mac (1) peu volumineux et en arriere ducerveau auquel ils com- 
muniquent par deux filets tres minces ; ils envoient en arriere 
deux cordons tres delies qui se rendent a l'estomac. Que les 
recherches ulterieures fassent decouvrir ou non un systeme im- 
pair, dont Texistence semble indiquee par l'analogie de ces ani- 
maux avec les Decapodes, la presence de deux renflemens separes 
en arriere du cerveau n'en' restera pas moins une preuve re- 
marquable de leurs rapports avec les Insectes. 



(1) Je dois rappeler ici qu'il ne faut pas entendre, sous le nom d'estomac dans les Oniscus], 
la parlie que Treviranus et Ramdohr ont ainsi designee, le premier dans ses Ecrits divers, 
i re part. pag. 54, et le second dans les organes digestifs des insectes pag. ao3 ; mais bieu 
un petit elargissement situe au devant de lui et qui est soutenu , comme dans les Decapodes , par 
des paroiscartilagineuses. Voyez a cet egard mes observations dans la Zoologie medicale 2 e part, 
p. 74. 



)] BRANDT. — Sur tes ncrf's stomato-gastriques 



NKRFS STOMA.TO-GASTJAIQUE& DES ARA.CUNIDES. 

Les nerfs stomato-gastriques des Arachnides rentrent dans la 
classe des parties qui sont trop imparfaitement connues, a cause 
de la grande difficult^ que le peu de consistance de leurs orga- 
nes et leur distinction trop peu marquee, font eprouver a l'a- 
natomiste. 

Nerfs stomato-gastriques des Scorpions. 

Midler parle (loc. cit. p. 98) d'un cordon tres fin qu'il a vu 
dans le Scorpion s'etendre sur le cceur avec une grosseur par- 
tout la merae, et qu'il n'est pas eloigne de regarder comme Pana- 
logue du nerf recurrent. Mais comme il remarque que ce 
cordon semble appartenir au cceur plutot qu'au tube digestif, 
son existence devient problematique. 

Nerfs stomato-gastriques des Araignees. 

Je crois avoir vu distinctement dans une Mygale qui etait 
probablement depuis plusieurs annees dans Talcool, un cordon 
quipartait du cerveau par deux raciries; maismalheureubement 
je ne pus le suivre assez loin. 

J'ai remarque a diverses reprises et plus distinctement encore, 
quelque chose de presque semblable sur des individus frais de 
YEpcira diadema, et mon ami M. Ratzeburg ne fit pas plus 
que moi difficulte de regarder ce cordon comme l'analogue du 
nerf recurrent des entomotomistes, ou notre cordon stomato- 
gastrique impair ( 1 ). II part, en effet, dans l'Epeire, de chacun 
des ganglions cerebraux , un cordon generalement fin, qui se 
dirige droit en arriere et en dedans, et se reunit en formant un 
angle aigu avec le cordon du cote oppose. Ces deux cordons, 

(1) J'ai deja insert eette observation dans la u e partie de notre Zoologie niedicale , p. 190. 
el dans l'lsis, loe. cit. pag. no5. 



des animaux invertebres. g5 

ainsi confondus en un seul filet, tres delie, peuvent etre suivis 
jusqu'a l'origine du deuxieme ganglion cylindrique du tube in- 
testinal, ou s'etalent les lobes du foie; mais on ne pent plus en 
decouvrir la presence sur ce ganglion lui-meme qui est ordinai- 
rement fort petit. II est remarquable que ces cordons, qui partent 
du cerveau, se prolongent avant de se reunir, sur le cote d'un 
muscle particulier (Zool. medic. ),passent par une ouverture sin- 
guliere de l'estomac, et que leur reunion avec le nerf impair n'a 
lieu qu'apres leur sortie de celte ouverture, un peu avant Ten- 
droit oil se retrecit le canal intestinal pour traverser le pedicule 
de L'abdomen. 

L'origine de ce fragment de nerfs stomato-gastriques, car je ne 
puis designer autrement le peu que j'en ai decouvert jusqu'ici, 
semble indiquer de plus grands rapports avec les Crustaces 
qu'avec les Insectes. 

Puissent les observateurs a venir reussir mieux que moi et 
eclaircir cette question, ainsi qu'une foule d'autres choses gene- 
ralement douteuses sur la structure si difficile des Araignees. 

NERFS STOMATO-GA.STKIQUES DES INSECTES. 

Les Insectes, tels qu'ils sont circonscrits par Latreille, c'est-a- 
direlesHexapodes, semblent presenter, ainsi que les My riapodes, 
autant que mes rechercbes anterieurespermettent de le sup poser, 
une grande conformite dans le developpementde leurs nerfs sto- 
mato-gastriques; il est vrai que je n'ai pu retrouver en aucune 
maniere les exceptions signaiees par Miiller et constatees par 
M. Burmeister, dans les Gryllotalpa^ Blatta, Mantis et Phasrna. 

Une semblable conformite dans leur forme est d'autant plus 
remarquable, que les organes qu'ils doivent animer presentent 
une organisation tres differente, en raison de la diversite des ha- 
bitudes de ces animaux ! 

Dans aucun groupe d'invertebres, les nerfs stomato-gastriques 
ne semblent avoir acquis une degre de developpement propor- 
tionnellement aussi eleve que dans les Insectes. Chez eux, en 
effet, ils ne forment pas seulement des ganglions plus separes et 
plus distincts, qui ne communiquent avec le cerveau que par 



cj() BRANDT. — Sur les nerf's stomato-gastriques 

des cordons tres fins, mais ils se partagent constamment, comme 
je l'ai deja fait connaitre dans l'lsis et dans la Zoologie medicale, 
en un double systeme, Tun impair et 1'autre pair ou lateral. 
M. Burmeister aconfirme dernierement cette assertion dans son 
Manuel d'Entomologie, page 3io. Le systeme nerveux impair 
consiste en un filet qui s'etendsur l'cesophage et I'estomac, au- 
dessous du vaisseau dorsal et du cerveau. II forme toujours en 
avant de celui-ci un ganglion triangulaire (le ganglion frontal) 
de chaque cote duquel part un cordon de communication tres 
fin et faiblement arqtie, quis'insere au bordanterieur du cerveau 
dans le voisinage du nerf antennaire (1). Le ganglion frontal, 
ou les cordons de communication envoient aux parties de la 
bouche (2) 9 des filets qui forment quelquefois , avant que 
de s'y rendre, comme on le voit en partieulier dans les Lepi- 
dopteres (Cos&us ligniperdd), un ou deux ganglions tres petits, 
places au devant du ganglion frontal, dont ils sont pour ainsi 
dire un repetition; on n'en voit quelquefois que la trace, comme 
celaa lieu dans les Meloe* Apres un trajet assez long surl'ceso- 
phage, le cordon nerveux impair fournit des filets tres fins a 
celui-ci et se reunit a chacun des ganglions du systeme nerveux 
intestinal pair, qui sont situes derriere le cerveau, au moyen 
d'un rameau transversal. Souvent meme il forme un renflement 
plus ou moins marque a I'endroit ou s'opere cette reunion, et se 
termine a l'estomac apres avoir forme auparavantsur l'extremite 
de l'cesophage, ou sur Testomac lui-meme un autre petit renfle- 
ment. 

Le systeme pair se compose la plupart du temps de deux pai- 
res de ganglions, situes derriere le cerveau sur le milieu ou 
sur les cotes de l'cesophage, et qui sont toujours places Tun a la 
suite de 1'autre et quelquefois meme presque l'un contre 1'autre. Ils 
communiquent entre eux, d'arriereen avant, par unou deux filets 



(1) Dans le Hanneton, d'apres M. Straus, ces cordons de communication ne se rendent point 
au cerveau , mais cette particulate merite a peine d'etre prise en consideration. 

(a) Les parties inferieures de la bouche recoivent des filets qui viennent du bord ante- 
rieur du premier ganglion abdominal qui communique au cerveau ; la partie posterieure du ca- 
nal intestinal, rintestin en partieulier, recoivent de la meme maniere leurs filets du dernier 
ganglion abdominal. 



des invertebres. gn 

tres fins, et quelquefois tres courts. Chacun des deux ganglions 
anterieurs communique avec le cerveau, par un ou deux filets 
et envoie des cordons tres fins a l'cesophage, en raeme temps 
qu'un cordon de communication qui se rend a celui du systeme 
nerveux impair. Les deux ganglions posterieurs communiquent 
pareillement, comme il a deja ete dit, avec le cordon du systeme 
impair, a 1'aide d'un filet transversal, et donnent quelques au- 
tres filets tres fins a l'cesophage et a l'origine de Testomac. Quand 
le systeme nerveux pair a son maximum de developpement, il 
projette des filets tres longs jusqu'a l'extremite de l'estomac et 
raeme jusqu'aux vaisseaux biliaires. Dans les Grylliens, par ex- 
ception, outre ces deux paires de ganglions, il en existe encore 
d'autres, qui ne sont qu'une division des premiers. 

Le developpement particulier de l'extremite anterieure du 
systeme nerveux impair en unepartie fron tale distinct e,fcompo- 
see d'un ou de plusieurs ganglions places au devant du cerveau, 
et la separation complete des deux paires de ganglions du sys- 
teme pair qui sont situees derriere le cerveau , pourraient bien 
etre regardes comme une particularity du type des Insectes , 
au moins quand on le compare a celui des Arachnides et des 
Crustaces. 

A l'egard du mode de developpement comparatif du systeme 
nerveux stomato-gastrique dans les Insectes, je rappellerai une 
proposition que j'ai deja emise (Isis, i83i, 1. cit.) savoir, que 
chez eux le systeme pair et le systeme impair ne sont pas lou- 
joursl'un a l'egard del'autre dans les memes proportions, de sorte 
que le systeme impair se prolonge toujours beaucoup plus sur 
lesorganes de la digestion que le systeme impair et s'etend beau- 
coup plus en arriere; mais quelquefois aussi le systeme pair a acquis 
une perfection plus grande que le systeme impair : dans ce cas , 
non-seulement les ganglions de ce systeme paraissent plus dis- 
tincts, mais encore les filets qui se rendent de ces ganglions a 
Festomac s'etendent plus loin. Les genres Gryllus, Acheta et 
Gryllotalpa nous en donnent des exemples, tandis que dans les Co- 
leopteres que Ton a etudies jusqu'ici, lesLepidopteres et les Hy- 

V. Zoot.. — Fwrier. n 



[)$ bra not. — Sur les ncrfs stomato-gastriques 

menopteres (i), le systeme impair est arrive a son plus grand 
degre de developpement. 

NeRFS STOMATO-GASTRIQUES DES COLEOPTERES. 

Midler, dans sa dissertation deja citee, parle, ainsi que ses 
devancicrs Swammerdarnm et Cuvier, d'un seul systeme ner- 
veux impair dans les Coleopteres, que Ton nomine netj recur- 
rent. M. Straus Durckheim a decouvert, a la verite, les ganglions 
du systeme nerveux stomato-gastrique pair, mais il leur donnc, 
comme nous l'avons deja dit, line autre designation, et lesap- 
pelle les dependances du cerveau. 

J'ai deja faitconnaltre dansl'Isis (loc. cit.), et dans la deuxieme 
partie de la Zoologie medicale , d'apres mes recherches avec 
M. Ratzeburg sur les Meloe et les Lytta^ et d'apres quelques ob- 
servations faites sur d'autres Coleopteres (Lucanuset Coccinelld) , 
que les nerfs stomato-gastriques se composent aussidans les in- 
sectes de cetordre, d'un systeme impair bien developpe,et d'un 
systeme pair qui Test tres pen. Le systeme impair s'etend phis 
ou moins en arriere sur Festomac, et forme un ganglion sur i'ce- 
sophage (Lyita) ou sur 1'estomac (Meloe). La partie frontale se 
compose, dans 1'etat normal, d'un ganglion unique, comme 
dans les Lylta ;mais, quelquefois aussi, on apercoit le rudiment 
d'un deuxieme ganglion, les deux cordons de communication 
qui se rendent du cerveau an ganglion frontal, etant reunis en- 
tre eux par un filet transversal tres fin qui part du cordon du 
systeme impair : c'est ce qui arrive dans les Meloe. Ce rudiment 
de ganglion parait d'autant plus digne de remarque, que dans 
les Lepidopteres, on trouve un petit ganglion a l'endroit ou il 
n'en existe que la trace dans les Meloe. Ce ganglion peut done 
donner lieu a soulever cette question : le ganglion frontal des 
Coleopteres n'est-il point l'analogue du deuxieme ganglion frontal 
des Lepidopteres? 



' i) Dans 1c imruoire que j'ai inscrc dans I'lsis ( pag. 1004 ), j'ai dit a tort, d'apres des re- 
< herchei trop peu completes, que dans les Hymenoplcres, le systeme nerveux pair etait aussi 
le plus dereloppe. 



des invertebres. gq 

Le systeme pair se compose de deux paires de ganglions, pla- 
cees parallelement sur les cotes de 1'cesophage. Les ganglions de 
la paire anterieure sont beaucoup plus gros que ceux de l'autre 
paire ; ces derniers sont tres rapproches des precedens, et quel- 
quefois meme ils semblent presque confondus avec eux; les 
filets qui partent de ces ganglions sont courts et tres fins. 

Nerfs stom/lto-gastriqtjes des lepldopteres. 

Le systeme impair des nerfs stomalo-gastriques a ete com- 
pletement decouvert par Swammerdamm dans le Ver-a-soie \ et 
cependant le systeme pair lui a echappe. Lyonnet [Traite ana- 
tom., etc., pag. 677) a suivila partie impairede ce systeme dans 
la chenille du Cossus, avec une exactitude qui n'a pas encore 
ete surpassee, et que favoriserent peut-etre beaucoup la consis- 
tance de cette partie et leur separation tres marquee, Ge que ses 
recberches nous apprennent de remarquable, c'est Fexistence de 
trois ganglions quil a decrits et figures, et qui sont places Tuna 
Ja suite de l'autre, dans la partie frontale; ils envoient des filets 
tres fins a l'cesopbage, aux muscles voisins qui sont ceux des par- 
ties de la boucbe et un autre filet a la levre superieure. 

Le cordon qui se reunit dans son trajet aux ganglions du sys- 
teme pair (1) (ganglion lateral de la tete, Lyonnet), se partage 
encore en trois brancbes avant l'ongine de 1'estomac. Lyonnet 
connut, ainsi que je l'ai deja dit, le ganglion anterieur du sys- 
teme nerveux stomato-gastrique impair qui envoie, selon lui, 
des filets a {'oesophage et quelquefois meme a Testomac; mais il 
ne le considerait que comme une dependance du cerveau, et le 
nommait petit ganglion de la tete. Cette erreur est d'autant 
plus naturelle, qu'il ne connaissait pas le trajet des nerfs sto- 
mato-gastriques clans les Ortbopteres, dans lesquels seulement on 
pent apprecier leur importance veritable. Les figures de Lyonnet 
ont ete reproduces par Muller danssa planche vn, ftg.i et 3; mais 
cet auteur reconnut X^petits ganglions de la tete pour des por- 



(1) L'endi oit ou Lyonnet parle de cette reunion , qu'il n'a pas representee » m'a echappe' lors 
de la redaction de mon petit memoire insere dans l'Isis. 

7- 



iot> brandt. — Sur les nerfs stomato-gastriques 

tions (les racines) des nerfs stomato-gastriques, comme le prou- 
vent en particulier ses observations sur les Gryllus et les Blatta. 

Dans ses recherches sur la chenille d'un Sphinx {ibid. pag. 97 , 
pi. IX, fig. 1 ), ce meme auteur obtint des resultats semblables a 
ceux de Lyonnet; seulement dans la chenille de ce Sphinx les fi- 
lets qui partent du cordon du nerf stomato-gastrique impair, et 
se rendent a 1'extremite de Fcesophage, forment en avant de 
l'estomac un plexus ties fin, dont les ramifications se perdent 
clans les plis longitudinaux de 1'estomac. 

J'ai communique a la reunion des naturalistes allemands qui 
eut lieu a Hambourg, en i83o, par l'entremise de mon ami 
M. Nordmann, des observations sur les nerfs intestinaux duBom- 
byx moriy tant a I'etat de larve qua Fetat de papillon, et je fis 
connaitre, le premier je crois, que le ganglion posterieur du sys- 
teme ^tomato-gastrique pair existe aussi dans les Lepidopleres. 
Ces observations et les dessins qui s'y rapportent, furent inseres 
dans YLsiSj annee i83r, pag. 1 106, pi. VII, fig. 3, 4. Malheureu- 
sement le temps ne me permit pas alors de suivre les filets tres 
fins des nerfs stomato-gastriques dans tous les organes qui en 
sont pourvus; je dus done me bonier a reproduireles principales 
parties de ce systeme. On put du moinsen conclure que ces nerfs 
sont essentiellement disposes comme dans les Coleopteres, mais 
seulement que le systeme impair, au lieu de n'avoir qu'un gan- 
glion frontal, en offre deux bien distincts. Des recherches ulte- 
rieures me firent remarquer que la forme des nerfs stomato-gas- 
triques n'eprouve pas de changemens notables par suite de la 
metamorphose 5 je trouvai cependant les ganglions du systeme 
pair moins gros et plus ecartes entre eux dans le papillon. 

M. Newport, dans ses observations sur le systeme nerveux du 
Sphinx Ugustri et ses metamorphoses, travail que nous avonsdeja 
mentionne et qui fait partie des Transactions philosophiques , a 
decrit avec assez de details les nerfs stomato-gastriques et les a figu- 
res dans la pi. XII, fig. 2, E, <?, et dans la pi. XIII, fig. 2, E. e. D'apres 
ses recherches, le systeme impair n'a qu'un seul ganglion frontal, 
du milieu duquel partent des filets, et qui communique de chaque 
rote avec lecerveau, comme cela a lieudordinaire, par le moyen 
d'un cordon qui s'y rend aupres du nerf antennaire. Get auteur 



des invertebres* 101 

a retrouve les deux paires de ganglions du systeme pair, mais il 
Jesa nommes ganglions lateraux anterieurs (anterior lateral gan- 
glia), ignorant evidemment ce qui avait dejaete publie en Alle- 
magne au sujet des nerfs stomato-gastriques ; il les a figures 
comme tels dans les planches, et sous les numeros deja mention- 
nes, avee l'indication des lettres a, c, quoiqu'il les comparat aux 
ganglions analogues decouverts par M. Straus dans le Hanneton. 
Selon M. Newport, ces ganglions n'envoient des filets qu'aux 
muscles de la nuque et des cordons lateraux au vaisseau dorsal; 
mais il ne dit rien de eeux qui se rendent de ces ganglions a 
Pcesophage, quoiqu'il parle de la communication qui existe entre 
eux et le deuxieme ganglion de la chaine des nerfs abdominaux. 
Du reste, les nerfs stomato-gastriques n'eprouvent, dit-il, aucun 
changement par suite de la metamorphose, (i) 

Nerfs stomato-gastriques des hymfjvopteres. 

Les premieres traces de ces nerfs ont ete observees par M. Tre- 
viranus (Ecrits divers, 3 e partie page 5a), dans TAbeilie ; mais il 
n'a pas detailie son observation. 

Les recherches speciales d'anatomie que j'ai faites pour la 
deuxieme partie de la Zoologie medicale, sur la structure des 
organes interieurs de FAbeille, dont mon ami M. Ratzeburg a 
etudie les organes exterieurs et les parties de la bouche, com- 
prennent aussi les nerfs stomato-gastriques. Us se comportent, 
ainsi que je Tai dit dans l'ouvrage deja cite, p, 204, pi. xxv, fig. 
32, comme ceux des Coleopteres et des Lepidopteres. Le Bom- 
bus terrestris m'a presente ces nerfs disposes comme dans les 
Abeilles. 

NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES HEMIPTERIS. 

(PI. 5, fig. 2 et 3.) 

Tout ce que j'ai pu observer sur la forme de ces nerfs dans 
les Punaises, se borne a quelques indications sur une grande 
espece exotique de Ljgceus > les recherches que j'avais faites 

(1) Je regrette beauconp de n'avoir pu me procurer pendant l'espace de plnsieurs aunees, 
un travail de M. Succovv, ouvrage excellent et trop peu connu , et de n'avoir pu rappoiter ce 
qu'il dit au su ; et du systeme uerveux en question dans la chenille du Papillon du pin. 



io^ brandt. — Sur les nerfs stomato-gastnq ues 

auparavant sur les Punaises indigenes ayant ete infructueuses. 
Le peu que jVn ai vu se composait de Pongine du systeme im- 
pair (pi. 5, fig. a et 3 a, p, (3.) et des deux paires de ganglions 
du systeme pair (memes fig. b. c.) et presentait la plus grande 
analogic avec les parties correspondantes dans les Goleopteres 
et les Lepidopteres. Excepte les cordons arques qui etablissent 
la communication entre le ganglion frontal et le cerveau, je n'ai 
pu decouvrir aucun filet qui en dependit. 

NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES 1XEVROPTERES. 

(PI. 5, fig. 4, 5.) 

Les Insectes de cet ordre sur lesquels j'ai fait quelques re- 
cherches se rapportent au Libellula depressa dont letude est 
plus difficile en proportion, qu'on n'aurait pu le penser d'apres 
la taille assez considerable de cette espece. 

Les nerfs stomato-gastriques se composent dun systeme im- 
pair (pi 5, fig. 5, a, (3|3, yy, x x.) et (run systeme lateral pair, 
(ibid, b by c c, o $ § sX Le systeme impair presente d'abord un 
ganglion frontal en triangle arrondi a. qui communique de cha- 
que cote avec le cerveau '^t i au moyen d'un cordon x , x situe 
aupres du nerf antennaire t, et qui projette en avant deux pe- 
tits filets y y. Le cordon impair |3 passe au milieu de Tcesophage 
(fig. 4- s), mais je n'ai pu le suivre jusque sur I'estomac. 

Le systeme pair se compose, comme dans les Coleopteres, les 
Lepidopteres et lesliymenopteres, de deux paires de ganglions, 
Tune anterieure b b. y I'autre posterieure c c. Les deux gan- 
glions de la premiere paire sont situes, comme dans les Orthop- 
teres, tout-a-fait Tun contre I'autre sur le milieu de I'cesopliage, 
immediatement apres !e bord posterieur du cerveau (fig. 4). lis 
forment une sorte de pyramide, mais cependant i!s sont plus 
larges en avant et se terminent en pointe en arriere. J'ai vu dis- 
tinctement un cordon de communication se reildi e , dans une 
direction oblique, de leur extremite anterieure a chacun des 
ganglions posterieurs a c. Ces deux petits ganglions posterieurs 
sont triangulares eloignes l'un de i'autre et places dans le voi- 
sinage du bord lateral de I'eesophage. ll part de ces ganglions, 
comme jc I'ai distincleinent vu, outre le cordon de communica- 



des invertebres. i o'i 

tion qui les reunit aux ganglions anterieurs, deux petits filets 55' 
dont Tun $ se rend en dehors aux muscles, et le second 8 se 
porte en arriere sur la paroi laterale de Fcesopbage. 

NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES ORTHOPTERES. 

Les Orthopteres semblent presenter un double type dans la 
disposition de leurs nerfs stomato-gastriques. Dans Fun de ces 
types, la partie laterale ou paire des nerfs stomato-gastriques 
est tres developpee et envoie des filets considerables a Festomac, 
{Gryllus , Gryllotalpa) ; dans Fautre , au contraire {Mantis , 
Phasma, Biatta), on retrouve une disposition analogue a celle 
deja observee dans la plupart des autres Insectes, et en particu- 
lier dans les Goleopteres, les HymenGpteres , les Lepidopteres : 
c'est-a^dire que le systeme impair est proportionnellementplus 
developpe que le systeme pair. 

Nerfs stomato-gastriques du Blatta orientalis. 

(PL 4,%- 4, 5.) 

Les premieres observations sur ces nerfs sont renfermees 
dans la dissertation de Miiller, deja citee plusieurs fois, p. 92. 

D'apres cet auteur, « la base du cerveau envoie sur Torigine 
de i'oesophage , deux filets nerveux tres courts, assez epais et 
qui se reunissent pour former un ganglion large et echancre. 
De chaque cote de ce ganglion, il part un petit filet nerveux 
tres court, situe tantot sur le dos, tantot sur le cote et qui se 
termine egalement dans un ganglion arrondi, place sur le cote 
du pharynx, auquel il envoie des ramifications tres fines. De la 
partie posterieure du ganglion moyen, nast le cordon fusi forme 
du nerf intestinal, qui devient quelquefois de suite un filet tres 
fin et se prolonge ainsi sur le dos de l'cesophage et du jabot , 
auxquels il envoie enfin des ramifications tres fines. Les cordons 
prolonged de ce nerf se terminent a Forigine de Festomac, 
et ne forment pas sur cet organe un ganglion distinct, comme 
dans les autres Orthopteres. » 

La planche ix de cet auteur renferme la figure de ces parties. 

Des recherches faites sur plusieurs individus et dont j'ai de- 



i o4 br a h i>t. — Sur les nerfs stomato-gastriques 

pose, pour preuve de leur exactitude, dans la collection anato- 
mique de TAcad^mie imperiale des Sciences, deux preparations 
faites avec le pins grand soin, montrent que Miiller n'a connu 
qu'une partie des nerfs stomato-gastriques de la Blatte, et que le 
ganglion frontal et le ganglion stomacal du systeme impair lui 
out echappe. Du reste, je crois pouvoir attacher d'autant plus 
d'importance a mes observations attentives et multipliers, que 
le docteur Krohn, connu parses recherches interessantes sur le 
systeme vasculaire de 1'Ecrevisse et sur les yeux des Seiches , 
m'a communique des resultats parfaitement identiques avec les 
miens sur les nerfs stomato-gastriques de la Blatte , sans que 
nous nous fussions instruits auparavant Fun et Tautre du sujet 
commun de nos etudes. Le filet nerveux dorsal tres fin, qui se 
rend du ganglion du cordon impair aux glandes salivaires , 
avait seul echappe au docteur Krohn. 

D'apres nos recherches, les nerfs stomato-gastriques de la 
Blatte (pt. 4t fig- 4> 5) se composent comme ceux des autres 
insectes que j'ai etudies , d'un systeme pair (bb , cc , $3) et d'un 
systeme impair (a, P(3 , yy, «, i, QS, tt). 

Le systeme impair commence par un ganglion frontal trian- 
gulaire (a), dont Textremite anterieure recoit de chaque cot6 
un cordon de communication arque x, qui part du bord ante- 
rieur du cerveau A, aupres et en dedans du nerf antennaire, 
et qui, pres de sa reunion au ganglion a, envoie deux petites 
branches yy aux parties de la bouche. A partir du bord pos- 
terieur du ganglion frontal, le systeme impair se continue 
sous le cerveau , sous le vaisseau dorsal et sous le bord poste- 
rieur des ganglions anterieurs du systeme pair, en formant un 
cordon p(3 qui s'etend sur le milieu de la partie dorsale de l'ceso- 
phage (fig. 4? *) jusqu'a 1'origine de Testomac u. Quelquefois 
aussi ce cordon se prolonge j usque sur la partie dorsale de ce 
dernier organe , mais je n'ai pu parvenir a distinguer les ramifi- 
cations si nombreuses et si distinctes qu'il forme dans cette es- 
pece, et que represente la figure de Miiller. Parvenu a 1'origine 
de l'estomac, ce cordon forme un ganglion triangulaire (fig. 4 
et 5,e), d'ou partent en avant et lateralement un filet tres fin 
(tig. 4 et 5, 3) qui se rend aux glandes salivaires, et en arriere 



des invertebres. io5 

d'autres filets qui s'ecartent a angle aigu £#£, et se repandent 
sur 1'estomac. 

Le systeme des nerfs stomato-gastriques pairs (ibid, bb , cc, $$) 
se compose de deux paires de ganglions places en arriere du 
cerveau, et Tune a la suite de l'autre. Les ganglions de la paire 
anterieure bb , sont allonges, pointus aux deux extremites , et 
rapproches Tun de l'autre de dehors en dedans par leur partie 
posterieure en formant un angle aigu; ils comrnuniquent avec 
le bord posterieur du cerveau (fig. 4? A), par leur extremite 
anterieure qui est dirigee en dehors. De leur extremite poste- 
rieure , il part un cordon de communication qui se rend au cor- 
don du systeme impair place au-dessous deux, apres avoir passe 
par les deux ganglions posterieurs cc du systeme pair qui sont 
places derriere eux. Ces deux ganglions posterieurs (ibid. fig. L\ 
et 5, cc) sont situes au-dela du milieu des ganglions anterieurs, 
un peu plus en dehors que ceux-ci, et sur les parois laterales de 
I'cesophage. Leur forme est ovalaire , et ils envoient distincte- 
ment deux filets , Tun anterieur $\ l'autre posterieur #. Ce der- 
nier parcourt les cotes de Tcesophage, mais on ne peut pas le 
suivre jusqu'a l'estomac. 

Ainsi , le systeme nerveux impair est incomparablement plus 
developpe dans la Blatte, ainsi que dans la plupart des autres 
insectes, et parmi les Orthopteres, dans les Phasma, tandis que 
c'est le contraire dans le Gryllus et le Gryllotalpa. Le cordon 
nerveux que j'ai decrit, et qui se rend du ganglion stomacal 
aux organes (les glandes salivaires) qui secretent un liquide 
pr^parateur de la digestion , meriterait toutefois une attention 
particuliere. 

Nerfs stomato-gastriques du Phasma ferula. 
(PI. 5, fig. 6—io.) 

Les Phasmes ne se distinguent essentiellement du type des 
autres insectes, ni par la structure du cerveau et le trajet de la 
chaine du systeme nerveux en general (i), ni par l'organisation 

(i) Comme on u'a pas encore decrit ni figure les details necessaires pour comprendre la 
forme du cerveau des Phasmes, quelques remarques a ce sujet ne seront pas deplaces ici. Deux 
individus de ce groupe , que je fus a meme d'eludier, l'un a Berlin (i 83o) , l'autre a St.-Peters- 



io<> brandt. •— Sur /cs norfs stomato-gastriques 

des nerfs stomato-gastriqtics, co que Midler croyait d'abord 
pouvoir adrnettre (Act. Loop.) , mais ce qu'il corrigea plus tard 
(Physiol, pag. 58a) _, en pa riant du cerveau lui-meme. Les nerfs 
stomato-gastriques se partagent aussi chez eux, comme dans 
tons les insectes que j'ai examines jusqu'iei, en deux sys- 
tenies, Fun impair et Fautre pair, ce que Miiller a vu en dernier 
lieu. 

Le systeme impair ne prend pas son origine sur la chaine des 
nerfs abdominaux, en arriere du cerveau, comme le dit Miiller 
(Act. Leop. pag.' 87), mais il nait comme a Fordinaire, en avant 
du cerveau A, par tin ganglion frontal triangulaire <z, qui com- 
munique de chaque cote avec le cerveau , au moyen d'un cor- 
don tres pen arque xx, qui se rend aupres du nerf antennaire. 
De ce cordon partent en avant des filets yy qui vont aux parties 
de la bouche. La par tie dorsal e du systeme impair (3, ou sa 
branche principale (voyez son trajet tout entier dans la fig. 6), 
est situee sur le milieu de Fcesophage, au-dessous du ecenr, et 
d'une longue trachee; elle projette lateralement des rameaux 
nombreux, presque a angle droit, qui embrassent en entier Foe- 
sopbage et Festomac , et forment fin plexus, je dirais presque un 
reseau tres distinct, les rameaux d'un des cotes communiquant 
avec ceux du cote oppose sur la partie ventrale de Festomac, 
apres s'etre mis en rapport les uns avec les autres pendant lent* 
trajet, au moyen de quelques ramuscules tres fins , taut en 
avant qu'en arriere (voyez la pi. 5, fig. 10) (j). Dans Fespace 
qui est situe entre la premiere et la deuxieme paire de pattes, 
la brancbe principale forme au-dessus de Festomac un ganglion 

bourg(i833), me presenlerent au-dessvs 1'oesophage et entre les yeux y un cerveau en cane 
long et petit en proportion de la grandeur de 1'insecle (pi. 6. fig. 6. 7. 9.). On en distinguait 
aisement les nerfs optiques o o et les nerfs antennaires / t. Le collier clait visible ; mais le cer- 
veau place sur 1'oesophage, communiquait de chaque cote, comme dans les insectes, avec le pre- 
mier ganglion abdominal d, au moyen d'un filet tres visible ( fig. 9. // «). Le premier ganglion 
abdominal secomporte, du reste, comme dans les autres insectes, en ce qu'il ne forme pas une 
masse arrondie, d'ou partent des cordons nerveux, mais son bord autei icur en envoie aux par- 
lies infuricures de la bouche \ v, comme cela a lieu dans tous les insectes que j'ai examines 
jusqu'iei. 

ii) On pent probablcment soupconner une disposition analogue daus d'autres insectes, mais 

robscrvation eh sera fort difficile a cause de leur pctilesse , puisque dans les Phasmes cux-memes 

l-ivuc. percante rle Midler n etc en defaul. 



des invertebrcs. 107 

distinct et triangulaire (fig. 6. s.) (1), d'oii partent plusieurs ra- 
meaux, dont deux surtout (5 5.), diriges en arriere, se font 
remarquer particulierement par la grosseur et le nombre des 
ramuscules qu'ils envoient sur Festomac d'avant en arriere. 

Le systeme pair (fig. 7, 8, b. c, 6\) parait situe tout entier 
vers le milieu de l'oesophage ; il est peu developpe proportion- 
nellement au systeme impair. II se compose de deux ganglions 
anterieurs b b, plus gros, allonges, etroits^ de longueur inegale, 
et tres rapproches Tun de l'autre sur l'oesophage ; ils avoisinent 
le cerveau par leur extremite anterieure et communiquent avec 
lui par deux filets. Derriere chacun de ces ganglions allonges et 
plus gros, on voit un autre ganglion petit et de forme arrondie 
c. c, qui n'etait point place dans tine situation parallele a celui 
du cote oppose et qui est en rapport anterieurement avec le 
ganglion allonge par un filet lateral tres fin. De chacun de ces 
ganglions arrondis (ganglions posterieurs du systeme pair), j'ai 
vu partir en avant et sur le cote un petit filet S\ et en arriere 
un autre filet semblable 8 qui se rendent au vaisseau dorsal. 

Nerfs stomato-gastriques du Taupe-Gryllon (Gryllotalpa vul- 
garis.) (PI. 4, fig. 6, 7 et pi. 5, fig. 1 .) 

Voici, d'apres Miiller (Act. Leop. pi. jx, fig. 2. p. 91.). la ma- 
niere d'etre des nerfs stomato-gastriques dans cet insecte : « De 
la partie posterieure du cerveau, il part deux filets nerveux dis- 
tincts, de couleur blanche, qui se reunissent immediatement en 
forme de fer-a-cheval , pour former au-dessus du pharynx la 
souche des nerfs intestinaux. Cette sorte de collet donne nais- 
sance a deux cordons tres fins qui s'etendent sur toute la lon- 
gueur de l'oesophage, sur tout le jabot, et vont meme jusqu'a 
Festomac, separes ainsi dans tout leur trajet qui est d'unpouce 
entier; ils deviennent un peu plus epais a mesure qu'ils s'avancent 
en arriere. Ces nerfs fournissent des filets a l'oesophage et a l'es- 
tomac et se reunissent a l'origine de ce dernier viscere ou ils 
forment un ganglion triangulaire d'ou partent en rayonnant 
plusieurs filets diriges en arriere et sur les cotes, qui forment 

(1) Ce ganglion triangulaire et les branches qui en dependent ontdeja ete represcntcs par 
Muller ( Ac. Leop. pi- vm. fig, 3 ). Un autre ganglion antcrieur , qu'il figure comme sc trou- 
vant a l'origine de restomar, ue s'est pas offert a moi; peut-etre n'cxiste-t-il pas couslamment. 



1 08 dra-Ndt. — • Sur les nerfs stomato-gaslriques 

sur l'estomac un plexus nerveux et se perdent sur le coecum. 

Le meme auteur, dans son excellent Manuel de Physiologic , 
(pag. 58o), dit en parlant du passage precedent : « Dans les in- 
dividus que j'ai decrits dans les Act. Leop. t. xiv, les deux fi- 
lets se reunissent pour former un ganglion ; j'ai vu plusienrs 
fois ensuite les deux nerfs separes , donner chacim naissance a 
un ganglion. Je n'ai pas revu depuis la premiere variete. » 

Par suite des recherches que j'ai faites depuis plusieurs annees 
sur differens individus, le Taupe-grillon presente une disposi- 
tion du systeme nerveux stomato-gastrique analogue a celle 
des insectes en general, c'est-a-dire qu'on y remarque un sys- 
teme impair (pi. 4 , fig- 6, 7 et pi. 5, fig. 1 . a. p P (3, y y, x x , X X) et 
un systeme pair (ibid. b. c, c. c. $ 8.) 

Le systeme impair commence par un ganglion frontal a, 
presque rond, se rapprochant un peti de la forme triangulaire, 
un peu comprime de haut en bas, et place au-devant du front. 
Ce ganglion communique de chaque cote avec le cerveau ^4, 
par un cordon legerement arque x insere a son extremite ante- 
rieure et qui se rend au cerveau, non loin du bord interieur du 
nerf antennaire t; ce cordon de communication, avant de se 
reunir au ganglion frontal, envoie en avant un filet aux parties 
de la bouche. Le cordon |3 du systeme nerveux impair qui part 
du ganglion frontal a, passe comme a Fordinaire sous le cer- 
veau et le vaisseau dorsal et se prolonge sur l'cesophage s. Sur 
le tiers anterieur de l'cesophage, a l'endroitou celui-ci est recou- 
vert par la moitie posterieure du ganglion anterieur et allonge du 
systeme pair b, le cordon forme un petit renflement en triangle 
allonge (pi. 5, fig. 1 , i) qui communique avec le ganglion ante- 
rieur b du systeme pair, au moyen d'un petit filet, et qu'un autre 
filet 5 reunit au ganglion posterieur du meme systeme; ces cor- 
dons de communication semblent leur donner plus de force. Ce 
renflement 1 donne naissance en arriere et de chaque cote a un 
filet nerveux simple X, qui s'etend parallelement a celui du cote 
oppose sur le dos de l'cesophage (pi. 4» fig- 6s)jusqu'au premier 
estomac ou jabot u et envoie dans son trajet des filets tres 
fins a ces organes. Ces deux filets X X' (pi. 4 , fig- 7) se croisent 
sur le jabot avec un petit cordon 5, qui provient du ganglion 



des invertebres. 109 

posterieur du systeme pair, et qui parcourt Fcesophage dans une 
direction parallele a la leur; ils se dirigent en dehors, ad lieu 
que celui-ci reste en dedans, plus pres de la ligne mediane de 
Fcesophage. Apres s'etre croises, ces cordons XX et $$ conservent 
une direction parallele pendant un trajet fort court, et se reu- 
nissent sur les cotes du retrecissement du canal intestinal v (pi. 4* 
fig. 6) qui separe le jabot de Festomac <v , pour former un petit 
ganglion ovalaire p. Ce ganglion envoie des filets tres delies a 
Festomac et au retrecissement du canal intestinal v. Les filets 
de Festomac semblent se prolonger jusque sur Fappendice en 
ccecum de Festomac x. Du milieu du ganglion triangulaire 
(pi. 5, fig. 1. t.) j'ai cru en outre voir partir un filet tres fin (3\ 
situesur le milieu de Fcesophage et que Fon peut suivre jusqu'a 
Forigine du jabot u, 

Le systeme pair des nerfsstomato-gastriquesse compose d'une 
paire anterieure b. b. et d'une paire posterieure de ganglions c.c. 

Les ganglions anterieurs, beaucoup plus gros que les poste- 
rieurs (pi. 4? fig- 7- b. b.), sont situes immediatement derriere le 
cerveau (fig. 6. ^.) et plus en dedans que ces derniers (ibid. 
c. c); ils occupent le milieu de la partie dorsale de Fcesophage s. 
Ils sont appliques immediatement Fun contre Fautre par leur 
bord interne, et sont en rapport avec le bord posterieur du cer- 
veau A ', au moyen d'un filet tres delie; leur forme est allongee, 
presque pyramidale, et ils semblent un peu comprimes des deux 
cotes et de haut en bas. De la partie posterieure et externe de 
chacun de ces ganglions, il part un petit filet, qui se porte du 
meme cote et se rend au deuxieme ganglion c. c. du systeme 
pair qui est situe derriere le premier , et en dehors de lui ; la 
face interne de Fextremite posterieure de celui-ci fournit un cor- 
don de communication qui gagne le ganglion du systeme impair e. 

Les ganglions posterieurs c. c. sont situes plus en arriere et 
plus en dehors que les precedens, sur le bord lateral de Fceso- 
phage et separes Fun de Fautre. Ils ont une forme ovalaire et le 
cedent beaucoup en grosseur aux ganglions de la premiere paire. 
lis sont en rapport avec le systeme impair (pi. 5, fig. r. a, (3, y, x, 
*'.) et avec les ganglions anterieurs (ibid. b.b. au moyen de deux 
filets delies (fig. i, 3*, S),qui partent de leur extremite ante- 



x io BRANDT. — ■ ISer/'s stomato-gastriques des invertebres. 

rieure, laquello cnvoie aussi en dehors et sur le cote un cor- 
don tres fin ($\) qui se rend aux muscles. Leur extremite pos- 
tericure donne naissance a un cordon nerveux (£, <J,) qui se 
prolonge de chaque cole dans une direction parallele a celle du 
cordon A deja mcntionne et appartenant au systeme impair : 
ce premier cordon reste en dehors du second, sur les cotes de 
Tcesophage et se rend a Testomac en forme de jabot et a parois 
ridees (u. ); il se recourbe alors et se croise avec le second, 
comme je Tai dit plus haut, puis remonte en dedans sur la 
partie dorsale de Testomac, tandis que le cordon du systeme 
impair vient se placer plus en dehors et en dessous. Apres s'etre 
croises, les deux cordons se prolongent parallelement dans le 
court espace ou le canal intestinal se retrecit u, et oil !e jabot se 
reunit a Testomac musculeux et a parois epaisses; ils se per- 
dent alors dans le ganglion deja decrit p, apres s'etre rapproches 
Tun de Tautre sous un angle aigu. 

Si Tonconsiderele developpement remarquable des ganglions 
du systeme pair, et que Ton reflechisse que , non - settlement le 
cordon dorsal du systeme impair, mais aussi les ganglions pos- 
terieurs du systeme pair envoient des filets a Testomac , on sera 
conduit a admettre que le systeme pair est ici plus developpe 
que le systeme impair, quand on le compare an plus grand 
nombre des autres insectes, tels que les Phasma , Blatta , les 
Lepiclopteres 7 les Coleopteres, etc. Cependant les Gryllotalpa 
se rapprochent plus que les Qrjllas du type des autres insectes, 
a pause de Textremite posterieure de leur systeme impair, qui 
est beaucoup plus developpee que dans ces derniers. 

En comparant ce que nous avons dit jusqu'ici avec les obser- 
vations de Miiller , il resulte que cet auteur n'a decrit et figure 
que les ganglions anterieurs du systeme nerveux stomato-gas- 
trique pair b. b. f les cordons X du ganglion * du systeme im- 
pair et les ganglions posterieurs ^ mais qu'il n'a pas reconnu 
les ganglions posterieurs du systeme nerveux stomato-gastrique 
pair, ainsi que leurs filets, ni le ganglion frontal et le cordon 
chi systeme impair. 

(J.n suite flu procliain cahicr.J 



poiseuille. — Mouvem. du sang dans les vaiss. capillaires. 1 1 1 

Kecherchis sur les causes du mouvement du sang dans les 
vaisseaux capillaires. 

Par M. Ie clocteur Poiseuille. 

( Exirait. ) 



L' Academic ties Sciences, dans sa seance publique du 28 decembre a deccrnc 
1'un des Prix de physiologic cxperimentale a M. Poiseuille pour ses experiences 
sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseiux capillaires : 

Voici l'analyse de ce memoire dans les termes meme de l'auteur :' 

« Lorsqne dans les vaisseaux capillaires des Batraciens ou des Mammiferes on 
examine le cours des globules sanguius, on les voit, et cela dans le meme vais- 
seau, doues de vitesses ties differentes: les uns offrent simultanement deux mou- 
vem ens, 1'un de rotation, l'autre de translation; d'autrcs soul momentanement 
en repos. Deux globules presentant d'abord la meme vitesse ne conservent qu'ac- 
cidentellement la distance qui les separe ; et si la vitesse du sang permet de 
suivrc le meme globule, on le voit dans le meme vaisseau capillaire offrir quel- 
quefois ces differentes phases de mouvement. La vitesse des globules dans les 
capillaires est moindre que dans les arteres et les veines; elle est rarement plus 
grande : cette remarque s'etendaussi a un vaisseau capillaire qui nait immediate - 
ment d'une artere, ou qui se rend directement dans un tronc veineux. 

« Ces phenomenes divers de mouvement porteraieut a penser que les globules 
sont doues d'un mouvement spontanea ou bien que la cause du coins du sang a 
travers les capillaires est differente de la cause unique qui preside an mouve- 
ment du sang dans les gros vaisseaux. 

L'autcur ne s'arretant pas a 1'hypothese du mouvement spontane des glo- 
bules, a du examiner avec la plus scrupuleuse attention les causes auxquelles 
ctaient dus les mouvemens du sang dans les parties isolecs de Faction du cceur 
par une ligature, ou separees du corps par un instrument tranchaut, et ensuite 
etudier I'mfluence du cceur et des arteres sur la circulation capillaire. 

II a etabli, par un grand nombre d'experiences, « que le calibre que presen- 
ted les arteres et les veines est du a la pression du liquide qu'elles charient; 
que leurs parois sont incessamment distendues par le sang qu'elles recoivent, 
que ces vaisseaux tendent a revenir subitement sur eux-memes, par suite de 
l'elasticile de leurs parois., des que la cause qui les dilate cessc d'agir tout-a- 
coup. Les troncs arteriels et veineux, ainsi que les petites arteres et veines, 
partagent cette propriete ; mais en outre cesdernicres ; des qu'elles ne resolvent 
plus de sang, reviennent peu-a~peu sur elles-memes, ct la diminution de leur 



1 1 2 poiseuille. — Mouvem. du sang dans les vaiss. capillaires. 

diametre continue a avoir lieu pendant uu temps plus ou raoins long. Ce retrait 
est quelquefois tel, que les vaisseaux mesentcriques de la grenouille, de la sala- 
mandre, de jeunes rats et de jeunes souris, se trouvent ramenes a un diametre 
qui n'est que les deux tiers de leur diametre primitif. II a aussi demontre que ce 
retrait, to utes choses egales d'ailleurs, est plus prononcc dans les arteres que 
dans les veines. Ges faits bien constates, il est facile de se rendre compte de ces 
mouvemens du sang dans les parties separees du tronc, soit par une ligature , 
soit par un instrument tranchant ; mouvemens qu'on s'est efforce, meme dans 
ces derniers temps, de decorer du nom de circulation. 

cc En effet, un examen attentif de cette pretendue circulation fait voir, la 
partie etant dans un plan horizontal, que le mouvement des globules dans les 
capillaires est totalement aboli; que tous les vaisseaux, arteres et veines un peu 
considerables , charient alors le sang des extremites vers la surface amputee , 
que ce mouvement devenant de plus en plus lent, cesse au bout de quelques 
minutes, et en meme temps l'organe offre une quantite de sang beaucoupplus 
petite. Ces mouvemens resultent done tout simplement du rapprochement des 
parois des vaisseaux vers leur axe ; ils doivent alors pousser le sang vers leur 
ouverture libre. La queue des tetards de la grenouille, la patte du meme animal, 
les mesenteres de tres jeunes rats, de jeunes souris, separes du tronc par un 
instrument tranchant, ont presente constamment les inemes phenomenes. Cette 
pression , qu'il a constatee pour le sang des animaux, existe aussi pour les liqui- 
des vegetaux ; Tauteur est porte a croire que cette sorte de circulation qu'on 
observe dans une stipule du ficus elastica detachee du tronc, est due a la meme 
cause. 

cc I/action de la pesanteur, ainsi quecelle de la chaleur, sont aussi des cau- 
ses , mais dans des limites plus resserrees , du mouvement des globules dans les 
parties separees du tronc, quand surtout le sang n'est pas encore coagule dans 
les vaisseaux. 

« De nombreuses experiences faites : i° sur les tetards de la salamandre et de 
la grenouille, animaux chez lcsquels la circulation se suspendant pour ainsi dire 
a volonte, on la voit se retablir peu-a-peu du centre a la circonfereuce ; 2° sur 
la patte de la grenouille en liant les vaisseaux cruraux ; 3° sur les mesenteres 
de grenouille etde salamandre en liant ou en coupant le cceur; 4° sur les me- 
senteres de jeunes rats et de souris ; toutes ces experiences, dont plusieurs trou- 
vent leur confirmation dans celle de deux celebres pbysiologistes, Haller et Spal- 
lanzani, ont convaincu M. Poiseuille que le cceur et l'elasticite des parois arte- 
rielles., provoquee par les contractions de cet organe, sont les seals agens dela 
circulation capillaire dont il est ici question. 

<c En s'appuyant sur les faits prccedens , e est-a-dire Taction du cceur et des 
arteres, et la tendance qu'ont ces dernieres a revenir sur clles-inemes,, des 
qu'clles ne sont plus suffisamment dilatees par l'ondee de sang lancee par le 
cceur, les circulations conlinue-aaccadee, intermittente , csc'ULatoirej qui pre- 
cedent la moit de l'animal, s'intcrpretcnt avec la plus graudc iacilitc : il en c^t 



poiSEUiLLK. ■ — Mouvem. da sang dans les vaiss. capillaires. r 1 3 

de meme de la circulation retrograde qu'offrent les arteres apres la mort de l'a- 
nimal etcelle du cceur. » 

Ces points eclaircis, l'auteur passe a 1'examen de la cause des mouvemens sin— 
guliers des globules, qu'il a siguales dans les vaisseaux capillaires. 

« Si Ton etudie le cours du sang dans les veines et arteres de la grenouill'e, de 
ties jeunes rats, de jeunes souris, on voit, en allant de l'axe du vaisseau vers les 
parois, la Vitesse des globules etre tout-a-fait diffcrente ; au centre la vitesse est 
« son maximum; elle diminue au fur et a mesure qu'on s'approche des parois .- 
tout pies des parois on distingue un espace ties transparent, qui n'est occupe or- 
dinairement que par du serum; cet espace a une largeur egale au huitieine ou 
dixieme environ du diametredu vaisseau. Cette parlie Iransparcnte des vaisseaux, 
entrevue par Haller, notee par Spallanzani , dans la grenouille, comme devant 
etre occupee par du serum, a ete de nouveau observee dans le meme animal par 
M. de Blainville. 

cc Lorsque quelques globules heurtes les uus contreles autres, se trouvent lances 
dans cette partie transparente des vaisseaux , les globules places au milieu de 
son epaisseur ont un rnouvement extremement lent, et Us cessent de se 
mouvoir quand Us sont presque en contact apec les parois da vaisseau. Les 
globules les plus voisins de cette partie transparente ont un double rnouvement 
de rotation et de translation 5 ils roulent, pour ainsi dire, £iir cette partie de 
serum. 

<c Ces observations, et un grand nombre d'experiences demontrent que l'in- 
terieur des vaisseaux est tapisse d'une couche de serum en repos. On pressent 
deja les consequences qu'il va tirer de la presence de cette couche, dont ila con- 
state l'existence dans les vaisseaux des reptiles, des poissons, des oiseaux et des 
mammiferes. Puisque cette couche est immobile dans son contact immediatavec 
les parois des vaisseaux, toutes les fois qu'un globule s'y trouvera place, il sera 
en repos, ou bien sa vitesse sera plus ou moms diminuee , si line portion plus 
ou moins grande du globule s'y trouve plongee : or dans les vaisseaux capillaires 
les globules se meuvent entre ces deux couches de serum; done leur rnouve- 
ment doit etre moins vite que dans les gros vaisseaux, puisqu'ils ont a vaincre 
l'inertie de cette couche. Si un globule est en grande partie dans la couche, 
cette portion du globule sera en repos, tandis que son autre portion placee dans 
l'axe du vaisseau aura une certaine vitesse; alors le globule tournera sur lui- 
meme, pour prendre sa vitesse normale en suivant le centre du vaisseau. Si de 
deux globules, marchaut , par exemple, de front, l'un est place plus avant 
dans la couche que son. congenere, celui-ci poursuivra sa anarche lorsque 
Vautre rcstera en arriere, et offrira les mouvemens divers dont nous venous de 
parler. 

« Des travaux de M. Girard sur l'ecoulement des liquides dans des tubes de 

petits diametres, ont etabli pour les tubes inertes susceptibles d'etre mouilles par 

le liquide qui s'y meut, l'existence cb cette couche, dont l'auteur a constate 

1'imraobilite dans les vaisseaux sanguins. Gependant, il a fait passer dans des 

V. Zoo i.. — Fevrler. 8 



1 1 4 poiseuillk. — Mouvern. du sang dans les vaiss. capillaires. 

tubes dc vcrrc dc pelits diaraetrcs, des liquides tenant en suspension des corps 
opaques ; et ayant examine cet ccoulcmcnt a I'aide du microscope,, il a trouvc 
cetle couch c immobile , dune epaisscur beauconp plus petite que celle obtenue 
par les calculs de ce savant physicien. 

cc De la l'autcur conclut que Ic sang transporte par les vaisseaux, du cceur a 
toutcsles parties du corps, ne frottc point eontre leurs parois, qu*une couchc de 
serum, garan tit parson immobilite, ces parois de l'usure qui en serait resultee si 
ce frottement eut existe. En outre, on coucoil toute l'iraportance de cette couchc 
immobile de serum tapissant les parois des vaisseaux, dans I'acte de la nutrition, 
depuis surtout les dernieres experiences de M. Miiller de Berlin, par lesquelles 
il a demontre que la fibrine est en dissolution dans le serum. » 

M. Poiseuille a ensuite etudie l'influence du froid etde la chaleur surla cou- 
chc de serum : a ce sujet, nous rapporterons en peu de mots ['experience sui- 
vante. Temperature, 25° centigrades ; on examine la circulation dans la patte 
d'une grenouille, et dans l'auge ou cette patte est placee on met des morceaux 
de glace; dans les gros vaisseaux, la partie transparente de serum augmentc 
manifestement d'epaisseur ; les globules en contact immediat avec elle se meu- 
vent avec plus de lenteur, les trois ordres dc vaisseaux, arteres, capillaires et 
veines, conservent sensiblement leurs diametres, ineme avec un grossisscment 
de trois cents fois ; la vitesse dans les capillaires est considerablement. diminuee, 
et dans quelques-uns de ces vaisseaux, elle devient completement nullc; pen- 
dant six a huit minutes, par cxeraple, la circulation dans les capillaires de l'a li- 
tre patte de la grenouille, conserve sa vitesse normale ; ce n'est qu'apres un 
quart d'heurc de submersion de la premiere patte dans l'eau glacee, que la vi- 
tesse du sang dans la deuxieme patte placee dans l'atmosphere se trouve dimi- 
nuee, par suite de l'abaissement de temperature de toute le masse sanguine. On 
remplace la glace de Tauge par de l'eau a 38° centigrades, et la vitesse des glo- 
bules devient alors si grande, qu'on peut a peine distinguer leur forme. Sur de 
jeunes rats, le froid prolonge pendant quelques minutes seulement avait ar- 
rete la circulation dans les capillaires du mesentere; on la vit se rctablir peu-a- 
pcu, et reprendre son rythrae normal apres la soustraction de la glace. 

<c Ainsi le ralentissement de la circulation capillaire par le froid, sa vitesse 
plus grande par Taction de la chaleur, s'interpretent naturellcmcnt par l'aug- 
mentation de Tepaisscur de cette couche dans le premier cas, et sa diminution 
dans le second. ** 

« Ces resultats s'accordent cnticrcment avec ceux de M. Girard surla varia- 
tion d'epaisseur de la couche qui tapisse les parois des tubes inertes, quand la 
temperature augmente ou diminue. 

cc On sait que certains animaux, tels que les poissons et quelques mammiferes 
amphibicns, se trouvent quelqucfois places a une distance dc la surface de l'eau 
de 8o metres environ, ct supportent alors une pression de 7 a 8 atmospheres ; il 
ctait done important dc savoir comment se comportait cette couche, et en raeme 
temps dc voir les modifications dc la circulation capillaire sous une telle pression 



poiseuille. — Mouvem. da sang dans les vaiss. capillaires. 1 1 5 

C'est dans ce but que l'auteur a fait construire un appareil auquel il a donne le 
dom de porLe-objet pneumatique . Une courte description le fera connaitre, et 
mettra sur la voie des resultats qu'on peut titer de son usage. II cousiste en une 
boite en cuivre de forte epaisseur ; les parois superieure et inferieure sont des 
glaces encastrees dans des rainures qu'offrent les parois laterales ; l'une des ex- 
tremites de cette boite porte un tuyau en cuivre qui recoit tantot un tube baro- 
metrique, tantot un manometre a air comprime; l'autre extremite presente une 
large ouverture , par laquelle on introduit les animaux ; a cette extremite on 
adapte tantot une pompe aspirante, tantot une pompe foulante. L'animal prepare 
de maniere a voir la circulation capillaire est place dans rinstrument, et Tap- 
pareil lui-meme, sous l'objectif du microscope ; on peut alors observer les mo- 
difications que peut introduire dans la circulation capillaire une pression am- 
biante plus ou moins considerable. Chez les salamandres, les grenouilles, leurs 
tetatds, les fres jeunes rats et les jeunes souris, les circulations arterielle, capil- 
laire et veineuse, n'ont offert aucun changement en portant la pression, meme 
brusqueraent, a 2, 3, 4, 6 et 8 atmospheres, et reciproquement. En outre, la 
circulation a continue a sefaire avec le memerhythme sous une pression de quel- 
qucs centimetres de mercure, chez les salamandres, les grenouilles et leurs te- 
tards. En placant dans Tappareil de tres jeunes rats, de Ires jeunes souris (on 
sait que les mammiferes, pendant les premiers jours de leur naissance, peuvent 
rester quelques heures sans respirer), on a pu voir par Tintegrite parfaite de la 
circulation, chez ces animaux alors places dans le vide, combien etait illusoire 
1'opinion des physiologistes qui pensent que, sans pression atmospherique, il n'y 
a point de circulation possible ; mais la pression atmospherique concurremment 
avec les rnouvcmens respiratoires, sont des causes accessoires du cours du sang , 
ainsi que M. Poiseuille l'a demontre dans Tun de ses precedens memoires. 

c< De ces experiences il tire cette consequence, que l'epaisseur de cette cou- 
che, dont Texistence est due a l'affinite qui s'exerce entre les parois des vais- 
seaux et le serum, epaisseur qui varie d'une maniere si remarquable par le froid 
et la chaleur, est indcpendante de la pression ambiante; que les contractions du 
cceur conserventleur rhythme normal quelle que soit cette pression. De la l'inte- 
grite de la circulation, toutes choses egalcs d'ailleurs, chez les animaux qui, par 
la nature du milieu qu'ils habitent, supportent une pression plus ou moins con- 
siderable. 

« Plusieurs tubes de ckara, places dans cet appareil, ont presente, sous une 
pression qui a varie de 2 a 600 centimetres de mercure, le meme mode de circu- 
lation; et les mouvemens de quelques infusoires conteuus dans 1'eau du chara, 
tels que vorticelles, rotiferes, vibrions, etc., s'executaient avec la meme facilite 
qu'au sein de l'atmosphere. » 



1 1 6 Academic des Sciences. 



A.nalyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- 
giques presenters, a V Academie des Sciences pendant le moU 
de fevrier i83(>. 



Seance du i er fevrier i836. 

Note sur la structure des Infusoires _, par M. Dujardin- Cc memoire a paiu 
dana notre cahicr de decembre i835. 

Nouveau genre de vers trouves duns les muscles de V homme, par M. R. 
Owen. 

M. de Blainville met sous les yeux de I'Academie, de la part de M. Owen , 
tin raorceau du muscle grand-pectoral d'un homme, contenant un ties grand uom- 
brc d'individus d'une espece de vers intestine ux, de la longueur d'une dcmi-lignc 
au plus, de forme cylindrique , pourvu d J un orifice buccal anterieur, auquel 
M. Owen donne le nora de Trichina spiralis, parce qu'il est le plus souvent 
solitairement enroule dans un kiste forme aux depens du tissu cellulaire du 
muscle. La petitesse extreme de cet entozoaire a empeche M. Owen d'en coia- 
nailrc completemeut la structure ; mais il en a observe asscz pour etre certain 
qu'il nc peut cntrer dans aucun des genres jusqu'ici connus, ce qui Va deter- 
mine a en former un nouveau. Ge ver n'a encore ete trouve en quantite consi- 
derable que dans le systeme musculairc de la vie animale, et jamais dansle tissu 
du cceur ni dans eclui des intcstins, et cela dans trois cas deja observes : Tun 
sur le cadavrc d'un Italien de 5o ans, mort de consomption a la suite d'une ma- 
ladic de poitrine ; le second sur une femme irlandaise, morte dans un etat de 
consomption determine par un vaste ulcere a la cuisse, et eniin le troisieme , 
sur le cadavrc d'un homme mort al'hopital Saint-Bartholomc, sans que Ton disc 
de quelle maladie. 

( Ces observations de M. Owen font le sujet d'un memoire publie par ce na- 
turaliste dans la quatrieme partie du premier volume des Transactions de la So- 
ciete zoologique de Londres. ) 

Seance du 8 fevrier. 

Application de la camera lucida au microscope simple ordinaire et aux 
microscopes composes verticaux , par MM. Milne Edwards et L. Doyere. 

« Les pcrsonncs qui s'occupent de rcchcrches a l'aide de grossisscmens trcs 
forts, savent le service que rend! \ \ la science M. Amici ; lorsquc l'invcntion de 



^4 acidemia des Sciences. 1 1 7 

son l)cau microscope horizontal lni permit d'y appliquer la camera lucida. Elles 
savent aussi que Ton n'avait pas encore reussi a faire la nieme application au 
microscope vertical ni raerae jusqu'a ces jours derniers, aux loupes simples; d'ou 
resultait l'impossibilite de dessiuer avec les faeilites que doune cct instrument 
sous des grossissemens tres faibles. Un opticien habile , M. Charles Chevallier, a 
tranche une partie de la difficulte en placant le microscope simple dans la posi- 
tion horizontale ' r mais le porle-objet devenant par cela meme vertical, cctte 
disposition avait entre autres l'inconvenient dene pouvoirs'appliqueraux objets 
disscques sous l'eau, condition indispensable pour les rccherches d'anatomic 
delicate. Ayant besoin d'un instrument de ce genre pour des recherches 
que nous faisons en commun, nous sommes arrives, apres quelques tenta- 
tives, a un resaltat qui nous parait pouvoir etre utile aux naturalistes qui se 
livrent a ces sortes d'etudes et que nous nous empressons, pour cette raison, de 
rendre public. 

<c A l'aide de deux miroirs plans disposes sous des angles de 45°, l'un entrc 
1'ceil et la loupe, l'autre vis-a-vis du premier et au-dessus du papier, nous Li- 
sons coi'neider l'image de la pointe du crayon avec celle de 1'objet vu directe- 
ment a travers la lentille simple ou le microscope vertical. Cette disposition est 
d'une extreme simplicity et ne necessitc aucun derangement, dans 1'objet sou- 
mis a l'observation. II pent d'ailleurs s'appliquer a tous les instrumens au moyen 
de quelque changement facile dans la disposition que nous avons ele conduits a 
lui donner. » (Celte lettre est accompagnee d'un dessin representant 1'instru- 
ment dont il vient d'etre question.) 

Piecherches sur le developpement des Mollusgues, par M. E.Jacqtjemin. 

« Le developpement de Tembryon ne commence pas chez le Planorbe dans 
un seul point du vitellus comme chez les animaux superieurs, mais bien dans 
tous les points a-la-fois. Son enveloppe membraneuse, transparente , est une 
pellicule mince qui, par transformation et par developpement successifs, consti- 
tue les organes de la vie animale; tandis que les granules de l'interieur du vitel- 
lus, rapproches vers le troisicme ou quatrieme jour apres la ponte, pour former 
les parois des gros globules egalement transparens, sont les premiers rudimens 
des organes de la vie vegetale. 

« Ces derniers organes se developpent beaucoup plus lentement que les pre- 
miers. 

«. La cicatrice et la vesiculc de Purkinje sont ties developpees et tres distinc- 
tes dansl'ceuf du Planorbe retire de l'ovaire; ils disparaissent peu-a-peu pen- 
dant son sejour dans la poche ou evasement de l'oviducte appele matrice, de 
maniere qu'il n'en reste plus de trace au moment de la ponte. 

« La cause primitive desmouvemens de rotation en sens horizontal qu'exerce 
le vitellus vers le troisieme ou quatrieme jour apres la ponte, est due aux mou? 
vemens de vibration ondulatoires qui s'apercoivent sur sa circoufereuce trente- 
six i quarante-huit hcurcs apres la ponte, scion l'etat de ratmosphere. Ces mcu- 



1 1 8 Acddimie dcs Sciences. 

veraens occasionnent mi tourbillon dans 1'albuiniue qui finit par entraincr 1c 
vitellus, coinme Tont deja si bien dcmontrc les profondes recherches de M. Carus. 
« La partie vibrantc de la circonference du vitellus coustilue les rudimcns 
des orgaacs de la respiration. Gcs organes une fois en vibration ne cessent plus 
de l'etre pendant toutc la durcc de la respiration branchiale ; Cest-a-dire jus- 
qu'i ce que les organes de la respiration pnlmonaire se soient developpes, ce 
qui arrive vers le sixienie ou huitieme jour de la vie extra-ovulaire. » 

Lettre sur les animaux microscopiques j par M. Peltier. 

<c La richessc d'organisation dont M. Ehrcnberg a doue les animalcules mi- 
croscopiques, a provoque de toutes parts dcs recherches sur cet objet : aucuu 
des micrographes que j'ai vus n'a pu retrouver les nombreux estornacs qu'il a 
decouverts par centaine. C'est tout aussi vaineraent que je les ai chercbes. Ge 
uon-succes m'a determine a communiquer a VAcademie les observations qui 
conduisent a des conclusions differentes de cclles de i'observateur alleraand, 
et de celles que M. Dujardin a placees dans sa dernieie lettre a I'Academie des 
Sciences. 

« Pour faire ces observations avec fruit, il faut garder la meme goutte d'eau 
pendant plusieurs jours, afin de faire perir par une lente inanition les animalcu- 
les qu'elle contient. Au moyen de quelques precautions dans le jcu de la lumiere, 
j'ai vu des cils simples ou multiples a tousles Volvoces, a toutes les Enchelides, 
aux Gones, etc., etc. J'ai rcmarque une Enchelide armee d'une trompe dont le 
bout est divise en soies plus fines, qu'elle fait vibrer a la maniere des Vorticel- 
les. EUe se dirige du cote de sa flexion generale, mais ce n'est pas par le seul 
moyen de la trompe, comme il est facile d'en juger par les diverses courbures 
qu'elle donne a son extremite , sans que la ligne de progression en soit device. 
Je me suis asrure plusieurs fois que ces organes vibratoires nesontque des pro- 
longemens de la membrane exterieure, comme les doigts d'un gant sont les pro- 
longemens de la main. A raesure que la goutte d'eau s'appauvrit, la plupartdes 
animalcules donncnt plus de developperaent a leurs extensions de contact; sou- 
vent des vesicules nouvelles poussent sur les cotes de la couronue des Vorticel- 
les et des bourgeons cephaliqucs de la Cyclide rostree. Les Protees se transfor- 
mcnt d'autantplus que la goutte d'eau est plus ancienne. 

a J'ai suivi l'altcration qu'eprouvent les globules interieurs : dans les Kerones 
pustuleires, par exemple, ces globules pcrdcnt leurs belles couleurs d'abord, 
puis ils diminuent de volume, cnsuite de nombre; ils se groupent inegalement 
contre la paroi de la membrane exterieure, et la plus grande partie se rapproche 
de la portion anterieure de I'animal. Un pen plus tard h les cils posterieurs ces- 
sent lcur mouvement, puis successivement les plus antcrieurs; alors Tanimal a 
cesse de vivre. Chez d'autres, il se forme une echancrure au milieu ; elle aug- 
raente de plus en plus et finit par separer les deux moities. La moitic anterieure 
continue a vivre; elle parait meme avoir repiis de l'energie par cettc perte de 
la moitie jiosti-ricurc de sa substance. Cctle ddiiierc meurt souvent aussitot^ 



^ cade trite des Sc let ices. 1 1 9 

mais quelquefois pourtant, lorsquc la separation 11c laisse pas d'ouvcrture, cllc 
continue a vivre pour son propre compte, et elle reprend quelques mouvemcns 
afTaiblis et se traine ainsi pendant un temps assez court. Dans tous les cas, 
1'instant de la mort de l'individu ainsi affaibli rend libres, et a leur propre spon- 
taneite, le reste des globules que la Kerone contenait encore ; 1'enveloppe vesicu- 
late se resout elle-meme en globules excessivement petits, grouillant pendant 
quelque temps dans l'espace ou ils ont retrouve leur liberte. Pendant cette ope 
ration, il arrive quelquefois des occasions de voir parfaitement la forme tubu- 
leuse ou ciliee de la vesicule generate formant des appendices. 

cc Je pourrais encore citer une autre observation sur la division cruciale d'une 
Cyclide reniforme qui a ete precedee egalement de la spontaneite de tous les glo 
bules interieurs, ce qui ne peutconcorder ni avec les ccecums de M. Ehrenberg, 
ni avec les vacuoles remplies de liquide de M. Dujardin. Enfin j'ai produit par 
iuanition sur un grand uombre d'animalcules un effet analogue a celui qu'o- 
pere un exces de nutrition, la multiplication des individus par separation. Dans 
les especes qui ont un vaisseau dorsal, comme dans les Naiades digitees, on 
voit que la separation se fait ou cesse d'arriver la faible portion du liquide nu- 
tritif, absorbe par les parties anterieures. C'est un fait dont la physiologic doit 
tenir compte dans l'explication de la generation et de Tindividualite. » 

Observations sur un fcetus informe vomi par un jeune gargon, par 
M. Geoffroy Saint-Hilaire. 

<c M. Geoflfroy-Saint-Hilaire annonce avoir recu et depose sur le bureau plu- 
sieurs pieces relatives au fait de naissance par vomissemens (en Grece, lie de 
Syra) d'un fcetus informe. Le consul de France a la residence de Syra, M. Led- 
huy, a bien voulu prendre la peine de les lui adresser, ainsi que le produit 
vomi, lequel est deja parvenu a Marseille et s'achemine sur Paris. 

M. Geoffroy se propose d'examiner avec tout le soin necessaire ce cas curieux 
et d'enfairebientotle sujet d'une nouvelle communication. 

Seance du i5 fevrier. 

Seconde lettre de M. E. Jacquemin, sur le developpement des Mollusques. 

a Le premier signe du developpement de l'embryon du Planorbe se manifeste 
viugt-quatre a trente-six heures apres la .ponte ; ils consiste en un mouvement 
moleculaire qu'operent les granules jaunes-verdatres qui remplissent avec un 
liquide transparent l'interieur du vitellus : le but de ce mouvement est la for- 
mation dc gros globules clairs et transparens. 

« Les mouvemens de rotation du vitellus , qu'il ne faul pas confondi e avec 
les mouvemens embryouuaiies proprement dits, cominenceut vers le dcuxiemc 
ou troisiemejour; ils ont ete vus a Dresdc parM. de Humboldt, lors de son pas- 
sage en cette villc en i834. 



iao Academic des Sciences. 

« Vers 1c cinquierae et sixieme jour on reraarque deux parties arrondies et 
saillantes placces a la peripheric du vitellus, dont l'une est le rudiment de la 
tete et du pied encore reunis, et l'autre plus clair, qui est celui du poumon; ce 
dernier est toujours tres developpe pendant toutc la vie foetale. Des contractions 
tres fortes s'operent dans la substance du vitellus, devenu embryon entre le 
pied et le poumon. 

a Huitieme jour : un petit maiDclon conique se presente entre le pied et la 
tete, qui forment cbacun une partie arrondie et saillanle; e'est le rudiment des 
tentacules. 

« Dixieme jour : on remarque la premiere trace de la coquille formant un« 
pellicule mince et transparente qui enveloppe tout le corps, exceptc la tete , le 
piedet le poumon. 

a Onzieme jour : un des gros globules du centre s'avance vers la tete pour 
aller former la masse charnue de la bouche ; les auties sont ranges assez regu- 
liei emenl en deux groupes , et Ton remarque avec surprise que deux de ces 
globules commencent un mouvement de dilatation et de contraction permanent 
et regulier avec une tres grandc energie ; ce sont les rudimens du cceur. Le 
nombre des mouvemens de ces organes estde 60 a 65 par minute lorsqu'ils sont 
le plus actifs; dans le cas contraire il n'est que de 3o a 4o. J'ai observe avec 
soin toutc revolution du cceur. 

(( L'ceil se presente sous la forme dun grand point noir compose de gros gra- 
nules qui n'offrent aucunc position ni aucune organisation dctcrminees, pas 
meme pour les deux yeux d'un meme individu. 

cc Douzieme jour : les organes places vers la circonference du globule em- 
bryonnaire sont tres avarices dans leur deveioppement; le petit etre se promene 
presque continuellementdans l'interieur del'ceuf, par suite de contractions mus- 
eulaircs, et non plus entraine, comme au commencement, par le lourbillon qui 
s'etait etabli dans l'albumine. 

« Treizieme jour : Tembryon fait des mouvemens de deglutition avec la 
masse charnue de la bouche. II se nourrit en grande partie de l'albumine; les 
parties genilales, si enorinement developpees chez l'adulte , ne commencent a 
presenter les premieres traces de formation que vers cette epoque. 

« Quatorzieine jour : reinbryon au terme de son deveioppement remplit la 
presque totalite interne de l'oeuf ; il fend Tenveloppe de ce dernier et sort. Le 
jeune Planorbc jouit d'une respiration aquatique jusqu'a ce que les orgaues dela 
respiration pulmonaire se soient dcveloppes, ce qui arrive vers le sixieme ou 
huitieme jour aprcs l'eclosion. 

<c Les mouvemens contractifs de l'estomac, qu'on peut tres bien observer au 
travers de la coquille, sont si forts qu'ils font varier plus de deux lois le volume 
cxterne de cet organe. 

« A partir de cette epoque, les mouvemens d'ondulation vibratoire sur le bord 
des organes de la respiration, disparaisscnt [>cu-a-pcu ; les tentacules scules font 
exception. » 



Academie des Sciences. 1 1 r 

Note sur le diatoma Swartzii; par M. Laurent, professeur a VEcole toy ale 
forestiere de Nancy. 

On a reconnu depuis quelques annees que certaines conferves oscillatoires 
composees de locules placees les unes au bout des autres, renferinent des grains 
qui, a certaines epoques, sortent animes de leur habitation, et se meuvent avec 
plus ou rnoins de vitesse dans l'eau ou la conferve est plongee. M. Laurent a 
reconnu recemment totis ces phenoraenes dans lc diatoma Swartzii. 

II a vu aussi quelquefois que la masse des grains contenus dans une case., sort 
en bloc des flancs de la conferve, et constitue un animal multiple qui tourne 
sur lui-meme comme les grains isoles. 

M. Laurent rapporte qu'en rompant avec une pointe fine, sur le porte-objet 
du microscope, des tubes de conferves ectospermes de Vaucher, il a apercu les 
grains qui y etaient renfermes s'echapper et se mouvoir. Ce mouvement, auquel 
on ue croyait pas, ne pouvait etre meconnu, car, ditM. Laurent, a certaines de 
cc ces monades a peine sorties du tube, venaient s'y renfermer pour en ressortir 
cc ensuite, comme si elles avaient d'abord peur de s'eloigner de leur premiere 
a demeure. Jc crois que M. Bory de Saint- Vincent a deja annonee une obsei- 
a vation semblable pour une conferve qu'il a placee parmi les Conjuguees. » 

Recherches sur les communications vasculaires entre la mere et le foetus, 
par M. Feourens. (Ce memoire se trouve imprime dans le mois de Janvier des 
Annales, page 65.) 

Seance du 22 fe'vrier. 

Rapport de M. Floukens sur une Tete d 3 ours fossile donnee au Musee de 
V Academie par M. Larrey. 

cc L'Academie m'a charge d'oxaminer une tete dfours fossile qui lui a ete 
donnee par notre confrere, M. Larrey. Cette tete a ete trouvee dans les grottes 
de Mialet, departeinout du Gard, par M. le docteur Alexis Juliet. 

cc Elle appartient a la grande espece des capernes, a Tespece a front bombe , 
espece qui a repu plus particulierement , comme chacun sait^ le nom d'ursus 
ftpelceus. 

cc Sauf quelques ties legeres alterations dans les os du nez, aux arcades surci- 
licres et zygomatiques, aux cretes occipitales, etc., le crane proprement dit est 
dans un etat parfait de conservation. 

cc La machoire inferieure n'a guerc de notablement altere que le condyle de 
sa branche droite. Du reste, elle a ses six dents incisives, ses deux dents canines ; 
elle a quatre des dents molaires du cote droit ; toutes celles du cote gauche 
manqucnt. 

cc Toutes les dents molaires de la machoire superieure manquent aussi, hors un 



121 ^ / cade n lie des Sciences. 

lVagmcnt (1c la postcricuie du cote droit; mais cette machoirc a scs six iucisives 
el scs deux canines parfaitement conscrvces. 

« En un mot, eta cc ties petit iiombrc d'alterations pies, toutc cctte tele est 
dans l'etat le plus reniaiquable de conservation, [/imagination rcste tonjours 
confondue a l'aspect de ces os fossiles, conserves jusquc dans leurs plus petits 
details, et dont neanmoius les especes auxquelles ils out appartenu ont disparu 
de la surface du globe depuis taut de siecles., et par 1'efTet de tant dc catastro- 
phes epouvautables. 

« On sait que M. Cuvier, qui d'abord n'avait compte que deux especes d'ours 
fossiles dans la premiere edition de son grand ouvragc, en a compte jusqu'a 
trois dans la seconde, Yursus spelcens , grande espece a front bombe ; Yursus 
arc/o'ideus, grande espece a front plat; Yursus priscus, espece plus petite; et 
qn'il en a ineme indique une quatrieme, d'abord, sous le nom A'ursus etruscus 
puis sous celui d'ursus cultridens. 

ct Mais ce u'est pas ici le lieu de nous arreter ui a la determination de ces 
especes fossiles, cousiderccs en clles-memes, ni a la determination de quelques 
autrcs especes qui, depuis, out etc signalees ou proposees par divers naturalistes : 
MM. Marcel de Serrcs, Croizct ct Jobert, Schmerling, etc. 

cc Je viens a ce qui louche plus Jirectement l'objet dt.- ce rappoi t, savoir. le 
fait de l'existence de Yours fossile en France; et, a cet egard, une circonstauce 
importante a noter ici, e'est que M. Cuvier n 'a coiiuu ce fait qu'au moment 
mcinc ou il terminait la publication de la seconde edition dc son grand ouvrage. 

cc L'ours, dit-il, n'avait pas jusqu'a present ete trouve fossile en France : on 
cc vient de le decouvrir dans une fissure de rocher pres de ChdUlUm, lieu du 
cc departemeut du Doubs, sur la rive gauche de cette riviere, pres de Saint- 
cc Hippolyte.... M. Duvernoy, continue-t-il, doeteur en medecine a Montbe- 
cc liard, ct autrefois mon ties utile coopcrateur pour la redaction des trois vo- 
ce lumes de mes Lecons cV Analomie Comparee, a bien voulu m'adresser les os 
cc qui s'y sont trouves.... » 

cc Depuis cette epoque, Yours fossile a ete decouvert sur plusieurs autrcs 
points dc la France: dans la grottc d'Ossellc, departemeut du Doubs; dans le 
departement dc la Uaute-Saone, a Fouvent, etc. II a ete decouviert dans les ca- 
vemes de Lunel-Viel, departement de THerault, dans les cavernes de Salleles, 
departement de l'Aude, etc., par MM. Marcel de Serrcs ct Pittore; dans le de- 
partement du Puy-de-D6nie, par MM. Croizet ct Jobert, par MM. Deveze et 
Bouillet, etc., etc. 

cc La tete que M. Larrcy vient de donncr a l'Academie, ajoute done, sous le 
point de vuc qui nous occupc, un nouvel clement a cette connaissance des ri- 
chesses fossiles de notre sol; richesscs dont on peut regarder chaque nouvelle 
decouvcrtc comme un nouvel hornmagc a la memoirc du grand homme qui a 
crce la science des ossemens fossiles. Aussi l'Academie s'cst-elle empressee d'ac- 
cueillir cc don dc M. Larrey, ct nous faisons-nous un devoir, autantqu'un plai- 



udcademie c/cs Sciences. i 2 3 

sir, de lui proposer d'adresser dc nouveau ses remercimens a notre honorable 
con here. » 

A la suite de ce rapport, M. Geoffroy-Saint-Hilaire communique la note sui- 
vante que nous inserons textuellement ; 

<c Je parle dans vacs Etudes progressives : memoire de geologie et de pale- 
ontographie (voir la note page 91J, des ours fossiles, dont je fais uu genie sous 
le nom de Spelearctos ; les animaux arctoides se rapporteut a quatre sous-genres, 
les ours de la zoologie anlediluvienne, les analogues a Yursus maritimus, les 
analogues aux uurs de l'Europe, et les analogues aux ours indiens ou ours des 
jongleurs. 

a Les Spelearctos etaient des animaux essentiellement earnassiers, si on les juge 
sur la forme de la boite cerebrale et le grand ecartement des arcades zygoma- 
liques. La sont des formes qui ne sont repeUes que par les plus carnassiers du 
genre fells, le tigre et le lion. » 

Memoire sur quelques particularites des organes de la deglutition de la 
classe des oiseaux et des reptiles, pour serpir de suite a un premier me- 
moire sur la langue ; par M. Duvernoy, Correspondant de VAcademie. 

(C La variete infinie, dit I'auteur en commenfant, qui se manifeste a l'ceil de 
1'observateur dans l'orgauisation des animaux, e'est-a-dire Jans les inslrumens 
qui ]>roduisent et nous montrent les phenomenes de la vie, peut etre etudiee 
sous plusieurs points de vue. Ou bien, en cherchant a la comprendre, on aura 
pour but d'expliquer les particularites que l'animal presente dansl'une ou Tautre 
de ses fonctions, dans ses habitudes, dans ses moeurs, et de montrerles disposi- 
tions organiques plus ou moius evidentes dont elles dependeut. Ce genre de 
recherches appartient a la physiologie speciale qui peut en receyoir de grandes 
lumieres. 

« En multipliant les comparaisons, en appreciant non-seulementles differences 
les plus remarquables, mais encore celles qui le sont moins, on arrive peu-a~ 
peu a reconnaitre les ressemblances generales et a juger ce que chaque organe a 
de constant, 1'essentiel pour le constituer, et a le distinguer de ce qui ne fait 
que le modifier, de ce qui le perfectionne ou le deteriore pour le mettre en har- 
monie, selon les besoins de Texistence, avec l'ensemble de l'organisme. On par- 
vient ainsi a l'autre but de cette etude, celui de decouvrir le plan commun d'or- 
ganisation des groupes plus ou moins generaux, celui qui doit foumir des mate- 
riaux plus on moins importans a la physiologie generale. C'est sous ce double 
point de vue que deja, en i8o4, j'ai cherche a demontrer l'organisation de la 
langue de certains raammiferes et de quelques reptiles, dans un memoire lu a 
la Societe savante a laquelle l'Academie royale de Medecine a succede. G'est en- 
core sous ce double point de vue que j'exposerai dans le travail actuel, le re- 
sultatd'une partie de mes dernieres observations sur la memo matiere. Elles out 
eu plus particulierement pour sujet la langue ties mobile des Perroquets et la 



1*4 Academic des Sciences. 

langnc rudnncntairc du Pelican, dans la classc des oiscaux, ct dans cello des 
reptiles, la langue extraordinaimnent extensible da Camcleon, el celle du Cro- 
codile qui rcste eollec , pour ainsi dire, au planchcr de la cavite buccale. En 
prenant ces deux extremes dans I'une et l'autre classes, il sera plus facile de ren- 
drc evident lc plan comraun de composition de cet organ e et les differences de 
structure qui produisent des diets si opposes. » 

Nous inset ons ici les conclusions par lcsquelles 1'aulciir a tcrmine son rnc- 
moire, ct qui en resument les points principaux. 

<c Jc crois avoir demontre dans cc travail, dit-il, plusieurs points inleressans 
conccrnant l'organis ition de la langue, ou des orgnnes de deglutition, des oi- 
seaux ct des reptiles. 

cc On peut en conclure, rclativemcut a la physiologic generale : 

cc i° Que la consideration des os, comme leviers, ne fournirait que'des dou- 
nces incompletes pour celte physiologic., si Ton n'y joignait celle des muscles qui 
mcu\cnt ces leviers; 

cc 2° Que, dans l'appareil de la langue, qui est compose de la langue et de 
l'hyoidc, la premiere pent devenir rudimentaire avail t rhyoide, qui la souticnt, 
sans doutc parce que l'hyoidc a d'autres emplois ; 

a 3° On pourra voir, dans les figures joiutes a ee memoirc etdausleur ex- 
plication, (\ue l'os ou le cartilage lingual varie beaucoup pour sa forme ct sa 
composition; qu'il pent etrc d'une scule piece ou compose de deux pieces mo- 
biles Tunc sur l'autre et dans la ligne mediane , et que cbacunc d'clles peut 
ctrc encore distinguce en deux parties, Tune auterieure et l'autre postcrieure , 
dontle developpemeut et I'ossiiication sont ties variables, suivant les genres ct 
meme les especes. 

cc 4° Nous avons etabli d'ailleurs que la forme et les dimensions de la langue 
u'ctaient pas toujours en rapport avee la forme et les dimensions du bee. 

cc 5° Que les muscles de la langue peuvent varier beaucoup dans les oiscaux, 
puisqu'on en trouvc jusqu'a six paires dans le Perroquet, tandis qu'il n'y en a 
qu'une ou toutau plus deux dans beaucoup d'echassicrs, et que la langue rudi- 
mentaire du pelican en manque absolumcnt, le scul qui subsistc dans cct animal 
s'ctant arrete au corps de l'hyoidc (I'hyeglossc droit.) 

a 6° On a vu que , dans )e Pelican, l'hyoi'de conserve un certain developpe- 
meut, ainsi que la plupart de ses muscles protractcurs et retractcurs, qui sont 
encore rcconnaissables malgre leur excessive extension dans l'cpaisseur des pa- 
rois de la poche sous-raandibulaire. 

cc 7 Nous avons demontre que eclte poche , dont les parois rcvienncnt si 
promptcment sur eilcs-memes, (juand clles out etc distenducs par la pesanteur 
de la proic que lamina! avalc, doit surtout celte force contractile a un reseau du 
tissu el.jstifjiie qui entrc dans la composition de ces parois 



Academic des Sciences. 125 

« Relativcment a la langue des reptiles, ce memoire eomprend : 

cc 8° Des observations sur les raouvemens de protraction extraordinaire de la 
langue du Cameleon, failes sur l'ammal vivant. etablissent que cet animal peut 
atteindre sa proie a une distance plus grande que la longueur de sou corps et de 
sa queue reunis. 

cc o° On y a vu, en detail , quelle etait l'organisation de cet instrument et 
comment, malgre sa singularitc, qui est en rapport avec ses effets extraordinai- 
res, on pouvait les ramenerau plan general de la langue des animaux vertebres, 
du moins pour sa composition osseuse et musculaire. 

« Tci les muscles intrinseques de la langue sont entierement separes des mus- 
cles extrinseques, tandis que dans d'autres reptiles et les mammiferes, les uns 
et les autres sont plus ou moins entrelaces. 

cc io° J'expose d'ailleurs, dans ce travail, une nouvelle theoiie, pour expli- 
qucr l'cxtension si particuliere dont celte langue est susceptible. 

cc n e Enfin, je montre, dans la langue des crocodiles, I'entrecroisement le 
plus evident, le plus complet, des faisceaux musculaires de deux muscles sy- 
mctriques. » 

Nous croyons devoir encore reproduire ici deux points particuliers du me- 
moire dc M. Duvernoy. Le premier est relatif au mecanisme des mouvemens 
de contraction de lapoche sous-mandibulaire du Pelican. 

cc J'ai decouvert ce mecanisme, dit M. Duvernoy, dans un reseau ties elasti- 
que, situe en-dehors des faisceaux musculeux. Je me bornerai a l'indiquer ici, 
ayant deja eu 1' occasion de le fairc connaitre ailleurs. Ce reseau se compose de 
filets principaux qui partent dela ligne moyenne, et se dirigent tres obliqueraent 
eri arriere, se liant par des filets lateraux ramifies et plus petits qu'ils s'envoient 
reciproquement. II en resulte un tissu extremement elastique, capable de reve- 
nir promptement sur lui-meme, lorsque la cause qui l'a distendu a cesse d^agir, 
ce qui produit la contraction des parois de la poche, sans fatigue pour l'animal, 
parce qu'il n'y a pas ici depense des forces vitales. C'est un nouvel exemple a 
ajouter a ceux deja connus, dans lesquels certains mouvemens et certaines posi- 
tions fixes sont le produit de cette raeme force elastique. Tel est entre autres le 
ligament qui tientla troisieme phalange des chats flechie vers le haut sur le cote 
dela seconde phalange ; tel est celui qui maintient baillante la coquille des bivalves. 
Tel est le tissu jaune elastique de la peau interdigitale des mammiferes a pieds 
palrnes; de l'aile des chauve-souris (i), qui ride cette peau a mesure que les 
doigts se rapprochent. » 

Le second point du memoire de M. Duvernoy que nous reproduisons ici, a 
pour objet la theorie des mouvemens si singuliers de lajangue du Cameleon. 

c< J'ai observe, dit M. Duvernoy, pendant cinq mois un Cameleon vivant, et 

l 

(i) Principes danatomi* compare'e, par M. Ducrotay de Blaiuville, t. i, p. i6u. 



1 2 6 Academic des Sciences. 

j'ai eu souvent I'occasion de le voir lancer sa langue comme un trait sur une 
proie; les mouches cxcitaient peu son appetit : il etait long-temps sans vouloir 
se donner la peine de les prendre; car tout mouveuient seinble une peine pour 
cet animal apathique. Mais il se decidait bien plus promptement a prendre les 
punaises de jardin et surtout les araignees qu'on mettait a sa portee. Cette por- 
tee est beaucoup plus grande qu'on ne pourrait se Timaginer avant d'en avoir 
fait Texperience. Notre camcleon etait perche sur un petit arbrisseau en-dedans 
d'une fenetre contre laquelle nous lachions rinsecte dont il devait s'emparer. 
De cette maniere, nous pouvions facilement mesurer Tintervalle qui Ten sepa- 
rait, et Tallongement necessaire de sa langue pour s'en saisir. Quand l'insccte lui 
plaisait, il parvenaita Tatteindre a une distance qui excedait la longueur de son 
corps et de sa queue reunis. 

cc La vitesse avec laquelle le cameleon sort sa langue de sa bouche et l'y ren- 
tre, ne peut se comprendre, a notre avis, que par uu mouvement musculaire. 
Mais on a de la peine a concevoir comment cet organe peut s'allonger si forte- 
ment et se raccourcir immediatement apres, avec une promptitude extreme ? Voici 
an reste Texplication que je crois pouvoir en donner : Thyoi'de, sur lequel toute 
la langue, et particulierement son gros bout, est enfilee, represente la tige du 
bilboquet, dont la boule est ici la massue de la langue. La corde qui attache la 
boule a la tige est encore representee dans Pappareil de la langue par le liga- 
ment qui s'etend de Fextremite de Thyoi'de a celle de la massue de la langue. 
L'effort simultane de tous les muscles qui tirent l'hyoide en avant, tels que les 
geni-hyo'idiens et cerato'idiens, et les cerato-maxilliens , reuni a Taction du 
mylo-hyo'idien, pour soulever le plancher de la bouche, et a celle du maxillo- 
palatin (l'analogue du genio-vaginien des serpens) pour jeter hors de la bou- 
che le gros bout de la langue, doit en effet Ten faire sorlir en le detachant de 
rhyoi'de, comme l'effort du joueur detaehe la boule de sa tige. 

m Au moment meme, les muscles linguaux droits rapprochent les levres de la 
capsule pour pincer la proie que l'animal a visee. Presque aussitot la langue ren- 
tre dans la bouche par l'elasticite de ses parties fortement distcndues, par Tac- 
tion des steruo hyo'idiens et ceratoidiens, qui sont tres recules en arriere et 
tres longs pour avoir plus d'etendue de contraction ; et par l'effort des cerato- 
gloaxes qui ramQuent toute la langue sur son axe osseux, comme Tadresse du 
joueur enfile la boule du bilboquet sur sa tige. L'allongement extreme de la 
langue est Teffet de Tetcndue de Textensibilite de la peau du fourreau; il est 
produit par uu jet de Textremite de la langue qui, en etant la partie la plus pe- 
sante, se trouve lancee comme une frondc, ou plutot comme la boule du bilbo- 
quet, et quitte de meme la tige glissante de Thyo'ide. » 



Academic des Sciences. 127 

Seance du 29 fevrier. 



Recherches anatomiques, physlologiques et zoologiques sur les Polypes du 
genre Eschare, par M. Milne Edwards. (Ce memoire paraitra dans un des 
prochains cahiers des Annales. ) 

Observations sur les mouvemens de la langue chez les Cameleons , par 

M. DlTMERTL. 

« M. Dumeril, qui n'a cu connaissance du inemoire de M. Duvernoy sur la 
cause des mouvemens de protraction de la langue du Caineleon, que par le 
Compte-rendu irnprime de la derniere seance de TAcademie , communique un 
passage encore manuscritdu chapitre 5 e du tome HI de YErpetologie (1), qu'il 
publie avec M. Bibroo, et dans lequel il donne une autre explication de ce sin- 
gulier mccanisme. 

<c Dans les Cameleons, la langue a pour veritable et principal usage la faculte 
de prendre les alimens. Elle est douee d'une protractilite excessive et tout-a- 
fait surprenante par la rapidite avec laquelle elle s'execute. Sa retractilite est 
presque aussi mcrveilleuse. L'animal la projelte, pour ainsi dire, au-dehors en 
la lai^ant sur les insectes, qu'il saisit ainsi a une distance souvent aussi conside- 
rable que celle de la longueur de son corps, et il la fait rentrer dans sa bouche 
en la retiraut, et la plissant sur elle-meme, de maniere qu'elle semble disparaitre. 
Cette operation s'exercc sans aucun bruit, en un clin-d'ceil, toutes les fois que 
Tanimal saisit sa proie ou qu'il veuthapper quelques gouttes d'eau pour etancher 
sa soif. 

« II est facile de concevoir et d'expliqucr une partie de ces mouvemens par 
la structure de cette langue dans les Cameleoniens, parce que les os et les mus- 
cles en ont ete parfaitement decrits et qu'on peut les isoler par la dissection. 
Cependant, a l'aide de cette anatomie , on reconnait que les mouvemens qu'ils 
doiveut operer sont loin de suffire a la production de cet allongement excessif, 
et tel que l'animal, sans mouvemens apparens du reste du corps, peut lancer 
hors de la bouche, par une force d'expuition, un tuyau charnu qui depasse la 
longueur de son tronc, et qu'il peut, avec la menie viles^e, retirer la langue a 
l'interieur ou la faire rentrer dans la gorge, 

« Pourjd'autres langues vermiformes et protractiles, telles que celles des Fours 
miliers parmi les mammiferes ou des Pics chez les oiseaux, la structure de l'os 
hyoidc et de ses prolongemens en forme de cornes, en fait concevoir le meca- 
nisme, surtout par la disposition, letendue et le nombre considerable des fais- 



(1) Cet ouvragc dont il a deja paru deux volumes fait partie des Suites a Buffon , publiees 
par Roret. 



i^8 Academic des Sciences. 

ceaux charnus qui s'y inscrcnt et les recouvrent. Ici, outre cet appareil cor- 
rcspondant, il cxiste dans la partic moyennc de la langue line sorte de tuyau 
charnu, creux on vide a l'interieur, tapisse d'une membrane muqueuse, dans 
lcquel le stylet osseux, qui correspond a l'os lingual, ne peut penetrer qu'en 
partic, tant il est court, ct dans l'epaisseur duquel aucun des muscles des ina- 
choires nc peut reellenient s'iuserer. II faut done que cette langue, lorsque le 
Camcleon l'allonge autant qu'il le peu*t, soit portec, poussee en avant par un me- 
canisme tout particulier. 

(( Le fait est que, malgre les descriptions qu'en ont donnees Perrault, Val- 
lisuieri et plusieurs autres anatomistes habiles, M. Duvernoy, en particulier, 
la difflculte que nous venons d'indiquer est restee sans explication ; elle demande 
de nouvelles recberches pour expliquer cette drectilite de tissu de la partie 
moyenne ou de ce tube cbarnu place entre le tubercule terminal et la base cor- 
respondante a l'os lingual. (Ici se trouve la description anatomique.) 

cc Nous trouvons dans cette langue, qui est un instrument de prehension des 
alimens plutot qu'un organe du gout, une grande analogie avec celle de la plu- 
part des batraciens anoures, les £ipas exceptes. C'est un tuyau creux termiue 
par un pavilion charnu et visqueux qui est lance hors de la bouchc avec la vi- 
tesse de l'eclair , et qui y ramene rapidement la proie pour la livrer aux or- 
ganes de la deglutition. En traitant des poumons et de la vessie aerienne a parois 
sulides, situee sous le cou, et qui communique avec 1'air qui sort de la glotte , 
nous faisons voir que cet organe n'est peut-etre pas etranger a cette projection 
de la langue ; que l'animalpeut y pousser de l'air, comme dans une sarbacane a 
parois mobiles et allongeables, et qu'il ramene a lui avec la meme vitesse, comme 
s*il y operait le vide avec la plus grande rapidite. Ce mecanisme n'aurait pas 
lieu de nous etonner, car nous savons que la plupart des animaux vertebres, 
pour absorber les liquides, sont obliges de faire le vide a Taide des poumons, ou 
de toute autre manicre. » 



v. audouin. — Calculs trouves dans un Cerf-volanl. 129 



Coucernant des calculs trouves dans les canaux biliaires d'un 
Cerf- Volant femelle (Lucanus capreolus), adresse a V Aca- 
demic des Sciences , le 7 decembre i835. 

Par JVI. V. Audouin. 



Permettez-moi d'attirer quelques momens l'attention de 
l'Academie sur un fait qui me semble important pour la phy- 
siologie des animaux articules. On sait que les insectes, dont on 
a fait jusqu'ici l'anatomie, ont tous presente surle trajet du tube 
digestif des vaisseaux greles plusieurs fois contournes sur eux- 
memes. Les auteurs anciens les avaient appeles petits-coecums , 
intestins greles , vasa varicosaj mais les anatomistes modernes, 
ayant suppose que ces organes secretaient de la bile, ont change 
ces denominations en celies de vaisseaux hepatiques , de canaux 
ou de,vaisseaux biliaires. 

En effet, dans plusieurs insectes les vaisseaux biliaires se 
voieiit en arriere de Testomac, sur lequel ils sont fixes, soit par 
un bout, l'autre bout restant libre, soit par les deux extremites, 
cest-a-dire en formant une espece d'anse ou d'arc singuliere- 
ment replie. Si cette insertion post-stomacale etait constante, on 
ne pourrait guere elever de doute sur les fonctions qu'on leur 
attribue, bien que l'experience n'ait pas encore prouve que le 
liquide qu'ils contiennent soit de la bile , et que cette bile serve 
a la digestion; mais il arrive que, dans beaucoup d'insectes, les 
vaisseaux biliaires ont une terminaison tres differente; tandis 
que par un bout ils s'ouvrent entre les valvules pyloriques de 
l'estomac, ils aboutissent par Fautre au coecum, non loin de 
l'extremite anale. Il est alors difficile d'admettre que le liquide 
qui est secrete par cette portion posterieure des vaisseaux , et 
qui se melange dans Tintestin avec lesmatieres excrementitielles, 
soit analogue, quant aux usages qu'on lui attribue, avec celui 
qui est verse dans Testomac. 

La difficulte d'expliquer la fonction de ces canaux, en taut 

V. Zool. ->" Mars. q 



l3o v. audotiin. — Sar des calculs Irouves 

qu'on les considere comroe des organes biliaires fournissant un 
liquide propre a activer la digestion, augmente encore, si Ton 
poursuit Fexamen de leur insertion dans la serie des insectes; 
en elfet, dans un ordre tout entier, celui des Hemipteres , et 
particuliereraent dans les especes auxquelles on donne le nom 
de Punaises , les vaisseaux dits hepatiques sont fixes par leur 
deux bouts sur la partie la plus reculee du tube digestif, sur le 
sac stercoral, a un ou deux millimetres de I'ouvertare anale, et 
ils presentent meme la une sorte de vessie ou de reservoir dans 
lequel s'accumule la matiere qu'ils secretent. Est-il possible, 
dans ce cas, qu'ils servent en quelque chose a Facte digestif, 
lorsque bien evidemment cet acte est consomme? 

U (aut done reconnaitre qu'il existe une contradiction ma- 
ni Teste entre les theories physiologiques universellement ad- 
mises et les faits anatomiques les mieux constates; aussi quel- 
ques auteurs modernes, entre autres Gaede et Meckel, ont-ils 
ete conduits a refuser aux vaisseaux biliaires i'usage qu'on leur 
accorde generalement. (i) 

Des l'annee 1819, Gaede, professeur a Funiversite de Liege, 
a soutenu que les vaisseaux biliaires n'etaient pas des organes 
secreteurs, mais bien des organes absorbans qui puisaient dans 
le canal intestinal le fluide nourricier pour le verser dans le corps 
de i'insecte. C'etait evidemment remplacer une hypothese par 
une supposition moins admissible; car si l'auteur leur refusait, 
a cause de leur insertion anale, toute participation a Facte di- 
gestif, on concoit que leur abouchement avec le sac stercoral 
etait plus defavorable encore lorsqu'il s'agissait de puiser des 
molecules nutritives. 

Meckel, se fondant sur des considerations d'un autre genre, 
a combattu, en 1826, la maniere de voir de Gaede; suivant lui, 
les vaisseaux hepatiques seraient secateurs, mais ils ne secre- 
teraient pas uniquement de la bile, ils produiraient en meme 
temps un liquide urinaire, ou bien encore il pourrait se faire 
qu'ils soient des organes exclusivement urinaires. 

Celte theorie n'etait appuyee sur aucun fait, elle ne repo- 

(1) Voyez pour les developpemens historiques, la note qui fait suite a cetfe lettre. 



dans les canaux biliaires d un Cerf -volant. 1 3- j 

sait sur aucune experience, et cependant elle etait etayee, quoi- 
que mediatement, par une observation importante dont on est 
redevable a la chimie. 

Depuis assez long temps on a constate la presence de 1'acide 
urique chez les insect.es, soit en les analysant en entier, ainsi 
que Fa fait, en 1810, M. Robiquet, dans son beau travail sur les 
Cantharides, soit en examinant la matiere qu'ils rejettent par 
l'anus peu de temps apres leur derniere metamorphose, comme 
Font observe Brugnatelli et M. John. C'etait un avis important 
donne aux anatomistes, et qui leur apprenait qu'il y avait un 
organe a decouvrir secretant cet acide urique. Etaient-ce les 
vaisseaux biliaires qui remplissaient cette fonction , 011 bien les 
parois des intestins, surtout celles du ccecum, ou bien encore 
certains appareils de secretion situes dans le voisinage de Fanus 
et analogues aceuxqui, suivant les especes, produisent un li- 
quide veneneux, irritant ou vaporisable? L'examen des matieres 
prises directement dans ces divers organes, aurait pn resoudre 
la question. J'avais tache, dans mes di verses dissections, d'en 
reunir une quantite suffisante pour Fanalyse , mais j'etais en- 
core loin du but, lorsqu'un hasard heureux est venu me servir. 

Tout recemment mon collegue a la Societe entomologique , 
M. le docteur Aube , a bien vouiu me remettre deux petits corps 
irregulierement arrondis, rugueux a leur surface, d'un jaune- 
grisatre et d'un aspect un peu cristallin, qu'il avait trouves en 
dissequant un Gerf-volant femelle (Lucanus capreolus.) 

Cetaient deux calculs qui s'elaient formes dans la portion des 
canaux biliaires qui rampent a la surface des intestins; ils ob- 
struaient entierement ces canaux de chaque cote, et ils en avaient 
singulierement distendu les parois, ce que l'on concevra facile- 
ment, lorsqu'on saura que Fun de ces calculs, le plus gros, 
n'avait pas moins de deux millimetres en tous sens , tandis que 
le vaisseau qui le contenait n'atteint pas , ordinairement en lar- 
geur, le quart de cette dimension. 

Les deux calculs furent retires de la cavite des vaisseaux bi- 
liaires. On ne saurait done avoir aucun doute sur leur origine. 

Mais quelle etait leur nature? Dans les grands animaux, on 
trouve souvent dans les canaux biliaires, aussi bien que dans 



i 3 >. v at doc in. — Stir des calcids troupes 

les conduits urinaircs, des concretions pierreuses; leur compo- 
sition est tres d iff erente : dans le premier cas, ils sont formes 
essentiellement de cholesterine, et dans le second d'acide urique. 
L'analyse seule pouvait lever ici le doute et decider cette ques- 
tion importante de physiologic 

,le nc desesperai pas, malgre la petitesse des calculs, de con- 
slater la presence de l'acide urique, s'ils en contenaient; car per- 
sonne n'ignore que la chimie possede le moyen d'en reconnaitre 
les moindres parties. 

Un des calculs, le plus petit (il erait gros comme un tres 
petit grain de millet), fut facilement pulverise et place dans une 
capsule de porcelaine, ou Ton versa quelques gouttes d'acide 
nitrique etendu d'eau, etque Ton chauffa legerement a laflamme 
d'une lampe. La matiere fut dissoute par l'acide, et celui-ci ne 
tarda pas a s'evaporer. Bientot l'evaporation fut complete, et Ton 
obtint, sur les parois de la capsule, un resiclu d'un beau rouge, 
absolument semblable a celui qui se forme lorsqu'on traite de 
la meme maniere une petite portion d'un calcul humain d'acide 
urique. L'experience fut meme faite comparativement sur un 
fragment de cette espece, et les deux resultats, mis a cote l'un 
de l'autre, n'offraient aucune difference. 

La presence d'un calcul d'acide urique, a l'interieur des 
vaisseaux biliaires des insectes, me semble etablir, d'une maniere 
peremptoire, que ces vaisseaux sont des organes de secretion 
urinaire. 

Je crois ensuite pouvoir en conclure que si ce fait est mis 
hors de doute pour les insectes ayant, comme les Lucanes, des 
vaisseaux biliaires inseres a l'estomac, il est plus facilement ad- 
missible, en raisonnant d'apres les idees recues sur les usages 
de la bile, pour ceux qui ont les vaisseaux biliaires inseres sur le 
sac stercoral, tout presde l'anus, et par consequent dans un lieu 
ou il faut bien refuser au liquide qu'ils secretent une action 
digestive. 

(dependant je ne me refuse pasja admettre, comme l'a sup- 
pose Meckel , que les vaisseaux dits hepatiques des insectes sont 



dans les canaux biliaires cVun Cerf-volant. \ 33 

a-la-fois urinaires et biliaires (i), mais en reconnaissant , avec 
quelques physiologistes qui ont prouve le fait par une suite 
d'experienees et des rapproehemens ingenieux , que la bile n'est 
pas un liquide indispensable ou meme utile a Facte digestif. On 
concoit que, ce point etant convenu, il importera peu que les 
vaisseaux secreteurs s'ouvrent en arriere de l'estomac, sur le 
trajet des intestins, ou directement a Fan us. 

« J'ai Thonneur d'etre , etc. 

P. S. Je joins a cette lettre un des calculs du Lucane con- 
serve intact, et de plus, trois capsules de porcelaine renfermant 
trois des resultats obtenus. 

Le n° i, provenant de Taction de l'acide nitrique sur le cal- 
cul trouve dans les vaisseaux biliaires du Lucane; 

Le n° 2, contenant le residu obtenu avec un calcul d'acide 
urique humain ; 



(i) Je concois tres bieu et j'admets jusqu'a nouvel ordrc que les vaisseaux- dontil s'agit ei 
qui s'etendent dans des parties tres differentes du corps de 1'insecte , en rampant a la surface 
de divers organes peuvent secreter, dans une portion de leur trajet, un liquide urinaire et dans 
1'autre portion un liquide biliaire : ainsi, dans le Lucane la portion qu'on voit former descircon- 
volutions sur les intestins proprementditspourra fournir de I'urine, tandisquecellequi rampesur 
la partie anterieure du tube digestif produira de la bile. Ces liquides quelle que soit leur nature 
seront ensuite verses au meme point du canal digestif, par exemple en arriere du ventricule chy- 
lifique dans les especesou comme chez les Lucanes, les Carabes, les Hannelons, les St-aphylins, 
etc., on rencontre cette disposition et ou ces canaux biliaires forment une sort© d'arc singuliere- 
ment replie. II en serait de meme pour les insectes qui, ayant ainsi que les Lycus, les Telephores, 
les Boucliers, des canaux biliaires avec le meme mode d'iusertion post-ventriculaire, les out 
toujours libres a leur bout et au nombre de 4 ; on pourrait supposer que deux d'entre eux 
secretent de la bile et les deux autres exclusivement de i'urine. Ici les fonctions serai ent bien 
distinctes, tandis qu'on pourrait difficilement fixer le point de demarcation dans les insectes 
qui ont des vaisseaux continus, c'est-a-dire formant une sorte d'anse a l'exception peut-etre du 
Staphylinus erytliropterus. 

Lorsqueles vaisseaux biliaires aboutissent a deux portions differentes du canal intestinal 
c'est-a-dire en meme temps au ventricule chylifique et au coecum (exemple les Cantharides, 
les, Blaps,les Tenebrions), toujours alors il y a continuite de ces vaisseaux entre eux, sans qu'on 
puisse reconnaitre a cette sorte d'anse aucun point de connexion. On ne sail rait done dire, dans 
le cas ou on admettrak qu'il s'opere deux secretions distinctes, a quel point du vaisscau chacune 
d'elles coinmencerait ; mais on est en droit de soupconner que la bile s'ecoulerait par its 
issues post-ventriculaires et I'urine par les canaux qui s'ouvrent dans rinteslin. Des observa- 
tions ulterieures eclaircirout, j'espere, ces doutcs. En attendant il me semble utile de remplacer 
le nom de canaux biliaires par celui-de canaux wt no -biliaires. 



1 3 4 v. AiiDouijy. — bur des calculs trouves 

Le n° 3, offrant nn r£sidu analogue, que j'ai obtenu hier en 
traitant, par lc meme procede, la matiere qu'ont rejetee par 
l'anus lies Guepes ( Polistes gallica) au moment de leur derniere 
metamorphose. 

Dans ces trois experiences, la couleur d'un rouge pourpre 
qu'on a obtenue est parfaitement identique. » 



Note addit[Onnelle sur les canaux urino-biliaires des insectes. 

r 

La forme de lettre sous laquelle j'ai communique a PAca- 
demie des Sciences Pobservation precedents, ne m'a pas permis 
de citer les diverses opinions que les anatomistes modernes ont 
emises sur la nature des canaux biliaires; j'y suppleerai ici en 
reproduisant brievement celles de ces opinions qui ont ete pre- 
sentees avecquelque developpement par leurs auteurs. 

Et d'abord, il est certain que Pusage des canaux biliaires des 
insectes est un point encore en litige, meme en Allemagne, ou 
Ion s'est occupe davantage de cettc question. C'est ainsi que 
M. Cams, Pun des anatomistes les plus distingues de notre epo- 
que, et qui joint a une grande hauteur de vues une connaissance 
etendue des faits et une aptitude remarquable pour les bien 
observer, admet, dans la seconde edition de son Traite d'Ana- 
tomie comparee, publiee en i834, a Leipsik, que les canaux 
biliaires des insectes sont les analogues du foie, et qu'il refuse 
a ces organes Pusage que leur ont accorde Meckel , M, Muller, et 
avant eux divers auteurs. 

« Quant aux animaux articules, dit-il, dans aucun des ordres 
inferieurs de cette classe, on ne rencontre d'organe qui puisse 
etre positivement considere comme appareil urinaire. Les insectes 
sont les seuls chez lesquels on soit dans le doute de savoir si Pon 
doit admettre quelque chose d'analogue. Ainsi que je Pai deja 
dit en traitant des organes biliaires, Meckel, se fondant sur ce 
que John a trouve de Purate d'ammoniaque dans les vaisseaux 
des insectes qui portent ce dernier nom, pense que Pon doit 
voir en eux de verilables organes urinaires, mais son opinion 



dans les canaux biliaires cVun Ce if -volant. 1 35 

ne me parait point probable. On pourrait plutot regarder comme 
des rudimens de vessies urinaires les vesicules qui garnissent les 
organes genitaux de plusieurs insectes; il serait meme possible 
de soutenir l'hypothese que les poches a venin , qui occupent la 
base de l'aiguillon des Hymenopteres, sont comparables aux 
organes urinaires. » ( Traite elementaire d'Anatomie comparee ; 
traduction franchise de M. Jourdan, t. u, p. 278.) 

M. Cams, apres avoir examine et pese les faits publies parses 
predecesseurs, eonsidere done en 1 834 les vaisseaux qui s'ou- 
vrent sur le trajet du canal intestinal comme des organes bi- 
liaires : c etait aussi l'opinion de Cuvier et celle que partagent 
encore aujourd'hui plusieurs anatomistes celebres, et entre 
autres mon ami M. Leon Dufour, qui toutefois recommit 
qu'il existe, dans certains cas, des dispositions tres pen fa- 
vorables pour que cette fonction s'effectue dans ie but qu'il 
lui suppose de favoriser la digestion (1). D'un autre cote, des 
anatomistes tres distingues admettent que les canaux biliaires ont 
pour fonction de secreter un liquide urinaire. Des 1'annee 1817, 
Rengger a soutenu cette these, dans ses Recherches pbysiolo- 
giques sur les insectes, publiees a Tubinge, mais sans I'appuyer 
sur aucune observation probante. Deja les analyses faites par 
M. Robiquet en 1810, et celles de MM. John et Brugnatelli en 
i8i5avaient constate la presence de 1'acide urique chez les in- 
sectes, mais elles ne decidaient pas quel etait l'organe qui le se 
cretait. 

Toutefois l'opinion de M. Rengger prit plus de consistance, 
lorsque, 1'annee suivante, M. Wurzer eut. insere, dans les Ar- 
chives de Physiologie de Meckel, pour 1'annee 1818 (2), une 
note tres courte, mais cependant assez explicile, dans laquelle 



(1) «« Le reservoir de la bile, dit M. Dufour , communique directement avec la poche mtesti- 
nale qui renferme les excremens , et onpeut en le pressaat faire refluer dans cette poche le li- 
quide qu'il contient. Cette disposition anatomique de l'appareil biliaire, dans les Geocorises, est 
peu favorable, il faut enconvenir, a l'explication physiologique desa fonction, et on serait 
excusable de considerer cet appareil comme un organe special des secretions extrementititlles , 
ou comme un organe urinaire. Une semblable meprise deviendrait d'aulant plus facile pour 
renlomotomiste, que celui-ci aurait borne ses dissections aux Scutelleres, etc. etc. » Recherche 1 ; 
anatomiqi.es et physiologiques sur les Hemipteres. p. 24. ) in-4°. i833. 

(a) Tom. iv. p. 7i'i. 



1 36 v. audouin. — Sur cles calculs trouves 

il fit savoir qu ayant analyse de la matiere retiree par M. He- 
roldt de 1'interieur des canaux biliaires des vers a soie, il re- 
connut qu'elle etait formee d'urate d'ammoniaque, de phosphate 
et de carbonate de chaux. 

Meckel a, comme nous l'avons dit, adopte plus tard une opi- 
nion mixte, et depuis, MM. Tiedemann et Miiller, Tun dans son 
Traite complet de Physiologie, et 1'autre dans son important 
ouvrage sur la structure des glandes , publie en i83o, se sont 
ranges de son avis. 

Plus recemment, M. Burmeister, auquel la science est rede- 
vable d'un estimable traite sur l'anatomie des insectes, dont le 
premier volume a paru a Berlin en i832, conserve encore beau- 
coup d'indecision sur la nature des canaux biliaires des insectes; 
il finit toutefois par les regarder comme etant veritablement les* 
analogues du foie , avec cette difference quils y ajouteraient . 
dans plusieurs cas du moins , les fonctions des reins ou d'autres 
glandes secretoires. 

A l'occasion des preuves qu'il apporte a l'appui de sa maniere 
de voir, il cite , outre l'analyse de M. Wurzer, celle d'un habile 
chimiste, mon savant confrere M. Chevreul, qui a reconnu la 
presence de la potasse, de Tammoniaque et de l'acide urique dans 
une matiere que M. Straus dit avoir retire de 1'interieur des vais- 
seaux biliaires du Hanneton. Mais M. Burmeister se voit oblige de 
combattre les consequences qu'en a tirees cet anatomiste qui a ete 
conduit a admettre deux ordres de vaisseaux, independans l'un 
de l'autre, ayant une insertion distincteet des fonctions tres dif- 
ferentes. Or, il est certain que cette distinction repose sur une 
erreur qua commise M. Straus. S'il eut eu le soin de derouler 
avec les precautions convenables ces canaux, il aurait vu que 
ceux qu'il nomme urinaires et qui font des circonvolutions sur 
la partie posterieure du tube digestif ne s'y ouvrent pas; mais 
qu'ils se continuent avec les canaux auxquels il conserve le 
nom de biliaires et qui rampent sur sa paroi anterieure , en 
sorte qu'il n'existe reellement la et de chaque cote, qu'un seul 
vaisseau singulierement (lexueux , et dont les deux bouts vien- 
nent s'insejer tout pres l'un de Tautre, en arriere du ventricule 
chylifiqTje. On est surpris que cette meprise, qu'un peu d'atten- 



dans les canaux biliaires cVun Cerf-volant. \ 37 

tion eut suffi pour faire eviter, se rencontre dans un ouvrage 
qui, a cause de sa specialite et des details qu'il presente, pour- 
rait passer pour un chef-d'oeuvre de patience et un modele 
d'exactitude. M. Burmeister s'en etonne d'autant plus que 
M. Straus qui a publie son anatomic du Hanneton en 1828, 
ne pouvait pasignorerque M. Ramdohr, en 181 1 (1), etM. Leon 
Dufour, en i824(^),avaient avant lui, donne une description et 
une figure du canal intestinal de cet insecte. Si ces deux habiles 
anatomistes avaient bien vu le trajet des vaisseaux biliaires il 
fallait que M. Straus profitat de leur observation. S'etaient-ils 
trompes , il devait rectifier leur erreur. (3) 

II existe done aujourd'hui, relativement aux usages des ca- 
naux biliaires, une divergence d'opinions que n'ont pu encore 
faire cesser les recherches sur le liquide qu'ils contiennent. 
L'observation que nous avons fait connaitre , paraitra sans 
doute plus concluante, et peut-etre ne se refusera-t-on plus 
maintenant a admettre que ces canaux, si ce n'est dans toute 
leur etendue, au moins dans certaines de leurs parties , four- 
nissent un liquide plus ou moins analogue a Turine. S'ensuit-il 
qu'ils ne puissent pas secreter encore un ou plusieurs liquides 
d'une autre nature? Nous sommes loin de le penser, et nous 
concevons meme comment cette secretion pourrait avoir lieu, 
A cet egard,nous renvoyons a ce que nous avons dit dans la 
note qui est placee a la fin de notre lettre. 



(1) Abhandlung iiber die Verdauungswerkzeuge der insecten. pi. 8. Fig. 1. 

(2) Annates des sc. nat. Tom, in. pi. 14. Fig. 4. 

(3) M. Suckow a aussi publie au inois dejuillet 1828, dans le Journal de M. Heusinger, 
torn. in. p. 43. pi. 3. fig. 93. une description et une figure du canal intestinal du Hannetcc 
qui confirment les observations de MM. Ramdohr et Dufour. 



38 RRA.NUT. — Sur les nerfs stomato-gasiriques 



Remarques sur les nerfs stomato ~ gaslriques ou intestinaux 
( nervus sympathicus sen nervi reproductorii ) , dans les ani- 
maux invertebres. 

Par M. le D r Brandt. 

Suite, (i) 

Nerfs stomalO'gastriques du Gryllus migratorius. 

Muller a deja decritet figure , corame on le sait , les nerfs sto- 
mato-gastriques du Gryllus hieroglyphic us (Act. Leop. pag. 92. 
pi. IX, fig. 5); cependant il n'a fait connaitre que le systeme 
pair; le systeme impair lui a ecbappe. 

D'apres mes recherches sur le Gryllus migratorius, qui out 
ete communiquees a la section de zoologie de la reunion des INa- 
turalistes a Hambourg, et reproduites depuis dans i'lsis (annee 
1 83 1, p. i2o3), il existe dans les Gryllus un systeme median et 
impair, outre les deux paires laterales des nerfs stomato - gas- 
triques. 

Les nerfs stomato-gastriques pairs se composent (Isis. loc. 
cit. pi. VII, fig. 5. bh' , b" ) de chaque cote d'un ganglion ante- 
rieur et d'un ganglion posterieur. Le ganglion anterieur est situe 
plus en dedans et en haut; il est plusgros et partage en deux 
parties, dont Fanterieure se reunit au bord posterieur du 
cerveau au moyen de deux cordons, et envoie en arriere a Tes- 
tomac un cordon tres epais , qui se divise bientot en forme de 
fourche. Le filet exterieur, qui provient de la bifurcation de ce 
cordon, forme sur l'estomac un petit renflement noduleux. La 
paire de ganglions posterieurs est placee plus en dehors sur les 
cotes de l'cesophage; elle communique a vec les ganglions ante- 
rieurs par deux cordons, et envoie en arriere deux filets qui se 
reunissent bientot pour former un petit ganglion, d'ou provient 

(1) Voyez p;isc 81. 



I 
des animaux invertebres. 1 5g 

un nerf plus long qui se perd en se ramifiant sur la surface de 
l'estomac. 

Le systeme nerveux stomato-gastrique impair ( Isis , pi. vn , 
fig. Saaad) commence par un ganglion frontal triangulaire, qui 
se reunit au cerveau, dans le voisinage du nerf antennaire, par 
le moyen d'un cordon lateral et arque , et qui , avant cette reu- 
nion, envoie de petits filets aux parties sup&rieures de la bouche. 
Du bord posterieur de ce ganglion frontal part le cordon dorsal 
qui s'etend sur l'cesophage au-dessous du cerveau; il recoit de 
chaque cote, sous le bord posterieur du cerveau, un cordon de 
communication (Isis ibid, b'), qui vient du ganglion anterieur 
du systeme pair, et forme, a l'endroit ou se rend le cordon de 
communication deja mentionne, un petit ganglion auquel arrive 
aussi de chaque cote un filet mince qui vient du cerveau. 

C'est dans le ganglion dont je viens de parler que m'a paru se 
terminer, d'apres mes dernieres recherches, le cordon du systeme 
impair; cependant depuismemerepoqueouellesontetecommu- 
quees a Hambourg, je crois i'avoirsuivi, non sans de grandes diffi- 
culty, en arriere du ganglion et a une certaine distance sur 
l'cesophage. Cette observation semble confirmee par le trajet des 
nerfs du Gryllo-talpa et surtout par l'analogie avec ceux des 
autres insectes. 

Burmeister a conflrme mes observations , ainsi que je l'ai dit 
plus haut , par ses propres recherches, et a donne la description 
et la figure des nerfs du Gryllus migratorius, loc.cit. p. 3io et 
pi. 1 6 , fig. 6. A l'egard du cordon fort long qui part du ganglion 
posterieur du systeme pair, ses recherches sont plus exactes 
que les miennes. Ce cordon se continue, selon lui, jusqu'a l'ex- 
tremite du premier estomac, et forme sur celui-ci un petit gan- 
glion (Burmeister, ibid, ff), d'ou partent deux filets four- 
chus qui vont embrasser le pharynx. En prolongeant son trajet, 
le cordon forme a l'extremite du premier estomac un second 
ganglion (ib. gg.) y d'ou partent en se dicbotomant des filets qui 
serendent au ccecum, 



4o biiandt. — Sur les ncrfs s tomato-gas triq ues 



NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES MYRIAPODES. 

Les especes de ce groupe que j'ai eu occasion de dissequer sont 
de petits individus du Scolopendra morsitans > quelques frag- 
mens de tete du Spirobolus Olfersii et des individus r a mollis du 
Qlo?neris marginata qui avaient ete desseches. 

Nerfs stomato-gastriques du Scolopendra morsitans. 
(PI. 5, fig. ii.) 

La premiere indication des nerfs stomato-gastriques dans la 
Scolopendre est due a Ranzani. Cet auteur a mentionne et figure, 
dans son Introduzione alia Zoologia, p. i4°\ pi. i, fig. 3 k.j 
un filet nerveux qui part de l'extremite posterieure du cerveau 
comme un nerf, che della base del cervello va al cuore. Ce 
filet n'est evidemment autre chose que la partie du systeme im- 
pair , qui s'etend immediatement en arriere et en meme temps 
au-dessous du cerveau. 

Un autre auteur, Alessandri {Annali distorla natur. X. in, et 
Is is j i835, p. io^i ), parait avoir vu le cordon du systeme im- 
pair, car il parle d'un cordon nerveux qui se montre au-dessus 
de l'cesophage, dans Fendroit ou celui-ci touche au cerveau et 
qui envoie des filets a l'cesophage et au vaisseau dorsal. 

Quoique je n'aie pas eu a ma disposition des individus d'une 
fraicheur et d'une conservation tres convenables , je crois cepen- 
dant avoir observe dans la Scolopendre le commencement d'un 
systeme nerveux stomato-gastrique pair et impair. Le systeme 
impair (pi. 5, fig. 1 1 , a, p) commence par un ganglion a, place 
immediatement au-devant du cerveau A, avec lequel il semble 
communiquer au moyen d'un cordon lateral insere de chaque 
cote aupres du nerf antennaire t. Le cordon principal et simple 
(3 de ce systeme, passe ensuite au-dessous du cerveau, s'etend 
sur lcesophage et se reunit en arriere avec le systeme pair. 

Le systeme lateral ou pair b, c, me parait compose d'une partie 
plutot entrelacee que noduleuse, qui envoie en avaut un filet a 



des animaux invertebres. i/ji 

l'origine du nerfoptique o , tandis qu'en arriere on voit plusieurs 
filets qui se rendent an canal intestinal, et un autre qui com- 
munique avec le systeme impair (rapport d'affinite avec les 
Crustaces?). Ce systeme lateral ne m'a point presente de traces 
des deux ganglions separes. 

Nerfs stomato-gastriques da Julus terrestris. 

Treviranus (Ecrits divers, part, n, p. 67, pi. ix, fig. 4) a trouve 
danscette espece deux cordons tres fins (ibid, r.r.), qui partent du 
bord posterieur du cerveau et convergent a angle aigu vers 
l'cesophage, ou ils forment un ganglion (ibid, g.); il considere 
ces parties comme appartenant a la paire de nerfs dorsaux. On 
peut a peine douter que ces nerfs ne soient une partie des sto- 
mato-gastriques. 

Nerfs stomato-gastriques da Spirobolus Olfersii. 
(PL 5, fig. i a.) 

J'ai observe dans le Spirobolus Olfersii, plus distinctement 
encore que dans la Scolopendre, le commencement du systeme 
nerveux stomato-gastrique pair et impair. 

Le systeme impair «, (3, se compose d'un ganglion triangulaire 
«, place immediatement au-devant du cerveau, avec lequel il 
parait etre en communication de chaque cote par un cordon 
arque, qui s'y insere en dedans du nerf antennaire t, apres avoir 
envoye en avant deux petits filets aux parties de la bouche. Ce 
ganglion frontal donne aussi naissance a un cordon p, qui passe 
sous le cerveau et le vaisseau dorsal , et s'applique sur l'ceso- 
pbage. 

Le systeme pair presente d'abord une premiere paire de gan- 
glions interieurs, places plus en avant, moins gros que les autres 
et ovalaires b. ; puis une seconde paire de ganglions plus exte- 
rieurs , plus gros et triangulares c. Les ganglions de la paire in- 
terieure sont situes tres pres du cordon du systeme impair, avec 
lequel ils sont en communication; ils envoient en arriere un 



\[\i brandt. — Sur les nerfs stornato-gastriques 

filet tres fin. Les ganglions de la paire exterieure envoient en 
avant un petit filet qui s'etend sous le nerf optique o, puis en 
dedans un autre filet qui se rend a foesophage et un troisieme 
qui les fait communiquer avec la paire de ganglions internes. 

Le Spirobolus presente par consequent, dans la disposition de 
ses nerfs stornato-gastriques, des rapports essentiels avec le type 
des Insectes hexapodes. 

Nerfs stornato-gastriques du Glomeris marginata* 
(PI. 5, fig. i3, 14.) 

D'apres les recherches que j'ai faites au sujet d'une monogra- 
phic des Glomeris , mais pour lesquelles je n'ai eu malheureu- 
sement a ma disposition que des individus desseches, prove- 
nant du commerce de la droguerie et sur lesquels, a mon grand 
etonnement, j'ai pu observer la structure interne mieux que je 
ne m'y attendais, les nerfs stornato-gastriques dans les Glomeris 
ne different pas de ceux des autres insectes. 

Je crois avoir vu plusieurs fois que le systeme impair, bien 
qu'il m'ait echappe en grande partie, se compose comrne a f or- 
dinaire d'un ganglion triangulaire a place en avant du cerveau, 
avec lequel il communique par deux cordons arques qui se ren- 
dent a son bord anterieur , non loin du nerf antennaire t , et 
qui envoient en avant quelques petits filets. Mais je n'ai pu sui- 
vre le cordon dorsal |3 au-dela de 1'origine de foesophage. 

J'ai remarque biendistinctement de chaque cote un ganglion 
b. b, du systeme pair, qui envoie de petits filets a foesophage , 
mais j'ai moins bien vu la paire de ganglions c. c. places en ar- 
riere des premiers. 

En reunissant mes observations et mes dessins sur ce sujet, je 
crois pouvoir donner le type de cette structure^ comme le re- 
presentent les figures i3 et 14 de la planche 5. 

NERFS STOJVIATO-GASTRIQUES DPS ANNELIHES. 

Les Annelides, que la disposition de la masse principale de 
leur systeme nerveux et les articulations de leur corps rappro- 



des animaux invertebres. 1 43 

chent des insectes, presentent un nouveau degre d'affinite avec 
ces animaux, par la presence d'un systeme nerveux distinct de la 
chaine abdominale; mais les observations que nous possesions 
sur ce systeme sont encore tres incompletes. 

Nerfs stomalo-gastriques de V Aphrodite aculcata. 

Cuvier parle deja, dans son Anatomie comparee, torn, n, pag. 
354, d'un nerf dorsal dans cette Annelide; malheureusement je 
n'ai pas eu a ma disposition d'individus de cette espece sur les- 
quels il fut possible de repeter ces observations. 

Nerfs stomalo-gastriques de I 3 ^.mphinome rosiraia. 

D'apres les interessantes observations de Stannius, que nous 
avons deja mentionnees et qui ont ete communiquees a la re- 
union des naturalistes de Hambourg (Isis, i83i, p. 986), on sait 
que, dans cette espece, immediatement au dessous de 1'origine 
du cordon nerveux qui embrasse le pharynx, ii existe deux nerfs 
allonges et greles (Isis, ibid. pi. VI , fig. 8 , r, r), qui se rendent 
a la surface superieure de la peau qui forme la cavite buccale. 
Chacun de ces filets nerveux recoit un cordon de communica- 
tion (ibid, q, q) qui vient de la branche nerveuse du pharynx, 
et se repand sur la moitie stomacale du meme cote en four- 
nissant des filets tres fins; on peut le suivre ainsi jusqu'a la 
deuxieme cellule de l'estomac. Si les parties que nous venons de 
decrire constituent Je systeme stomato-gastrique complet, elles 
devront alors constituer , a cause surtout de Tabsence de gan- 
glions, un type distinct qui rappellera en particulier celui des 
Crustaces decapodes.La branche rpourrait peut-etre, en effet,etre 
regardee comme correspondant au systeme nerveux impair des 
ecrevisses qui serait double , tandis que le cordon de communi- 
cation q (branche pharyngienne, Stannius), qui pro vient du col- 
lier, serait l'analogue d'une branche qui part dans les ecrevisses 
d'un renflement de ce collier; elle correspondrait alors a un cor- 
don de communication etendu du systeme pair des insectes a 
leur systeme impair. 



l"44 brandt. — Sur les nerfs stomcito-gastriques 

La comparaison que j'elablis ici entre les nerfs des Amphi- 
nomes et ceux des Ecrevisses est une pure supposition, et doit 
d'autant plus etre regardee comme telle, que d'autres formes 
d'Annelides, qui sont incontestablement plus voisines des Am- 
pliinomes que les Crustaces, nous offrent une disposition tres 
differente de nerfs stomato-gastriques; je veux parler de la 
sangsue medicinale. II faudra certainement multiplier beaucoup 
plus encore les observations, avant que d'admettre parmi ies 
divers groupes d'Annelides une organisation de nerfs stomato- 
gastriques essentiellement differente, a moins toutefois qu'il 
n'en soit pas ici comme parmi les insectes, ou faute d'avoir 
reuni avec soin les observations sur les differens types de forme , 
on avait regarde celles-ci comme beaucoup plus variees qu'el- 
les ne le sont reellement. On trouve a la verite dans la meme 
classe, des exceptions a la loi de Tanalogie de structure interne, 
parmi des etres de forme tres voisine , mais elles sont rares et 
demandent toujours, avant d'etre admises comme types dis- 
tincts, une recherche attentive et reiteree. 

Nerfs stomato-gastriques dans la sangsue medicinale. 

J'ai trouve dans la sangsue medicinale des parties bien dif- 
ferentes de celles que Ton regarde dans Y^mphinoma ros- 
trata comme des nerfs stomato-gastriques, et je les ai decrites 
et figurees dans la Zoologie medicale (part, n , pag. a5i , pi. xxrx, 
B, fig. i, 2, 3, 7), comme des nerfs intestinaux ou stomato gas- 
triques. 

Derriere chacune des trois dents du sugoir et en avant du 
cerveau, il existe un ganglion nerveux, dont l'un est place sur 
la partie dorsale , et les deux autres sont situes sur les cotes de 
la tete. Le ganglion place sur la partie dorsale ou superieure, 
communique de chaque cote avec le bord anterieur du cerveau, 
par un petit cordon de la meme maniere que le ganglion fron- 
tal du systeme impair, et il envoie des filets a la dent supe- 
rieure. Chacun des deux ganglions lateraux parait reuni a la 
branche laterale du cerveau par des filets tres fins, et envoie a 
la dent qui est situee de son cote quelques autres filets ; de la 



des animaux invertebres. i/$5 

partie posterieure de ce ganglion , un petit cordon semble se 
rendre aux muscles du pharynx. 

Le milieu de la face ventrale de Festomac presente en outre 
un petit cordon impair, tres grele, simple et assez droit, qui se 
bifurque a Fextremite de l'estomac. II est a presumer qu'il existe 
une communication entre ce cordon nerveux et le ganglion deja 
decrit, ou pins particulierement avec le ganglion superieur ou 
moyen. Cependant, malgre des recherches faites avec le plus 
grand soin et tentees de differens cotes, je n'ai pu decouvrir cette 
communication du cordon impair avec ce ganglion. 

Les deux ganglions lateraux de la sangsue pourraient bien , 
soit a cause de leur situation sur les cotes de l'oesophage, soit 
a cause de leur communication avec la moitie laterale du cer- 
veau, etre consideres comme les analogues des ganglions du 
systeme nerveux stomato-gastrique lateral, tandis que le gan- 
glion median ou superieur correspondrait au ganglion frontal 
du systeme impair. Quant au cordon simple et impair qui s'e- 
tend sur la face inferieure de Festomac, il pourrait se rapporter 
au nerf recurrent des Insectes, s'il ne parcourait pas la face 
de Festomac qui correspond au systeme nerveux abdominal, au 
lieu que, dans les Insectes et les Crustaces, le cordon du sys- 
teme impair occupe la face opposee. Si le parallele que j'etablis 
ici entre les nerfs stomato-gastriques de la Sangsue et ceux des 
Insectes a quelque valeur, on pourra presumer avec plus de 
raison qu'il existe une communication du cordon nerveux im- 
pair au ganglion superieur. 

Quant a la reponse a cette question : « Quelle analogie existe- 
t-il entre les nerfs stomato-gastriques de la Sangsue et ceux- de 
FAmphinome? » je renvoie pour cela a ce qui a ete dit plus 
haut. 

Nerfs stoma.to-gastriques des cephalopodes. 

Les recherches que j'ai faites, en i83i, sur la structure des 
Sepia officinalis et elegans, pour la deuxieme partie des ani- 
maux employes en medecine, m'ont donne pour resultat que 
ce groupe si distinct d'animaux possede aussi un systeme ner- 
veux. stomato-gastrique tres compose, qui forme non-seulcmnet 

V. Zooi.. — Mars. i o 



1 46 brandt. — Sur les nerfs stomato-gastriques 

deux ganglions places en avant du cerveau, mais encore un 
autre ganglion bien visible sur l'estomac. Des rechercbes litte- 
raires m'ont appris ensuite que, des 1827, M. de Blainville a 
decrit, dans le Diction, des Sciences nat. , article Seche, p. 273, 
le ganglion stomacal et ses deux cordons, mais qu'il n'a men- 
tionue ni le ganglion anterieur, ni l'analogie qui existe entre 
ce systeme et celui des autres invertebres. Si done la priorite 
de la decouverte du ganglion stomacal et de ses cordons appar- 
tient a M. de Blainville, d'un autre cote, les observations de ce 
savant ont ete confirmees par mes propres recherches, avant 
meme que j'eusse connaissance des siennes; et je les ai tellement 
completers par la decouverte de deux ganglions places au-de- 
vant du cerveau, et communiquant avec celui de l'estomac (1), 
que Ton pent dire que la Zoologie medicale a presente la 
premiere description complete du trajet des nerfs stomato- 
gastriques et leur analogie avec ceux des autres groupes d'ani- 
maux. J'y ai fait connaitre en meme temps que le ganglion 
stomacal n'est nullement en communication immediate, ainsi 
que le dit M. de Blainville, avec le cerveau en forme de 
collier. 

Ces donnees pourront servir a completer et a corriger la 
remarque inseree dans les Archives de Physiologie de Muller 
(i re Annee, p. 66), au sujet de mes observations sur les nerfs 
stomato-gastriques dans les Seches. (p.) 

Dapres mes recherches sur le systeme nerveux stomato-gas- 
trique des Seches, on pourrait y distinguer une partie buccale 
et une partie stomacale. La partie buccale se compose de deux 
ganglions assez visibles, arrondis et places au-devant du cerveau 
(Z00L medic, loc. cit.; pag. 309, pi. xxxn, fig. a3, B,G),dont Tun 
C est situe a la partie ventrale de Textremite posterieure de la 



(1) Les ganglions mentionnes par Rathke dans les Pterotis Esch. (Loligopsis Lam. ) commc 
appartenant a 1'oesophage, sont a ce qu'il parait, les ganglions anterieurs des nerfs stomato-gas- 
triques. 

(2) D'apres une indication inseree dans le journal de l'lnstitut, oclobre i833, il cxisterait 
selon Meyranx, un double systeme nerveux dans les Cephalopodes, savoir fe systeme cerebro- 
spinal et \cgangliorinaire, ce que je oe savais pas auparavant. Le dernier de ces systemes est-il 
celui des nerfs slomato-i,'astriques ? 



des animaux invertebres. i /j 7 

cavite buccale en forme d'entonnoir, et I'autre B sur la face 
dorsale de l'extremite anterieure de l'cesophage. Ges deux gan- 
glions communiquent.entre eux, de chaque cote, par un cor- 
don e, de sorte que l'origine de l'cesophage est entouree par les 
ganglions et leurs cordons de communication, ce qui donne 
lieu a une sorte de collier anterieur. Le ganglion B, place sur ie 
dos de l'cesophage, envoie en avant des filets a la partie supe- 
rieure de la cavite buccale, et semble communiquer en arriere 
avec le cerveau au moyen de plusieurs autres filets 000; le gan- 
glion G, au contraire, qui est place a la partie ventrale, lournit a 
la partie inferieure de labouche plusieurs filets «, qui partentde 
son extremite anterieure, tandis que son bord posterieur donne 
naissance a plusieurs autres filets tres fins qui se rendent a l'ce- 
sophage. Ce ganglion emet, en outre, par son extremite poste- 
rieure, un cordon simple qui ne tarde pas a se bifurquer. Cha- 
cune des branches de cette bifurcation parcourt en ligne droite 
la partie ventrale de l'cesophage jusqu'a Porigine de l'estomac , 
et la elle se reunit a la branche du cote oppose pour former un 
ganglion considerable [Ibid. fig. 3 et 20 W.). C'est de ce gan- 
glion que partent, en rayonnant, des filets nerveux qui se re- 
pandent sur les deux estomacs. 

Ainsi les nerfs cjue nous venons de decrire forment, par leur 
situation, leur disposition et leur distribution, tant aux parties 
de la bouche qu'aux organes de la chymifieation , ainsi que par 
leur trajet sur l'cesophage et l'estomac, un systeme nerveux 
analogue aux nerfs stomato-gastriques (nerfs intestinaux ou 
sympathiques) que nous avons trouves dans les Insectes, les 
Annelides et les Crustaces. 

Cependant ces nerfs stomato-gastriques different essentielle- 
ment de ceux des Insectes, des Crustaces et des Arachnides, en 
ce que leur masse principale est situee a la face ventrale et non 
pas a la partie dorsale. Les nerfs stomato-gastriques des Cepha- 
lopodes sont done dans une position inverse de celle qu'ils oc- 
cupent dans les Crustaces et les Insectes, comme je l'ai deja dit 
dans la Zoologie medicale (part. II, pag. 3o8 ). 



1 48 brandt. — Sur les ncrfs stomato-gastriques 

Nerfs stomato-gastriques des gasteropodes. 

Les nerfs stomato-gastriques ont deja ete observes dans les 
Gasteropodes par differens naturalistes, et, entre autres, par 
Cuvier, mais on ne les a pas etudies d'une maniere comparative. 

Nerfs stomato-gastriques des Aplysies. 

Cuvier a donne une tres bonne description de ces nerfs dans 
ses memoires bien connussur 1'anatomie des Mollusques; (Me~ 
moire sur YAplysie, pag. 11 et 27, pi. IV, fig. 1.) 

II existe, selon cet auteur, au-dessous du corps et sur la masse 
buccale, un ganglion nerveux transversal et bilobe, qui parait 
communiquer avec le cerveau par deux cordons; il le nomme 
ganglion inferieur ou sudoral , mais il ne dit rien de la commu- 
nication cle ce ganglion avec un autre ganglion ovalaire dont 
nous allons parler. Il part de chacun des cotes de ce ganglion 
quatre filets, dont Tun se rend au pharynx et aux glandes sali- 
vaires , et les trois autres aux muscles de la bouche. 

On voit encore, d'apres Cuvier, pres de Torigine de la grande 
artere, un ganglion ovale qui envoie plusieurs nerfs, savoir, un 
au foie et au canal intestinal, un autre, qui forme un ganglion 
presque insensible, aux parties sexuelles, un troisieme aux 
branchies, et enfin un quatrieme aux muscles de l'opercule. Le 
ganglion ovale est en communication de chaque cote, au moyen 
<Tun filet , avec 1'un des ganglions lateraux du cerveau qui en- 
toure le pharynx comme un collier, et Cuvier le regarde comme 
analogue au sympathique pour les fonctions, car, dit-il, il fait 
Voffice de sympathique. 

Si Ton compare le systeme de nerfs que nous venons de de- 
crire avec celui des Seches, il est presque impossible de ne pas 
reconnakre leur analogic 

Le ganglion, place au-dessous de la masse buccale, et qui 
anime les parties de la bouche dans les Aplysies, correspond 
evidemment a celui qui occupe la meme place dans les Seches 
C. Le ganglion ovale des Aplysies devrait trouver son analogue 



des animaux invertebre's. 149 

dans le ganglion stomacal des Seches. On peut cependant citer, 
comme une particularite de l'organisation des Seches, comparee 
a celle des Aplysies, l'existence d?un ganglion buccal superieur 
et la reunion du ganglion stomacal avec le ganglion buccal in- 
ferieur. Les Aplysies n'ont, au contraire, que le ganglion buc- 
cal inferieur, qui se reunit seulement au cerveau dans une 
direction irreguliere et par suite au ganglion frontal ; ce dernier 
ganglion ne presente, dans les Seches, aucune communication 
connue avec les parties laterales du cerveau. 

II est remarquable, du reste, que le mode de developpement 
des nerfs stomato-gastriques des Aplysies vient a l'appui de la 
division dont j'ai parle plus haut des nerfs stomato-gastriques 
des Seches en deux parties, Tune buccale et Pautre stomacale, 
car ces deux parties sont tres distinctement separees dans ces 
deux especes de Mollusques. 

Nerfs stomato-gastriques des Lirnnees et des Janthines. 

Cuvier a decouvert, dans les Lirnnees et les Janthines ( Me- 
moire sur le Limnee et le Planorbe, et Mem. sur la Janlhine 
et sur la Phasianelle, fig. 6), a la meme place que dans les 
Aplysies, au-dessous de Textremite posterieure de la masse buc- 
cale, deux petits ganglions communiquant, de chaque cote, 
avec le cerveau, et qu'il a nommes, sans plus de details, le petit 
ganglion place a la racine de Voesophage; ce sont evidemment 
des nerfs stomato-gastriques. 

Nerfs stomato-gastriques de V Helix pomatia. 

Dans mes recherches sur l'organisation des Limacons de la 
vigne (Zool. medic. 9 part. 11^. p. 3^8 ), j'ai ete assez heureux pour 
decouvrir dans cette espeCe, a la partie superieure et a Textre- 
mite posterieure de la masse buccale et de chaque cote, deux 
ganglions lateraux, reunis par un filet et formant ainsi un plexus 
nerveux (Zool. medic, pL xxxiv, fig. 1 1 et i3). De ce plexus e 
partent en avant, et de chaque cote, un cordon de communi- 
cation « qui se rend au ganglion pharyngien superieur a du 



i 5o Brandt. — Sur les nerjs stomato-gastriques 

cerveau, un autre p qui va a la bouche, ainsi que plusieurs 
filets c t qui se dirigent en arriere pour gagner la masse buccale. 
On pourrait peut-etre considerer ce petit systeme nerveux 
comme l'analogue de la partie buccale des nerfs stomato-gas- 
triques des Seclies et des Aplysies. Pour la forme et la position, 
il se rapporte evidemment au systeme stomato-gastrique pair 
des Insectes. 

RECAPITULATION. 

Si nous voulons embrasser, d'une maniere generate, le resume 
de toutes les observations prececlentes, nous verrons qu'elles 
ont pour objet : 

i° Plusieurs fragmens historiques et des remarques sur les 
decouvertes anterieures au sujet des nerfs stomato-gastriques, 
tant de moi que desautres auteurs, dans les differens groupes des 
Insectes, Crustaces, Aracbnides, Annelides, Cephalopodes et 
Gasteropodes. 

i° Une exposition plus exacte des nerfs stomato-gastriques 
dans quelques groupes, dont un tres petit nombre etait com- 
pletement connu sous ce rapport, tels que Xicrevisse , la Blatte, 
le Taupe-g/yllon , le Phasme , la Scolopendre. 

3° Quelques recherches sur la disposition des nerfs stomato- 
gastriques dans plusieurs formes d'animaux chez lesquels on 
ne les avait pas encore etudies, tels que la Squille , la Libellule, 
le Lygee } le Glomeris et le Spirobole. 

f\° Plusieurs notices sur la division des nerfs stomato-gas- 
triques dans quelques organes, comme, par exemple, dans les 
glandes salivaires de la Blatte, dans le foie des Decapodes et des 
Stomapodes. 

5° Plusieurs observations nouveiles sur Tanastomose d'un 
seul cordon ou. d'une seule partie des nerfs stomato-gastriques; 
par exemple, sur la partie ventrale de l'estomac des Phasma et 
sur l'estomac de Xicrevisse. 

6° La demonstration d'un developpement analogue des nerfs 
stomato-gastriques dans les Myriapodes et parmi les Hexapodes, 
dans les Coleop teres, les Hemipteres, les Orthopteres, les Ne- 



des a/iiiiutux invettebres. i j i 

vropteres, les Hymenopteres , les Lepidopteres (et vraisembla- 
blement dans les Dipteres). Ces nerfs sont caracterises par la 
presence constante d'un systeme impair, pourvu d'un ganglion 
frontal et d'un systeme pair, qui se partage en deux moities la- 
terales, et se compose de deux paires de ganglions qui ne com- 
muniquent avec le cerveau que par des filets tres fins. 

7° Quelques remarques comparatives sur le developpement 
des nerfs stomato-gastriques des differens groupes d'animaux , 
Crustaces, Insectes, Annelides, Cephalopodes etGasteropodes. 

Si Ton veut disposer, d'apres les observations precedentes sur 
le trajet des nerfs stomato-gastriques, les differens groupes 
d'animaux chez lesquels on les a etudies, on sera peut-etre con- 
duit a admettre l'essai que je presente ici : 

A. Le plexus principal des nerfs stomato-gastriques place sur 
le dos du canal intestinal. 

a. Les nerfs stomato-gastriques , partages en un systeme im- 
pair, situe sur la ligne mediane et pourvu d'un ou de plusieurs 
ganglions frontaux, et un systeme pair, partage en deux moities 
laterales et se manifestant par la presence de ganglions pairs en 
arriere du cerveau (Insectes Hexapodes et Myriapodes.) 

b. Les nerfs stomato-gastriques , composes d'un systeme im- 
pair sans ganglion frontal, et dun autre analogue an systeme 
pair, qui ne presente aucun ganglion separe du cerveau ( Crus- 
taces Decapodes et Stomapodcs. ) 

c. Les nerfs stomato-gastriques, composes seulement d'un 
systeme pair (Gasteropodes pulmonaires , Helix , — ? Onisciens > 
Porcellion.) 

? d. Les nerfs stomato-gastriques , offrant seulement une por- 
tion impaire, d'apres le peu qu'on en connait jusqu'ici (Arach- 
nides pulmonaires , lipeire y Myqale.) 

B. Le plexus principal des nerfs stomato-gastriques, place a 
la face ventrale (Cephalopodes: Gasteropodes tectibranches , 
Aplysie;? Annelides > Hirudinees > Sangsue.) 



j 2 BftAJffiT. — Sur les ncrfs stornato-gastriques 



EXPLICATION DES PLA.NC11ES. 

PLANCHE IV. 

Nerfs stornato-gastriques plusieurs fois grossis de VEcrevisse fluviatile, fig. i et a ; d'une 
Squilie fig. 3 ; du Blatta orientalis fig. 4 et 5, et du Gryllotalpa vulgaris fig. 6 et 7. 

Fig. i. Le ccrveau A; le premier ganglion ventral C, qui lui est rami au moyen de deux 
cordons, le collier B. B, communiquant entre eux par un filet transversal E. ; les nerfs storna- 
to-gastriques D. 1. m, n, o. 8, X, 6, \x. et a, b.c. d. e.f. g. h. k. (3. f. o\ de VEcrevisse, vus sur 
le cote. L'estomac est indique par des points. 

Fig. a. Le cerveau A. ; le collier B. B. ; le cordon de communication E. et le premier gan- 
glion ventral C.\ le systeme impair des stornato-gastriques etendu en dehors et presque en li- 
gne droite avec tous ses details a. r. c. d. e.f. g. h, x. «y. p. c>\; les filets de communication 
0. 8. X. X. qui partent d'un ganglion D. D. du collier B. B. et qu'on peutregarder comme l'a- 
nalogue du systeme pair X,. Tous ces nerfs sont vus en dessus. La branche o. qui part du ren- 
flement ganglionnaire D. du collier, et se rend aux machoires, ainsi que le filet £. qui s'elend du 
cordon /. de ce renflement a lalevre superieure, ont ele coupes. 

Fig. 3. Uu cordon du collier B. avec son renflement ganglionnaire D. et ses filets de com- 
munication X. 8. p.. se rendant au sysleme stomato-gastrique impair a, b. c. h. x. |3. ^ .£.; ces 
nerfs appartiennent a une Squilie et sont vus en dessus. Les branches qui se rendent du ren- 
llement ganglionnaire D. a la levre superieure et aux mandibules ont ete coupes. 

Fig. 4. Le cerveau A., l'oesophage s.; une partie de l'estomac u. u. ; le systeme impair a. (3(3. 
-py, joe, e. $£, 8; le systeme pair b. c. <S". o\ des nerfs stornato-gastriques du Blatta orientalis, 
dans leur position naturelle. On distingue au cerveau le nerf optique o. et le nerf antennaire t. 

Fig. 5. Les nerfs stornato-gastriques isolcs du meme insecte. a. le ganglion frontal du sys- 
teme impair; (J. (3. le cordon de ce systeme; x. x. ses filets de communication avec le cerveau ; 
TTYT» ^ es u ' Pts ( I U * se re ndent aux paries superieures de la bouche; e. le ganglion stomacal 
du systeme impair, d'ou part le nerf qui se rend aux glandes salivaires 6., et ceux qui se repan- 
dentsur l'estomac C'X — °> l>* 'a paire de ganglions anterieurs du systeme pair; c. c.la paire de 
ganglions poslerieurs du meme systeme avec les filets qui se dirigent en avaut 8\ 6 s . et ceux 
q ii se rendent en arriere a l'oesophage £. £. 

Fig. 6. La tetede Gryllotalpa vulgaris avec le cerveau A.\ le nerf optique o. ; le nerf anten- 
naire t.\ l'oesophage s. ; le jabot u. ; le filet de communication i\ entre le jabot «. et l'estomac 
inusculeux w.; puis les coecums x. x. el les nerfs stornato-gastriques dans leur situation et leur 
disposition naturelles; — a. le ganglion frontal du sysleme impair ; b. b.les, gauglions anterieurs; 
c. c. les ganglions posterieurs du systeme pair. 

Eig. 7. Les nerfs stornato-gastriques isoles du meme. — a. le ganglion frontal; x. x. les filets 
de communication de ce gauglion au cerveau; <y. -y. les filets qui se rendent des precedens aux 
parlies superieures de la bouche; (3(3(3. le cordon du systeme impair et les filets de communi- 
cation XXX. qui en partent et se portent en arriere; — b. £. les ganglions anterieurs, et c. c. les 
ganglions poslerieurs du systeme pair. De chacuu des ganglions posterieurs c, il part un filet 
ties fin 8\ qui se reud en avant eten dehors dans les muscles, et un autre filet <5". qui se dirige 
en arriere sur le milieu de l'estomac else reunit avec le filet X. du systeme impair pour former 
uu ganglion u. 



des inverlebres. i£3 



PLANCHE V. 

Nerfs stomato-gastriques grossis d'un Gryllotalpa 'vulgaris fig. i ; d'un Lygee fig, » et 3, 
d'une Libe/lule, fig. 4 et 5; du Phasma fig. 6-10 j de la Scolopendre fig. 11 ; du Spirobole fig. 
12 et du Glomoris fig. i3 et 14. 

Fig. 1. La partie superieure isolee des nerfs stomato-gastriques du meme insecte; a. x. x. 
fc f.-y. e. £. £. X. X., le systeme impair et b. b. c. c, 8\ £. 8. lesysteme pair; — a. le ganglion 
frontal du systeme pair; x. x. les filets de communication de ce ganglion avec le cerveau et d'ou 
partent les filets f. f, qui se rendent aux parties superieures de la bouche ; {3. le cordon du 
systeme impair et son ganglion e. place au dessous des ganglions anterieurs b. b. du systeme 
pair. Du ganglion e. du cordon du systeme impair, il part un filet median et tres distinct (U\ et 
deux autres lateralis X. (voy. fig. 8), ainsi que leur filet de communication £ avec chaque gan- 
glion posterieur c. du systeme pair. La paire de ganglions anterieurs du systeme pair b. b. en- 
Toie un filet de communication 6. aux ganglions c. c. de la seconde paire de ce systeme et un 
autre au ganglion s. du sysleme impair ; — c. c, les ganglions de la seconde paire du systeme 
pair avec le filet £'. qui se rend en avant dans la tete et £. un autre filet qui se dirige en arriere 
vers l'oesophage. 

Fig. 2. Tete d'un Lygee ouverte en dessus avec le cerveau A. mis a nu, le nerf opt i que 
o. o, les nerfs antennaires t. et l'extremite anterieure de l'oesophage s. Sous ces parties sont 
situ& Its nerfs stomato-gastriques, plus visibles dans la figure 3. 

Fig. 3. Les nerfs stomato-gastriques insoles du meme. a. (3. (3.; le systeme impair et b.b.c.c. 
les ganglions du systeme pair. — a. le ganglion frontal du systeme impair ; (3(3. le cordon de ce 
meme systeme ; b. b. le ganglion anterieur et c. c. le ganglion posterieur du systeme pair. 

Fig. 4. Le cerveau A., l'extremite anterieure de l'oesophage s. et les nerfs stomato-gastriques 
qui sont places entre eux dans les Libellula depressa ; o. o. le nerf optique ; p. p. le nerf des 
ocelles; t.t. le nerf des antennes, qui partent du cerveau. — a. le ganglion frontal, (3. le cor- 
don du systeme impair et f. les filets qui se rendent de ce systeme aux parlies de la bouche. 

Fig. 5. Les nerfs stomato-gastriques isoles de ce meme insecte. a. (3(3, *yy, xx. le systeme im- 
pair; bb. cc. $\$. £'. £. le systeme pair. — a. le ganglion frontal; (3(3. le cordon du systeme 
impair; x. x. les filets de communication de ce systeme avec le cerveau; f. f, les filets qui se 
rendent aux parties superieures de la bouche ; b. b. la paire de ganglions anterieurs du systeme 
nerveux, c. c. la paire de ganglions posterieurs du meme systeme; 5". £'. les filets qui en par- 
tent anterieurement et 8. $. ceux quise rendent a l'oesophage. 

Fig. 6. L'estomac du Phasma ferula dans sa position naturelle et la tete ouverte en des- 
sus, avec les antennes et les yeux. Sur l'oesophage sont situes le cerveau et le systeme nerveux 
intestinal impair, qui presente le ganglion posterieur e. place sur l'estomac avec ses deux grands 
filets CC- 

Fig. 7. Le cerveau A. et la partie anterieure du systeme nerveux stoinato-gastrique impaii 
a. (3. ainsi que lesysteme pair b. c. ; — a. le ganglion frontal ; {3. le cordon dorsal et x. le filet de 
communication du systeme impair avec le cerveau ; b. le ganglion anterieur et c. le gauglion 
posterieur du systeme pair. 

Fig. 8. L'extremite anterieure du systeme impair a. (3. x. -y. et le systeme pair b. c. $*. £. — 
a. le ganglion frontal, (3. le cordon dorsal ; x. le filet de communication avec le cerveau et f 
les filets qui se rendent aux parties de la bouche, pour le systeme impair ; b. le ganglion en- 
terieur allonge et c. le ganglion posterieur arrondi du systeme pair, avec ses filets (5". £. 

Fig. 9. Le cerveau A. vu de cote ; le premier ganglion d. et le deuxieme e. de la chaint du 
systeme ventral, aiiiii que l'extremite anterieure du systeme nerveux impair, o. le ganglion 



1 54 Hitchcock. — 'Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

frontal avec le cordon de communication x. x. qui se rend au cerveau ; -y. -j-. les filets qui vont 
aux parties de la bouche et [3. le cordon dorsal. On voit aussi distinctement le nerf optique 0., 
le nerf anteuuaire t., les cordons de communication ou collier n. w.du cerveau A. avec le premier 
ganglion ventral d. les filets v. v. dece premier ganglion ventral et qui se reudent enavantaux 
parlies de la bouche. 

Fig. 10. Une portion du cordon dorsal $. du systeme impair avec quatre de ses filets, pour 
montrer ses ramifications tres fines et leur communication sur la partie ventrale de l'estomac. 

Fig. 1 1. Le cerveau A., le ganglion frontal a. et le cordon [3. du systeme nerveux impair, ainsi 
que la partie b. c. qui correspond au systeme pair dans le Scolopendra morsitans. On voit au 
cerveau le nerf optique o. et le nerf antennaire t. 

Fig. 12. Le cerveau ^.,le ganglion frontal a. et le cordon (3. du systeme impair, ainsi que 
les ganglions b. c. du systeme pair; o. le nerf optique et t. le nerf antennaire, dans le Spiro- 
bolus Olfersii. 

Fig. 1 3. Le cerveau perce au milieu A., le nerf optique o., le nerf antennaire t. } le ganglion 
frontal a. et la cordon (3. du systeme impair, ainsi que les ganglions du systeme pair b. c, dans 
le Glomevis marginata. 

Fig. 14. Les nerfs stomato-gastriques isoles du meme. — a. 3. le systeme impair, b. c. le 
systeme pair. 



Description d'etnpreintes depieds d'Oiseaux dans le Gres rouge 

du Massachusett , 

Par le professeur E. Hitchcock, (i) 

L'absence presque complete des oiseaux parmi les resles 
(Tetres organises qui se trouvent dans les roches a toujours ete 
pour les geologues le sujet de quelque surprise. Jusqu'a une epo- 
que tres recente, je ne sache pas quaucun exemple, bien cer- 
tain de ces animaux a I'etat fossile ait ete decouvert, excepte 
les neuf ou dix ecbantillons trouves par Cuvier dans le gypsc 
tertiaire des environs de Paris. Dans le troisieme volume de ses 
O s semens fossiles (troisieme edition p. 3o*2), il examine tous les 
cas d'oiseaux fossiles cit^s par les ecrivains, ses predecesseurs, 
et les regarde, a peu d'exceptions pres, comme ne meritant que 
peu de credit. 

(?) Traduil d'aprcs It* mcmoirc anglais insere dans le Anna-lean journal of Science de Silli- 
niciii , janvicr 18 36. 



hitchcock. — Traces d 3 Oiseaux dans le gres rouge. 1 55 

Pour expliquer cette rarete des Ornitholites, des geologues 
out, a la verite, donne des raisons probables tirees tant de la 
structure que des habitudes des oiseaux. Ces circonstances font 
que les oiseaux sont moins exposes que les quadrupedes et 
les autres animaux a etre submerges et par suite a etre conser- 
ves dans les depots laisses par les eaux; et lors meme qu'il leur 
arrive de perir par submersion, ils flottent si long-temps a la 
surface que certainement ils sont apercus et devores par quel- 
que animal, (i) 

Mais bien que ces circonstances expliquassent le fait d'une 
maniere satisfaisante , les geologues n'en etaient pas moins de- 
sireux de decouvrir le peu de traces de la tribu emplumee qui 
auraient pu se trouver dans^les roches fossiliferes ; j'ai done etc 
tres satisfait de quelques decouvertes de ce genre faites durant 
l'ete dernier dans la nouvelle formation de gres rouge des 
bords de la riviere de Connecticut dans le Massachusetts 

Mon attention fut d'abord attiree sur ce sujet par le docteur 
James Deane de Greenfield qui m'envoya quelques moules d'em- 
preintes trouvees sur un gres rouge micace, apporte de la partie 
sud de Montagu , pour paver. J'obtins bientot apres de sa li- 
beralite les echantillons memes sur lesquels ces moules avaient 
ete faits; ils sont maintenant deposes dans le cabinet du college 
d' Amherst. Cesont deux pierres d'environ quarante ponces car- 
res, reunies primitivement face a face, et presentant sur la face 
de separation, l'une quatre depressions fort distinctes, l'autre, 
quatre saillies correspondantes; ressemblant parfaitement aux 
empreintes des pieds d'un grand oiseaux, sur la vase. Et d'apres 
l'opinion d'une centaine de personnes qui ont examine ces 
echantillons, il n'y a probablement aucun doute que telle ne 
fut leur origine. N'ayant jamais ete deteriores par l'exposition a 
Fair, ce sont peut-etre les echantillons les plus parfaits quej'aie 
pu me procurer. Ils ont ete tires d'une carriere situee au sud- 
est de Montagu, a moins d'un demi-mille de la riviere de Con- 
necticut, et dont lelevation au-dessus du niveau de l'eau ne 
depasse pas cent pieds. Les couches dans cette carriere sont in- 

(i) Voyez la Geology de Lyell \ t. 2, p. 246. 



1 56 ujtchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

clinees a Test, au plus de cinq degres et les impressions se 
trouvent a plusieurs picds au-dessous de la surface du soL On 
n'a encore trouve qu'une seule variete de traces dans cet en- 
droit. 

Pen de temps apres le col. John Wilson de Deerfield me 
montra des empreintes semblables sur les paves de ce village. 
Mutant assure que ces paves avaient ete apportes de la ville de 
Gill, et tires d'une carriere situee sur les bords de la riviere de 
Connecticut a un endroitnomme le Horse Race, a environ trois 
milles au-dessus de Turner's Falls] en remontant le courant, et 
a huit ou neuf milles au nord de la carriere de Montagu dont 
j'ai parle plus haut, je visitai cette carriere et j'eus la satisfaction 
d'y trouver plusieurs especes tres distinctes de ces empreintes, 
dont quelques-unes etaient tres petites et d'autres d'une gran- 
deur presque incroyable. Cette carriere est placee immediate- 
ment sur la rive nord de la riviere; les couches qui la compo- 
sent sont inclinees de 3o° au sud et passent directement au- 
dessous du lit du fleuve sans qu'aucune alluvion soit venue les 
couvrir. La roche se compose dun gres gris micace, ressem- 
blant beaucoup , dans les echantillons que je possede, a quel- 
ques varietes d'ardoise micace'e, sans etre cependant aussi dur 
ni tres facile a fendre. 

En passant sur les trottoirs de Northampton, dans le cours 
de l'ete, j'ai decouvert plusieurs exemples de semblables impres- 
sions sur des paves. Ces pierres provenaient d'une carriere si- 
tuee au sud de cette ville , a Test de Mount Tom. Je m'y ren- 
dis , et j'y trouvai un tres grand nombre de traces de plu- 
sieurs especes, dont quelques-unes etaient d'une grande 
beaute\ Les couches dans cette carriere sont inclinees a. Test de 
io°tout au plus et passent directement sous la riviere de Con- 
necticut, qui les baigne. On trouve dans cette localite trois va- 
rietes de roche presentant ces empreintes : i° Un schiste rouge , 
ou plutot un gres fin micace passant au phyllode, que je 
regarde comme etant probablemerit la marne rouge des geo- 
logues ; 2 un gres gris micace; 3° un gres tres dur, difficile 
a fendre en lames et; tres cassant, forme d'argile et de sable. 
Ces trois varietes de roches sont interstratifiees d'une maniere 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le g?*es rouge. 1 5" 

un peu irreguliere. La rocheest denudee tant par l'eau que par 
le travail des ouvriers dans une longueur de quarante ou cin- 
quante verges (cette longueur est meme double quand l'eau est 
basse) sur plusieurs verges de largeur; mais elle n'a encore ete 
que fort peu exploitee. Cette carriere est a plus de trente milles 
au sud de Horse Race, et ces deux carrieres sont les deux 
points extremes entre lesquels j'ai decouvert les empreintes 
dont il s'agit. Gependant j'en ai trouve un echantillon pres du 
village situe sur le canal de South Halley sur des fragmens d'un 
schiste gris tres dur provenant du creusage du canal, et un autre 
fort beau au nord de South Halley pres de Mount Holyoke, sur 
un gres grossier. South Halley est situe sur la rive estde la ri- 
viere de Connecticut, a l'opposite de la carriere situee a Test de 
Mount-Tom, que nous avons decrite. 

Je ne vois pas de raisons pourquoi Ton ne rencontrerait 
pas de semblabies empreintes dans d'autres parties de la vallee 
du Connecticut, ou se trouvent des gres ardoises semblabies 
aux varietes que nous avons decrites (cette roche s'etend jus- 
qu'a soixante ou soixante-et-dix milles au sud de Mount-Tom); 
mais j'ai explore les carrieres situees dans le voisinage de Hart- 
ford, et celles de Enfield Falls, ainsi que les paves de Hartford 
et de Springfield, sans y rien decouvrir. J'ai cependant quelques 
raisons de supposer que Ton a trouve de pareilles empreintes a 
Westerfield; et je regarderais comme une chose extraordinaire 
que Ton n'en decouvrit pas dans cette localite, oubien a Middle- 
town ou peut-etre a Chatam. 

D'apres ce qui precede, on voit que j'ai etabli l'existence de 
ces impressions dans cinq endroits differens pres des bords du 
Connecticut, dans une etendue d'environ trente milles. Ayant 
visite de nouveau il y a quelques mois ces localites, je vais pre- 
senter les resultats de ces recherches : je donnerai d'abord une 
description generale des empreintes pour les classer ensuite et 
en decrire les differentes especes. 

Quand la surface de la roche a ete exposee a Taction de l'eau 
pendant un grand nombre d'annees, je n'y ai jamais pu ren- 
contrer de ces empreintes de pieds. On les trouve seulement 
lorsque les couches superieures ont ete enlevees par le travail 



i 58 nncircviCK. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

de I'liomme, on Taction de I'eau, et je ne vois pas de raison 
pour qu'on n'en rencontre pas clans cent autres points des 
hords de cette riviere, ou l'on a ouvert un si grand uomhre de 
carrieres. 

Dans ies carrieres que j'ai nominees, ces empreintes se pre- 
sentent sur la roche en place, comme des depressions plus ou 
raoins parfaites, plus ou rnoins profondes, faites par un animal 
a deux pieds et le plus souvent a trois doigts. Dans un petit 
nombre de cas, on voit Pempreinte d'un quatrieme doigt, ou 
doigt posterieur, ne se dirigeant pas directement en arriere, 
mais qui est un peu tourne en dedans; dans un cas, les quatre 
doigts sedirigent tons en avant.Quelquefoisces trois impressions 
vont en se rapprochant, et les doigts concourent en un point 
de convergence, mais quelquefois aussi ils se terminent brus- 
quement, comme si Panimal n'eut pas enfonce assez pour im- 
primer son talon. Dans quelques cas, la pierre est soulevee a 
ce point d'une maniere irreguliere, comme si le poids de I'ani- 
mal avait force la vase ou le sable de s'elever en arriere de la 
jambe. Dans quelques cas aussi en arriere de cette legere eleva- 
tion se trouve une depression comme si un talon tuberculeux 
setait legerement enfonce. 

Dans un grand nombre de cas encore, il y a derriere Pimpres- 
sion du pied un appendice fort remarquable. Ce sont des em- 
preintes de poils raides ou de soies qui s'irradient en arriere 
jusqu'a une distance qui, dans les plus grandes empreintes, est 
de plusieurs pouces. Les planches qui accompagnentce memoire 
en donneront une meilleure idee que je ne pourrais le faire. (i) 

Dans tous les cas ou il y a trois doigts diriges en avant, le doigt 
moyen est le plus long, et souvent de beaucoup. Dans le plus 
grand nombre, les doigts vont en diminuant graduellement 
jusqu'a une pointe plus ou moins aigue; mais dans quelques 
varietes tres remarquables , ils sont epais , un peu noueux, et 
se terminent brusquement. 

Dans les empreintes a doigts minces, on ne trouve pas sou- 
vent d'ongles bien distincts, quoique quelquefois on y en de- 

(t) PI. 6, fig. i a i 5. 



Hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. i5o, 

couvre; mais dans les varietes a doigts epais^ ils sont souvent 
tres visibles. Dansbeaucoup de cas cependant,cela depend de la 
nature raeme de la roche. Si elle se compose d'une argile fine 
les ougles sont ordinairement bien marques. Et meme alors si 
on a par hasard clive la roche un peu au-dessus on im pen au- 
dessousdu plan sur lequel l'animal avait primitivement imprime 
son pied, les ongles ne seront tres probablement pas visibles , 
comrae je le ferai voir clairement plus loin. 

Si nous enlevons de son lit une portion de roche d'une epais- 
seur de plusieurs pouces, portant des ernpreinteset que nous 
la brisions verticalement de maniere a ce que lacassure traverse 
les doigts, nous verrons, sur la face de cassure, les differentes 
couches de la pierre courbees au-dessous de l'empreinte jus- 
qu a une profondeur qui a souvent deux, trois et meme quatre 
pouces. Si nous la fendons avec soin nous aurons d'un cote une 
triple depression, semblable a celle qui a ete decrite, et de 
1'autre une figure semblable, ressortant plus ou moins, et quel- 
quefois en bas-relief. Ces echantillons en bas-relief donnent 
souvent une meilieure idee de la structure du pied qui a fait 
Pempreinte, que ne le font ceux qui sont en creux. Car souvent 
il est difficile de cliver un echantillon d'une maniere assez par- 
faite pour enlever toutes les portions de la roche qui remplis- 
sent la depression, et si on veut ensuite faconner l'empreinte 
avec un ciseau, la paroise laisse endommager; tandis que sou- 
vent l'argile ou le sable qui ont rempii la trace primitive, etant 
plus fermes et plus adherentes au reste de la roche, se laissent 
fendre avec peine , et quand on eclate les portions de la pierre 
qui l'environnent, la trace reste intacte et on obtient ainsi avec 
quelque soin un tres bel echantillon. Je ne doute pas que si les 
ouvriers eussent autrefois connu la nature de ces restes, its 
n'eussent conserve quelques echantillons de ce genre , car on. 
en trouve des fragmens parmi les decombres qui sont autour de 
la carriere. 

II y a un cas dans lequel les couches de la pierre ne pa- 
raissent pas en rapport avec la depression produite par la trace. 
C'est quand l'empreinte a ete faite sur une vase ou argile tres 
Tine et que la depression s'est trouvee remplie par les memes 



5#oo rouge. 



160 niTCiicociv. — Traces d'Oiseaux dans le gres 

materiaux sous forme concrete; si alors line couche de male- 
riaux plus grossiers se trouve superposee , cette couche ne pre- 
sente souvent aucune trace de l'empreinte qui est au-dessous 
d'elle. Je concois aisement comment un tel changement de 
circonstances (peut-etre un debordement subit) qui auront 
apporte des materiaux grossiers, aurait rempli les depressions 
de maniere a laisser line surface plane pour le depot ulterieur. 
Dans ces cas, on devra seulement obtenir des echantillons en 
relief. 

En penetrant dans la roehe dans une carriere, et en fendant 
successivement les diverses couches, nous rencontrons d'abord 
des traces dans un etat imparfait, les doigts etant courts et ter- 
mines brusquement ; mais si on enleve encore une couche on 
deux, l'empreinte devient plus grande et plus distincte, et quel- 
quefois les ongles sont visibles. Si nous continuons de cliver au- 
dessous du plan 011 l'empreinte se voit le mieux, nous en ren- 
controns peut-etre encore des traces; par exemple celle du plus 
gros doigt 011 doigt du milieu; mais l'empreinte disparait plutot 
au-dessous qu'au-dessus du plan ou elle est la plus distincte. 

Je me suis de bonne heure occupe a chercher s'il y avait 
de ces empreintes qui fussent successives, c'est-a-dire, faites par 
un animal marchant, et j'ai ete agreablement surpris d'en 
trouver un grand nombre qui sont dans ce cas, et cela de 
la maniere la moins douteuse. Ce memoire est accompagne des 
dessins de quelques-uns des cas qui presentent ce fait de la ma- 
niere la plus remarquable (1). Une description speciale sera 
plus convenablement placee ailleurs. Dans un cas (fig. 6), on 
verra qu'il n'y avait pas moins de dix pas a la suite Tun de l'autre 
dans une meme direction, et a des intervalles si sensiblement 
dgaux qu'il est impossible de douter que ce ne soit le resultat 
d'enjambees successives d'un meme animal. II semble que 
cette serie ne se continue pas plus loin seulement parce que 
la couche qui les presente n'est pas ddcouverte au-dela du 
dixieme pas. 11 est impossible aussi de douter que cette serie, 
ainsi que toutes les autres ou les traces se succedent n'ait ete 
faite par un animal bipede , car on chercheraiten vain de trou- 
ver une serie de traces paralleles. II est bien vrai qu'elles ne sont 



hitchcock. — ■ Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 161 

pas exactement en ligne droite , mais dies devient alternative- 
merit les unes a droite , les autres a gauche , d'une quantite 
tantot plus tantot moins grande, les doigts etant ordinairement 
tournes en dehors. Lintervalle qui separe deux empreintes 
consecutives est variable; pour les plus petites empreintes, il est 
de quelques polices, et dans les plus grandes on en tiouve ayant 
un ou deux pieds. C'est effectivement ce qu'on doit attendre 
d'un animal qui aurait des allures differentes. 

C'etait une chose in teressante d'observer avec quelle facilite, 
dans presque tous les cas ou les empreintes etaient distinctes , 
on pouvait distinguer si elles avaient ete faites par le pied droit 
ou par le pied gauche de i'animaL On peut meme en general le 
faire sur des empreintes isolees, et quand on a une serie de 
traces, on peut facilement s'assurer que le pied droit alterne 
avec le gauche. Dans le pied droit, les doigts, specialement celui 
du milieu, sont legerement courbes vers la gauche, de maniere 
que la convexite de la courbe qu'ils forment est a droite; cet 
effet resulte de l'effort que faisait l'animal pour porter son 
corps en avant. G'est par suite de ce meme effort que la partie 
externe du talon semble se diriger en arriere de la partie in 
terne. L'inverse de ce qu'on a dit du pied droit est vrai pour le 
gauche (voyez la planche 8 , ou on a dessine les diverses traces 
de ces animaux dans leurs proportions relatives). 

L'inclinaison ou la pointe des roches dans ces diverses car- 
rieres varie de So a 3o degres. II semble qua Tepoque ou la 
roche etait encore a l'etat plastique, les animaux dont il s'agit 
la parcouraient dans tous les sens avec une egale facilite. 
A Horse-Race , ou l'inclinaison est de 3o °, ils semblent avoir 
quelquefois monte, quelquefois descendu, et quelquefois aussi 
avoir marche diagonalement ; les traces semblent n'avoir eprou- 
ve aucun changement par suite de la raideur de la pente. Il ne 
parait pas que l'animal ait gravi en montant, ni qu'il ait glisse 
en descendant, excepte dans une ou deux traces de grande di- 
mension , ou la vase semble avoir ete roulee dans un espace de 
quelques pouces en avant du pied. Mais dans ce cas, l'animal 
se mouvait horizontalement, c'est-a-dire selon la ligne de gise- 
ment des couches; et meme sur un plan horizontal, un animal 



V. Zoor. — Mars, 



162 HiTcncocK. — Traces d' Oiseaux dans le gres rouge. 

pesant, marchant rapidement, produirait cet effet sur une ma- 
tiere plastique. De sorte qu'il suivrait de tons ces faits que ces 
traces auraient ete faites avant que la roc he se fut soulevee 
pour prendre la position qu'elle occupe actuellement, c'est-a- 
dire alors qu'elle etait horizontale, ou a-peu pres; conclusion a 
laquelleles geologues seraient conduits par I'evidence des faits, 
independamment des empreintes donl nous parlous. 

J'ai dit que souvent on petit voir les traces se succeder regu- 
lierement, mais cela n'a pas toujours lieu. Quelquefois des ani- 
raaux d'especes differentes, ainsi que des individus differens,se 
sont croises si souvent les tins les autres, que tout est confus , et 
que toute la surface semble avoir ete foulee, comme nous voyons 
que cela arrive quand des Quadrupedes oil des -Canards et des 
Oies affluent sur les bords fangeux dun etang ou d'un ruisseau. 
La tig. 9 (pi. 6)represente un cas de ce genre sur un morceau 
de gres venu de Horse-Race, et actuellement en ma possession. 
Je crois en avoir dit assez pour qu'il me soit permis de 
conclure que ces impressions sont des pas d'Oiseaux qui out 
ete faites sur ce gres a son origine, alors qu'il etait encore 
dans un etat plastique : c'est la conclusion des observateurs les 
plus ordinaires, a I'inspection de ces echantillons; mais les 
geologues, moins que personne, doivent se fier a leurs pre- 
mieres impressions. Je vais done etablir en p<ru de mots les 
argumens sur lesquels s'appuie cette opinion : 
. i° Ces empreintes sont evidemment les traces d'un animal a 
deux pieds , car jamais je n'ai pu trouver un seul cas ou il y en 
ait plus d'une rangee a la suite les unes des autres; 

n° Elles ne peuvent avoir ete faites par aucun Bipede corinu, 
si ce n'est parmi les Oiseaux : j'ai le bonheur de voir cette opi- 
nion confirmee par plus d'un geologue distingue ; 

3° Elles ont un grand rapport avec les traces des Oiseaux. 
Elles out trois divisions anterieurement, dememe que le pied d'un 
Oiseau ; souvent, et peut-etre meme dans tous les cas, les doigts 
se terminent par des ongles. Si dans quelques cas les doigts sont 
coniques, et dans d'autres epais et termines brusquement, cela 
a lieu aussi chez les Oiseaux; enfin si le doigt posterieur manque 
chez le plus grand nombre, (^Vst encore une disposition qui se 



hitchcock. — Traces cVOiseaux dans le gres rouge* i63 

rencontre dans beaucoup de genres d'Oiseaux , et en particulier 
chez les Gralles. 

Je ne sache pas que les traces des Oiseaux vivans aient ete 
beaucoup remarquees, et je regrette qu'ii n'ait pas ete en mon 
pouvoir de faire un plus grand nombre d'observations sur ce 
sujet que je n'en ai fait. Mais, autant que j'ai pu les examiner, 
elles presentent une ressemblancefrappanteavec les empreintes 
qui nous occupent. J'ai surtout ete frappe de cette ressem- 
blance dans deux des carrieres que j'ai decrites, savoir, celle 
qui se trouve derriere Mount-Tom et celle de Horse-Race. La 
roche, dans ces localites, passe immediatement au-dessous de 
la riviere, et les eaux y ont depose une couche de boue tres 
mince le long du rivage. Durant 1'ete surtout, quelques petites 
especes de Gralles, en particulier des Becassines, s'y rassem- 
blent pour chercher leur nourriture ; leurs traces y sont tres 
nombreuses, et lorsque la vase s'est endurcie subitement, on 
peut a peine les distinguer de quelques-unes des empreintes 
qui se trouvent sur le gres qui en est immediatement voisin. 

Dans un cas meme, la ressemblance etait presque complete : 
la riviere avait baisse de plusieurs pieds et avait iaisse une vase 
couverte d'empreintes, exposee pendant plusieurs semaines au 
soleil d'une saison de secheresse, de sorte que cette vase s'etait 
durcie au point de ressembler presque a de la pierre, et si 
j'eusse moule une de ces impressions, ce qui aurait ete facile 
je suis sur que j'eusse pu aisement les faire passer pour une 
empreinte trouvee sur le gres. J'ai dessine quelques-unes de ces 
impressions que Ton voit fig. 1 7, et je ne pouvais m'empecher 
de penser que je ne foisais que reproduire avec une grande 
exactitude les empreintes qui se trouvent sur la pierre. 

La fig. 11 est uneesquisse de deux pasdel'Oie commune(^/z^ 
canadensis) , imprimes sur la vase. La longueur du pied est de 
quatre pouces, et celle del'enjambee est desept pouces.L'espace 
occnpe par la membrane qui unit les doigts est tres visible sur la 
vase; il est enfonce au-dessous de la surface, mais moins pro- 
fondement que les doigts. L'absence complete de sembiable 
apparence dans les traces fossiies, rend presque certain qu'au- 
cune d'elles n'a ete prodnite par un Oiseau palmipede. La dis- 



1 1. 



J 64 Hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

tance laterale de chaque pas a la ligne moyenne de la course 
de Tanimal est beaucoup plus grande que dans aucune des 
traces fossiles de meme dimension. 

La fig. 18 represente les traces dun Oiseau, probablement 
du genre Tetras, que j'ai mesurees Tele dernier; rnais je n'en 
ai prisquune esquisss. Longueur du pied, non compris le doigt 
du milieu, un pouce et demi; longueur de chaque enjambee, 
cinq pouces. 

La fig. 17 a deja ete citee; elle represente les pas d'une petite 
espece de Becassine, n'ayant pas de doigt en arriere. Les meraes 
empreintes se voient encore, fig. 16, sur la meme eehelle que 
les impressions fossiles des deux premieres figures, afin qu'on 
puisse en comparer les dimensions avec celles des empreintes 
fossiles. 

La fig. 10 represente un exemple de traces du Coq domestique 
{Phasianus gallus), imprimees sur de la vase. Les doigts, sans 
y comprendre le posterieur, ont environ trois pouces de long; 
la longueur de chaque enjambee est de six pouces : e'est la la 
distance qui separe ordinairement les traces dans ces especes. 
Une des traces seulement presente l'impression du doigt pos- 
terieur, le piedne pouvant enfoncer suffisamment dans tous les 
cas. 

Qnelques traces de Dindon domestique (Meleagris gallo- 
•pavo) sont reproduites i\^. ax. Elles ont ete dessinees d'apres 
des empreintes faites sur la neige. Le pied (dans un grand in- 
dividu) a quatre pouces de longueur, et chacune de ses enjam- 
bees en a douze. Le doigt posterieur se dirige en dedans , de 
maniere qu'il est prtsque, en arriere, la continuation du doigt 
externe. 

Fig. 19. Traces du Paon {JPavo cristatus). Elles ressemblent 
beaucoup a celles du Dindon, excepte que dans celles du 
Paon, l'ernpreinte du doigt posterieur ressemble a un trou fait 
avec le bout cl'iin baton , et qu'il n'a pas assez de longueur pour 
poser a terre en meme temps que les autrcs doigts, excepte 
quand la neige est haute. La longueur du pied, sans compter le 
doigt posterieur, est de trois pouces et demi; chaque enjambee 
est de neuf pouces. 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. i65 

Les traces cTOiseaux vivans, figures 16 a 22, sont dessi- 
nees sur une plus granele eehelle que les empreintes fossiles; 
mais leur ressemblance ne pent point ne pas etre remarquee , 
€t elle est encore plus evidente dans les echantillons tnemes. 
Cependant les Gallinaces offrent un talon plus distincte- 
m^nt marque qu'aucune des especes fossiles que j'ai vues , a 
i'exception d'une. II est marque" par un petit cercle pris du point 
dou partent les doigts. Qtiand l'empreinte etait tres nette, j'y 
ai remarque les petites protuberances et les petites depressions 
de la plante du pied; mais generalernent on ne les distingue 
pas, el les ongles n'apparaissent que bien rarement comme une 
partie distincte du reste de 1'empreinte. 

Regardant done comme etabli que les traces observees sur 
les pierres sont des traces d'oiseaux , je vais proceder a une des- 
cription specifique de plusieurs especes que je pense pouvoir 
distinguer; et puisque cette partie de 1'Oryctologie n'a pas en- 
core jusqu'ici eteexploree, jespere que cela justifiera I'intro- 
ducrion de mots nouveaux. 

Je renferme les diverses varietes de traces sous le nom d'Or- 
nithichnites (opvta, tjxvo?), mot qui signifie traces cVoiseaux sur 
des pierres ; et si ce sujet meritait d'etre regarde comme une 
branche distincte de eonnaissances, je lui donnerais le nom 
d'Ormthichno logie. 

Toutes les varietes de traces que j'ai decouvertes, je les com- 
prends dans deux divisions : i° les Pachydactyles ou a doigts 
epais ; 2 les Leptodactyles ou a doigts coniques. Dans la pre- 
miere de ces divisions, les doigts sont dune grosseur presque 
uniforme dans toute leur etendue, excepte toutefois qu'ils sont 
un peu tuberculeux; ils se terminent brusquement, et sont ce- 
pendant toiijours pourvus d'ongles. Dans la seconde division , 
les doigts sont beaucoup plus etroits, moins gros. d'une lon- 
gueur egale, et quelquefois ils sont d'une grande delicatesse 
(par ex. fig. 14); ils vont graduellement en s'amincissant; on 
n yapercoit pas souvent d'onglebien distinct. J'accorde beaucoup 
de confiancea cette division pour Tetablissement et la distinc- 
tion des especes et des varietes suivantes. Si j'eusse suivi mes 
propres impressions, j'aurais regarde quelques-unes des varietes 



i66 hitchcock. — Traces cV Oiseaux dans le gres rouge. 

comme des especes distinctes, mais j'aime mieux en creer un 
trop petit nombre qu'on trop grand. 

En parlant ici d'especes , j'entends seulement parler d'especes 
en Oryctologie et non en Ornithologie. Je ne fais ancnn donte 
que peut-etre, dans plusieurs cas, ce que j'appelle espece dans 
la premiere science serait un genre dans la seconde, c'est-a-dire 
que ces differentes traces devraient leur origine a des oiseaux 
differens entre eux sous le rapport generique. 

Je n'ignore pas qu'alors meme que le squelette entier des 
Oiseaux se retrouve, il est extremement difficile de distin- 
guer les especes. « La difference entre deux especes, dit Cu- 
ff vier, est quelquefois entierement inappreciable par le sque- 
« lette; les genres rnemes ne peuvent pas toujours etre distin- 
« gues a l'aide de leurs caracteres osteologiques ». N'y a-t-il pas 
alors une sorte de presomption a parler d'especes distinctes, alors 
qu'on ne possede rien autre chose que I'empreinte des pieds ? Je 
pense que dans les indications suivantes, tirees de cette seule 
source, il ne sera pas toujours possible d'eviter la confusion de 
plusieurs especes d'Oiseaux bien distinctes dans une meme es- 
pece d'ornithichnite et mon opinion se trouve confirmee par 
la ressemblance frappante qui existe entre les traces de plu- 
sieurs especes encore existantes. Mais si nous prenons en con- 
sideration les distances qui separent deux de ces empreintes , 
j'ai la ferme confiance que souvent nous pourrons distinguer 
ceux de ces oiseaux qui differaient considerablement les uns 
des autres. « Les lieux ou vivent les oiseaux, et leur mode de 
« progression, dit Dumeril, sont pour ainsi dire indiques d'a- 
« vance par la disposition de leurs pieds. Aussi, c'est d'apres la 
« forme, la longueur des pieds et la disposition des doigts que 
« les oiseaux ont ete divises en six ordres. » (i) 

(i) Elemens des Sciences naturelles, I. a , p. a58. 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 167 

ONITHICHNITES. 

1 . Pachydactyli. 

O. giganteus. 
O. tuberosus. 

a. dubius. 



1. Leptodactyli. 



O. ingens. 

a. minor. 

O. diver sus. 

a. clarus. 

(3* platydactylus* 

O. tetradactylus. 
O. palmatus. 
O. minimus. 



DESCRIPTION DES ESPECES. 



O. giganteus. — Trois doigts; longueur du pied, non compris 
les ongles, i5 pouces. Dans un des echantillons Fongle a au 
moins 2 pouces de long, et alors merne il semble qu'une partie 
s'cn soit detachee : en general, il n'a pas plus d'un pouce 
de longueur, mais il semble rompu. La longueur totale du pied 
est consequemment de 16 ou 17 pouces, et la longueur des di- 
verses enjambees varie entre 4 et 6 pieds. Les doigts sont un pen 
tubercules , l'interne , dans quelques cas , presente deux protube- 
rances distinctes,et le moyen en offre trois, mais moins evidentes. 
L'epaisseur moyenne des doigts est d'un pouce et demi et leur 
largeur de % pouces. On rencontre cette espece seulement dans 
la carriere de Northampton a Test de Mount-Tom , ou elle est 
tres abondante. J'ai trouve dans un seul point six traces de 
cette espece se succedant a.une distance moyenne de 4 pieds. 



1 68 hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le grcs rouge. 

Ce cas est represent^ dans la fig. i . D'apres le grand nombre 
de cas ou j'ai rencontre les traces espacees a des distances 
de 4 pieds, j'ai tout lieu de penser que c'etait la longueur des 
diverses enjambees de cet oiseau , lorsqu'il se promenait tran- 
quillement; mais dans line course rapide, il pouvait enjamber 
jusqu'a 6 pieds. Les cas dans lesquels les enjambees ont 6 pieds 
ne sont pas communs. 

Dans une partie de la carriere dont nous avons parle, j'ai 
trouve les traces de quatre individus de cette espece, se diri- 
geant toutes dans le meme sens; ce qui indique que ces oi- 
seaux avaient marche ensemble et rapproches, et rendrait 
probable que cette espece vivait en troupes. La distance entre 
ces diverses rangees de traces est de 4 °u 5 pieds. Dans la fig. 
21 on s'est efforce de representer YO. giganteus de grandeur 
naturelle, comme on le voit sur un eehantillon en relief, qui 
est en ma possession (i). Les ongles sont brises. C'est le des- 
sous du pied qui est represente par la figure. 

Bien que cette description semble presque incroyable, les 
echantillons que j'ai obtenus de cette espece sont peut-etre plus 
satisfaisans que ceux d'aucune autre. Toute la cavite primi- 
tivement formee par I'impression du pied de Toiseau s'est 
trouvee remplie par une concretion siliceuse d'une nature un 
peu differente de celle des parties environnantes;de sorte que 
ces dernieres peuvent etre en grande partie detachees, et que 
la concretion qui a rempli la cavite laissee par le pied de l'oi- 
seau restant sur la roche, presente dans le fait une veritable 
petrification de tout le pied. De tels echantillons ne sont pas 
communs. J'en ai cependant obtenu quelques-uns, et on pent 
a 1'aide du platre les multiplier a volonte. 

O. tuberosus. — Trois doigts; longueur du pied 7 ou 8 pouces; 
ongle distinct dans quelques echantillons, ayant de un pouce a 
un pouce et demi de long; renflemens tuberculeux tres dis- 
tincts au-dessous des doigts. Dans un ou deux echantillons que 
je possede, le doigt interne offre deux proeminences, et le 
moyen , trois ; on n'en distingue pas au doigt externe. Cela cor- 

(«) C'rsf rette figure ar qui est rquoduitc dans notrc planchc 7 reduite de moitie. 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 169 

respond du moins pour les doigts interne et moyen au nom- 
bre d'articulations qui s'observent chez les Gralles a trois 
doigts, actuellement vivans. La longueur de chaque enjam- 
bee dans cette espece est de 24 a 33 pouces. On la rencontre a 
Northampton a Test de Mount-Tom; j'ai vu un echantillon peu 
distinct qui semblait avoir appartenu a cette espece, provenant 
de Gill, pres de Horse-Race. 

La difference la plus importante entre cette espece et la pre- 
cedenteestdanssamoindre dimension. On pourrait bien d'apres 
cela penser que YQ. tuberosus n'est qu'un jeune individu de 
YO. giganteus. Mais je n'ai jamais remarque d'echantillons in- 
termediates, et en outre dans la premiere espece le doigt me- 
dian est plus long proportionnellement aux autres que dans 
la derniere, et les doigts sont plus ecartes, 

«. dubius. — J'ai dernierementobtenu de la carriere, situee a 
Test de Mount-Tom, quelques echantillons, tres uses, presen- 
tant la forme generate de YO. tuberosus, mais beaucoup plus 
petits, puisque le pied a seulernent L\ pouces de long et chaque 
enjambee 1 2 pouces, li est assez probable que c'est une espece 
distincte, mais pour le moment je la considere comme i'em- 
preinte du pied du jeune O. tuberosus. 

La fig. 1 represente deux rangees de traces de YO. tuberosus, 
allant dans des directions opposees et se croisant a une de leurs 
extremites. La longueur du pied dans la rangee a droite, ainsi 
que celle des trois traces placees pres de Tangle superieur 
gauche de la figure est de 8 pouces, et celle de chaque enjam- 
bee est de 28 pouces. Mais dans la rangee gauche le pied est a 
peine long de 7 pouces , et les pas sont separes par une distance 
de 24 pouces. La difference entre les pieds d'especes et meme de 
genre d'oiseaux encore existans, est moindre que celle qui s'ob- 
serve entre ces empreintes; cependant comme les plus petites 
peuvent avoir ete faites par de jeunes oiseaux de la grande es- 
pece , je les regarde seulernent comme des varietes differentes. 

La fig. 5 represente trois traces de YO. tuberosus sur un pave, 
situe vis-a-vis de la porte du tribunal, a Northampton; le pied 
a 6 pouces de longet chaque enjambee 33; c'est la plus longue 



1 70 iiitchcock. — ■ Traces cV Oiseaux dans le gres rouge. 

que jaie encore trouvee clans cette espece. Cette pierre avait ete 
prise a la can iere a Test tie Mount-Tom. 

O. ingens. Trois doigts; longueur cln pied, non compris les 
appendices soyeux, i5 a 16 pouces. Dans aucun des cas que 
j'ai vus I'ongle n'etait visible. Les doigts sont beaucoup plus 
etroits que ceux de YO. giganteus et vont graduellement ter- 
miner en pointe; ils sont tres ec;»rtes. Le plus bel echantillon 
que je possede offre a quelques pouces en arriere du talon un 
enfoncement de pres d'un ponce, ayant plusieurs pouces de 
large; la partie de l'empreinte, qui est en avant de cette depres- 
sion , semble en arriere comme si de larges soies setaient im- 
primees sur la vase. J'ai ete amene a penser que cet animal 
possedait une sorte de talon noueux, couvert de plumes fili- 
formes, lequel s'enfoncait dans la vase lorsque le pied y en- 
trait profondement. Je ne sais encore a quoi m'arreter, quant 
a la nature de ces appendices, ces impressions de soies s'eten- 
dent en arriere du talon de 8 ou 9 pouces au moins , de sorte 
que la longueur totale de Timpression du pied n'est pas de 
moins de 2 pieds. La longueur de I'enjambee semble avoir ete 
d'environ 6 pieds, mais je n'ai eu que fort peu d'occasions 
favorables de verifier ce fait. 

La roche sur laquelle on rencontre cette espece est composee 
d'une vase bleue, fine, semblable a celle qui maintenant est 
commune dans les etangs et les bras de mer, et lorsque l'animal 
marchait dessus, il semble que dans quelques cas, elle se soit 
refoulee en formant une elevation de plusieurs pouces autour 
de la partie anterieure de la trace. Et je n'hesite pas a affirmer 
que ces empreintes semblent etre assez profondes pour indi- 
quer une pression presque aussi grande que si un elephant les 
eut faites; aussi jusqu'a ce que Tevidence fut devenue irresisti- 
ble , je ne pouvais me persuader que ce fut la la trace d'un 
oiseau. 

O. ingens a minor. — Longueur du pied , 1 1 pouces environ ; 
enjambee de $1 a 35 pouces. Sous les autres rapports, il res- 
semble a YO. ingens, et bien que d'abord je penchasse a le re- 
garder commo une espece distincte , j'aime mieux le considerer 



hitchcock. — Traces d' Oiseaux dans le gres rouge. 1 7 1 

comme une petite variete de YO. ingens. La fig. 3 represente 
une serie de traces de cette variete, dessinees en face de la 
roche de la carriere de Horse Race. L'appendice soyeux est a 
peine visible sur la roche; il a ete en consequence omis dans 
la figure. Son absence provient sans doute de ce que la couche 
de la roche qui actuellement est a nu est superieure ou infe- 
rieure a celle sur laqueile l'oiseau a d'abord marche. Le pied 
a 12 pouces de long, et les enjamhees varient de 3a a 35 
pouces. La petitesse du pied pourrait etre simplement le resul- 
tat de la position de la couche qui le contient, comme on i'a 
deja explique. Mais comme. la longueur de chaque intervalle 
a moins de 4 pieds, j'en conclus que ces traces ont ete faites ou 
bien par un jeune O. ingens , ou par une espece differente du 
meme genre. 

L'O. ingens n'a ete trouve qua Horse-Race. On en peut 
voir sur les promenades laterales de Deerfield plusieurs echan- 
tillons venus de cet endroit. 

O.diversus. — Trois doigts,appendice soyeux en arriere; lon- 
gueur du pied , non compris cet appendice, 2 a 6 pouces; lon- 
gueur de chaque enjambee, de 8 a 21 pouces. 

J'ai compris dans cette espece une grande variete d'echan- 
tillons, parce que je ne pouvais tracer entre eux une ligne de 
demarcation aussi nette qu'on eut pu le desirer. Les deux 
varietes suivantes sont cependant trop distinctes pour qu'on 
n'en parle point, et je doute peu qu'elles n'aient ete produites 
par desespeces d'oiseaux distinctes, quoique je les reunisse dans 
une meme. 

a clarus. — Pied,pris en dehors de l'appendice, de 4 a 6 pou- 
ces de longueur. Doigts en general un peu rapproches et poin- 
tus, doigt interne plus court que l'externe. Appendice soyeux 
tres distinct, long de 1 a 3 pouces; peut-etre un talon noueux. 
Enjambee de 18 a i5 pouces. On le trouve au sud-ouest de 
Montague, et aussi a Horse-Race, et probablement aussi a 
Northampton et pres du canal de South-Hadiey. Les echan- 
tillons provenant de Montague et de Gill sont quelquefois ex- 
cessivementdistincts, au point qu'ils attirent raUention de tout 
le monde. La pi. 7, fig. 2 , en represente un venu de la pre- 



1 72 HiTcucocK, — Traces d' Oiseaux dans le gres rouge, 

miere place, reduit de moitie. On l'a represente en relief, parce 
que j'ai trouve que de cette maniereledessin etait plus distinct. 

Fig. 1 3. Esqnisse de plusieurs traces de cette meme variete, 
sur un morceau de gres rouge mieace, ayant 3 oil 4 pieds 
carres, venus de Montague, et presentement en ma possession. 
Les empreintes sont ties distinctes et tres profondes, et sem- 
blent avoir ete faite par deux oiseaux marchant cote a cote , a 
une distance de 16 polices; l'un d'eux enjambant 2 pieds, et 
1'autre seulement 18 pouces. Dans la rangee a droite, une troi- 
sieme empreinte commence a paraitre justement sur le bord 
de la pierre. La longueur des doigts , non compris l'appendice , 
est d'environ 5 pouces. 

Fig. 12. Cas tres semblable au precedent, excepte que les 
doigts lateraux sont a peine visibles, probablement parce que 
la couehe qui les presente etait un peu au-dessous du plan sur 
lequel marchait l'oiseau. Les enjambees dans la rangee droite 
sont de 21 pouces, et dans 1'autre elles sont de 18 pouces. Cet 
echantillon est venu de Horse-Race, et est sur un gres gris 
mieace. 

La fig. 9 a ete dessinee d'apres un echantillon que je pos- 
sede, venu de Horse-Race. Les traces sont pari'aitement dis- 
tinctes en relief; elles le sont aussi dans la partie opposee de la 
pierre 011 elles sont en creux. II y a dans cette figure, an moins 
sous le rapport de la grandeur, deux varietes de TO. diversus, 
et les traces sont placees d'une maniere irreguliere sur la pierre. 
La longueur du pied varie de 4 a 6 pouces. 

La fig. 11 represente un echantillon semblable venu de la 
raeme place, et de la memeespece. Les traces sont en creux, et 
le plus grand nombre est tres distinct. 11 y en a au moins trois 
paires, que Ton a reunies par des lignes ponctuees; ce sont les 
traces d'oiseaux marchant dans des directions differentes. La 
longueur des enjambees varie de 12 a i5 pouces. Six de ces 
traces sont isolees, e'est-a-dire que dans L'echantlllon , elles ne 
sont en rapport avec aucune autre. La longueur du pied dans 
toutes ces traces, a Texception de n, est de 4 pouces , celle 
de n est de 6 pouces. La roche est composee d'un gres gris 
mieace a grains fins. 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge, i ^3 

La fig. 10 represente un autre groupe semblable de la raeme 
espece et de la meme dimension que dans la figure precedente; 
n ayant 6 pouces de long, et les autres traces [\. Trois traces 
situees a la partie inferieure de la figure, et deux autres au 
centre, sont evidemment les traces d'oiseaux se mouvant dans 
diverses directions; les moindres enjambees out 11 pouces, t 
les plus longues 18. Quatre de ces traces, sur un gres gris mi- 
cace venu de Horse-Race, sont isolees. 

p. platydactylus. — Doigt median long de 2 a 3 pouces, renfle 
a son extremite d'une maniere inusitee. Appendice soyeux tres 
grand, et tres distinct; longueur de chaque enjambee, j a 8 
pouces. On le trouve a Horse-Race, ou il est assez commun. Les 
cinq petites traces qui, dans la fig. 6, se suivent diagonale- 
ment, appartiennent a cette variete; il en manque une sixieme 
pour completer la serie. Cette espece differe de la precedente 
par le renflement du doigt median et par sa moindre dimen- 
sion. 

Puisque les lignes rayonnantes situees derriere le pied de 
YO. ingens et de i'O. diversus sont beaucoup plus legerement 
empreintes que les sillons imprimes par les doigts, nous devons 
nous attendre a ce que, par le depot de nouvelles matieres 
quand la roche s'est formee, ces lignes aient ete les premieres 
a s'obliterer. Et je trouve qu'en effet les choses se sont ainsi 
passe; car j'ai quelquefois rencontre des echantillons qui, 
quoique tres distincts, ne presentaient aucuries traces d'appen- 
dice soyeux, et en enlevant successivement plusieurs couches 
de la roche , je suis parvenu enfin a une couche qui presentait 
cet appendice. Cest d'apres cela que j'ai ete conduit a rapporter 
a YO, diversus un echantillon completement depourvu d'appen- 
dice soyeux, quand sous tous les autres rapports il correspond 
a cette espece. De sorte que, pour la plupart, les exemples de 
traces successives de cette espece que nous avons dessineessont 
representees depourvues de cette apparence scopiforme, parce 
que, dans le fait , ils n'en avaient pas sur la roche. 

La fig. 5 a ete faite d'apres un pave venu de Test de Mount- 
Tom, et place dans l'avenue laterale de Northampton, en face 
de la porte nord de la principale eglise. Les traces, bien que 



i 7/1 hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

tres usees, sont encore parfaitement bien caracterisees. Le pied 
droit et le pied gauche sont tres districts', et les doigts ont sen- 
siblement le meme ecartement dans Tune et l'autre traces. Le 
pied a 6 pouces de long, et les doigts sont plus pres d'etre 
cgaux en longueur que dans YO. dwersus « clarus, au point que 
j'ai presque ete dispose a regarder ces traces comme une espece 
distmcte, mais j'ai pense qu'il etait plus sur de les rapporter a 
YO. dwersus. La longueur de chaque enjambee est de 2 1 pouces. 

La fig. 6 a deja ete citee. Les doigts des deux principales ran- 
gees de traces sont plus courts et plus ecartes que dansl'O. dwer- 
sus adarus ordinaire, et il ne presente aucune trace d'appendice 
*oyeux, cependant je le range dans cette espece. La longueur 
du pied estde 4 pouces, la longueur moyenne des enjambees est 
de 1 2 pouces , et ne varie pas de plus de a on 3 pouces. A gauche 
on remarque le commencement d'un semblable rang de traces, 
de la meme espece, ainsi qu'une trace isolee. J'ai trouve cet 
echantillon dans la carriere de Horse Race, et en augmentant la 
figure, j'aurais pu representer un plus grand nombre d'autres 
traces; mais dans aucun cas on n'en aurait vu un si grand 
nombre se succeder que dans cette figure. 

La fig. 7 a ete dessinee d'apres un echantillon d'environ 
3 pieds de long, appartenant actuellement au docteur Dwight 
de South-Hadley. Il ya trente ans qu'il l'a obtenu d'un fermier 
qui demeure au nord de cette ville, et chez lequel il servait de 
seuil : ce fermier l'avait trouve dans les environs. C'est un gres 
grossier, plus grossier que dans aucun autre echantillon ou Ton 
trouve des empreintes. Le pied a entre 3 et 4 pouces de lon- 
gueur et n'a pas d'appendice soyeux. La longueur de Fenjambee 
est de 10 pouces. Les traces sont en relief sur cette pierre, et 
sont tres distinctes. 

La roche d'apres laquelle on a dessine la fig. 8 est un gres gris 
micaceou plutotunschiste venu de Horse-Race et servant main- 
tenant de pave dans le village de Deerfield. La longueur du 
pied est d'environ 4 pouces, les doigts sont tres ecartes et on 
n'apercoit pas d'appendice scopiforme en arriere. La longueur 
moyenne des enjambees est de 11 pouces. La troisieme trace 



hitghcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 175 

est presque obliteree, et il semble que l'oiseau marchait dans 
une direction un pen curviligne. 

On pensera probablement que YO. diversus et toutes ses va- 
rietes sont des empreintes de pieds de jeunes individus de l'es- 
pece qui a produit YO. ingens , et j'avoue qu'il n'est pas aise 
d'assigner une autre difference que la grandeur. Mais mes 
echantillons de YO. ingens sont peu nombreux et beaucoup 
plus imparfaits que ceux de YO. diversus ; de sorte que c'est 
settlement d'apres leurs traits les plus generaux que Ton com- 
pare ces deux especes; et j'ai tout lieu de penser que de 
meilleurs echantillons decouvriront d'autres differences. Car 
je puis hardiment penser que le petit d'un oiseau dont le pied 
a 16 pouces de long accompagnerait sa mere en cherchant sa 
vie le long des bras de mer, & Tepoque on son pied a seule- 
ment 1 pouces de long, si raeme il pouvait jamais avoir le pied 
si court. Je pense demontrer phis loin que toutes ces traces ont 
ete laissees par des oiseaux marchant le long des bords desbras de 
mer ou de lacs. En outre, YO. diversus est cinquante fois plus 
commun que YO. ingens , et pouvons-nous supposer qu'il put 
y avoir une si grande disproportion entre le n ombre des oi- 
seaux adultes et celui des jeunes? En est-il ainsi pour aucune 
espece vivante? Je pense que non, quoique j'avoue etre peu 
familier avec les faits dont il s'agit. 

O. Tetradactjlus. — Longueur du pied , non compris le doigt 
posterieur, de 1 pouces 1/2 a 3 pouces \ji. Doigts ecartes , plus 
minces que ceux de YO. diversus. Le doigt posterieur est tourne 
en dedans , de sorte qu'il est presque sur la meme ligne que le 
doigi; externe prolonge en arriere. II reste cependant un espace 
entre le talon el le doigt posterieur, comme si son insertion 
avait lieu le long de la jambe plus haut que celle des autres 
doigts , et qu'il se dirigeat obliquement en bas. La longueur 
de chaque enjambee est de 12 pouces (?). Point d'appendice 
soyeux. On le trouve a Horse-Race. Probablement cette des- 
cription embrasse plusieuis genres doiseaux , car la grandeur 
des empreintes, et surtout la direction du doigt posterieur, 
varient considerablement; et dans les especes vivantes, ces 
differences sont souveni les seuies marques par lesquelles on 



176 iiitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

puisse distinguer des especes et meme des genres a Inspection 
de leurs traces. Dans les traces du coq domestique (fig. 20), 
du paon (fig. 21), du coq-d'Inde (fig. 18), nous voyons le doigt 
posterieur tourne en dedans presque autant que dans I'echan- 
tillon fossile, comme on le voit dans la planche comparative 
des ornithichnites qui accompagne ce memoire. Mais dans les 
empreintes du pied d\m oiseau, probablement du genre Tetraos 
que j'ai mesurees il y a peu de temps, le doigt posterieur semble 
etre la prolongation en arriere du doigt median. Dans les traces 
du coq (fi^. 20), on doit remarquer que le doigt posterieur s'a- 
percoit seulement dans quelques traces, parce qu'il est insere 
si haut sur le tarse , qu'il faut pour qu'il s'imprime sur la vase 
que loiseau enfonce beaucoup. Dans les traces du paon , l'im- 
pression du doigt posterieur semble comme une empreinte 
isolee et arrondie faite avec l'extremite d'un baton , a cause de 
la position particuliere, de la forme et de la direction qu'affecte 
ce doigt chez cet oiseau. 

Ces fails rendent probable Topinion que quelques-uns des 
cas que je regarde comme etant produits par des oiseaux a trois 
doigts proviendraient d'un oiseau a quatre doigts; et effective- 
ment, dans quelques cas ou j'avais rapporte un ecbantillon a 
l'espece 0> diversus , en fendant la roche avec soin,j'ai pu 
demontrer la presence d'un quatrieme doigt. Cependant jepense 
qu'une telle decouverte devra se faire rarement; et quant a ces 
gran des traces , je n'ai rien pu remarquer qui ressemble a un 
quatrieme doigt, meme en admettant que YO. diversus en pos- 
sedat un. 

Aux exemples d'oiseaux vivans nommes ci- dessus , j'aurais 
du ajouter celui du Fleron d'Amerique (ardea Americana*) , le 
plus grand oiseau des Etats-Unis. Son doigt posterieur n'appuie 
point sur le plan ou l'oiseau se trouve, mais il pent s'impri- 
mer sur la vase lorsqu'elle est profonde. 

O. palmaius. — Quatre doigts, tons dir/ges enavant. Le qua- 
trieme doigt est tres court; il sort de la parlie interne du pied: 
le talon est large, et les doigts en naissent comme par paires , 
c'est-a-dire que les deux doigts internes et les deux exrernes 



hitchcock. — Traces d* Oiseaux dans le gres rouge. 177 

sont plus rapproches et divergent moins que les deux moyens. 
Les doigts sont tres minces; le pied a 2 pouces 1/2 a 3 pouces 
de long. La longueur de l'enjambee est de 8 pouces dans le seul 
echantillon ou j'ai pu la mesurer. 

Cette espece est tres remarquable ; et comrae je l'ai vue seu- 
lement clans ma derniere visite a Horse-Race, je ne suis point 
bien certain de ne point m'etre trompe en decrivant ses caracte- 
res, quoique les echantillons que je possede soient tres distincts. 
Un d'eux en particulier contient deux traces telles que, pro- 
bablement , aucun naturaliste ne pourrait douter quelles n'aient 
ete faites par un oiseau. J'en ai donne (fig. 14) un dessin aussi 
exact que possible et de grandeur naturelle, quoique la distance 
qui les separe, et qui sur la roche est de 8 pouces, soit beau- 
coup moindre dans la figure. Dans une des traees, les doigts 
sont legerement tournes a gaucbe, et dans l'autre, ils le sont a 
droite (on le voit un peu dans la figure) , ce qui est en rapport 
avec les pas d'un oiseau et non avec ceux d'un quadrupede. De 
plus, le pouce, ou le doigt le plus court, est tourne du cote' op- 
pose dans les deux traces, ce qui prouve que ce sont les traces 
d'un bipede; car si c'etaient les empreintes des deux pieds 
gauches ou des deux pieds droits d'un quadrupede, les pouces 
se trouveraient du rceme cote dans ces deux traces. 

Je ne sache pas que ces empreintes puissent correspondre a 
celles que laisserait le pied de quelque oiseau actuellement 
exislant , du moins je ne puis rien trouver de semblable dans 
les ouvrages d'ornithologie que j'ai pu me procurer. Les oiseaux 
a quatre doigts sont bien les plus communs, mais, dans aucun 
cas, ces doigts ne sont tous diriges du meme cote (1). Mais 
quand on voit tant desingularitesde structure dans un si grand 
nombre d'animaux qui se rencontrent petrifies clans les roches 
secondaires, devons-nous nous etonner cl'en trouver parmi les 
oiseaux d'une epoque voisine? Et quelqu'un peut-il supposer 



(i) Dans quelques dessins des pieds du genre Pavadisea , et specialement dans ceux de l'En« 
cyclopedic deRees, il semblerait que tous les doigts seraient diriges en avant; mais les orni- 
thologistes nous apprennent que cela n'a pas lieu. Voy. le Diclionnaire classique d'Histoire na« 
torelle, art. Paradisea. 

Zoor.. — Mars, i% 



i 78 Hitchcock. «— Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

que la simple addition d'un doigt interne tres court, suffise pour 
exclure cet animal de la classe des oiseaux , lorsqu'on a des 
preuves si claires que cet animal etait un bipede? 

O. minimus. — Trois doigts; point d'appendice setiforme; pied 
d'l pouce a 1 pouce iji de long; doigts tres ecartes et presque 
d'egale longueur; enjambee de 3 a 5 pouces; il est tres commun 
a Horse-Race. En general, le pied a plus d'i pouce de long, 
mais dans un echantillon tres distinct il n'offre qu'un 1/2 pouce. 

La fig. 1 5 repre&ente une serie de traces de cette espece se- 
parees par une distance de 4 pouces. Cet echantillon a ete trouve 
a Horse-Race. 

On pensera probablement, comme dans un cas precedent, 
que toutes les petites traces ont ete faites par un jeune individu 
d'oiseaux d'une plus grande espece; et quoique je doute que 
cela puisse etre vrai dans une grande extension , on doit voir 
cependant que je n'ai point regarde comme des especes dis- 
tinctes celles qui ne presentaient de difference que dans la gran- 
deur, excepte peut-etre V O. ingens, comme j'en ai deja fait la re- 
marque. Outre les particularites qui ont ete remarquees, il en 
est d'autres qui n'echapperaient pas a des yeux exerces, mais 
qu'il serait fort difficile d'exprimer a l'aide du langage. 

Des naturalisteseleveront peut-etre quelques doutes quanta la 
nature des appendices qui viennent prolonger par leur irradia- 
tion Fempreinte de quelques-unes des especes qui ont ete de- 
crites. Cependant il estbien connu que quelques especes d'oi- 
seaux vivans ont le tarse recouvert en grande partie par des 
plumes filiformes, telle est, par exemple, la Gelinotte de la baie 
d'Hu clson (tetrao phasianel/us); et je ne vois pas pourquoi de 
semblables appendices ne produiraient pas sur la vase une 
empreinte semblable a celle que l'on trouve dans les 6chan- 
tillons fossiles. 

En comparant les descriptions qui ont ete donnees des di- 
verses especes, il est interessant d'observer dans quelle propor- 
tion renjambee croit en meme temps que le pied; depuis Tim- 
mense O. in gens y dont le pied a 16 pouces, et qui enjambe au 
moins 4 pieds, jusqu'a 10. minimus , dont le pied a 1 pouce, et 
qui enjambe de 3 a 4 pouces. A fin done de mettre cette cor- 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 179 

respondance sous un meme coup-d'ceil, ainsi que pour don- 
uer une idee de ce que chaque espece offre de particulier , 
j'ai fait faire le tableau comparatif qui accompagne ce memoire. 
On y voit a-la-fois et les dimensions relatives des differens pas 
et les longueurs comparatives des diverses enjambees. Le tout 
est dessine sur une echelle d'l pouce pour 5 pouces. La planche 
ne presente pas les particularity de chaque echantillon, mais 
c'est la reunion des divers resultats fournis par tous les cas 
dont nous avons parle. II n'y a qu'un fort petit nombre d'echan- 
tillons qui soient aussi parfaits que ceux qui s'y trouvent repre- 
sentes; mais l'examen attentif des divers echantillons a fait de- 
couvrir de nouveaux caracteres, de maniere a m'autoriser a pre- 
senter ces traces sous une forme aussi parfaite que celle qu'elles 
ont dans cette planche. Les doigts sont representes tournes en 
dehors, et legerement courbes comme on le voit dans les echan- 
tillons les plus parfaits. 

Dans la serie de figures s'etendantde 1 a iGmoinsles nume- 
ros 12, 1 3 et 1 4, on s'est attache a reproduire les traces absolu- 
raent comme la roche les represente; mais l'echelle dont on s'est 
servi (j pouce pour ao) est tellement petite, que ces figures 
sont au-dessous de la verite, puisque Ton ne s'est point attache 
a representer les ongles qui cependant sont quelquefois visi- 
bles. Cependant, en general, quand la roche est restee long- 
temps a decouvert, ces parties, ainsi que d'autres details 
encore plus delicats, s'obliterent, et c'est seulement en clivant 
des echantillons isoles que j'ai pu les decouvrir. Ces figures ayant 
ete dessinees d'apres une echelle, montrent, sinon la veritable 
dimension, du moins les dimensions relatives des diverses es- 
peces. La fig. 14 est la seule qui soit de grandeur naturelle. 

(La suite au prockain cahicr.J 



i8o j. f. Brandt. — Conspectus sectionum. 

Conspectus sectionum, generum, subgenerum et specierum novorum, quce in 
fasciculo primo Prodromi descriptionum animalium a Mertensio in or- 
bis terrarum circumnavigatione obserpatorum reperiuntur ; 

Auctore J. F. Brandt. 

PHYTOZOA POLYPI Ehrenb. 

Sectio. Zoocorallia Poly actinia Ehrenb. 
Fam. Zoanthina Ehrenb. 
Subfam. Corticifera Br. 

Genus. Corticifera Les. seuPolythoa. Lam. 

i. Spec. Corticifera variabilis Br. (Nov. Spec). — In insulis Boninsi- 
mensibus reperta. 

Genus. Mamillifera Lesueur. 

1. Spec. Mamillifera olivascens Br. (Nov. Spec.) — In insularura 
Boninsimensium litoribus observata. 
Subfam. Rhizobola Br. 

Genus, Zoanthus Les. Blainv. Ehrenb. 

1. Spec. Zoanthus Mertensii Br. (Nov. Spec.) — In litoribus insula* 
Ualan. 

Fam. Actinina Ehrenb. 

Sect. Actiniacea Br. 

Genus. Actinia Hill., Brown, Ehrenb. 

1. Subgen. Monostephanus Br. 

2. Subgen. Diplostephanus Br. 

1. Spec. Actinia chlorodactyla Br. (Nov. Spec.) — In insulis Bonin- 

simensibus detecta. 

3. Subgen. Tristephanus Br. 

2. Spec. Actinia Ehrenbcrgii Br. (Actinia helianthus Ehrenb.) 

4. Subgen. Tetrastephanus Br. 

5. Subgen. Hexastephanus. Br. 

6. Subgen. Polyslephanus Br. 

3. Spec. Actinia farcimem Br. (Nov. spec.) — In peninsula Kamts- 

chatka. 

7. Subgen. Taractostephanus Br. 

4. Spec. Actinia Xanthogrammica Br. (Nov. spec). — In insula 

Sitcha. 
9. Spec Actinia clrgantissima Br. (Nov. spec.) — In insula Sitcha. 



j. f. brawdt. — Conspectus sectionuui. 181 

5. Spec. Actinia Laurentii Br. (Nov. spec) — In sinu St.-Laurentii 

maris Behringii. 

6. Spec. Actinia Mertensii Br. (Nov. spec.) — Prope urbem Val- 

paraiso capta. 

7. Spec. Actinia erythrospilosa Br. (Nov. spec.) — In insularum Bo- 

ninsimensium litoribus. 

Sect. Cribrinacea Br. 

A. Cyclodactyla Br. 

Genus. \\Cribrina Ehrenb. 

1. Subgen. Monostemma Br. 

2. Subgen. Diplostemma Br. 

3. Subgen. Tristemma Br. 

4. Subgen. folystemma Br. 

1. Spec. Cribrina chlorospilosa Br. (Nov. spec.) — In insularum Bo- 
ninsimensium litoribus. 

B. Stichodactyla Br. 

Genus. Stichodactylla Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Stichodactyla Mertensii Br. (Nov. Spec.) — In ripis insulse 
Ualan. 
Genus. Stichophora Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Stichophora cyanea Br. (Nov. spec.) — In Oceano australi. 

ACALEPEUE. 

Ordo DiscophorjE Eschsch. 
Trib. MonostomjE Br. 
Fam. Oceania Eschsch. 

Genus. Circe Mert. (Nov. gen.) 

1. Spec. Circe kamtschatica Br. (Nov- spec.) — In ora Kamtschatica. 
Genus. Conis Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Conis mitrata Br. (Nov. Spec.) — In Oceano pacific©. 

Fam. AEQUoRiDaE Eschsch. 

Genus. Aequorea Eschsch. 

1. Spec. Aequorea rhodoloma Br. (Nov. spec.) — In ora Chilensi. 
Genus. Stomobrachiota Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Stomobrachiota leuticularis Br. (Nov. spec.) — In Gceano 
atlanlico. 
Genus. Mesonema Eschsch. 



8 2 j. f. brandt. — • Conspectus sectionwn. 

A. Subgen. Mcsonema (sensu strictiori) Br. 

1 . Spec. Mesonema macrodactyla Br. (Nov. spec.^ — In Oceano aus- 
trali. 

B. Subgen. Zygodactyla Br. 

i. Spec. Mesonema coerulescens Br. (Nov. spec.) 
Genus. Aegirwpsis Br. (Nov. gen.) 

i. Spec. Aeginopsis Laurentii Br. (Nov spec.) — In sinu Laurentiano 
maris Behringii. 

Genus. Polyxenia Eschsch. 

i. Spec. Polyxenia flavobrachia Br. Nov. spec.) — Sub 5 latitudinis 
et \iy longitudinis occidentals gradu. 

Fam. MEDUsiDiE Eschscb. 

Genus. Phacellophora Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Phacellophora kamtschatica Br. (Nov. spec.) - In litore 

Kamtschatico. 

Genus. Cyanea Peron. 

i. Spec. Cyanea Portelsii Br. (Nov. spec.) — In Oceano inter insu- 
lam Sitcham et Unalaschkam. 
Subgen. Cyaneopsis Br. 

2. Spec. Cyanea (Cyaneopsis) Behringiana Br. (Nov. spec.) — In 

mari Behringiano. 

Genus, ^turelia Per. et Les. Lamk. 

Subgen. Monocraspedon Br. 
i . Spec. Aurelia colpota Br. (Nov. spec.) — In Oceano auftrali. 

2. Spec. Aurelia hyalina Br. (Nov. spec.) — In Oceano pacifico. 

Subgen. Diplocraspedon Br. 

3. Spec. Aurelia limbala Br. (Nov. spec.) — In Oceano prope Kamt- 

schatcae oras. 

Genus. Chrysaora Per. et Les. 

i . Spec Chrysaora fuscescens Br. (Nov. spec.) — In Oceano inter 

insulam Sitcham et insulas Aleulicas. 
2- Spec. Chrysaora melanaster Br. (Nov. spec.) — In siun Awat- 
schaeensi orae Kamtschaticac. 



j. f. BRANDT. — Conspectus sectionum. i83 

Trib. Polystom^e Br. 
Fam. Geryonidje Eschsch. 
Genus. Proboscidactyla Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Proboscidactyla flavicirrhata Br. (Nov. spec.) — Prope li- 
tora Kamtschatcae. 
Genus. Hippocrene Mert. (Nov. gen.) 

i. Spec. Hippocrene Bugainvillii Br. (Cyanea Bougainvillii Less. ap. 
Duperr. Voy.) — In mari Behringiano. 

Fam. RhizostomidcelLsd*sQ\i. 

Genus. Cassiopea Per. etLess. 

1. Spec.Cassiopea Mertensii Br. (Nov. spec.) — Prope lilora insulas 
Ualan. 

Incertae sedis Discophorse. 

Fam. Berenicid*: Eschsch. 

Genus. Stausophora Br. (Nov. gen.) 

l. Spec. Stausophora Mertensii Br. (Nov. spec.) — In sinu Nordfol- 
censi et in Oceano inter insulam Sitcham et insulas Aleu- 
ticas. 

Ordo SIPHONOPHOR.E Eschsch. 

Fam. Diphtid^e Eschsch. 

Genus. Diphyes Guv. 

Subgen. Diphyomorpha Br. 
l. Spec. Diphyes Stephanomea Mert. (Nov. spec.) 

Fam. Physophorid^e Eschsch. 
Subfam. Physophorce Br. 

Genus. Physophora Forsk. 

l. Spec. Physophora ambigua E;\ (Nov. spec.) — Sub 5 latitudinis et 127 
longitudis occMcntalis gradu capta. 
Subfam. IV t&ophysidce Br. 

Genus. Epibulia Eschsch. 

Subgen. Macrosoma Br. 

1. Spec. Epibulia Mertensii Br. (Nov. spec.) — In Oceano pacifico. 
Subgen. Brachysoma Br. 

2. Spec. Epibulia erythrophysa Br. (Nov. *>pec.) — Cum specie ante- 

cedente capta. 



1 84 J« f- brandt. — Conspectus sectionum. 

Subfaru. Agalmidce Br. 
Genus. AgalmaJLschsch. 

1. Spec. Agalma Merteusii Br. (Nov. spec.) — In Oceano pacifico . 

Subfam. Anthophysidas. Br. 

Genus. Anthophysa Mert. 

l. Spec. Anthophysa rosea Mert. — In Oceano pacifico. 
? Genus. Apolemiopsis Br. 

? i. Spec. Apolemiopsis dubia Br. (Nov. spec) - — Haud procul ab in- 
sulis Garolinensibus. 

Subfam. Physalidce Br. 

Genus. Physalia Lamk. 

Subgen. Salacia Br. 

1. Spec. Physalia (Salacia) megalista Nob. (Physalia megalista Per. 

et Al.) 

2. Spec. Physalia (Salacia) pelagica Nob. (Phys. pelagica Lamk.) 

Subgen. Alophota Br. 

3. Spec. Physalia (Alophota) Olfersii Br. (Nov. spec.) — In Oceano 

Atlantico delecta. 

Fam. Velellid.e Eschsch. 
Subfam. Velellince Br. 
Genus. Velella Lamk. 

Sect. Arhterodexia Br. 

i. Spec. Velella patellaris Br. (Nov. spec.) — Capta sub 5 latitudi- 
nis et 127 longitudinis occidentals gradu. 

2. Spec. Velella oxyothone Br. (Nov. spec.) — Sub 38 latitudinis et 

i48 longitudinis occidentalis gradu detecta. 

3. Spec. Velella oblonga var. Num nova species ? 

Subfam. Porpitince Br. 
Genus. Porpita. 

Sect. (Num subgen.) 1. (Proboscides marginales.) 

i. Spec. Porpita radiata Br. (Nov. spec.) — Sub latitudinis 12 et lon- 
gitudinis occidentalis 212 gradu rcperta. 
Sect. 2. (Proboscides in tota pagina inferiorc.) 

1. Soec, Porpita Luthena Br. (Nov. spec.) — In Oceano haud procul 
a capite Bonse-Spei. — Porpitaruro hue usque detectarum 
maxima 



j. f. brandt. — Conspectus sectionum. I 85 

ECHINODERMATA. 
Ordo Holothurina. 
Familia. Holothuros. 
I. Pedatce. 

A. Homoiopodes. 
a.) Dendropneumones. 
aa.) Peripodes. 
a.ij Pentastichce. 

*<>•.) Adetopneumones* 

1. Genus. Cladodactyla Br. 

Subgen. Polyclados. 
i . Spec. Cladodactyla miniata Br. — In insula Sitcha. 

2. Spec. Cladodactyla nigricans Br. (Nov. spec.) — Insula Sitcha. 

Subgen. Holiqoclados Br. 

3. Spec. Cladodactyla albida Br. (Nov. spec.) — In insula Sitcha. 

2. Genus, liactylota Br. 

Obs. Holothuria pellucida Mull, et inhserens ejusd. huic. inserendae. 

$$.J Detopneumones. 

3. Genus. Aspidochis Br. (Nov. gen.) 

l. Spec. Aspidochis Mertensii Br. (Nov. spec.) — In insula Sitcha. 
%.) Sporadipodes. 

4. Genus. Sporadipus Br. (Nov. gen.) 

Subgen. Colpochirota. 
i. Spec. Sporadipus Ualanensis Br. (Nov. spec.) — In insula Ualan 

Archipelagi Carolinensis. 

Subgen. Acolpos. 
l. Spec. Sporadipus maculatus Br. (Nov. spec.) — In insulis Bonin- 

simensibus. 
bb. Hypcwpodes. 

5. Genus. Cuvieria Per. 

l. Spec. Cuvieria sitchaensis. Br. (Nov. spec.) — In insula Sitcha. 
b. Apneumones. 

6. Genus. Oncinolabes Br. (Nov. gen.) 

l. Spec. Oncinolabes fuscesceus Br. (Nov. spec.) —In insula Ualan. 
l, Spec. Oncinolabes mollis Br. (Nov. spec) — In insula Guaham. 
B. Heteropodes. 
a. Stichopodes. 



1 86 j. f. brandt. — Conspectus sectwnum. 

7. Genus. Stichopus Br. (Nov. gen.) 

Subgen. Pendens. 

1. Spec. Stichopus chlorc '^s Br. (Nov. spec.) — In insula Lagunos 

et Guahan. 

Subgen. Gymnochirota. 

2. Spec. Stichopus cinetascens Br. (Nov. spec.) — In insulis Bonin- 

simensibus. 

3. Spec. Stichopus leucospilota Br. (Nov. spec.) — In insula Ualan. 
Obs. Generi Stichopus addenda? quae sequuntur species a Quoyo et 

Gayrnardo (d'Urvill. Yoy.) descriptor Holothuria flaramea, 
Hoi. lutea, Hoi. tuberculosa., Hoi. unituberculata, Hoi. al- 
bofasciata, Hoi. lucifuga et Hoi. pentagona. 

8. Genus. Dip lope rideris Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Diploperideris sitchaensis Br. (Nov. spec.) — In insula 

Sitcha. 
b. Sporadipodes. 
a. Tentacula peltata. (Aspidochirotae.) 

9. Genus. Holothuria Auct. 

Subgen. Thelenota Br. 
Sect. a. Caraarosoraa. 
Obs. Huic sectioni adnumerandae Holothuria tubulosa, elegans, im- 
paliens, umbrina Rupp., et quadrangularis Less. 
Sect. b. Platysoma. 
j. Spec. Holothuria grandis Br. (Nov. spec.) — In insula Lagunos 
Archipelagi Carolinensis. 
Subgen. Microthclc Br. 

2. Spec. Holoturia maculata Br. (Nov. spec.) — In insula Guaham. 

3. Spec. Holothuria dubia Br. (Nov. spec.) — In insulis Boninsi- 

mensibus. 

4. Spec. Holothuria tigris Mert. (Nov. spec.) — In insulis Uleai Ar- 

chipelagi Carolinensis. 

5. Spec. Holothuria sordida Br. (Nov. spec.) — In insula Lagunos 

Archipelagi Carolinensis. 

6. Spec. Holothuria iEthiops Br. (Nov. spec.) — in insula Ualan. 

7. Spec. Holothuria affinis Br. (Nov. spec.) — la insula Ualan. 

10. Genus. Midleria Jaeg. 

Obs. Adnumerandae huic generi videntur e specierum a Quoyo et 
Gayrnardo descrinlnrum nnracro : Holothuria lincolata, Hoi- 
miliari.s, Hoi. gu;imensis et Hoi. mauritiana. 



j. f. erawdt. « — Conspectus sectionum. 187 

11. Genus. Cladolabes Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Cladolabes limaconotos Br. (Nov. spec.) — In insulis Bo- 

ninsimensibus. 
Obs. Hololhuriarum a Quayo et Gaymardo descriptarum species sunt: 
Holoth. spinosa et aurea. 

II. Apodes. 

A. Pneumonophorce. 

11. Genus. Liosoma Br. (Nov. gen.) 

1. Spec. Liosoma Sitchaense Br. (Nov. spec.) — In insula Silcha. 

1 3, Genus. Chiridota Eschsch. 

1. Spec. Chiridota rufescens Br. (Nov. spec.) — In insulis Boninsi- 

mensibus. 
Obs. Fistularia fusca, rubeola et tenuis Quoy etGaym. sunt Chiridotce. 
3. Apneumones. 

i3. Genus. Synapta Eschsch. 

Obs. Quas Fistulariae doreyanac et punctulatae nomine Quoyus etGay- 
mardus exhibuerantHolothuriarumsynopsi suntadnumerandae. 

Fam. Sipunculacea, 
Genus. Sipunculus. 

1. Spec. Sipunculus nordfolcensis Br. (Nov- spec.) — In litoribus 

arenosis sinus Nordfolcensis. 

2. Spec. Sipunculus fasciolatus Br. (Nov. spec.) — la insula Ualan 

Archipelagi Carolinensis. 
5. Spec. Sipunculus ambiguus Br. (Nov. spec.) — Patria ignota. 

Fam. Thalassemata. 

Genus. Echinous Cuv. 
1. Spec. Echinous sitchcensis Br. (Nov. spec.) -« In insula Sitchse 
litoribus. 

Ordo ECH1NINA. 

Familia Echinida. 
Genus. Echinus Lamk. 

Subgen. Strongyloccntrotus Br. 
Sectio V Nob. (Sect. D. Blainv.) 
J. Spec. Echinus chlorocentrotus Br. (Nov. spec.) 



88 j. f. brandt. — Conspectus sectionum. 

Sectio VIII .Nob. 

? a. Spec. Echinus tuberculatus Blainv. 
Subgen. Heterocentrotus Br. 
Sect. A. Br. 

3. Spec. Echinus ( jEterocentrotus) cariuatus Br. (Ech. carinafus 

Less.) — In insularura Carolinensium ripis. 

4. Spec. Echinus (Heterocentrotus) Postelsii Br. (Nov. spec.) — In 

insulis Boninsiinensibus. 
Subgen. Colobocentrotus Br. 

5. Spec. Echinus (Colobocentrotus) Mertensii Br. (Nov. spec.) — In 

insulis Boninsimensibus. 
Obs. Subgeneri Colobocentrotus addendi Echinus alratus Gm., Echi- 
nus Quoyii Blainv. Echinus pedites Blainv. 
Genus Cidarites Lamk. 

Subgen. Phyllacanthus Br. 
Sect. B. Nob. 
i. Spec. Cidarites (Phyllacanthus) dubia Br. (Nov. spec.) — In in- 
sulis Boninsimensibus. 

Ordo. ASTERINA. 

Familia Asteridea. 
Genus Asterias. 
Sectio. C. Blainv. 

1. Spec. Asterias miniata Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sitchani 

alluente. 

Sectio E. Blainv. 

2. Spec. Asterias ochracea Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sil- 

cham alluente. 

3. Spec. Asterias ianthina Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sit- 

cham alluente. 

4. Spec. Asterias epichlora Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sit- 

cham alluente. 

5. Spec. Asterias pectinata Br. (Nov. spec.) — In mari Kamtschatico. 

6. Spec. Asterias kamtschatica Br. (Nov. spec.) — In mari Kamt- 

schatico. 

Sectio. F. Blainv. 

7. Spec. Asterias afiinis Br. (Nov. spec.) — In f reto Behringii. 

8. Spec. Asterias alboverrucosa Br. (Nov. spec. — In freto Behringii. 

9. Spec. Asterias endeca Linn. var. decemradiata. 

j 1. Spec. Asterias helianthoides Br. (Nov. spec.) — In mariprope in- 
sulam Sitcham. 



Academie des Sciences. 189 

Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- 
giques presentes a V Academie des Sciences pendant le mois 
de mars 1 836. 

Seance du 14 mars i836. 

Zoologie. — M. Geoffroy-Saint-Hilaire, apres avoir rappele les communica- 
tions recemment faites sur les orangs-outangs par M. de Blainville et par lui- 
meme, met sous les yeux de TAcademie deux orangs-outangs de Borneo, Tun 
femelle et tres jeune que le Museum d'Histoire naturelle possedait deja. depuis 
long-temps, l'autre male et adulte qui vient de lui elre envoye par M. Tem- 
minck, direeteur du Musee de Hollande. L'acquisition de ce dernier indi- 
vidu donne , pour la premiere fois, aux zoologistes francais, les moyens 
de connaitre, par des observations directes, l'orang-outang dans son etat 
par fait. 

Anatomie des infusoires. — Reclamation de M. Ehrenberg. 

M. Peltier ecrivit a 1' Academie, le 8 de fevrier {voyez ces Annales, torn. i5 
p. 118) qu'il avait vainement cherche les noinbreux estomacs que M. Ehrenberg 
a apercus dans les animalcules microscopiques. Le savant naturaliste de Berlin 
temoigne ses regrets qu'a la suite d'une experience negative on se soit determine 
a revoquer en doute tout une serie de phenomenes et I' organisation d'une 
classe entiere d'animaux. « J'espere, dit-il, en terminant sa lettre, que l'or- 
ganisation (avec peu d'exceptions) ties compliquee des infusoires, paraitra 
dans tout son jour dans le nouvel ouvrage que je prepare sous le titre : Les In- 
fusoires distribues en deux classes d'animaux qui echappent a la vue de 
tfhomme et qui sont doues de tous les systemes principaux de V organisation 
animale. J'aurai l'honneur de faire hommage de cet ouvrage a 1' Academie. 
Trente-huit planches in-folio, gravees au burin, d'apres mes propres dessins, 
sont deja terminees. Elles offrent, non-seulement dans toutes les tribus, mais 
dans presque tous les genres, et meme dans la plupart des especes des genres des 
animaux infusoires nus ou pourvus de carapace (bouclier), les organes de la 
digestion et de la generation ; souvent le systeme nerveux ; les paquets de mus- 
cles longitudinaux etmoteurs en tout sens ; des vaisseaux, des branchies ou or- 
ganes palpitans; la bouche garnie de dents et les organes de la vue. Je possede 
dans ce moment pres de mille objets anatomiques et presque toutes les especes 
des Infusoires memes., prepares pour le microscope, dans ie genre de ceux que 
j'ai eu rhonneur d'envoyer a l'lnstitut. 

<c C'estpour avoir meconnu si long-temps la veritable organisation des Infu- 
soires, et oublie pour ainsi dire, combien les idees de grandeur sont relatives 
et de peu d'importance physiologique, qu'on s'est persuade, par errcur, que la 
simplicite de 1'organisation doit etre neccssairement liee a la petitesse. 

Physiologie. — Memoire sur V ajustement de V ceil aux differentes distan- 
tances ; par M. Maunoir, de Geneve. 

M. Maunoir considere comme un fait demontre par les experiences de sir Eve- 
rard Home et de Ramsden, que la convexite de la cornee varie selon la distance 
de l'objet regarde (1 ). II n'est pas atissi affirmatif a l'egard des epreuves que fi- 

(1) Le docteur Thomas Young ayant trouve que la faculte de voir parfaitement a diverses 
distances, n'est pas affaiblie lorsque, l'oeil etant plonge dans l'eau, la lumiere ne subit aucune 
refraction sensible en penetrant dans la cornee, a deduit au contraire de ses experiences, que 
Ja courbure de cette enveloppe n'eprouve jamais aucune alteration. {Note de it.Jrago.) 



i c;o Academic cles Sciences, 

rent ces memes physiciens sur un ceil prive de cristallin a la suite dc l'operation 
de la cataracte. Pour que ces epreuves pusscnt paraitre critierement concluantes, 
« il faudrait, ditM. Maunoir, qu'elles fussent taites sur un ceil dont aucune par- 
« tie, excepte le cristallin, n'edt souffert ou n'eut eprouve la plus legerealtera- 
<c tion lors de l'operation. On ne peut gucre esperer que ces conditions soient 
<c obtenues d'une maniere absolue chez les aveugles operes par les melhodes les 
a plus connues : I'abaisseraent et l'extraction du cristallin. Dans le deplace- 
« ment ou l'abaissement, on blessc la choroide, souvent quelques nerfs ciliaires, 
« toujours les proces ciliaires qui servent d'attache au cristallin; on refoule ce- 
« b'.i-ci dans la partie inferieure de rhumeur vitree, en en brisant les cellu- 
<r les; et comme cette operation le separe de ses inoyens d'union sur le lieu 
« que la nature lui a destine et par consequent de ses sources de vie, il devieut 

cc un corps etranger dans Vceil et souvent une cause d'irritation 

<( Dans l'operatiou de la cataracte par extraction, l'ceil est soumis a une epreuve 
« qui peut alterer son pouvoir d'ajustement. Je ne veux pas parler de la plaie 
« faite a la cornee, qui doit se guerir par premiere intention, et qui ne diminuc 
« en rien, ni la grande elasticite, ni la transparence de cette membrane. Ce qui 
<c me donne quelque doute sur la puissance d'ajustement d'un ceil, apres l'ope- 
a ration la plus heureuse et la mieux faite par extraction, c'est le passage du 
« cristallin au travers de la pupille. Le cristallin opaque, et presque toujours 
« passablement dur, est beaucoup plus grand que la pupille qui, meme dilatee 
<c par la belladone , se contracte toujours pendant l'operation : il font, pour 
t< qu'il franchisse ce detroit, qu'il dilate outre mesure l'ouverture de l'iris, qu'il 
<c excerce sur cette membrane delicate, une violence tout-a-fait inaccoutumee 
<c et qui pourrait bien affaiblir ses fibres musculaires. . . . Aucun de ces in- 
cc conveniens n'a lieu apres l'operation de la cataracte par brisement du cris- 
ta tallln y> C'est done exclusivement sur les personnes operees par 

brisement, que M. Maunoir propose de tenter des experiences sur la faculte 
d'ajustement qui fait l'objet de son memoi«e. Quant a lui, voici ce qu J il a deja 
observe sur M. Gabriel, age de 17 ans, et auquel le brisement et l'absorption 
subsequente de cristallin a rendu la vue ; nouslaisserons parler M. Maunoir. 

« La vue, que M. Gabriel venait de recouvrer, etait tellement bonne qu'il ne 
lui semblait pas qu'elle etit jamais ete meilleure avant I'invasion de la cataracte. 
Son ceil etait douc admirablement calcule pour montrer si un cristallin, suscep- 
tible de changement de convexite, etait indispensable a l'ajustement de la vue 
aux differentes distances. Dans le ca3 de l'affirmative, l'ceil aurait necessite l'em- 
ploi de verres convexes de difFerens foyers, pour voir a des distances variees ; 
vice versa, dans le cas de la negative, l'ceil opere devait voir d'une maniere 
distincte avec un seul verre convexe, d'un certain foyer, a des distances tres 
differentes. L'experience a prouve que c'est la seconde proposition qui est vraie, 
e'est-a-dire que le cristallin n'a pas besoin de changer de forme pour l'ajuste- 
ment de l'ceil. M. Gabriel, qui aime beaucoup la chasse, s'est de nouveau, de- 
puis qu'il a recouvrc la vue, livre a son exercice favori, ct a toutes les distan- 
ces accessible^, son coup-d'ceil a ete aussi prompt ct aussi stir qu'il Tetait avant 
i'invasion de la cataracte. Dernicrement, il a voulu disputer le prix au tir de la 
carabine; e'etait la premiere fois de sa vie ; le but etait a 200 pas : il a tire qua- 
tre coups qu'il a tous mis clans la cible, et a gagne un prix. A cette distance , 
il voyait ties ncttcinent le but et tous les objets iuterrnediaires; le verre qui 
lui avait servi au tir de la carabine, qu'il porte aussi a la chasse, etait le meme 
lorsque, chez moi, je I'ai fait lire dans un livre imprime en caracteres tres petits, 
ce qu'il a fait avec la plus grande facilile ; puis, lui faisant lever les yeux, je lui 
ai (lemande de me detailler les tableaux suspendus dc toutes parts dans mon sa- 



Publications nouvelles. 191 

Ion ; il les a observes comme l'aurait fait une personne douee de la meilleure 
vue et m'a dit, sans hesiter, je les vois parfaitement bien. 

« II n'y a point, dans ces experiences toutes simples, de mesure exactc, de 
calcul, mais elles semblent suffire pour prouver qu'il n'est pas necessaire que le 
cristallin change de forme, pour voir d'une maniere distincte a dcs distances tres 
variees. » (1) 

Seance du 21 mars. 

Teratologie. — M. Geoffroy-Saint-Hilaire annonce que le cas teratologique 
dont on a fait grand bruit en Europe depuis deux ans sous la formule d'un foe- 
tus humain vomi par un enfant, est maintenant en sa possession. Son premier 
apercu sur ce fait, c'est i° que l'objet est vraiment un foetus humain, et 2° que 
le vomissement articule lui parait demontre. 

a M. Geoffroy-Saint-Hilaire va s'occuper d'un memoire a communiquerlundi 
prochain a VAcademie, ou il se flatte de concilier ces deux assertions. 



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i,e regne animal, distribue d J apres son organisation, par georges cuvier; 

Edition nouvelle accompagnee de planches gravees representant les Types de 

tousles Genres, les caracteres distinctifs des divers Groupes; et les modifica- 

t'ons de structure sur lesquelles repose cette classification ; par une reunion 

d'tleves de Cuvier, MM. Audouin , Deshayes, d'Orbigny, Duges, Duvernoy, 

Laurillard, Milne Edwards, Roulin et Valenciennes. (2) 

Le Regne animal, de Cuvier sert aujourd'hui de base pour l'etude de la 

zoologie et de point de depart pour I'etuae de l'anatomie comparee. II fait con- 

naitve les differens groupes dans lesquels on a range tous les animaux, et il pre- 

sente le tableau des principales modifications qui s'observent dans leur structure 

et dansleurs fonctions. Celivre, consulte a chaque instant par les maitres comme 

par les eleves, est devenu reellement le manuel des zoologistes, et, par son ira- 

(i)M. Mannoir ajouterait beaucoup a Pinteret scientifique du travail dont on vient de lire 
1'extrait, s'il profitait de l'oceasion favorable que son habilete, comme oculiste, vienc de faire 
uaitre, en repetant avec la participation de M. Gabriel les ingenieuses experiences que le doc- 
teur Thomas Young executa sur un certain nombre d'individus operes de la cataracte. Dans 
les experiences actuelles, on peut craindre que la vision distincte et la \ision parjaite aient ete 
confondues. Toule incertitude a cet egard disparaitra, au contraire, si M. Maunoir se deter- 
mine a operer a 1'aide de V optometre. Avec cet instrument , M. Young trouva que les per- 
sonnes privees de cristallin n'ont pas la faculte de voir parfaitement a diverses distarces. 

(Note de M. Arago.) 

(2) Cette edition serapubliee par livraison de deux feuilles de texte environ et 4 planches, 
sur format grand-jesus velin. On vendra separement les diverses parties dont I'ouvrage se com- 
pose et meme une seule livraison comme specimen. La premiere vient de paraitre chez i'edi- 
teur M Crochard. 

Voici de quelle maniere l'ouvrage se divisera: MammifIires ( par MM. Laurillard, Milne 
Edwards et Roulin ) , 100 planches ; — Races humaines ( par les memes ) 20 ; — Oiseaux 
( par M. d'Orbigny ) ioo- — Reptii.es ( par M. Duvernoy ) 40; — Poissons (par M. Valen- 
ciennes ) 100; — MoixosQUES ( par M. Deshayes ) 120; — Insectes (par M. Audouin) 140; 
ARACHNiDEs(par M. Duges ) 40; — Crustaces ( par M. Milne Edwards ) 70; — Annelides 
( par le meme ) 3o; — Zoophttes( par le meme ) 100, 

Le prix de la livraison est fixe sinsi qn'il suit : In-8<>, fig. noires , 2 fr. »5 c. ; papier de 
Chine, 2 fr. ?5; figures coloiiees , 4 f. 5o. 

A partir du a5 mai prochain, une livraison paraitra regulieremcnt tous les quinze jours, 
10 et a5 de chaque mois. 



9 a 



Publications nouvelles. 



portance scientifique, il est, sans contredit, un des premiers titres de gloire de 
son illustre auteur. Sou usage cependant ne laisse pas que de presenter sou\ent 
des difficultes , car le langage le plus precis ne suffit jamais pour donner une 
idee nette des formes d'un animal ou d'un organe; en zoologie, comme en aua- 
tomie , rien ne saurait suppleer a des figures exactes, et les planches qui accom-* 
pagnent les precedcntes editions du Regne animal sont en trop petit nombre 
pour aider d'uue maniere efficace a l'intelligence du texte. M. Cuvier lui-memc 
l'a trcs bien senti, puisqu'il a toujours en le soin de renvoyer par des notes aux 
meilleures figures publiecs ailleurs et dispersees dans une foule d'ouvrages. Mais 
ces citations, ties utiles pour les personnels qui ont acces a de riches bibliothe- 
ques, ne sont, il faul le dire, d'aucun secours pour la grande majorite des lec- 
teurs. Nous avons done pense qu'un moyen d'augmenter I'utilite de cet ouvrage 
serait d'y placer, en regard des descriptions, la figure exacte de l'abjet decrit. 
(Test ce que nous nous proposons de faire dans cette nouvelle edition. 

La classification de M. Cuvier repose, comme le titre de son livre l'indique , 
sur l'organisation. Pour que nos planches puissent servir d'illustration au texte, 
il fallait done ne pas nousborner a donner des figures d'animaux, mais bien re- 
presenter aussi toutes les grandes modifications organiques, taut interieures 
qu'exterieures , de Feconomie animaie. Nous reproduirons, par consequent dans 
notre atlas, tous les caracteres anatomiques, d'apres lesquels a ete etablie la di- 
vision du regne animal en embrancheraens j classes , ordres ou families , et pour 
faciliter la determination des genres, nous representerons une espece de chacun 
de ces derniers groupes , ainsi que les details des parties les plus propres a les 
faire distinguer. 

Quant au choix desanimaux a figurer, il est fixe par la nature meme de l'ou- 
vrage, auquel nos plauchcs sont destinees. Ce ne sont pas des especes nouvelles 
ou peu connucs que M. Cuvier a voulu enregistrer dans son Regne animal ; les 
exemples qu'il cite sont toujours pris parmi les especes les mieux decrites, les 
plus vulgaires et les plus propres a caracteriser les groupes auxquels elles appar- 
tiennent. Cette regie sera aussi la notre. I/cspece que nous representerons sera 
toujours une de celles indiquees par l'auteur ; et, a moins de motifs particuliers 
nous nous arrelerons de preference a I'anirnal qui a servi plus specialement de 
type pour l'etablissemeut du genre, et qui devra, par consequent, en conserver 
toujours le nom, quelles que soientles subdivisions que feront ultcrieurcraent les 
naturalistcs. Nos planches seront dessinees, autant que possible, d'apres le vivant 
et lorsque nous croirons devoir reproduire des figures deja publiees ailleurs , 
nous aurons toujours le soin d'indiquer les sources ou nous les aurons puisees. 

Le texte, comme de raison, sera Vexacte reproduction de celui de la derniere 
edition, revue par lauteur lui-meme, et, pour la partie entomologique , parson 
savant collaboiatcur, M. Latieille ; la moindre alteration nous paraitrait une 
espece de sacrilege scientifique. Nous nous bornerons a ajouter une explication 
succinctedenos planches et quelques titres courans propres a faciliter les recher- 
ches. 

Nous n'avons epargne aucun effort pour rendre ces additions iconographiques 
dignes du livre qu'elles accompagnent, et nous dirons aussi qu'en nous chargeant 
de ce travail, ce n'est pas seulement I'idec de faire une chose utile a la propa- 
gation dela science qui nous a guides ; nou> avons pense que cet hommage rendu 
a l'un des principauxouvrages de Thomme qui fut notre maitre, prouvera mieux 
que tout monument funebre notre respect pour sa memoire. 

Audouin, Deshayes, d'Orbigny, Duges, Ddvernoy, Lauhillard, Milne 
Edwards, Roultn et Valenciennes. 



dujardin. — Surles Organismes inferieurs. io,3 



RECHERCHES 

SUR LES ORGANISMES INFERIEURS. 

Par F. Dujardin. 

Suite, (1) 

IV. Sur les Infusoires munis cCun filament flagelli forme loco- 
moteur et sur les expansions fili formes de quelques autres 
especes. 

Lorsque j'ai eu l'occasion de parler des travaux de M. Ehren- 
berg, dans im precedent memoire, insere dans ce recueil 
( decembre i835), trop preoccupe alors de la necessite de 
combattre des hypotheses que je consiclere comme absolument 
contraires a l'interet de la science, je n'ai peut-etre pas assez 
clairement exprime la distinction a etablir entre les hypotheses 
de cet habile naturaliste, et ses decouvertes reelles; celles-ci 
sont assez nombreuses et assez remarquables pour le placer au 
premier rang des micrographes; on peut done sans crainte ap- 
peler la discussion sur les points les plus contestables de ses 
observations. 

Si Ton suit avec attention l'histoire de ses decouvertes, dans 
ses publications successives , on s'apercoit aisement qu'au mi- 
lieu des modifications suggerees a l'auteur par un examen de 
plus en plus approfoncli, une idee seule a constamment sur- 
nage , e'est celle d'un systeme digestif tres developpe. On ne 
peut, en effet, placer sur la merae ligne le principe de classifi- 
cation en Infusoires nus et en Infusoires cuirasses, car e'est un 
procede purement artificiel; en effet, dans les Infusoires cui- 
rasses, tels que les Plcesconia ouEuplcea, le pretendu test difflue 
et se decompose de merae que les prolongemens en forme de 



(1) Voyez t. iv. page 243. 

V. Zool, — Ami, 1 3 



io,4 F dujardin. — Sur les Organismes inferleurs. 
poils ou de soies, au lieu de persister comme celui des Bra- 
chions, on comme L'enveloppe siliceuse des Navicules, dont la 
place dans line serie parallele aux Amibes n'est pas line grande 
preuve en faveur de la classification du savant allemand. 

M. Ehrenberg toutrecemment encore a ecrit a I'Academie des 
Sciences de Paris pour affirmer cle nouveau ce qu'il a dit anterieu- 
rement, au sujet de rorganisation deslnfusoires si complexe a ses 
yeux; rnais pour les lecteurs qui ne voudraient juger que ses ou- 
vrages publies, il devient de plus en plus douteux qu'un intestin, 
supportant une grappe d'estomacs, existereeilement,puisquelui- 
meme ne Fa pas trace dans la figure des Paramecies (troisieme 
Mem., pi, 3), comprimees entre des lames de verre pour mon- 
trer les vacuoles contractiles, nominees par ltii organ es geni- 
taux. II eut ete pourtant bien necessaire de multiplier les 
preuves de Texistence de cet intestin; et, comme je l'ai fait re- 
marquer deja, c'est a peine au contraire si on le trouve indi- 
que dans six des nombreuses et vastes figures du savant mi- 



crographe. 



Pour prevenir toute objection fondee sur la preference accor- 
dee par M. Ehrenberg aux microscopes de 1'optipieu allemand, 
M. Pistor, sur ceux queM. Ch. Chevallier perfectionne de jour 
en jour, et pour attester la bonte de l'lnstrument dont je me 
sers, j'avais cru aussi devoir signaler un long filament flagelli- 
forme, apercu par moi chez beaucoup d'lnfusoires, ou il ne 
Tavait pas soupconne; cela prouve suf'fisamment, en effet, que 
ma denegation formelle au sujet de Tintestin n'est pas fondee 
sur l'im perfection de mes moyens d'observation. 

Je reviens aujourd'hui sur ce filament flagelliforme que je ne 
considere que comme un organe locomoteur, pouvant en 
meme temps par sa surface, privee d'epithelium , absorber les 
principes nutritifs, et, non point comme une trompe, ainsi que 
M. Ehrenberg parait dispose a l'admettre en parlant de la 
trompe des Pcridiniees et des Cryptomonadines. 
< J'exposerai prealablement quelques faits observes recem- 
ment, et par lesquels est modifiee mon opinion, comme celle 
de M. Ehrenberg Ta etc successivement aussi. 

i° C'est a tort que de l'examen des Paramecies et de quel- 



f. dujakdin. ■ — ' Sur les Organismes interieurs. 195 

ques Infasoires voisins, j'ai conclu pour les autres animalcules 
que la matiere colorante ou la nourriture logees dans les va- 
cuoles n'eiaient pas entrees par line ouverture speciale qu'on 
appellerait bouche,et qu'elles penetreraient toujours a travers les 
maiiles du tegument : le fait s'est montre a moi plusieurs fois 
avec evidence; mais j'ai vu aussi, dans des Kolpodes, tres voi- 
sins du K. cucullus , sinon identiques , le carmin occuper 
d'abord une bande irreguliere oblique , a l'endroit ou serait la 
bouche; puis, de la, se circonscrire sur plusieurs points, et se 
trouver successivement transporte aux extremites du corps. 
Dans ce cas, une observation perseverante de quatre a six 
heures ne'me montra jamais la 'moindre trace d'intestin ou de 
canaux quelconques de communication, ni la moindre altera- 
tion dans la couleur ou dans les granules du carmin. Je ne peux 
en consequence me rendre compte de ce fait qu'en admettant 
une succession irreguliere de vacuoles dans lesquelles le liquide 
exterieur et les matieres dont il est charge peuvent penetrer par 
une ouverture servant 11011 a une veritable deglutition, mais 
bien a mettre la substance glutineuse interne en contact avec 
le milieu environ nant. Il y a done bien loin encore de ce mode 
d'organisation aim systeme digestif regulier. 

2 J'avais etudie, le 18 septembre i835, dans l'eau de l'Orne, 
un Infusoire non decrit, portant en avant un globule avec un 
nucleus comme Tceil des Ophryoglena , et un faisceau dentaire 
comme les Nassula; cet Infusoire de la forme d'un Rolpode, 
long dei millimetre, contenait plusieurs navicules et se decom- 
posait avec diffluence, ne laissant que le globule oculiforme et 
le faisceau dentaire qui resistait meme a Taction d'une dissolu- 
tion faiblede potasse; d'ou Ton pouvait conclure sa nature cor- 
nee, comme celle des dents et du tegument des Brachionides. 

Depuis lors, j'ai eu, en fevrier et en mars i836, la Nassula 
ornata de M. Ehrenberg produite en abondance dans une sou- 
coupe, ou je conservais depuis long-temps avec de l'eau une 
couche de terre recouverte d'oscillaires; quand ces Nassula se 
decomposaient, le faisceau dentaire ne persistant pas de meme, 
et surtout ne resistait pas a Faction d'une dissolution de 
potasse; mais ce que j'ai vu bien distinctement plusieurs fois, 

i3. 



196 f. dujardin. — Sar les Organismes inferieurs. 

c'est une JSassula avalant snccessivement tout une oscillaire, 
au bout de laquelle on la voyait emmanchee. Le brin d'oscil- 
laire s'inflechissait et se courbait en cercle dans linterieur de 
rinfusoire qu'il distendait fortement par son propre ressort. 
J'ai suivi le progres de cette singuliere deglutition avec assez 
d'attention pour me convaincre qu'ici encore il n'y a rien qui 
ressemble a un intestin; l'animalcule se creuse simpiement 
d'une vaste vacuole dans laquelle se loge l'oscillaire corame 
dans une bourse, et ce n'est point du tout un estomac et un 
intestin doues Tun et l'autre d'une contractilite indefinie. J'ai 
bien vu des fragmens et des debris d'oscillaires loges dans des 
vacuoles plus petites, mais je n'ai pas vu comme M. Ehrenberg, 
danslecasde diffluence d'une Nassula, de pretendus estomacs 
persister avec.leur contenu comme des vesicules sphenques 
pleines de liquide sans aucune trace du canal de communica- 
tion qui devait les reunir a l'intestin. 

Ce fait vraiment bien extraordinaire, observe par lui, est re- 
presente dans la planche premiere de son troisieme memoire; 
je ne veux pas douter de sa parfaite exactitude ? bien qu'il me 
semble en contradiction avec ce que le savant allemand a vu 
dans d'autres Infusoires, et surtout avec ce que j'ai vu moi- 
raeine dans le cas de diffluence des animalcules; seulement je 
dirai qu'il est tout aussi inconciliable avec la supposition des 
vacuoles, qu'avec l'hypothese qui represente une grappe d'es- 
tomacs appendus a un intestin. 

Yoila done une bouche reelle dans un Infusoire, mais il s'en 
faut bien qu'on puisse dire la meme chose de la pin part des 
autres animalcules; car le plus sou vent l'ouverture dont ils sont 
pourvus est simpiement destinee a mettre en contact avec le 
liquide environnant la substance interne, le sarcode, qui sort 
en expansions diverses par cette ouverture, surtout quand le 
tegument a un certain degre de consistance, comme dans les 
lihizopodes. Cetexemple que je cite de preference est, en effet, 
le plus propre a dernontrer a-la-fois comment, d'abord, dans des 
organismes inferieurs la substance interne peut se prolonger 
au-dehors en expansions privdes de tegument propre, et conse- 
quemment beaucoup plus aptes a l'absorption des principes 



f. dujardin. — Sur les Orga?iismes inferieurs. 197 

nutritifs; comment en second lieu, par le fait meme de re- 
mission de ces prolongemens,rouverture cesse de pouvoir servir 
a une veritable deglutition ; mais je peux signaler pour le meme 
objet les Difflugies que j'ai revues en fevrier et mars sur les 
feuilles mortes des bassins du Jardin des Plantes. et surtout 
une nouvelle forme d'Infusoire dont je donne la figure pi. A a , 
A, by A c, A d. 

Get animalcule s'est trouve abondamment dans la coucbe 
de debris organiques qui revet les feuilles de Typba dans l'e- 
tang du Plessis-Piquet, a la fin de l'automne; il est forme d'une 
coque membraneuse elliptique ou en forme de pepin, avec une 
large ouvertnre oblique vers Tune des extremites. De cette ou- 
verture sortent ordinairement trois filamens simples, epais 
de 7^ millimetre environ, et plus longs que l'animalcule lui- 
meme qui a ~ millimetre de longueur sur une largeur moitie' 
moindre. 

Ces filamens s'allongent et se dressent comme ceux des Rhi- 
zopodes, et, de meme aussi, ne sont doues que d'un mouvement 
assez lent. L'animalcule les porte d'un cote a l'autre, les fixe par 
Fextremite au plan de reptation , puis en les contractant peu-a- 
peu , ii se transporte ainsi dans une certaine direction , jusqu'a 
ce que le filament, emis dans cette direction, se soit contract^ 
au point de se confondre avec la masse interieure. Les autres 
filamens se trouvent alors transportes plus loin ou inclines for- 
tement, et Tun d'eux se fixant aim autre endroit, ou bien un 
nouveau filament emis, devient, en se contractant de meme, le 
nouveau moteur de Tanimalcule. 

Jusqu'a ce que l'organisation des Infusoires soit suffisamment 
connue, il faut renoncer a vouloir etablir des ordres ou des 
genres, pour y rapporter ce qu'on peut observer de nouveau, 
puisque des caracteres tires de leurs organ es supposent non- 
seulement que ces organes sont toujours distincts, mais que 
leur existence meme est reelle. On doit done se borner a rap- 
procher autant que possible un nouvel animalcule, de quel- 
ques-unes des formes bien observees par Muller ou par les 
autres micrographes , et ajourner tout projet de classification 
rationnelle. 



i()3 1'. jdujardin. — Sur les Organismes inferieurs. 

Quant a l'animalcule dont je viens de parler, il ne resscmble 
a ricn de ce qu'on a decrit auparavant, et pourtant il est tres 
commun, et on devra le rencontrer surement en grattant avec 
la pointe d'un scalpel la surface des plantes mareeageuses an mois 
de novembre ou de decembre, et en observant au microscope 
les debris ainsi recueillis ; mais avec quelques individus vivans 
on en trouve un bien plus grand nombre de morts; et Ion con- 
cevra d'ailleurs comment la lenteur du mouvement et la singu- 
larity du mode de progression ont du empecher qu'on ne le 
reconnut plus tot pour un animal. Si je propose de lui appliquer 
la denomination de Trineme, tiree de la presence de ses trois 
filamens simples, je n'aurai eu d'autre intention que d'y atta- 
cher provisoirement line etiquette pour aider la memoire. En 
effet, ces filamens, ordinairement au nombre de trois, pen vent 
assurement aussi se trouver en nombre plus ou moins conside- 
rable , en raison de leur nature et de leur production par 
1'expansion de la substance glutineuse interieure, comme 
on le voit dans les Difflugies et dans les Rhizopodes. J'ai vu 
quelquefois sortir de l'ouverture un lobe (fig. Ad.*) d'ou par- 
tent les filamens, et cela achevc de montrer que l'ouverture ne 
peut etre une bouche. A Tinterieur, se montrent aussi une ou 
deux vacuoles bien distinctes et de nombreux granules irregu- 
liers. Enfin la coque ou le test parait veritablement de nature 
cornee, car on en trouve beaucoup dans les debris ou la putre- 
faction a fait disparaitre tons les animalcules vivans. 

Un autre Infusoire (fig. B) , que j'appellerais volontiers Pleu- 
roneme , s'est trouve dans Teau du meme etang avec des Hydres 
que j'ai conservees vivantes dans un flacon pendant plus de 
cinq mois ,* il ressemble a une Leucophre de Muller, sa forme est 
un ellipsoide deprime et legerement sinueux d'un cote, long 
de — millimetre ou ~ mill, environ, avec une grande ou- 
verture ovale situee dans un enfoncement lateral, vers le tiers 
anterieur. De cette ouverture sortent huit a douze longs fila- 
mens, tresvisibles a un grossissement de ooo dianietres,et epais 
de - 1 - millimetre au moins vers la base: ccs filamens inflechis 

<S o o ' 

en arriere scrvent a I'animalcule a samarrer en se fixant aux 
corps solides, jusqu'a ce qu'ii s'elance brusquement par ie 



f. dujardin. — Sur les Organismes inferieurs. 199 

mouvement simultane des cils rayonnans tres fins, dont il est 
entoure de toutes parts. La surface presente un tegument re- 
ticule, ou distinctement marque d'asperites granuleuses en 
series longitudinales, entre lesqiielles paraissent sortir les cils 
rayonnans dont l'epaisseur est a peine de — *— millimetre; 
sous le tegument, se voient une ou plusieurs vacuoles. Ce que 
Ton doit remarquer surtout dans ce Pleuroneme , en outre des 
filamens servant d'amarres , c'est 1'absence de courans ou de 
tourbillons dans le liquide colore artificiellement, ce qui ne 
permettrait pas non plus de supposer que la grande ouverture 
doit servir a Introduction des matieres amenees par le cou- 
rant comme dans les Kolpodes. 

Avant de passer de ces filamens si evidemment expansibles^ 
homogenes et sans tegumens, a ceux qui pourraient etre re- 
gardes cornme une trompe, par M. Ehrenberg, je veux donner 
encore la fig. ( Ca, Cb) d'une Amibe, dont j'ai parle precedem- 
ment (Jnn. Sc. nat. , decembre i835), comme spontanement 
produite dans une infusion de chair. Je l'ai retrouvee depuis 
dans diverses infusions, et notamment dans l'eau qui baignait 
des debris de conferves enlevc^es avec une couche de terre au 
bord d'un fosse, et conservees durant trois ou quatre mois dans 
une soucoupe. 

Cette Amibe se compose d'une partie globuleuse de ~ milli- 
metre, presentant une ou deux vacuoles bien prononcees, et 
quelques nodules; elle eniet indifferemment dans plusieurs 
directions des prolongemens qui se fixent au plan de reptation 
ou qui se dressant cherchent aiileurs un point d'appui; ces pro- 
longemens epais de j^ millimetre atteignent une longueur 
double de la partie globuleuse; ils se detachent du support, si 
le liquide est agite et s'inflechissent (fig. Cb. ), ou bien quel- 
quefois, si Ton determine un ecoulement brusque, ils conser- 
vent assez de raideur pour que l'animalcule semble rouler 
comme un oursin sur l'extremite de ses pointes. Leur mouve- 
ment dexpansion et de contraction est tres lent, comme dans 
les autres Amibes, et permet de constater qu'il resulte d'un 
simple afflux de matiere glutineuse homogene. Quelquefois ces 
prolongemens s'elargissent ou se bifurquent a 1'extremite (fig. 



200 f. ddjardin. — Sur les Organismes inferieurs* 

C a) j ce qui est un nouveau rapport avec les Rhizopodes. 

Un effet tout semblable se presente dans d'autres etres emi- 
nemment simples, tels que les Monades et les Iufusoires con- 
fondus par Muller sous le nom de Cercaria gibba, qui sont 
des Bodos pour M. Ehrenberg. Dans ces derniers en effet (fig. 
D, E, F,G) une partie du corps se prolonge en forme de queue 
et adhere au support, tanclis qu'un autre prolongernent fili- 
forme tres long, anime d'un mouvement ondulatoire tres vif, 
determine des sauts ou secousses brusques. 

Le prolongernent caudiforme, ou la pretendue queue change 
de forme, s'etend, se contracte, est tantot en pointe fine (fig. 
D b, a), tantot en tige noduleuse (fig. Da), en massue 
(fig. G b) ou en spatule, et quelquefois elle se raccourcit au 
point de ne plus etre qu'un simple tubercule (fig. E,F), qui 
lui-meme disparait quand l'animalcule prend la forme arrondie 
qu'on attribue awn Monades (fig. Ha,H b); dans les uns et dans 
les autres, d'ailleurs , on observe des nodules distincts et des 
vacuoles (fig. H b , F) entourees d'un rebord bien prononce et 
qui paraissent s'ouvrir a l'exterieur. Ces animalcules, qui ne 
peuvent aucunement etre distingues en genres ou en especes 
d'apres la presence de ces prolongemens si variables, se rap- 
prochent done beaucoup des Amibes, et comme elles, on les 
voit se produire dans les infusions les plus variees, telles que 
l'infusion de foin , celle de chair et celle de gelatine seche avec 
differens sels, etc.; mais ils s'en distinguent essentiellement par 
la presence dn long filament flagelliforme que j'ai cite. 

L'objet le plus difficile a distinguer au microscope, et le plus 
propre a faire apprecier le merite de cet instrument est assure- 
rnent le long filament flagelliforme anterieur qui sert d'organe 
locomoteur unique a beaucoup d'Infusoires non cilies. Pour le 
bien distinguer dans les plus petites especes, il faut une atten- 
tion perseverante et une longue habitude, car sa tenuite est si 
grande qu'on ne peut d'abord qu'en soupconner l'existence par 
lemoded'agitation des particules susperidues dansle liquideenvi- 
ronnant, d'ou Ton a voulu conclure la presence d'une couronne 
de cils vibratiles. On apercoit ensuite par instans les portions 
de ce filament convenablement eclairees,en variant insensi- 



f. dujardin. — Sur les Organismes inferieurs, 201 

blement la distance locale, par une legere pression exercee sur 
le porte-objet ou sur le corps de 1'instrument. 

On arrive, d'ailleurs, a evaluer assez exactement le diametre 
de ce filament dans les Monas lens et M. mica > en comparant 
un fii de soie simple qui n'a que ~ millimetre et qu'on re- 
garde directement devant un corps eclaire, et ce filament 
flagelliforme grossi 3oo fois par le microscope; ce dernier vers 
l'extremite parait encore plus mince que le fil de soie, c'est-a- 
dire qu'il parait a peine comme un fil de r~~ millimetre vu a 
l'ceil nu ; il a done environ -^- de -f- millimetre ou -r- 1 — d'e- 

/ 100 300 30000 

paisseur. On conceit des-lors comment la plus petite difference 
dans la distance locale ou dans le mode d'eclairage, peut 
rendre ce filament invisible, et combien un instrument devra 
etre parfait pour le f'aire voir. C'est avec un grossissement de 
3oo que je l'ai vu le plus nettement dans un microscope recent 
de M. Charles Chevallier; des grossissemens de 460 a 5oo don- 
nes par I'objectif le font voir plus aisement, mais la lumiere 
etant moins vive, on peut conserver quelques doutes sur les di- 
mensions replies. 

Ce filament parait etre de meme nature que tous les prolon- 
gemens filiformes des Rhizopodes, des Amibes, etc. , e'est-a-dire 
glutineux , homogene et contractile. On ne pourrait dire vrai- 
ment s'il est plus facile de concevoir un filament d'une tenuite 
si grande, homogene et doue partout d'un mouvement propre, 
ou de le considerer comme forme de parties contractiles , et de 
parties accessoires nejouant qu'un role passif dans la produc- 
tion du mouvement ; car en definitive, la difficulty de la question 
est dans l'union du mouvement ou de la vie a une matiere 
inerte, et la contractilite d'une fibre musculaire , si mince 
qu'on la suppose, est un phenomene du meme ordre que celle 
des filamens que je pretends etre homogenes dans les Infu- 
soires et les Rhizopodes. 

La connaissance de ce filament concourt a montrer Forgani- 
sation des Infusoires comme bien plus simple qu'on ne l'a sup- 
pose dans ces derniers temps, puisque e'est une nouvelle preuve 
de ce fait, que des etresvivans peuvent etre doues, dans quelques 
parties molles et homogenes, d'une puissance speciale d'assimila- 



202 f. dujardin. — Sur les Organismes inferieurs. 

tion et (lc locomotion. Dans les Rhizopodes, dans les Amibes, 
et dans le Trineme > les expansions de la snbstance molle ont 
ordinairement mi mouvement de reptation, et c'est rarement 
si on les voit se dresser et s'agiter; le filament flagelliforme , au 
contraire , est continuellement en mouvement, et en s'agitant 
comme un fouet, surtout a l'extremite ou il est pins mince, il 
determine la progression en avant, ce qui suppose toujours 
que ses ondulations se propagent de l'extremite vers la base, an 
lieu que dans les Zoospermes, ou le mouvement est en sens in- 
verse , les ondulations du filament appele queue se propagent 
de la base vers l'extremite. D'ailleurs le filament dont la lon- 
gueur est double ou triple de celle de l'animalcule est rarement 
etendu, mais bien plutot diversement inflechi, ce qu'on observe 
principalement quand l'animalcule est arrete entre des parti- 
cules solides. 

Les fig. F, E, G a, G by montrent le filament prenant nais- 
sance dune expansion de la substance du corps, semblable a 
celle qu'on nommerait queue; les deux dernieres montrent de 
plus une expansion laterale terminee par un second filament 
qui con court a donner a l'animalcule un mouvement saccade 
tout-a-fait irregulier. J'observais ces singuliers etres, le 12 et le 
i3 Janvier, dans une infusion de 18 grains de gelatine seche 
avec 12 grains d'oxalate d'ammoniaque, dans 4 on ces d'eau de 
riviere, conservee depuis le 26 decembre a une temperature 
moyenne de 7 degres centigrades; leur forme changeait tres 
rapidement, et sou vent ils se fixaient a la plaque de verre par 
une de leurs expansions qui s'allongeait alors en forme de queue, 
jusqu'a ce qu'elle se detachat pour se contracter de nouveau. 
Leur plus grande dimension etait de j- s millimetre; le liquide 
avait conserve presque route sa transparence, mais il avait une 
edeur faible de fraises pourries. L'in fusion de gelatine et de 
phosphate de soude mavait donne des animalcules presque 
sembkibl.es avec une double expansion anterieure. 

L'Infusoire, represente par la fig. E, etait dans une infusion 
semblable 011 j'avais remplace l'ox: <:ite par le nitrate d'ammo- 
niaque; il etait accompagne d'mu qu.intite beaucoup plus con- 
siderable de Monas lens souveut lies entre eux par une expan- 



f. dujardin. — Sur les Organismes inferieurs. ao3 

sion comme des boulets rames, on changeant de forme, de 
maniere a faire penser que 1'Infusoire E lui-meme n'etait qu'une 
de leurs modifications. Le liqnide dans les raemes circonstances 
et merae au bout de deux mois , lorsque des propagules de moi- 
sissures commencaient a s'y faire voir, n'avait aucune odeur 
sensible. 

L'Infusoire (la, I b) qu'on aurait pris d'abord pour ihicEtz- 
chelys , s'est trouve dans beaucoup d'infusions, et surtout dans 
celle d'algues marines; il est long de f? millimetre, et son fila- 
ment a la base est epais de —^ mill, au moins; il est done beau- 
coup plus visible que dans les Monas lens, 

Mais e'est dans 1'Infusoire K , que j'appellerai/yrorcetfze, que 
ce filament s'est montre le plus gros etle plus evidemment for- 
me par la continuation d'un prolongement anterieur; en effet, 
son epaisseur, qui n'est que de -^ mill, a l'extremite, arrive a 

-&-> millimetre vers la base. Le corps long de — a ~ millimetre 

i°°° i 02016 

est pyriforme, allonge, tres contractile, et prend quelquefois 
la forme d'un sac arrondi (fig. Ka, K b); je 1'ai vu quelquefois 
prive de son filament par quelque accident, et continuant alors 
a se mouvoir comme une Amibe, mais sans emettre de prolon- 
gement, et surtout sans changer de lieu. Sa surface est ordinai- 
rement garnie de tubercules ou de granules assez gros propor- 
tionnellement et disposes en series irregulieres. On y remarque 
sonvent aussi une vacuole dont la position n'est pas constante, 
et qui disparait par sa contraction. 

Ce Pyroneme se trouve abondamment sur les debris de plantes 
marecageuses conservees 1'hiver dans un flacon plein d'eau; son 
analogie avec les animalcules D, E,F, G et H est bien pronon- 
cee, mais il parait avoir plus de consistance a l'exterieur, sans 
pourtant qu'on puisse y reconnaitre un tegument reel ; ce serait 
done le type d'un genre a part; quant aux autres, je les regarde 
comme de simples modifications d'une ou de plusieurs especes 
du genre Monade , qui aura precisement pour caractere 
cette instabilite de formes jointe a la presence du filament flagel- 
liforme, dontsont prives les Amibes. Au reste, cette instabilite 
meme dans la forme, et la faculte d'emettre les prolongemens 
de substance homogene prouvent, comme je l'ai dit, la simpli- 



ao/j. F. dujardin. — Sur les Organismes inferieurs. 

cite de l'organisation, et l'existence da filament flagelliforme pa- 
rait incompatible avec l'existence d'une bouche dont la pre- 
sence etait conjectureeseulement d'apres letourbillon que cause 
le filament. M. Ehrenberg, qui n'avait pas vu ce filament, sup- 
posait, pour expliquer le tourbillon, une couronne de douze 
cils au tour de la bouche des Monades. Le meme auteur ay ant 
apercu, lors de la publication de son troisieme Memoire, la base 
de ce filament dans les Crypto mo nadines , dans les Volvociens 
et dans les Peridiniees, et voulant concilier ce fait avec son 
hypothese sur l'appareil digestif, en fit une trompe destinee a. 
chercher et a admettre les alimens, et represents meme dans la 
figure du Trachehmonas cylindriea et dans celles du Tr. nigri- 
cans, du Chcetoglena, etc., 1'afflux des particules a l'extremite de 
cette trompe; par cela meme, il semble renoncer a placer la 
bouche ailleurs, et si 1'on fait attention a la longueur et a la te- 
iiuite de ce filament dans les Monas, on devra conclure que 
de toute maniere l'existence d'une bouche reelle est absolu- 
ment douteuse. 

II me reste a parler de X Euglena longicauda et d'un autre 
animalcule (fig. M) a test membraneux resistant, que je nomme 
Crumenule; celui-ci a la forme du^sac deprime, irregulierement 
ovale, et marque de stries arquees paralleles en deux directions; 
il est rempli de matiere verte comme les Euglena, avec des glo- 
bules plus transparens, et presente de plus un point rouge vers 
la partie anterieure (fig. M*). Tout-a-fait en avant il a un pli 
forme par une saillie en maniere de levre, et de ce pli sort un 
filament tres long dont I'epaisseur, egale partout, doit etre de 
— x — millim. environ , car elle parait comme un brin de laine or- 

6000 7 r 

dinaire vu a lceil nu. Ce filament, toujours en mouvement, fait 
avancer fort pen 1'animalcule, parce qu'il est irregulierement 
contourne et agite dans ses diverses parties. G'est dans les de- 
bris de plantes marecageuses que j'ai trouve la Crumenule vi- 
vante avec plusieurs individus morts, dont le test transparent 
parait resister a la decomposition ; ce serait la une analogie assez 
curieuse avec les Navicules, mais je n'ai pu m'assurer si ce test 
est vraiment de nature siliceuse, sa longueur est de JL millim. 
Enfin , pour X Euglena longicauda , il me suffit de donner la 



f. dujardin. — Sur les Organismes inferieurs. 20 5 

figure (fig. L.) avec le filament qui sort de la fente anterieure, 
parce que cet animalcule n'etant pas rare dans les marais, on 
pourra constater 1'existence de ce filament qui avait echappe a 
M. Ehrenberg. La longueur totale de cet Euglena va jusqua -^ 
millim., et la largeur est ordinairement de tz millim. La matiere 
verte de Tinterieur et la matiere rouge que le savant allemand a 
prise pour un ceil, et qui manque souvent, sont d'une nature 
bien differente de celle des Infusoires proprement dits, et en 
considerant la rigidite du tegument des autres especes aplaties 
comme celle-ci, on peut conserver des doutes sur leur ani- 
mal ite\ 

Tels sont les resultats auxquels un travail penible m'a conduit 
sur quelques points de 1'organisation des Infusoires; la route 
est difficile a tenir en raison de I'obscurite meme du sujet : 
obscurite que des hypotheses ou des idees preconcues n'ont fait 
qu'augmenter bien souvent. Je suis loin de croire que j'aie pu 
eclaircir completement la question, mais de ce que Ton ne peut 
encore preciser d'une maniere absolue les conditions de l'orga- 
nisme, il ne faudrait pas en conclure que la science n'aura pas 
gagne a ce que les questions soient ramenees a leurs veritables 
termes. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

Fig. A. Trineme, nouveau type d'Infusoires, voisin des Rhizopodes; il est represent^ en di- 
verses positions et grossi 5 80 fois. Les deux dernieres presentent des vacuoles sous le test mem* 
Lraneux qu'on trouve frequemment vide. 

Fig. JR. Pleuroneme , nouveau type d'Infusoires enloure de cils rayonnans tres fins et laissant 
sortir par une large ouverture laierale une touffe de fdamens qui lui servent a se fixer aux 
corps solides; il est grossi 5oo fois. 

Fig. C. Amibe a prolongemens filiformes grossie 600 fois ; elle etait dans l'infusion de chair. 

Fig. D. Monas ou ceixaire d'une infusion de chair grossie 800 fois. 

Fig. E. Monas de l'infusion de gelatine et de celle de gomme avec des sels, grossie 800 fois. 

Fig. F. Monas d'une infusion de mucus, grossie 800 fois. 

Fig. G. Monas ou cercaire de l'infusion de gelatine avec de l'oxalate d'ammoniaqlie , grossie 
800 fois. 

Fig. H. Monas lens de diverses infusions vegelales ou animales, avec ou sans sels, grossie 
800 fois. 

Fig. I. Monas ou Enchelys d'une infusion d'algues marines seches, grossie 800 fois. 

Fii-. K. Pyroneme , nouveau type d'Infusoires a corps mon, contractile et polymorphe, avec 
un long filament anterieur, dans les debris des planter marecageuses, grossi 45o fois. 

Fig. L. Euglena longicauda (Ehr.) , espece decrite par M. Ehrenberg, qui n'a pas connu le 
filament anterieur; grossi 45o fois. 

^ Fig. M. Crumenula, nouveau type d'Infusoires a test membrancux, resistant a la decompo- 
sition , avec un simple filament tres long; grossi 56o fois. 



2o6 iiitciicock.- — Traces d 'Oiseaux dans le gres rouge. 



Description dempreintes depieds d' Oiseaux dans le Gres rouge 

du Massachusets , 

Par le professeur E. Hitchcock. 

(suite) (i) 

II est naturel de deraander si, d'apres les faits qui ont ete 
etablis, nous pouvons rapporter ces Oiseaux de lepoque du 
nouveau gres rouge a quelques-unes des families d'Oiseaux qui 
existent maintenant. L'idee qu'ils appartiendraient a quelques- 
unes des especes actuelles ne peut etre partagee que par ceux 
qui ne seraient point familiarises avec l'histoire des restes orga- 
niques. Les geologues ne doivent done s'attendre a trouver autre 
chose qu'une legere ressemblance avec des especes existantes. Je 
ne puis toutefois m'empecher de croire que plusieurs d'entreeux 
au moins etaient des Echassiers. lis correspondent, sous deux 
rapports, a ce groupe d'Oiseaux; d'abord ils n'ont que trois 
doigts, comme cela a lieu pour beaucoup d'Echassiers encore 
existant. La grande longueur des enjambees est une preuve de 
la grande longueur de leurs jambes, autre caractere de ce der- 
nier ordre. Jen'ai eu que pen d'occasions de faire les comparai- 
sons necessaires,mais jeme suis assure que les enjambees de ceux 
de nos Oiseaux communs qui n'en font pas partie, sont beau- 
coup moins longues par rapport a la longueur du pied, que 
celles des Ornithichnites. Ainsi le Goq ordinaire, avec un pied 
de trois pouces de long, fait des enjambees seulement de six ou 
sept pouces, tandis que YO. dwersus , dont le pied a la meme 
grandeur, presente des enjambees de dix a douze pouces. Dans 
FOie domestique, dont le doigt median a quatre pouces de lon- 
gueur, la distance des pas est seulement de sept a huit pouces. 
Cependant le Coq-d'Inde, avec un pied de quatre pouces de lon- 
gueur, fait des pas d'une aussi grande longueur que YO. diver- 

(i) Voycz page i5/j. 



hitchcock. — Traces d' Oiseaux dans le gres rouge. 207 

sus de la fig. 6, dont le pied est semblable, c'est-a-dire de douze 
polices de long; et le Paon, avec le meme pied que YO. diversus 
de la fig. 7, presente des enjambees qui n'ont qu'un pouce ou 
deux de moins que 1'Oiseau fossile. Mais le Coq-d'Inde et le 
Paon sont des Oiseaux chez lesquels la jambe atteint une lon- 
gueur qui n'est pas ordinaire par mi les Gallinaces. 

Je n'ai pu me procurer aucun exemple de la longueur de l'en- 
jambee dans les grandes especes d'Echassiers actuellement exis- 
tantes, et je ne puis citer qu'un fort petit nombre des petites 
especes. La petite Becassine, dont on voit les traces, fig. 16, sur 
une petite echelle, et fig. 17 sur une plus grande, fait des en- 
jambees seulement de deux pouces et demi avec un pied d'un 
pouce de long. Et comme je 1'ai appris du docteur Richard Har- 
lan, l'enjambee de X Ardea canadensis, dont le pied a trois 
pouces de long, est de quatre a six pouces. En comparant ces 
longueurs avec celles qu'on observe dans YO. minimus, dont le 
pied a un pouce de long, et qui fait des enjambees de quatre 
pouces, et dans YO. diversus, (3 platydactylus , dont le pied a 
entre deux et trois pouces, et Fenjanibee de six a huit pouces, 
nous voyons que les enjambees des especes existantes sont moins 
longues que celles des especes dont on trouve les traces a l'etat 
fossile. Quant aux grandes especes, nous ne pouvons les com- 
parer avec aucune de celles qui existent actuellement; car parmi 
les Oiseaux qui maintenant se trouvent sur le globe, il n'en est 
aucun dont le pied approche, pOur la grandeur, de celui de YO. 
giganteus ou de YO. ingens ; mais on ne peut s'empecher de dire 
que des Oiseaux qui enjambaient de quatre a six pieds devaient 
avoir les jambes extremement longues et par consequent etaient 
des Echassiers. 

Mais les zoologistes objecteront que , dans quelques cas , il 
semble que les jambes etaient revetues et meme quelquefois les 
doigts, sinon de plumes, du moins de soies, tandis que tous 
les Echassiers connus ont les jambes nues. Ce fait est certai- 
nement une grancle presomption contre 1'opinion que ces Oi- 
seaux auraient ete des Echassiers dans le sens precis de ce 
mot; peut-etre meme oppose t-il a cette determination un 
obstacle insurmontablo. Mais je clois remarquer d'abord que 



2o8 iiitchcock. — Traces cV 'Oiseaux dans le gres rouge. 

je n'ai aucune opinion certaine quant a la nature de ces ap- 
pendices, bien que je n'en voie point d'autre explication que 
celle que j'ai donnee, et que je ne voie point pourquoi celled 
ci ne serait point satisfaisante. Mais puisque nous devons nous 
attendre, a priori, a trouver de grandes singularites de struc- 
ture dans les animaux qui habitaient le globe a une epoque si 
reculee , est-il incroyable que des Oiseaux, appartenant a l'ordre 
des Eehassiers, eussent eu des pieds munis d'un appendice de 
plumes setiformes? Nous n'en pouvons pas plus comprendre l'u- 
sage que nous ne comprenons celui des filamens thoraciques 
du genre Polyneuritis parmi les poissons, ni celui du Byssus de 
la Pinne-marine parmi les Mollusques. Ces Ornithichnites, si on 
fait abstraction de cet appendice, pourraient avoir ete produits 
par cette tribu d'Echassiers designes par Temnink sous le nom 
de Curseurs , qui auraient frequente les bords des lacs et des 
bras de mer pour y chercher leur nourriture. Entre le genre 
Rhea de cette famille et TO. ingens, il y a un point de ressem- 
blance qn'on doit peut-etre noter : c'est que le Rhea a un doigt 
posterieur remplace par un talon calleux, et que, dans YO. in- 
gens, il semble que Ton ait I'impression d'un semblable talon. 
Mais en definitive, quoique nous puissions penser de cet ap- 
pendice rayonnant, je regarde comme tres certain, ainsiqueje 
vais m'efforcer de le prouver plus bas, que ces traces ont £te 
faites sous les eaux d'un bras de mer, d'un lac, d'un etang ou 
d'une riviere, ou sur leurs bords, a une epoque ou les eaux 
couvraient souvent ces localites; et si cela est vrai, les habitudes 
de ces Oiseaux d'epoque reculee auraient correspondu a celles 
des Echassiers de notre epoque. 

J'ai dit, au commencement de ce memoire, que la roche qui 
presente ces Ornithichnites, est le houveau gres rouge; peut-etre 
aurais-je du dire quelle correspond a ce groupe de roches en 
JEurope, e'est-a-dire quelle semble avoir ete formee dans les 
memes circonstances et probablement a une epoque geologique 
tres voisine. II y a quelques annees, les g6ologues soutenaient 
fortement l'idcntite parfaite des formations des roches des dif- 
ferens continens. Cette opinion, specialement en ce qui con- 
cerne les roches secondares et tertiaires, est maintenaut com- 



hitchcock. — Traces d'Qiseaux dans le gres rouge. 209 

pletement abandonnee. Tout ce que nous pouvons esperer, pour 
une meme roclie dans differens pays, c'est qu'il y ait une assez 
grande similitude dans leurs caracteres geologiques, Seur com- 
position minerale, les debris organiques qu'elles contiennent, 
pour qu'on puisse admettre qu'elles sont le resultat de causes 
semblables, et qu'elles ont ete produites dans les memes cir- 
constances de temperature, declimat, etc. Quant an gres de la 
vallee de la riviere de Connecticut, sur lequel se trouvent les 
Ornithichnites, il y a des difficultes toutes particulieres pour 
determiner, d'une maniere precise, son rang dans l'echelle 
geologique. Mais l'ayant examine avec im grand soin depuis une 
vingtaine d'annees, sous ce rapport, je suis arrive a une entiere 
conviction que, comme je 1'ai deja dit, les couches superieures 
au moins appartiennent au nouveau gres rouge de De la Beche 
et des autres geologues. J'ai expose les raisons de cette opinion 
dans mon memoire sur la geologie, etc., du Massachussets , 
adresse au gouvernement de cet etat; maisil me semble conve- 
nable d'ex poser ici sommairement ces raisons. 

Le gres, dans cette vallee, se trouve dans tine etendue d'en- 
viron cent milles, depuis Newhaven dans le Connecticut, jus- 
qu'a la limite septentrionale de Massachussets, et varie en lar- 
geur de 8 a 20 milles. Il est divise par une ou deux chaines de 
serpentines qui traversent le gres et se dirigent a-peu-pres du 
nord au sud. Les couches de gres sont en general inclinees vers 
Test, d'une quantite variant de 5 a 3o degres, de sorte que les 
couches les plus anciennes se rencontrent le long de la partie 
occidentale de la vallee. Ces anciennes couches consistent pour 
la plupart en lits epais de gres rouge, d'une apparence assez 
unifbrme; mais les couches superieures, c'est-a-dire celles qui 
sont a Test des collines de serpentine , consistent en gres schis- 
teux, en gres rouges et gris, en conglomerats tres grossiers, en 
schistes et peut-etre en marne rouge (1), avec des lits aceiclentels 
de calcaire fetide; ces differentes roches forment des couches 
qui alternent avec une variete presque infinie, Maintenant, 



(1) Le gres rouge de Hartfort est decidement marneux. Il fait effervescence avec les acides, 
et m6me contient de nombreuses veines de caleaire. (Siltiman.) 

V. Zool. — Ami j 4 



210 hitciicock. — Traces d'Qiscaux dans le gres rouge. 

quant aux plus anciennes couches , quelques geologues ont sup- 
pose qu'elles appartiennent an gres rouge ancien, et peut-etre 
ont-ils raison; mais comme on n'v trouve aucun Ornithichnite, 
nous ne discuterons pas cette question. En m'efforcant de 
prouver que les couches dont nous parlons sont l'equivaient du 
nouveau gres rouge, je ne veux absolument parler que des cou- 
ches superieures. 

1. Caracteres geologiques. — De la Beche decrit le groupe du 
nouveau gres rouge comme un depot de conglomerats, de gres, 
de marne avec des calcaires apparaissant accidentellement a 
quelques points de la serie, — tel est le depot que nous avons 
vu dans cette vallee. Je ne conserve de doutes pour aucun des 
elemens qui composent cette liste, excepte pour la marne. On 
y trouve bien une roche rouge fine sembiabie a ia marne rouge 
d'Angleterre , mais ordinairement elle ne contient pas beaucoup 
de carbonate de chaux. C'est plutot un schiste rougeatre, bien 
qu'elle f'asse souvent effervescence avec les acides. L'aspect bi- 
garre du nouveau gres rouge, qui, dans quelques depots de cette 
roche, est si evident, se remarque surtout le long de la parlie 
centrale de la vallee, quoique je le juge moins frequent qu'en 
Europe. Enfin je puis a peine distinguer une suite d'echantillons 
pris dans la vallee de Connecticut, d'une autre suite venue de 
la Nouvelle-Ecosse, et d'un groupe de roches qui sont evidem- 
ment le nouveau gres rouge, puisqu'on y trouve des couches 
de gypse. 

2. Composition miner alogique. — On ne trouve dans cette 
roche qu'une fort petite quantite de gypse, le sel gemme y 
manque completement. — Ge sont la, ce me semble, les prin- 
cipales difficultes pour decider si on a affaire au nouveau gres 
rouge, puisque ces mineraux se presentent si generalement dans 
cette formation dont ils sont regardes comme un des caracteres. 
Mais puisqu'on admet que le calcaire peut bien accidentellement 
ne point s'y trouver, sans que pour cela l'identite geologique 
soit detruite, pourquoi ne pourrait-il pas arriver que le gypse 
et le sel gemme manquassent quelquefois, sans qu'aucun des 
caracteres essentiels fut perdu? 



Hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge, in 

On trouve cependant, dans cette roche, d'autres mineraux 
qui sont presqne propres au nouveau gres rouge. On doit men* 
tionner le cuivre qui se trouve frequemment pres de la ligne de 
jonction de cette roche avec la serpentine , et qu'on rencontre 
aussi dissemine dans une certaine etendue dans les couches. On 
sait qu'en Allemagne une variete de ce groupe, le schiste cui- 
vreux, est exploitee pour en tirer ce metal; on trouve aussi, 
dans la roche dont nous parlons, les sulfates de baryte et de 
strontiane, corame dans le nouveau gres rouge d'Angleterre : 
il en est de meme du sable ferrugineux magnetique. 

3. Restes organiques. • — II y a pen d'annees on a trouve, dans 
une des varietes les plus grossieres de la roche du Connecticut, 
les restes d'un animal vertebre dont on n'a jamais determine le 
genre. Mais corame aucun vertebre, excepte peut-etre un petit 
nombre de poissons, n'a ete trouve appartenir au nouveau gres 
rouge, il est a presumer que la roche de la vallee de Connec- 
ticut, qui offre ces debris, n'est pas plus ancienne que le nou- 
veau gres rouge; cependant la presence des Oiseaux dans une 
partie si inferieure de la serie des couches, contre tout ce qu'on 
pouvail presumer, nous montre combien peu de fond on peut 
faire sur un argument de cette sorte, pour prouver que la roche 
dont il s'agit appartient au nouveau gres rouge. Mais les Ichtyo- 
lites qui s'y rencontrent confirment ce rapprochement de la ma- 
niere la plus evidente. Usappartiennent au genre Palaeothrissum, 
et se trouvent dans un schiste bitumineux, ou bien ce qu'on de- 
signe souvent par le nom de marne bitumineuse; ces divers 
echantillons , tant des Ichtyolites que des roches, ressemblent 
tellement a ceux du nouveau gres rouge de Mausfeld (en Alle- 
magne), qu'un habile geologue europeen, a qui on enverrait 
ces echantillons, ne saurait les distinguer. Ce genre se rencon- 
tre encore a Autun, en France, et a un ou deux endroits de 
la Grande-Bretagne, dans le nouveau gres rouge et dans les 
couches qui 1'avoisinent. Comment done pourrait-on douter, 
surtout quand on considere toutes les autres preuves du meme 
fait, que la roche dans laquelle on les trouve au xMassachussets, 
ne soit la meme? Je dois d re qu'un des points ou se rencon- 

i4« 



ai2 Hitchcock. — Ti x aces d' 'Oiseaux dans le gres rouge. 

trent les Ornithichnites n'est qu'a un mille tie distance de fen- 
droit ou les Ichtyolites sont en plus grande abondance, dans le 
Sunderland, et peut-etre dans la continuation de la meme couche. 

Ces fails me semblcnt determiner, sans qu'on puisse elever un 
doule raisonnable, la situation geologique des Ornithichnites que 
nous avons decrites; mais si quelqu'un n'etait point convaincu, 
on doit a j outer qu'aucun des geologues qui ont examine le gres 
de cette vallee n'a pense qu'il fut plus recent que le nouveau 
gres rouge. lis Font, pour la plupart, place au-dessous dans la 
serie, le regardant comme dependant de la formation houilliere, 
ou comme etant le gres rouge ancien; de sorte que tous admet- 
traient que les Ornithichnites sont au moins aussi bas que le 
nouveau gres rouge; s'ils etaient au-dessous, cette position se- 
rait encore beaucoup plus etonnante. 

Depuis que cette espece de roche a ete deposee, aucun chan- 
gement geologique ne semble s'etre opere dans cette vallee, a 
Texception du depot d'une couche mince et probablement tres 
recente de formation tertiaire ou quaternaire, composee de 
couches horizontals d'argile et de sable, auxquelles ont suc- 
ctde les actions alluviales ou diluviales qui ont agi sur toutes 
les parties du globe. 

Ayant etabli ces faits et demontre, antant qu'il est en mon 
pouvoir, la position geologique des Ornithichnites, j'espere qu'on 
me permettra d'ajouter quelques considerations theoriques. 
, Les circonstances dans lesquelles ces traces ont ete faites 
nous fournissent un sujet de recherches qui d'elles-memes se 
presentent a tous les esprits; et il me semble que la vraie theo- 
rie peut facilement en etre saisie par tout homme intelligent, 
quand meme il ne serait nullement familiarise avec les principes 
de la geologic II verra que la roche sur laquelle ces empreintes 
se trouvent est un compose d'argile et de sable; et bien qu'il 
ne puisse expliquer comment la consolidation s'est operee, il ne 
pourra douter que cette roche ne fut autrefois dans un etat de 
niollesse , et que e'est alors que ces traces ont ete faites. 

Jusqu'ici, ce me semble, tout doit etre admis; et lorsque, 
comme on l'a deja reinarque, nous voyons sur la vase qui re- 
coil vie ces roches, quand dies passent sous i.i riviere de Con- 



hitchcock. — Traces cV Oiseaux dans le gres rouge. 2i3 

necticut, les traces d'Oiseaux vivans, tout-a-fait seinblables a 
celles qui s'apercoivent sur la roche denudes, pouvons-nous 
douter que nous ne soyons temoins de la maniere dont les Or- 
nithichnites se sont formes, surtout quand les caracteres du 
pied etla grandeur des enjambees nous apprennent qu'un grand 
nombre de ces Oiseaux avaient les habitudes des ficliassiers on 
Gralles de notre epoque, nous ne pouvons nous empecher de 
conclure que les Ornilhichnites sont Fempreinte des pieds d'Oi- 
seaux de 1'epoque du nouveau gres rouge, qui frequentaient les 
rivages des bras de raer, des fleuves et de laes , dont les bords 
fangeux se sont ensuite convertis en la roclie que nous voyons 
maintenant. 

Je sais qu'on a coutnme de regarder les anciens changeinens 
geologiques du globe comme s'etantproduitstres differemment 
de ceux qui ont lieu maintenant, et je ne puis m'empecher d'etre 
convaincu que Fintensite des causes a varie beaucoup dans dif- 
ferens temps; mais la grandeur et non la similitude des resultats 
a du -&£ule en etre affectee, et j'ai ete frappe de cette ressem- 
blance remarquable entre i'etat des choses presente par ces 
Ornithichnites qui ont existe il y a tant de milliers d'annees, et 
ce qui se passe maintenant sous nos yeux. Notre imagination 
se trouve reportee, par ces empreintes, jusqu'a cette periode 
immensement eloignee on les Oiseaux du gres rouge marchaient 
le long des bords des lacs et des etangs de cette epoque, abso* 
lument comme le font les Oiseaux contemporains. 

II y a toutefois nn point frappant de dissemblance entre les 
anciennes races et les modernes, c'est la grandeur enorme de 
plusieurs individus des premieres. Quelques-uns d'entre eux pa- 
raissent n'avoir pas surpasse , pour les dimensions , les grandes 
especes qui existent maintenant dans leur classe. Mais que di- 
rons-nous de ceux qui ont produit YO. giganteus et YO. ingens , 
et qui embrassaient quatre pieds dans leurs enjambees moyen- 
nes? Quant a leur grandeur reelle, nous sommes entierement 
reduits aux conjectures; rnais je ne sais pas si un homme habitue 
a l'anatomie comparee ne pourrait pas determiner les dimen- 
sions d'un Oiseau, d'apres celles de son pied et la longueur de 
ses enjambees. Je n'essaierai pas de resoudre ce probleme, mais 



2f4 iutciicock. — Traces d' Oiseaux dans le gres wage. 

je citerai un fait comme moyen de comparaison. LAutruche 
d'Afrique (Slruthio-camelus), le phis grand des Oiseaux connus, 
a 1111 pied de 10 polices seulementde longueur, en coinptant de- 
puis rcxtreraite posterieure du talon jusqu'a Textremite des on- 
gles(i). Elle pese quelquefois 80 on 100 livres, et quand elle 
marche, sa tete est aussi haute que celle d'un homme a cheval, 
c'est-a-dire de 7 a 9 pieds. Ne pouvons-nous point conclure que 
quelques-uns del ces anciens Oiseaux, dont les pieds out 16 ou 17 
polices de long, doivent avoir ete presque deux fois aussi grands 
et aussi gros que l'Autruche? Je ne crois pas que personne en 
puisse douter, apres avoir examine leurs traces. D'apres quelques 
exemples, je ne crois pas que les jambes d'un Oiseau (y compris 
la cuisse), qui ordinairement faisait des enjambees de quatre 
pieds, aient pu avoir beaucoup moins de six pieds. 

Tels doivent avoir ete les oiseaux qui, jadis, habitaient la de- 
licieuse vallee du Connecticut. INous avons quelques raisons de 
penser qu'a cette epoque cette vallee etait un bras de mer; car 
les restes organiques du nouveau gres rouge sont surtou$#Tori- 
gine marine, comme on le voit dans mon memoire sur la geo- 
logie du Massachussets. Et afin de montrer que les auties etres 
vivans, contemporains de ces oiseaux, leur etaient comparables 
pour la grosseur, nous renvoyons a la description d'une coquille 
marine (Gorgonia Jaksonii) qui se trouve dans le nouveau gres 
rouge de IV est Springfield, qui a ete degagee, mais sans pouvoir 
en decouvrir les bords, clans une longueur de 16 pieds sur une 
largeur de 4 pieds. La masse colossale des oiseaux dont nous 
parlons est parfaitement en rapport avec 1'histoire des etres 
vivans dans les diverses parties du globe. La temperature plus 



(1) Je dois ces fails au professcuir Mussey, du college de Darmouth , qui les a pris sur 
une autruche du museum de ce college. II ajoute que : « La longueur de la jarnbe , c'est- 
a-dire la distance depuis rarticulaiion de la lianchc jusqu'au sol est de 4 pieds i pouce, 
et la distance de la tele au sol est de 7 a 8 pieds, L'elevation de la tete doit evidemment va- 
rier avee la direction de l'axe du corps qui, de la maniere dont le squelette est maintenant 
pose, n'est pas tres horizontal , mais s'ineline lr-gerement en avant. » Tout ce qui nous manque 
pour nous permcllre d'esiimer d'une maniere probable la grosseur el la hauteur de l'oiseau 
qui a produit V(). giganteus et YO. ingens , e'est de savoir la longueur des dimensions ordi- 
naircs des enjambees de fautriicke. S'il etait permis d'etablir une conjecture, je dirais que la 
tele des oiseaux du nouveau gres rouge devait selever de 12 ou 16 pieds au-dessus du sol. , 



hitchcock. — ■ Traces cVOiseaux dans le gres rouge. 2 1 5 

eievee qui regnait alors semble avoir favorise* le developpeinent 
gigantesque de la vie sous quelque forme qu'elle se presentat. 

Ceux qui voient ces Ornithichnites demandent quelquefois 
a quelle distance cle la riviere de Connecticut on les a decou- 
verts; et lorsqu'ils apprennent que , pour la plupart , c'est ,sur 
les bords memes, ils en concluent souvent que la roche qui les 
presente est un depot de la riviere. Mais les geologues savent 
que la riviere de Connecticut , qui , a cette epoque , n'existait 
certainement pas, n'a rien de commun avec le depot de gres 
rouge dont ses bords sont formes, et d'apres les faits mention- 
r*es dans le paragraphe precedent, ils pensent que ce depot s'est 
fait d'abord au fond de la mer, et s'est eleve depuis. 

On demande encore souvent a quelle profondeur se trouvent 
dans la carriere les empreintes dont nous parlons. Mais pour les 
geologues cette question est moins importante que celle de leur 
situation par rapport a la formation generale. Dans le fait, on les 
trouve seulement a quelques pieds de la surface dans les points 
ou Ton a creuse, mais comme c'est sur le bord gauche d'une 
formation de quelques milles d'etendue, a en juger par les 
couches, et que ceiles-ci sont inclinees a Test de plusieurs de- 
gres, en realite, toutes celles qui sont a Test des carrieres ont 
ete deposees au-dessos des Ornithichnites, ce qui donne une 
epaisseur perpendiculaire de plusieurs centaines le pieds. Dans 
la localite au sud-ouest de VIontague, les localites qui presen- 
tent les Ornithichnites passent lateralement au-dessous du Mont 
Tobie, qui s'eleve au-dessus d'elles de 6 ou 700 pieds, de sorte 
qu'il semble qu'on a le droit de dire que ces empreintes de 
pieds sont a plusieurs centaines de pieds de profondeur. Mais 
cette preuve, quoique bien propre a faire impression sur la 
plupart des esprits n'est pas a beaucoup pres aussi con- 
cluante pour un geologue que le fait du gres rouge lui- 
meme; car on sait que depuis le depot de cette roche, il s'est 
passe un temps suffisant pour la formation de ces vastes masses 
de rochers, formant les groupes oolithiques cretaces et tertiaires 
dont chacun a plusieurs mille pieds d'epaissenr, et s'est forme 
par des procedes treslents; et que la seule raison pour laquelle 
ces terrains ne sont pas entasses au-dessus des Ornithichnites 1 



2i6 hitcticociv. — Traces d y Oiseaux dans le gres rouge, 

est que les causes qui ont forme ces roches n'ont pas opere sur 
ce point. En d'autres termes, apres que le nouveau gres rouge 
a ete forme , il ne s'est point ajoute de nouvelles roches dans 
cette partie du monde, durant cette immense periode pendant 
laquelle se sont formes en Europe les terrains que nous venons 
de nommer. 

En admettant que ces traces ont originairement ete pro- 
duces par des oiseaux marchant sur la vase, nous devrons 
nous demander comment elles ont ete recouvertes , et com- 
ment elles se sont consolidees. Les depots d'alluvion , comme 
on sait, sont formes de couches successives provenant de la 
precipitation successive de matieres vaseuses ou sablonneuses 
en suspension dans les eaux ; matieres qui sont plus ou moins 
fines , plus ou moins grossieres , suivant les circonstances. 
Si un oiseau est tres pesant, son pied devra s'enfoncer conside- 
rablement, soit en les brisant, ou si elles sont plastiques, en 
les refoulant. Et en effet, je remarque que les oiseaux les plus 
legers produisent rarement ces dentelures qui affectent sensi- 
blement les couches dans une profondeur de plus d'un pouce. 
Mais comme les couches successives ont ete deposees apres que 
l'empreinte a ete faite, si le mouvement des eaux etait tres 
leger, ces couches auraient a peine ete plus epaisses aux points 
ou la trace existait que dans les autres , et consequemrnent la 
trace se serait continuee au-dessus jusqu'a une distance consi- 
derable, les plus legeres dentelures disparaissant d'abord et 
cnsuite les plus profondes ; de sorte qu apres la consolidation 
plusieurs couches successives devraient presenter des Ornithich- 
nites. La couche la plus superieure offrirait une empreinte tres 
petite et dont les details les plus delicats ne se verraient plus; 
puis toutes les couches inferieures a celle-ci la presenteraient de 
plus en plus distincte, jusqu'a ce qu'on fut arrive a celle sur 
laquelle FOiseau marchait originairement; quelques couches au- 
dessous presenteraient encore la trace, mais bientot elle dis- 
paraitrait tout-a-fait. Maintenant, en jetant les yeux sur la des- 
cription que j'ai donnee de la maniere dont se presentent les 
Ornithichnites, on verra que les faits correspondent parfaite- 
mcnt avec les inductions theoriques. 



hitciicock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 217 

Les resultats que nous avons etablis devront cependant se 
trouver modifies par les circonstances. Plus le depot qui s'est 
fait apres Fimpression »de la trace sur la vase a eu lieu d'une 
maniere lente, plus le temps et le nombre de couches neces- 
saires pour l'effacer ont du etre longs. Mais si un courant sou- 
dain et tumultueux des eaux, soit par suite d'une inondation, 
soit par suite d'une tempete violente de 1'Ocean, apporte des 
materiaux grossiers sur la trace, avec un peu de violence, elle 
seraremplieet effacee, comme onle voit sur quelques echantillons. 
Or, si la matiere deposee dans la trace vient a se concreter de 
maniere a devenir reellement un pied petrifie, la depression des 
couches superieures devra presque immediatemcnt disparaltre, 
comme je trouve que cela a eu souvent lieu pour l'O. giganteus 
et F O. tuberosus. 

II y a un fait, relativement a ces empreintes, qui merite d'etre 
mentionne, et qu'iln'est pasaise d'expliquer.Lorsque les couches 
de la roche ont ete refoulees par l'empreinte, les couches ne 
sont souvent pas placees perpendiculairement les unes au-des- 
sous des autres, mais elies ont une grande obliquite, de sorte 
que quand la trace se voit sur les deux portions de 1'echantillon, 
elle parait sur une des portions dejetee en avant ou en arriere, 
ou lateralement d'un pouce ou deux. Je n'ai jamais remarque 
une aussi grande difference quand la roche n'a pas plus d'un 
pouce d'epaisseur. 

Je ne puis concevoir que le fait se soit produit autrement que 
de deux manieres : ii n'a pu resulter ce me semble, dansaucun cas, 
du glissement du pied de 1'Oiseau sur la vase. Mais snpposant 
l'empreinte faite dans une boue tellement molle que la plus le- 
gere action ppurrait entrainer la partie superieure de cette boue 
presque en suspension, dans la direction de la force disturbante; 
supposons ensuite que soit les vents, soit les flots, aient produit 
un courant doux au moment ou la trace s'est imprimee sur cette 
boue, l'empreinte n'aurait-elle point pu, sans etre degradee, 
etre ecartee de sa position primitive, et si cette cause continue 
d'agir en meme temps que les couches successives se deposent, 
ne pourra-t-elle pas avoir produit le deplacement dont nous 
nous occupons? Ou bien, en supposant que la trace fut faite 



218 iirrcncocK. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge. 

sur une boue extremement molle et etant tres inclinee sous 
Teau , ost-il difficile tie concevoir comment, a mesure que les 
nouvelles couches se seraient deposees, la seule force de la pe- 
santeur les eut forcees de descendre un peu et ainsi d'incliner la 
trace en bas sans Tefi'acer? 

J'ai avance que ces traces avaient ete faites sur un sol qui, 
constamment ou au moins tres frequemment, etait recouvert 
par les eaux, car si elles eussent ete faites sur des points qui 
eussent ete a decouvert, bien loin qu'un nouveau depot fut 
venu se faire au-dessus pour les preserver, elles se fussent 
trouvees exposees a la pluie et a d'autres circonstances qui les 
auraient promptement effacees sinon obliterees. Nous pouvons 
en juger par ce que nous voyons se passer sur les traces d'ani- 
maux qui, au bout d'un mois seulement, ou d'une semaine, ou 
meme d'un seul jour, sont completement detruites; et [merae 
si, dans quelques cas rares, des pluies abondantes et des inon- 
dations viennent a recouvrir le sol d'un nouveau depot, Taction 
en est ordinairement si violente, que la trace cesse entierement 
d'exister. Mais au-dessous des eaux tranquilles d'un bras de 
mer, d'un lac ou meme d'une grande riviere, apres que quel- 
ques couches sont venues se deposer au-dessus, ces traces peu- 
vent rester sans se deteriorer, je dirai presque pendant un 
temps immense. Les eaux tranquilles qui les recouvrent les pre- 
servent de Taction des corps exterieurs. D'apres cela, je soup- 
conne que, dans presque tous les cas, ces traces ont ete faites 
sous des eaux tranquilles. Cependant je concois que les traces 
eussent pu se conserver, bien qu'ayant ete faites sur les bords 
des eaux basses, mais seulement en admettant qu'un courant 
soit venu les recouvrir d'un depot de vase ; et les chances, meme 
dans cette hypothese, sont extremement contraires a une duree 
assez longue, pour que la conservation en pierre ait pu avoir 
lieu; de sorte que , quelles que soient les objections que les Or- 
nithulogistes puissent elever contre Topinion que les traces dont 
nous nous occupons ont ete faites par des Echassiers il me sem- 
ble que le cas exige que nous supnoiions qu'elles ont ete produi- 
tes par des Oiseaux a) ant K's ^jiines habitudes. 

L'aspect le plus inleressant sous lequel ces faits se presentent 



iiitchcock. — Traces cT Oiseaux clans le gres rouge. 219 

aux geologues, c'est comme prouvant, cVune maniere evidente, 
Pexistence tres ancienne des Oiseaux parmi les habitans de 
notre globe. Jusqu'ici on n'avait pu faire remonter leur exis- 
tence que jusqu'a une epoque comparativement tres recente, 
mais il est maintenant demontre qu'ils etaient contemporains 
des plus anciens vertebres qui aient ete places sur ie globe. La 
decouverte d'un monument qui donne a l'histoire d'un peuple 
quelques cents ans de plus qu'on ne le faisait auparavant, est 
pour les antiquaires un grand sujet de joie. Mais ces simples 
empreintes de pieds demontrent Fexistence et quelques-unes 
des habitudes d'une classe interessante d'animaux a une periode 
si reculee,que depuis toute la population du globe a ete changee 
une 011 deux ibis, 011 meme davantage; car, pour parler des 
petites divisions des couches , les animaux et les plantes des 
terrains secondares ont tous disparu avant la creation de ceux 
des terrains tertiaires, et la plupart de ceux-ci ont cesse d'exister 
avant la production des races actuelles. Le nombre d'annees 
qui s'est ecoule depuis ne peut s'evaluer que par conjecture; 
car, sur ce qui regarde les animaux et les plantes qui ont oc- 
cupe le globe avant les especes existantes , les ecritures se tai- 
sent, laissant seulement entendre qu'une periode indefinie dans 
sa duree s'est ecoulee depuis « le commencement » jusqu'a 
la creation de 1'homme ; et quoique les monumens geologiques 
nous montrent clairement la succession des differentes epoques 
de la creation du globe, ils ne nous fournissent cependant qu'un 
tres petit nombre de dates chronologiques. 

G'est aussi une iecon instructive pour ies geologues , de voir 
que de simples empreintes de pied aient pu se conserver si dis- 
tinctes, alors que tous les restes du squelette avaient dispa- 
ru (1). Si les Oiseaux existaient lors de la formation du nouveau 
gres rouge, sans auctin doute ilsexistaient lors de la formation des 
differens groupes de roches qui lui sont superposes; cepen- 
dant , excepte un ou deux exemples assez douteux , on n'en 
rencontre aucune trace dans tout cet immense intervalle qui se 
trouve entre le gres rouge et le gypse tertiaire des. environs de 

(1) Les ossemens pourront se trouver. (Edit.) 



220 Hitchcock, — Traces cVOiseaux dans le gres rouge. 

Paris. Certainement les geologues devront se demander si on ne 
s'est point trop hate de nier 1'existence des animaux les plus 
parfaits et des plantes aux epoques les plus reculees de 1'exis- 
tence du globe, et si, apres tout, il n'est point possible qu'ils 
se trouvent avee les restes des animaux et des vegetaux les plus 
anciens qui se trouvent confondus dans les couches de la terre. 
La decouverte recente de vegetaux phanerogames, en Ecosse, 
au-dessous de la houille, donne une nouvelle force a cette sup- 
position. 

En poursuivant mes investigations sur ce sujet, j'avoue que 
j'ai ete grandement surpris de decouvrir, en aussi pen de temps, 
un si grand nombre d'especes d'Ornithichnites, on au moins de 
genres d'Oiseaux, que je n'eusse pu certainement le croire pos- 
sible. Le nombre de differens genres de Gralles qui se trou- 
vent maintenant dans le Massachussets, n'est pas de plus de 
douze ou quinze; cependant j'ai trouve an moins sept traces 
(sij'avais a exprimer ma propre conviction je dirais dix) telle- 
ment distinctes, qu'elles doivent avoir ete faites par des especes, 
sinon des genres d'Oiseaux differens , et toutes dans les trois ou 
quatre carrieres qui ont ete ouvertes seulement dans une eten- 
due d'un petit nombre de verges; et je doute beaucoup qu'on 
puisse citer, dans toute la vallee de Connecticut, trois points ou, 
dans une meme etendue, on puisse trouver sur la vase les traces 
d'un anssi grand nombre d'especes vivantes. Dirons-nous que 
les Oiseaux etaient aussi nombreux a Tepoque du nouveau gres 
rouge qu'ils le sont maintenant? Peut-etre ne serait-il pas sur 
de le conclure des premisses que nous avons etablies; cepen- 
dant, s'il existait alors cles Oiseaux, pourquoi n'auraient-ils pas 
ete aussi nombreux qua present, alors que le climat etait si 
favorable a leur developpement? 

Je ne connais qu'un seul fait qui ressemble a ceux que nous 
venous de decrire, e'est le memoire du Rev. M. Duncan, sur 
des empreintes de pied cle quadru pedes sur le nouveau gres 
rouge de Dumfries-shire en Ecosse, memoire qui etablit que 
tres probablement ces empreintes sont celles de pieds d'une 
tortue. A en juger d'apres ce memoire, et la planche lithogra- 
phiee qui l'accompagne dans le n e vol. des Transactions de la 



hitchcock. — Traces d'Oiseaux dans le gres rouge* 221 

Societe royale d'Edimbourg, je pense que ces empreintes ne 
peuvent etre comparees, pour leur nettete , avec celles de la 
vallee de Connecticut. C'est cependant un fait remarquable de 
voir que c'est sur le nouveau gres rouge que, des deux cotes de 
l'Ocean, ces traces se sont conservees jusqu'a nos jours. (1) 

Je sais bien que les presomptions tirees des analogies geolo- 
giques sont tout-a-fait opposees aux faits que je rapporte et aux 
consequences que j'en deduis dans ce memoire; car ce memoire 
tend a prouver l'existence des Oiseaux d'une structure plus par- 
faite que les mammiferes et meme que les plus anciens verte- 
bres, peu de Sauriens et de Poissons ayant ete trouves aussi 
profondement que le nouveau gres rouge. On a decouvert re- 
cemment des empreintes de Marsupiaux et de Quadrumanes 
dans le nouveau gres rouge d'Allemagne. Je rn'attends done que 
les geologues recevront ces faits et ces conclusions avec hesi- 
tation, et soupconneront qu'on veut les tromper : ils doivent 
agir ainsi. Moi aussi, dans les premiers temps, j'etais entierement 
sceptique, car, dans mes premieres excursions geologiques, j'ai 
tant de fois trouve que ce qu'on regardait comme impressions 
de pieds d'animaux n'etait autre chose que le resultat de Tac- 
tion des eaux ou d'autres agens alluvionaux ou bien de 1'adresse 
des hommes, qu'a peine me serais-je ecarte de ma route pour 
en voir un exemple (2). Mais j'ai bientot vu que, dans le cas 



(*) Dans un catalogue d'ouvrages scientifiques publie il y a quelques mois en Europe, et 
qui dernierement est tombe entre nos mains, se trouve un ouvrage de Jaboz Allies, imprime 
a Londres : On certain curious indentations on the old red sandstone of Worcestershire and 
« Herefordshire, considered as tracks of antediluvials animals, etc. » Mais je ne connais do 
ces empreintes rien autre chose que le titre de cet ouvrage. ^ 

(1) Encourage par les faits que j'ai detailles, et esperant obtenir de pareils succes a l'oe- 
casion de descriptions que j'avais recues, d'empreintes de pieds sur une pierre de Rhode- 
Island , j'ai entrepris il y a peu de temps un voyage de 200 milles pour les examiner. On les 
rencontre a environ 2 milles au nord du village de Wickfort, sur la route qui conduit a Pro- 
vidence; et toutes les personnes que j'ai interrogees a une distance de 20 milles semblaient 
counailre ces impressions sous le nora de Devil's track ( traces duDiable); mais je n'y ai vu 
evidemment que le resultat d'une action de 1'eau. Et il m'a semble que la seule raison qui em- 
peche cha({ue personne de les regarder comme l'effet de Paction de l'eau, c'est la difficultc de 
concevoir comment l'eau pourrait avoir baigneassez long-temps cet endroit pour y produire ces 
excavations; car cllcs se liouvent pres de la surface d'ttii banc de gneiss passant a l'ardoise mica- 
cee san?, qn'il cxiste aucnne excavation formee par k lit de la riviere. Mais les geologues ne 



222 Hitchcock. — Traces d' Oiseaux dans le gres rouge. 

clout il s'agit ici, il y avait quelque chose de different. Lors memo 
que j'en aurais en on echantillon, quoique bien distinct, je 
n'eusse encore ose luiaccorderaucuneconfiance,oubiensi j'eusse 
trouve ces traces dans les carrieres : soit qu'elles se fussent pre- 
sentees en creux on en relief, je les eusse regardees comme des 
concretions; ou encore si je n'avais trouve que fort peu de rapport 
entre ces empreintes et une succession irreguliere des couches, 
j'aurais cherche a men rendre compte par quelque autre moyen, 
ou bien je les aurais laissees sans les expliquer. Mais quand je 
vois que, sous aucun point de vue, il ne reste de place pour le 
scepticisme; quand je vois que le pied droit et le gauche se dis- 
tinguent parfaitement; quand je puis, sans crainte d'erreur, 
distinguer les traces des Oiseaux vivans de celles qui sont sur la 
pierre; lorsque, parmi les cent exemples que j'en ai pu voir, il 
ne s'en est pas trouve un seul qui soit contraire a l'idee que ces 
traces ont ete produites par des Oiseaux, il me sembie que le 
fait devient de la plus grande evidence. II serait etonnant que , 
eloigne comme je le suis de toute collection zoologique, je ne 
me fusse pas un peu ecarte de la verite dans quelques-uns des 
petits details de mon sujet, n'ayant pu faire aucune des com- 



sont pasetonnes de trouver des preuves de Taction des eaux a la surface dela terre, quoiqu'ils 
ne puissent en expliquer le modus operandi Je ne puis facilement Pexpliquer dans le cas dont 
il s'agit; car la direction du courant sembie avoir ete du nord-est au sud-ouest, ou bien en 
sens contraire, et je ne connais dans la INouvelle-Angleterre aucun exeniple de Taction des 
eaux (excepte les courans existant maintenant) ou les eaux aient ete mues dans Tune ou Tautre 
de ces directions, mais que les excavations dont il s'agit et auxquelles on donne le now de 
traces aient ete produites par Taction des eaux, c'est ce dont je ne puis douter. Elles se 
trouvent dans une etendue de plusieurs verges en suivant la direction des rocliers; et l'ima- 
giuation des uns y a vu le pied d'un homnie; pour d'autres, c'est le pied d'un chien, pour 
d'autres, celui d'un animal a sabots; je n'eu ai vu qu'une ou deux qui fussent ties ressem- 
blantes. Dans quelques cas, elles out i ou 2 pieds delong, et en general 1 ou 2 pouces de 
profondeur. Mais si on trouve une de ces depressions qui ait quelque ressemblance avec le 
pied (Tun homme ou d'un animal, il est impossible d'en trouver une seconde qui lui corres- 
ponde de inauiere a indiquer des pas se succcdant les uns aux autres. J'aurais pu pousser plus 
loin ct;Ue description et donner des dessins de quelques-unes de ces traces, mais je n'ai pas 
juge que ccla i u t necessaire, car chacun en peut voir de scmblables partout oil les eaux ont 
de.scendu avec violence le long des rocliers. Toutefois, quaul a Topinion prorondement enra- 
cinee dans Tesprit du people a I'occasion de la cause surnaturelle el myslerieuse qu'il altribue 
a ces traces , je pease qu'il n'y aurait rien d'etrange si plusieurs generations passaient avant 
que cette idee supcrstitieuse cut disparu. 



hitchcock. — ■ Traces d/Oiseaux dans le gres rouge. ii?> 

paraisons que j'eusse desire faire; maisje serai heureux de voir 
redresser les differentes erreurs que j'ai pu commettre, quand 
meme ces corrections attaqueraient mes conclusions fondamen- 
tales. Je me suis arrange, non sans beaucoup de peine, de ma- 
niere a me procurer un nombre raisonnable d'objets d'histoire 
naturelle, surtout des petrifications, de sorte que je puis fournir 
aux geologues qui en desireraient des copies de mes echan- 
tillons,coloriees de maniere a ressembler parfaitement aux roches 
elles-memes; peut-etre meme pourrai-je leur donner quelques 
echantilions. En outre, mes propres exemplaires pourront tou- 
jours etre livres a leur examen, de sorte que si les opinions que 
j'ai emises ne sont pas satisfaisantes pour les geologues, je leur 
aurai au moins mis entre les mains les moyens d'arriver a la 
verite. 

EXPLICATION DES PLANCHES. 

PLANCHE VI. 

Etnpreintes de pieds d'oiseaux dans le gres rouge, faisant voir la disposition relative des 
pieds dans la marche. Il y a de plus quelques traces d'especes contemporaines pour servir de 
points de, comparaison. 

Fig. i. Ornithichnites gigauteus. Fig. 2.O. tuberosus. Fig. 3. Id. Fig. 4« O. ingens. Fig. 5. 
O. diversus? Fig. 6. O. diversus. Fig. 7. Id. Fig. 8. Id. Fig. 9. O. diversus « clarus. Fig. 10. 
Id. Fig. 11. Id. Fig. 12. Id. Fig. i3. Id. Fig. 14. O. palmatus. Fig. i5. O. minimus. Fig. 16. 
Snipe. — La Becassine. Fig. 17. Id. Fig, 18. TetraoPFig. 19. Peahen. — Le Paon. Fig. 20. 
Domestic-hen. — Le Coq domestique. Fig. 21. Turkey. — Le Coq dTnde. Fig. 22. L'Oie 
commune. 

PLANCHE VII. 
Fig. 1. O. ingens reduit demoitie. Fig. 2.O. diversus reduit de moitie. 

PLANCHE VIII. 

Traces d'oiseaux, pour faire voir la grandeur proportionnelle des pas et la disposition gene- 
rale des empreintes laisses par ces oiseaux. 



ii^ Academic des Sciences, 



E des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- 
giques presents a VJcademie des Sciences dans la derniere 
seance du mois do mars, et pendant le moiz, d'avril i836. 

Seance du 28 mars i836. 

IIistoijie naturelle. — Extrait d 3 une letlre de M. Gay a M. de Blain* 
Ville, datee de Valdivia, le 5 juillet i835, concernant les habitudes des 
sangsues au Chili , et la tendance que montrent les reptiles dans le memo 
pays j a devenir vivipares. 

« Ce qu'il y a de particulier, c'cst qu'ici toutes les sangsues vivent 

aussi dans les bois et jamais dans Feau; je ne puis faire une course, une lierbo- 
risation, sans avoir les jainbes maltraitees parleurs piqiires. Elles rampentsurles 
plantes, les troncs, montent meme surles arbrisseaux, et ne s'approchent jamais 
des marais 011 des rivieres; la sculc que le hasard m'ait fait decouvrir dans ces 
endroits est uuc ties petite especcde branchiobolclle, qui a la singuliere habitude 
de vivre dans la cavite pulmonaire de Y auricula Dombeii ; c'est endissequantcc 
mollusque que j'ai eu occasion de la rcncontrcr. Dcja dans les environs de San- 
tiago j'en avais dccouvert une autre espece qui vit aussi sur les brancliies, mais 
sur celles de Tecrevisse. 

« Un fait non moins interessant, et qui nierite sans doute votre attention , 
c'cst la tendance qti'ont, dans ces regions australes, les reptiles a devenir vivi- 
pares. Le plus grand nombrc de ccux que j'ai disseques m'ont fourni ce fait re- 
marquable. Ainsi, non-seulcment l'innocente couleuvrc de Valdivia met au jour 
ses petits vivaos, mais encore tous ces jolis iguaniens, voisins du genre leposoma 
de Spix, et qu'a cause de leurs belles couleurs j'ai appcle provisoirement chry- 
sosaurus. Les especes que j'ai soumises a cet examen, meme celles quipondent a 
Santiago, m'ont toutes, sans exception, signale ce plienomene; de sorte qu'il 
m'est pcrmis de le generalise!'. Les balraciens m'ont aussi fourni certains exem- 
plcs de ce genre, quoiquc en general ils soicnt tous ovipares. Cependant un 
genre voisin des rhinella de Filzingcr, et dont plusieurs especes assez agreablc- 
ment pcintes font partic de mes collections, m'a constamment prouve que ce 
genre etait constamment vivipare, et venait par consequent augmentcr les preu- 
ves d'un fait d'aulant plus remarquable que tous les cxemplcs se trouvent reu- 
nis dans un rayon de deux ou tiois licues sculement. » 

Histoire katurelle. — Extrait d' une lettre de M. Robert a M. de Blain- 
ville, da tee de la bane du Senegal, le 19 Janvier 18 36, concernant I' ani- 
mal de la spiral?.. 

« Je m'empiessc de vous faire savoir que nous avons deja rccueilli, M. Le- 
clcticlier (chirurgicn-majoi de la Recherche) ct moi , la spirule que vous m'a- 
viez recoinmandec. 



^4cademie des Sciences. $i3 

cc Des que nous eumes atteint les iles Canaries, le calme nous permit de voir 
flottcr un grand nombre de coquilles appartenant a ce mollusque. Nous nous 
mimes immediatement a pecher avec un filet d'etamine, et deux ou trois jours 
apres avoir pris ton nombre d'animaux mous, de tres petits poissons, etde cms- 
taces que nous n'avons pas neglige de conserver, M. Leclencher eut la satisfac- 
tion de saisir quatre ou cinq spirules, avec l'animal plus ou moins conserve, par 
24°23' de latitude nord, et 2o°22' de longitude ouest. Chaque individu conserve 
fort heureusement intact un ou plusieurs de ses organes, de maniere que tous 
reunis pourront donner l'animal probablement complete qui est bien loin de 
ressembler aux figures que nous possedons a bord. J'ai dessine avec le plus de 
soin possible I'individu le mieux conserve. 

« Nousavons reconnu egalement que les pbysalies font leur proie habituelle 
des spirules, ce qui pourrait expliquer la grande rarete de l'animal entier, et la 
grande abondance de sa coquille vide. » 

Anatomie. — Lettre de M. Jacquemin, concernant le mode suipant lequel 
Vair penetre des poches pneumatiques de la cavite* pectoro-abdominale de 
Voiseau, dans les diver ses pieces de son squelette, et particulierement sur la 
situation des ouvertures par lesquelles ce fluide s'avance. 

« J'ai choisi pour exemple un bon volier vieux qui avail vecu en liberie 

lei qu'un aigleou un vautour. Toutl'air qui remplit les os de sa tete vientd'une 
meme source qui est la cavite du tympan. L'air arrive dans cette cavite par la 
trompe d'Eustache et il en sort par quatre passages. Le premier est un groupe 
de trous situe a la partie superieure de cette cavite. En les traversant, Fair pe- 
netre dans Yoccipital f dans la partie ecailleuse du temporal, dans les parie- 
taux, dans le frontal, et enfin dans la lame verticale de Veilimoide. Tous ces 
os sont composes de deux lamelles, l'une externe et l'autre interne, enlre les- 
quelles se trouve du diploe dans les cellules duquel l'air circule. Le second est 
egalement un groupe de trous place dans la partie inferieure de la cavite du 
tympan a cote de l'entree de rantivcstibulum. II fournit de l'air au basilaire 
et au spheno'ide, qui communique avec Xethmoide. Le troisieme est le trou de 
Galvani place dans la paroi posterieure de l'antiveslibulum ; il communique avec 
une cavite qui occupe l'espace compris entre les canaux demi circulaires; de 
cette cavite l'air pen ctre dans le rocher et les parties voisines. Tous les os que 
nous venons de citer communiquent run avec l'autre, et ceux d'un cote avec 
ceux de l'autre., de maniere que l'air circule librement de cellules a cellules dans 
toutes leurs parlies. Le quatrizme passage est celui qui est perce dans le sipho- 
neum. C'est un petit conduit, osseux chez les bons voliers adultes, membraneux 
chez les autres. II est destine a conduire l'air de la partie inferieure de la cavite 
du tympan dans la mdchoire inferieure, en passant par le trou pneumatique 
situe sur la face superieure de l'apophyse interne de cette machoire. Ce meme 
canal conduit aussi l'air dans les cellules placees entre les muscles de l'articula- 
tion de la machoire inferieure et le long du muscle pterygoide interne et l'os 
jugal jusqu'a 1'apopliyse jugale du maxillaire superieur, pour iui apporter de 
V. Zooi-. — Ami, j 5 



2^4 Academic des Sciences. 

l'air qui y penetrc par des troiis pcrces Jans sa face inferieure. Dc la, l'air s'a- 
vance j usque dans Yintermaxillaire, Le lacrimal recoit de l'air par commu- 
nication avcc rctlnnoide ; Y09 carre le recoit immediatement de la caisse du 
tyinpan par son apophysc suuerieure. L'os palaiin , le vomer, Yomo'ide et le 
jugal, ne contieunent pas d'air; les deux lamelles qui les composent s'appli- 
quant immediatement Tunc contre l'autrc, il n'y a pas de diploe entre clles qui 
puisse couteuir l'air. Les os propres du nez nc sont pneumatiques que dans 
leur apophysc frontale 5 l'air leur arrive par communication ccllulaire avcc le 
frontal. 

cc Les resultats auxquels de nouvelles rccherches sur la pneumaticite des os du 
tronc et des cxtremites m'ont conduit, seront l'objet d'une seconde lettre que je 
prcndrai la liberte d'adresserprochainement a M. le president. » 

Seance du 4 avril. 

Note de M. Duvernoy explicative de la theorie qii J il a donnee dans son der- 
nier memoire sur la langue > des mouvemens de la langue du cameleon. 
Voyez page ia3 pour le Memoire de M. Duvernoy, et page 127 pour celui de 
M. Dumeril.) 

( cc J'ai lu avec attention l'extrait public dans les Comptes-Rendus de la Note 
que M. Dumeril a communiquee a l'Academie sur la langue du cameleon, ai'oc- 
casion de mon memoire sur la langue et particulierement de ma theorie sur 
les mouvemens de ce singulier organe, dans le cameleon, theorie que M. Du- 
meril rejette. 

cc Sans vouloir engager une polemiqne avec mon savant confrere, en faisant 
a-la-fois violence a mon caractere et a mes sentimens , je dois cependant re- 
pondre par les observations suivantcs, uniquement dans le but que nous avons 
tous les deux de parvenir a la decouverte des verites qui seulcs peuvent avan- 
ccr la science. 

cc i° La vessie membraneuse, ct non a parois solides, qui est attachee au la- 
rynx, ne tientpas du tout a 1'hyoide, ainsi que je l'ai imprime dans le tome iv, 
part. 1 de la 2° edition des Lecons d' Analomie comparee. 

cc 2 Dans les mouvemens dc protraction de la langue, 1'hyoide et toulc la 
langue se separent du larynx et de cette poche; de sortc que ces deux der- 
nicrs organcs sont tout-a-fait indepcndaus de ces mouvemens, au coniraire 
dc cc qui a lieu generalemcnt, ct sans doutc pour les rendre plus libres etplus 
ctendus. 

cc 3° D'apres mes recherches, cette vessie qui se gonfle lorsque Ton souffle 
dans le larynx, fait aussi partic de l'organe de la voix, comme le sac hyothy- 
roidicn dc plusicurs singes ; mais elle n'a aucune communication avec le tube 
dc la langue. 

cc 4° Cc tube n'a dc memc aucune communication avec les voies aeriennes. 

cc 5° II est forme exterieurcment par la continuation dc la membrane mil- 



Academic des Sciences. 11$ 

queuse de la bouclie, et double interieurement par une membrane sereuse, for- 
mant un sac ferme de toutes parts. Cette disposition est constante dans l'econo- 
mie animale, toutes les fois que les mouvemens qu'exercent certains organes 
internes, auraient pu cnflammer leur surface, par l'effet des frottemens qui en 
resultent. Les mouvemens rapides de deploiement et de reploiement de la 
langue du cameleon sur la tige de l'iiyoide , entrainaient cette necessite 
organique. 

cc 6° L'anatomie de la langue du cameleon et celle de ses voies aeriennes m'a 
detourne de l'idee que j'avais eue egalement, et d'apres laquelle j'ai aussi dirige 
mes recherches, que les mouvemens extraordinaires de cet organe pourraient 
etre produits par une sorte d'insufflation et d'aspiration alternatives de Fair des 
poumons. 

cc 7 Restaient les theories d'une erection sanguine, celle d'une erectionner- 
veuse, 011 bien faction musculaire. 

cc 8° Quant a 1'erection sanguine, adoptee par M. Houston, je prouve encore 
par l'inspection anatomique, et par ee que nous savons de cette sorte d'erection, 
qu'on ne peut l'admettre ici. 

cc 9 Nous ne connaissons rien de semblable a une erection purement ner- 
veuse dans 1'economie animale. Cette supposition d'une turgescence rapide et 
considerable par l'afflux d'un lluide imponderable, serait d'ailleurs suivie d'un 
afFaissement. Dans cette hypothese on aurait encore besoin de Taction musculai- 
re, du moinspourla retraction. 

cc io° C'est done a cette action musculaire et a cette action seule qu'il faut 
avoir recours, a mon avis, pour expliquer le phenomene vital en question. 

cc Dans mon premier memoire sur la langue, lu deja en i8o4 a la Societe 
pros la Faculte de Medecine de Paris, memoire dont M. Dumeril a bien voulu 
donner un extrait dans le Bulletin de cette Societe, et dont il a paru un cxtrait 
plus detaille., avec planche, dans celui de la Societe philomatique de cette meme 
annee i8o4, fai decrit, le premier, en detail, le mecanisme de cette ac- 
tion (1). Ma description montre qu'il y a dans rarrangement des muscles de la 
langue et de l'hyoide, et dans la forme de celui-ci et ses rapports, des modifica- 
tions du plan general qui expliquent ces mouvemens. 

cc 1 1° Dans le travail actuel, j'ai rectifie ou complete les descriptions anato- 
miques de mon premier memoire. II en est resulte pour moi la conviction que 
les mouvemens extraordinaires de la langue du cameleon etaient dus, comme je 
l'avais annonce depuis si long-temps, uniquement a h'action musculaire. 

cc La protraction de la langue est un Jet produit par les muscles protracteurs 
de Vhyoidc, et par rimpulsion communiquee par ce dernier au gros bout de la 
langue. La disposition des muscles retracteurs ordinaircs de la langue, les hyo- 
glosses, et l'elasticite des parties distendues, en determinent la retraction, 

(1) Ce meme travail que j'avais insere dans les Lecons d'anatomie comparee, mais aussi par 
extrait, n'a ete imprime en entier qu'en i83o , dans les Mem. de la Soc. d'Hist. nat. de Stras- 
bourg, tome 1. 

i5. 



iiG Academic dcs Sciences. 

« 12° Ccttc explication est fondce sur dcs faits positifs, sur la description 
d'uu arrangement organiquc facile a constater on a rectifier, s'il y a lieu. » 



Seance dun avril. 

Lettre de M. Robert sur les spirules, sur le lamenlin du Senegal et sur 
Vexistencej dans celte me me region de V Afrique-, de Vhyene tachetee. 

<c Dans le dcuxierae voyage que j'ai cu I'avantage de faire sur la corvette de 
VEtat la Recherche, comraandee par M. le capitaine Trehouart, parmi les ob- 
jets que j'ai recueillis pour le Museum, nous avons, ainsi qne M. de Blainville a 
deja eu 1'attention d'en informer l'Academie., peche, M. Leclenchet et moi, le 12 
Janvier dernier, par 24° 28' de latitude nord, et 20 22' de longitude occiden- 
tal, ou entre les Canaries et le cap Blanc, cinq spirules australes (S. Peronii) 
avec i'animal plus oil moins bien conserve. Je vais avoir lhonneur de vous 
soumettre ce qu'elles m'ont paru offrir de plus remarquable, en attendant que 
je puisse faire un memoirc sur ce sujet au retour de la campagne d'Islande que 
je vais entreprendre de nouveau avec M. Gaymard. 

« i° Independamment des deux lobes lateraux qui, dans la figure de Y En- 
cyclopedic methodique, terminent le corps de I'animal en arriere, on distingue 
parfaitement, a partir de ce point correspondant a un sillon, chez les cinq in- 
dividus en question, deux, expansions natatoires quiachevent de garnir la partie 
posterieure de la spirule, de maniere a lui donner dans celte region la forme 
d'un bouton. Ainsi enchassee, la coquille n'est plus a nu que dans une faible 
etendue, et sur deux points diametralement opposes, et encore est-il facile d'en- 
trevoir qu'elle doitetre entierement recouverte parun prolongementdu manteau, 
qui forme une espece de bourreietsurla limite dcs deux espaces ovales par ou la 
coquille se fait jour. 

cc 2 Un des cinq individus conservait encore un ceil, qui est tres gros rela- 
tivement au volume de l'animalj mais il faut noter aussi que cetorgane sc trou- 
vait presquc entierement denude. 

« 3° Les yeux rcposentdansdesespec.es de cavites orbitaires formees par une 
piece cartilagineuse. 

cc 4° Sous le cou, on remarque Touverture de 1'cntonnoir ordinaire chez les 
Cepbalopodes. 

a Malheurcuscmcnt le rcstc de la tete manque, et il n'y a plus de traces des 
bras. 

a Quoi qu'il en soit, on ne peut s'empechcr de rcconnaitre que cc Mollusque 
se rapprocbe singolierement du calrnar sepiole {loligo sepiolq.) 

(( 5° Le manteau, les expansions natatoires, 1'cntonnoir, etc., sontd'unccou 
leur blanc jaunatrc ou cafe au iait, pointillcs de brim. 

« Les spirules et les dessius que j'essayai d'en faire, aussitot qu'elles furent 
sorties dc h mcr ; soul deposes 6ur le Inucau de l'Academie, 



^cademie des Sciences, 227 

« J'ajoulerai, pour chercher a expliquer l'etat de la coquille, qu'on trouve le 
plus souvent intacte, ainsi que sa grande abondance a la surface de lamer dans 
les parages que j'ai visites, que l'auimal qui se tient sans doute a une certaine 
profondeur dans Teau quand il est vivant, m'a paru servir de proie ordinaire aux 
physalies, ehtre les tentacules desquelles un des cinq echantillons a ete pris. 

« En terrainantcette note, je crois devoir signaler quelques particularites dans 
le squelette d'un laraentin du Senegal de 9 pieds de longueur, que j'ai recueilli 
egalement pour le Museum. 

cc i° Tandis que Taxis est complement sonde a la troisieme cervicale, l'arc 
posterieur des cinquieme et sixieme cervicales n'estpas entierement ferine sur la 
ligne mediane, priucipalement la cinquieme, qui presente uti ecartement dc 8 a 
9 ligncs. 

cc i° A partir dc Iadouzieme vertebre lombaire, toutes les aulres, an nombre 
de treize, presentcnt 1'indice d'une reunion incomplete, ou d'une espece de 
spina bifida dans le corps cle la vertebre. 

cc On compte dans le squelette dix-sept paires de cotes, sept, vertebres cervi- 
cales, dont deux soudees ensemble, seize dorsales ctvingt-cinq lombaires. 

cc II n'y a dans le squelette aucune trace des os du bassin. 

cc Enfin, parrni les peaux d'auimaux que j'ai observers a Saint-Louis, pro- 
venant du haut Senegal, il s'en est trouve une appartenant a l'hyenc ta- 
chetee., animal qui n'avait ete indique jusqu'a present que dans le midi de 
l'Afrique. » 

De tfordre suipant lequel les plumes sont disposees sur le corps de Voi- 
seau ; parM. Jacquemin. 

cc J'ai pris pour exemple la corneille... 

cc II n'y a guere qnela moitie de lasuperficie du corps de cetoiseau qui 

donne attache a des plumes; le reste n'est garni que de duvet quelquefois tres 
rare* A 1'exception de cclles de Taile et de la queue, toutes les plumes sont dis- 
posees par bandes, que j'appelle bandes d J insertion. 

cc La face superieure du corps presente une bandc d'insertion qui regue 
tout le long de la ligne mediane depuis les uarines jusqu'a la glande anale; je 
la nomme bande d'insertion dorsale. Sa partie cervicale rccouvre tout le dessus 
de la tete; sur le cou, elle se retreat consideiablement, et forme un ruban d'une 
largeur egale, qui se prolong'e assez avant sur le dos. Arrivee entre la partie 
posterieure des deux omoplates, elle se bifurque, laisse un espace denue de plu- 
mes entre ses deux branches sur la ligne mediane, puis se reunit au niveau du 
bassin pour se terminer en forme de triangle, en avant de la glande anale. Quoi- 
que cette bande n'occupe qu'une partie de la face superieure du corps, les plu- 
mes qui la composent, en secouchant obliquement sur les cotes, recouvrent nean- 
moins tout le dessus du corps. 

cc Parallelement a cette grande bande d'insertion dorsale, on en voit quatre 



22« Academie des Sciences. 

autrcs. Les deux anterieures, line pour chaquc aile, sont placees un peu au- 
dessous dc Tepaulc ; clles se dirigent transvcrsalcment d'avant en arriere sur le 
Lias, depuis lc commencement de la membrane antericure dc l'aile jusqu a sa 
membrane postericurc, ou elles se tcrmincnt chacune par quatrc ou cinq fortes 
plumes. Je les appelle bande d'insertion humerale. Les plumes auxquelles 
clles donnent naissance recouvrent toutc Tepaule et les flancs en formant un 
faisccau, qu'on remarque dans Tangle qui resultc dc la reunion du bras avec 
le corps. 

a Deux autres bandes analogues, une pour chaque cote , se dirigent trans- 
vcrsalemcnt d'avant en arriere, sur la face superieure dc la cuisse a peu de dis- 
tance de son articulation. Elles sont beaucoup plus petitcs que les humerales. 
Jc les nomme bandes d'insertion femorale ; leurs plumes recouvrent la face 
cxterne de la cuisse et les parties laterales du bassin. 

« Les fjennes caudales sont implantees sur une ligne en fer-a-cheval ; leur 
nombrc est de douze. Cinq sur chaque cote sont inserees obliquement sur un 
memc plan; les deux internes qui forment la paire medianc ou coccigicnne se 
trouvent sur un plan plus eleve: elles sont atfachees immediatement sur les 
deux cotes de Textremite superieure de la derniere et singulierc vcrtebrc cau- 
dalc- II n'existe sur cette face superieure de la queue qu'une seulc serie de 
couvertures appliquees immediatement sur les pennes. 

« L'aile prcsente beaucoup plus de details. Le dessus de la membrane an- 
tericure est couvert de fortes plumes dirigees vers l'extremite de l'aile, et qui 
rayonnent en mcrae temps vers les bords. Les couvertures des pennes consti- 
tuent deux series qui commcnccnt toutes deux dans Tangle forme par la reunion 
du bras avec le corps sur la surface postericure dc Thumerus. La premiere se- 
rie se compose de sept plumes pour le bras, de douze pour Tavant-bras, placees 
tres regulierement sur la ligne mediane de sa face cxterne tout proche de Tin- 
sertion des pennes; et enfin de neuf\>ouT la main, dont souvent trois ou quatre 
manquent. La seconde s'applique immediatement sur les pennes ; elle se com- 
pose de sept plumes pour le bras , placees entre les sept de la premiere sei ie ; 
de douze t pour Tavant-bras, coucbees obliquement sui les douze pennes de cette 
region, et inserees sur la face interne de leur point d'insertion. Elies sont plus 
longues que celles de la serie precedente, et dirigees plus oblicfuement vers la 
pointe de Taile. Enfin, il y a, pour cette seconde serie, dix plumes sur la 
main, placees entre les pennes digitales dont elles suiveut la diiection et la 
longueur. 

cc Le puuee porte trois pennes qui forment Taile batarde des ornithologistes. 
Elles sout courtes et couvcrtes d r une seule serie de couvertures composees de 
trois plumes. » 

Explication au sujet de I'embryon de Syra ; par M. Geoffroy-Saint- 

IIlLAIIlE. 

(( Le vomissement d'un cmbryon par un jcunc garcon est un fait unique dans . 



Academie des Sciences. 229 

les annales de la science, et tellement paradoxal que les deux enquetes elles- 
memes, qui furentfaites avec tant de soiu a Svra et a Nauplie, en i834 (1) , ne 
suffisent peut-etre pas a lever tons les doutes. M. Geofnoy-Saint-Hilaire a done 
pense qu'il importait de soumettre le fait a une discussion nouvelle, et de l'e- 
clairer deslumieres que peuvent fournir, soit sa comparaison avec les faits qui 
ont avec lui le plus d'affinite, soit surtout la dissection de l'embryon de Syra, 
que M. le docteur Ardoin , medecin francais, etabli en Grece, a fait parvenir 
depuis peu a M. Geoffroy. 

a En attendant les resultats de la dissection delicate a laquelle est presente- 
mentsoumise la piece anatomique envoyee de Syra, et par laquelle «a veritable 
nature ne peut manquer d'etre devoilee avec toute certitude, M. Geoffroy-Saint- 
Hilaii e reunit et compare, dans son memoire, un assez grand nombre de faits 
qui, sans etre sernblables au cas de Svra, puisqivil n'y a eu vomissement 
dans aucun d'eux , ont du moins avec lui des analogies plus oil moins 
prochaines. 

cc Ces faits sont de deux ordres. Les uns sont tous ces exemples d'inclusion 
d'un embryon dans un autre sujet, souvent dans un sujet male, que les auteurs 
ont tour-a-tour compris sous les noms de duplicite mGnstrueuse par inclusion j 
d ' intra fee tation , de grossest congeniale,, etc., et dont I'exacte connaissance 
est surtout due a Himly, aHergenroether, a M. Olivier et a M. Dupuytren. Le 
rapport etendu et devenu celebre, qui fut fait, en i8o4, par ce dernier a la 
Faculte de Medecine, sur le cas preseute par le jeune Bissieu, est l'un des tra- 
vaux qui ont le plus contribue a fixer l'attention des pbysiologistes sur la mons* 
truosite par inclusion. Le cas du jeune Bissieu est aussil'un de ceux qui offrent 
le plus d'analogie avec le fait de Syra ; car il s'etait etabli une communication 
entre le kiste abdominal renfermant l'embryon accessoire, et le canal ali- 
raentaire du sujet principal , ainsi que put le faire soupconner pendant la 
vie la rejection anale de cheveux et de quelques autres debris de l'embryon 
iuclus , et comme il fut demontre apres la mort par une autopsie faite avec beau- 
coup de soin. 

cc M. GeoftYoy-Saint-Hilaire, apres avoir rappele succinctementces cas d'in- 
clusion, deja depuis long-temps admis dans la science, fait connaitre un autre 
ordrc de faits presque entierement negliges jusqu'a present par les auteurs. 
Ccux-ci se ropportent, non plus a l'inclusion d'un embryon dans un autre sujet, 
inaisala coexistence dansle meme ceuf de deux sujets : l'un tres petit, compri- 
me, atropine et comme ecrase par l'autre; celui-ci de volume et de conforma- 
tion ordinaircs. La liaison des faits de ce second ordre avec les premiers est 
facile a apercevoir, l'inclusion d'un foetus dans un autre supposant necessaire- 
ment pour premiere condition une tres grande inegalite dansle volume des deux 
freres. 



(1) Voyez page 119 le Qompte-renclu de la seance du 8 fevrier i836. 



23o Academic, des Sciences. 

cc Ce ful en 1828, dans un voyage que M. Gcoffroy fit dans le midi de la 
Fiance, ({lie son attention sc fixa pour la premiere fois sur ces cmbryons atro- 
phies que Ton trouvequclquefois dans l'uterus avec un sujet norinalcment deve- 
loppe. On lui donna a cctte cpoque nn fcetus huinain , desseche, comprime, 
arrete au volume d'un embryon de quatre mois, mais qui parut a M. Geoffroy 
devoir ces apparences a la compression que lui aurait fait subir son frere ju- 
meaii, normalement developpc, et ne auterme ordinaire dela gestation. M. Geof- 
froy pensa que si de tels cas etaienttres rares dans les annales de la science, ils 
pouvaient ne pas l'etre autant dans la nature, et il pria madame Legrand, sage- 
femme en chef dc la Maternitc, de donner plus d'altention qu'on ne le faitcom- 
lnuueinent aux annexes du foetus, presque toujours detruites sans examen et au 
moment memo de la naissance. Les previsions de M. Geoffroy n'ont pas etc 
trompees ; car l'examen auquel madame Legrand a bien voulu sc livrer sur son 
invitation, lui a fait trouver jusqu'a six cxemples de celte rcmarquable coexis- 
tence de deux jumcaux, l'un ayant parcouru regulierement toutcs les phases de 
son evolution; l'autre desseclie, comprime, arrete dans l'une des premieres pc- 
riodes de son developpement. 

cc Ces fails ne sont pas seulement intcressans par l'application qui peut en 
ctrc faite 11 la difficile question de la monstruosite par inclusion. Ils tendent a 
prouvcr que si les naissances doubles sont rares dans Tespece humaine , les 
doubles conceptions le sont beaucoup moin.s, mais qu'il arrive dans certains cas 
a l'un des deux jumeaux d'etre etoufle par l'autre, et reduit a un si petit volume 
que le plus suuvent, au moment dela parturition, il passe inapercu avec le pla- 
centa et les autres annexes du fcetus. » 

L'Academic sc forme en comite secret a 4 heures un quart. A. 



Seance du 18 avril. 

Correspondance. — M. Coquand signale plusieurs resultats des recherches 
de M. le docteur Bassi sur la muscardiue, maladie qui attaque les vers a sole. 

Note remise par M. Geoffroy-Saint-Hilaire , et ayant pour titre : Mon 
dernier mot sur Vembryon de Syra. 

« J'avais acccpte commission ou mission qui me vint de physiologistes etran- 
gcrs, de chercher a eclaircir la question., jusqu'alors ties cmbrouillec, du vomis- 
sement pretendu d'un fcetus a Syra. On donnait a ce fait Forigine d'un cas d'in- 
clusion abdominalc, dont maintenant on racontc beaucoup d'excmples, et la plu- 
part tenant du prodige. 

cc Ainsi Ton avait admis dans la science (Schurigt, autcur dc l'observation, en 
1750) le recit de debris d'un foetus qui s'etaient fait jour tout a travers le plcin 
d'un des cotes du bas-ventre. Mais toutcfois, il n'avait encore jamais ete ques- 
tion durejet d'un frere par la bouchc de son frere. 



\Academie des Sciences. 23 1 

<c C'est cettenouvelle qui se repandit a Syra en i854. Elle fut donnee, affir- 
niee, tres circonstancice, et attestee par les temoiguages de deux enquetcs so- 
lennelles. Ce devenait, sous l'enseignement des principes les plus averes du cal- 
cul des probabilites, un fait certain ; deux remarques contredisaient, les regies 
de la physiologic reclamaient, et jamais un fait extraordinaire et unique n'en- 
traine tout d'abord une conviction unanime. La physique non plus nc comprend 
rien a des pierres qui tombent du ciel: mais c'est deja depuis si long-temps que 
Ton croit a des pluies de pierres, que la frequence de ces redites sauve les ap- 
parences. 

« Nous n'en sommes point la au sujet du vomissementd'un frere par son fre- 
re. Je le repcte : ce serait un fait unique. 

« Je craignais de m'engager dans unoidre d'impossibilites dont il faut eviter 
l'eclat dans la marche austere des sciences. Aux pressantes invitations que je rece- 
vais de m'expliquer sur ce grand sujet d'emoi physiologique, j'ai repondu : En- 
voyez-moi les pieces dont on argue. J'ai fait mieux; comme a leur premiere 
inspection aucune forme n'etait nettement dessinee, j'ai fait mouler ces pieces 
avant de les examiner et de les detruire, pour les mieux apprecier. 

<c Cette etude faite en conscience, et a 1'aide d'anatomistes du plus grand me- 
rite, je ne vois rien en elle qui puisse autoriser les pretentions elevees sur les 
lieux de la scene. 11 n'y a ni certitude, ni legitime authenticite dans les allega- 
tions mises en avant; etmon avis est qu'il faut s'abstenir d'inscrire ce pretendu 
vomissement d'un frere par son frere dans les fastes de la science; 

<c JNous ne voyons la qu'une renovation a bien des egards, qu'une nouvelle 
edition de 1'historiette de la dent d'or. II est fachcux qu'une explication qu'on en 
a donnee si a Timproviste , et sans avoir attendu Tindication d'un recit preala- 
ble, doive demeurer inscrite dans un des Comptes-rendus de T Academic. A 
1'aide de cette garantie academique, c'est une thcorie a se glisser inaper9ue dans 
la science. 

« Au surplus, je ne regrette point le temps que j'ai employe a debrouiller les 
mysteres de la communication venue de Syra. Les efforts d'esprit auxquels j'ai 
du recourir pour accordertant de donnees, qu'enfln jetiens pour inconciliables, 
m'ont fait reflecliir aux dissonances organiques racontees dans les monographies 
des cas d'inclusion abdominale. Je les crois presentement susceptibles d'etre ral- 
lies et embrassees dans un travail d'ensemble. On a beaucoup parle du fait ce- 
lebre par Dupuytren, de la mort de Bissieu, frappe aux approches de son age de 
puberte par suite du developpement de son jumeau inclus. 

« Je reprendrai ce sujet. » 

Leltre de M. Jacquemin sur la distribution des canaux aeriens dans les 
di verses parties du squelette des oiseaux. 

a Dans une premiere lettre sur le meme sujet (seance du 28 mars), M. Jac- 
quemin n'avait consider? la distribution des conduits aeriens que dans les parties 



^32 Academic des Sciences. 

osscuscs dc la tele ; aujourd'hui il poursuit le raeme systeme dans tous les autres 
os du squclette. 

(c Tous les os qui constituent l'epaule , tels que Yhumerusj Yomoplate, la 
Jburche Meet hclavicule coracoide ont leurs trous pneumatiques groupes autour 
de leur extremite scapulaire. lis recoivent tous 1'air de la poclie sous-scapulaire. 
Le cubitus et le radius se chargent d'air par des trous souvent tres nombreux 
situes a leur extremite superieure. L'air parvient a l'articulation du coude par 
deux voies differentes, Tune sc fait par la communication des cellules du 
tissu cellulaire de cette articulation avec celles de l'articulation scapulaire entre 
les muscles du bras, l'autre se fait par la cavite interne de 1'humerus et les trous 
qui existent a son extremite inferieure. Les mailles du tissu cellulaire de l'arti- 
culation du carpe sont egaleraent remplies d'air qui leur arrive par communica- 
tion avec les cellules de l'articulation du coude, et par 1'intermediaire de la ca- 
vite interne des os de l'avant-bras qui presentent de meme que 1'humerus des 
trous aeriens a leur extremite inferieure. Les os du carpe et du metacarpe re- 
coivent Fair du tissu cellulaire qui les entoure par des trous dont la position 
n'est pas toujours fixe. Chaque phalange digitate presente un trou aerien sou- 
vent ties developpe et recoit l'air de ce meme tissu cellulaire. 

k La meme disposition se retrouve pour les extremites inferieures; les trous 
pneumatiques y sont distribues exactementde la meme maniere et Fair leur ar- 
rive par un mecanisme entierement semblable. Chez les vieux et bons voliers , 
toutes les pieces osseuscs sont remplies d'air jusqu'a la derniere phalange; ce 
fluide leur parvient par la poche pneumatique sous-femorale, placee dans les 
deux parlies laterales du bassin. 

cc Les vertebres cervicales presentent des trous pneumatiques petits et nom- 
breux places dans le canal que forment lateralement les apophyses transverses 
de ces vertebres. La poche pectorale envoie un prolongement qui longe ce ca- 
nal dans toute son etendue et fournit de l'air a chacune des vertebres. Les trous 
pour les vertebres peclorales et dorsales, sont places dc meme sur les faces la- 
terales de ces vertebres ; mais l'air leur est fourni par la poche pectorale pour 
les premieres et paries deux poches sous-costales pour les autres; ces dernieres 
poches fouinissentaussi dc I'.iir aux cotes par des trous nombreux perces a leur 
face interne. — La poche sacree occupe une grande partic de la cavite interne 
du bassin, elle est appliqucc imrnediatcment sur les os qui le coraposent et aux- 
quels elle fournit de Fair. Les trous pneumatiques pour X ileum sont situes sur 
la face interne et antcrieurc du bassin, de chaque cote de la colonne vertebrale 
dans le point dc sou rcnflcmcnt; ce meme os presente aussi des trous aeriens 
derriere et en liaut dc l'articulation dc la tete du femur dans l'interieur du bas- 
sin. UischioJi et le pubis recoivent Fair par communication avec Fileum, Le 
pubis cependaut presente quelquefoi' d. > ii ous ties grands a son extremite an- 
tericurc et interne. 

« L'air des vertebres lombaires et coccygiennes est fourni par desprolonge- 
mens, un anterieur et un postcrieur que forme la poche sacree; les trous sont 



Publications nouvclles. 2 33 

places comrae d'ordinaire sur les cotes du corps de ces vertebres. La derniere 
vertebre coccygienne presente en outre quelquefois., un tres grand trou a sa face 
inferieure ; enfin, le sternum recoitabondarament de Fair de la poche sternale 
placee a sa face interne. Les trous qui le percent sont nombreux et situes le 
long de sa ligne mediane : on en remarque toujours deux tres considerables pla- 
ces vers son extremite anterieure. 

« La poche sternale fournit aussi de l'air aux apophyses sternales des cdles, 
au moyen de trous situes a leur extremite inferieure. » 



Publications nouvelles. 

i° Catalogue des Mollusques marins et des Crustaces du Bouhnnais ; 
par M. Bouchard- Chantereau. Boulogne, i835, 2 brochures in-8°. 

2° Histoire des Mollusques terrestres et fluuiatiles du departement de la 
Sartlie • par M. Goupil. Brochure in-12. Le Mans, i835. 

3° Catalogue des especes et varietis de Mollusques terrestres etfluviatiles 
de VAuvergne ; par M. Bouillet. Brochure in-8°. Clermont-Ferrand, i836. 

C'est avec un grand plaisir que nous voyons nos confreres de la province 
fixer leur attention sur les richesses zoologiqucs dont ils sont entoures et dont 
l'etude a ete jusqu'ici singulicrement negligee. Les publications de la nature de 
celles que. nous annoncons ici sont utiles de plus d'une maniere: elles facilitent 
beaucoup l'etude de cette branche d'histoire naturelle aux personnes qui n'ont 
pas de grandes collections, et qui habitentles localites ainsi explorees ; elles con- 
tribuent en meine temps a propager le gout de la zoologie, et elles doivent ne- 
cessairement fournir a la science une foule d'observations interessantes et de 
materiaux precieux pour l'histoire a peine cbauchee du mode dc distribution 
geographique et topographique des animaux. 



Premier me moire sur les Echinidesj Prodrome d'une nouvelle classifica- 
tion de ces animaux; par M. Charles Desmoulins (insere dans les actes de 
la Sociele linneenne de Bordeaux, t. vii), 79 pages in-8° avec deux planches. 

L'auteur a commence la redaction d'un travail general sur les Mollusqu.»es et 
Zoophytes tant vivans que fossiles de la Dordogne, et de la Gironde par la pu- 
blication d'un catalogue des Stellerides; aujourd'huiil aborde avec plus de deta.ils 
l'etude des Echinides.Son prodrome comprend des observations generates sur/ la 



2 34 Publications nouvclles. 

determination dcs divers organes et particuliercrnent des pieces solides qui en- 
trcnt daus la composition des Eeliiuides. Vient ensuite unc discussion sur la va- 
lcur des caractercs employes dans les diverses methodes dc Lamarck, Cuvier, 
MM. Goldfuss et dc Blaiuville; puis deux tableaux prescntant les caractercs 
fondamentaux des genres ctablis essentiellementsur les parlies solides ; I'un de ccs 
tableaux est exclusivcment consacre a la determination des fossiles. Les genres 
admis par l'auteur sont au nombre dc 17, savoir : Clypeaslre, Sculelle, Fibu- 
lalrej Cassidule, Galerite , Pyrine, Echinometre, Oursin^ Echinocidaritej 
Diadhne, CidaritCj Echinonee, Echinolampe, Nucleolitej Collyrite, Anan- 
chyte, Spatangue. Ces genres sont tons admis a l'cxccption dc trois qui sont 
nouveaux; le premier, que M. Desinoulins designe sous le 110m de Pyrine , a 
beaucoup dc rapports avec les Galeritcs, ct n'en difTerc que par la position de son 
anus qui est superc. Le second se rapprocbe beaucoup ties Oursins ct constituc 
la section A. etablie dans cc genre par M. de Blainvillc dans son article Oursin 
du Diet, des Sc. naturelles. Le troisicmc se compose dc plusicurs especcs rangecs 
la plupart dans le genre Nucleolitc, ct de quelques autrcs mises avec les Spatan- 
gues et les Anancbytes. 

Quant au nombre d'especes qui appartienucnt aux genres piecede.mment cites 
l'auteur le rcpartit de la maniere suivante : Clypeastrc i3 dont 6 vivautes; Scu- 
telle 35 dont 21 vivantes ; Fibnlaire 17 dont 9 vivantes ; Cassidule 5, toutcs 
fossiles; Galerite 10 dont 1 vivantc; Pyrine 7 toutes fossiles; Ecbinometrc 6 
touted vivantes; Diademe 1 4 dont 7 vivantes; Cidarite 28 dont 12 vivantes, 
Echinonee 2 vivantes; Echinolampe 28 dont 3 vivantes; Nucleolitc 22 dont 1 
vivantc; Collyrite 11 fossiles; Anancbyte 11 fossiles; Spataugue 5j dont 18 
vivantes. Le total general dcs especes que l'auteur counait est de 362 dont 147 
sont vivantes actuellement dans les mers. Par consequent plus de la moitie des 
Echinides connuessont a l'etat fossile et parmi les 17 genres deux se trouvent a 
l'etat vivant seulement et quatre uniquement a i'etat fossile. 

Parmi les fossiles on remarque : i° que la craie est lc giscment connu 011 il 
s'en trouve lc plus; 2 que les especcs analogues prises dans deux grandes di- 
visions geologiques paraisscnt rares; 3° que les Echinides .sont excessivement 
rarcs au-dessous du terrain jurassiquc proprement dit; 4° qu'on n'en connait 
aucune, avec certitude au dessous du Lias. 

L'auteur a developpe dans le prodrome qu'il public les caractercs naturcls dcs 
genres, et il s'est contente de donner Vindication du nombre des especes que 
chacun d'eux renferme. II termine ce travail general en presentant unc descrip- 
tion detaillee d'uncespecc , lc Clypeaster Rangianus, aim que Ton puisse juger 
la maniere dont sera trailec la grande monographic qu'il sc propose de faire bien- 
totparaitrc. Deux planches accompagncnt ce travail interessant; l'auteur y joint 
unc explication trcs dcveloppcc. 



r. p. lesson. — Sur les Beroides. 235 

Illustrations of the comparative anatomy of the nervous system.- — Illus- 
trations de l'anatomie comparee du systeme nerveux , par M. J. Swan, in-4°. 
Londres i835. 

Cet ouvrage, dont. nous venons de recevoir la premiere livraison, consiste eti 
un recueil de planches i*epresentant les principaux types du systeme nerveux, 
et accompagnees d'une courte explication tant sur la disposition des parties que 
sur les moyens les plus propres a en faciliter la dissection. On y trouve deux 
planches consacrees au systeme nerveux du Tourteau [cancer pagurus L.); deux 
a celui du homard [astacus marinus) ; line representant cet appareil chez la 
Scojopendre (scolop. morsitans); lever de terre [lumbricus terrestris L.); la 
sangsue [hirudo medic inalis) ; la limace [Umax ater) et le buccin [buccinum 
undatum); enfin deux autres planches dans lesquelles 1'auteur figure les nerfs 
spinaux et gangiionnaires de la morue [gadus morrhua.) 



B»90Q«aa 



Memoire sur la famille des Beroides (Beroidece Less.), 
Par R. P. Lesson, 

Premier pharmacien en chef de la marine, 

Les Acalephes Beroides ont ete nommees Vibrastes par Cha- 
misso et Eysenhardt. lis conduisent aux Medusaires par des es- 
peces qui sont privees des rangees de cils qui caracterisent les 
veritables Beroides. Eschscholz les divise en trois families dans 
son ordre des Ctenophores , et de Blainville les reunit sous le 
nom de Ci Ho grades. 

Les Zoophytes Beroides sont, par leur prganisation assez 
compltquee, plus voisins qu'on ne le pense communement 
des Mollusques nucleobranches, et ont une grande analogie 
avec les Biphores ou Salpas, et meme dans quelques cas avecles 
Pteropodes(i). Cette opinion est confirmee par les recherches 
que MM. Quoy et Gaymard(-i) ont faitessur lesBeroes- « lis doi- 



(l) Voy. Zoologicde/a Coquille, chap. 17, 1. 0, 2 P division p. 93 et suiv. (1829.) 
[1) Zoologie de I' Astrolabe,*, iv,p. J, p. 3, 



236 r. p. lesson. — Sur les Beroides. 

« vent avoir dans I'echelle animate one place un pea plus ele- 
<c vee que celle qu'ils occupent, et faire , en attendant qu'on re- 
« connaisse en eux toutes les conditions pour elre des Mol- 
« lusques acephales , le passage entre ces derniers et les Zoo- 
« phytes. En effet, nous avons reconnu des branchies dans les 
ft cirrhes iocomotrices , et une circulation si active , qu'elle doit 
« necessairement entrainer toutes les conditions qui la font 
« exister et qui en dependent, bien que nous n'ayons pu voir 
« d'organe d'impulsion ou de cceur proprement dit. Les Callia- 
« nires jouissent de la meme organisation. » 

Les Beroides out pour principaux caracteres d' avoir un corps 
gelatineux eminemment contractile y libre , toujours reguliere- 
ment pair, bien que diver siforme , muni de rangees de cils vibra- 
toires, peu discernables chez quelques especes y ay ant un canal 
intestinal compter j c'est-a-dire termine par deux ouvertures > dont 
V une peut faire fonction de bouche et V autre d'anus. 

Ainsi les Beroides en general nous semblent organises (i) 
ainsi qu'il suit : leur corps, ires diversiforme, est mucilagineux, 
diaphane , peu consistant, se brisant aisement a la moindre 
pression , presentant sur sa surface des lignes translucides tou- 
jours droites, qu'elles soient verticales ou horizontales , et par- 
tant d'une extremite qu'on pourrait appeler cirrhigere^ et se 
perdant vers le pole oppose ou aquifere. Ces lignes sont formees 
par un canal fin, droit, parfois double sur les bords et garni 
au milieu et sur les cotes de petites lignes regulieres de lames 
branchiales, minces, courtes, attachees par les extremites sur 
un support capillace, comme le sont les lames de bois des volets 
dits persiennes, et se mouvant de haut en bas en demi-cercle, 
absolument de la meme maniere que des volets. Ces lames qu'on 
riomme cils sont tres irritables, tres mobiles, assez analogues a 
celles des cordons respiratoires des Pbysales, et decomposant 
la lumiere qui traverse leurs interstices, en isolant les rayons 
lumineux et produisant Xirisation. 



(i) Zoologie de /a Coquille, 1839, t. 2. a e partiep. 9G et suiv, 



r. p. lesson. — Sur les Bero'ides. ^j 

L'exlremite aquifere, quel que soit le diametre de son ouver- 
ture, parait avoir pour but de recevoir la colonne d'eau sur la- 
quelle agissent ses parois pour assurer la locomotion, en meme 
temps que parfois, et rarement cependant, Feau qui traverse 
le canal central fournit a la respiration de l'animal, et par suite , 
en entrainant des substances dissoutes, a sa nourriture. On 
remarque en effet que, protege au milieu du canal central tra- 
verse par l'eau, se trouve le tube digestif, forma nt tantot un 
seul conduit droit, tantot un canal compose d'entonnoirs ac- 
coles sommet a sommet, ou separes, dans quelques cas, par un 
etroit tuyau de communication. Quelquefois enfin le tube di- 
gestif ne va pas jusqu'au milieu du corps, et la se divise en con- 
duits egaux en nombre aux rangees respiratoires ou ciliaires, 
et s'y joint pour disparaitre en canal central de chaque rangee. 
Enfin, dans une espece, nous avons trouve, pres du sac sto- 
raacal, des grains nombreux qui seraient peut-etre des ovaires. 
Tonjours cependant existent deux ouvertures aboutissant au 
canal de l'axe du corps; Fune plus petite, souvent ciliee sur son 
pourtour ou la bouche; l'autre grande, ou viennent aboutir les 
prolongemens cirrhigeres quand ils existent; et l'anus recoit 
aussi, dans l'ampleur de sa cavite, l'eau que ses parois com- 
priment, et celle-la est veritablement Forgane locomoteur par 
excellence, lorsque les prolongemens lateraux et musculaires 
viennent a manquer. 

Les Bero'ides a cils conduisent aux Meduses. Corame ces der- 
nieres, on les trouve dans toutes les mers du monde, nageant 
entre deux eaux a Faide de Felasticite contractile de leur tissu 
cutane, et surtout par le moyen des mouvemens onclulatoires 
des nageoires quand elles existent, ou par Fentonnoir poste- 
rieur ou aquifere. Dans l'eau , leur position est tres oblique ou 
presque borizontale, ce que Fon concevra d'autant mieux, que 
l'eau qui passe dans la cavite de l'axe doit servir elle-meme a la 
locomotion. Ces animaux se nourrissent-ils du frai et des ma- 
tieres graisseuses dont la mer est parfois couverte dans Finter- 
valle de plusieurs lieues? Les Bero'ides produisent aussi le phe- 
nomene de phosphorescence souvent a un haut degre. 

M. Cuvier indique les ramifications vasculaires dans les cotes 



si 38 r. p. lesson. — Stir les Beroides. 

saillantes ou en denteiles qui se rend en t d'un pole a l'autre, et 
les mouvemens de fluides qui semblent les contracter. De plus, 
la bouche est placee a une extremite et conduit a un estomac 
occupant l'axe du corps, pres duquel sont deux organes que 
ce savant croit analogues a ceux qu'il a nommesovaires dans les 
Mcduses. On voit que les idees de M. Cuvier ont ete modifiees 
sur celles emises par MM. Audouin et Milne Edwards, qui de- 
crivent ainsi l'organisation de ces animaux. Suivant eux, « il 
existe dans l'axe desBeroes une cavite qui vad'un pole a l'autre, 
et qui communique au-dehors a l'aide d'une ouverture infe- 
rieure qu'on pent considerer comme l'avant-bouche. Dans le 
tiers superieur de cette cavite est contenu et comme suspendu 
une sorte de tube intestinal droit et cylindrique qui a son ou- 
verture exterieure au pole superieur, et qui porte de chaque 
cote deux cordons granuleux (peut-etre les ovaires)?La cavite 
est remplie par un liquide en mouvement qu'on voit passer 
dans deux tubes lateraux, lesquels se divisent bientot chacun 
en quatre branches, et parviennent a la surface du corps, en 
s'ouvrant dans les canaux longitudinaux qui conduisent le li- 
quide dans les cils, dont le mouvement est continuel, et qui 
paraissent des organes respiratoires. Enfin , des parties laterales 
de chacun des huit canaux costaux naissent une infinite de 
petits vaisseaux ou sinus transversaux qui les font communiquer 
entre eux, et qui s'enfonccnt dans le parenchyme environnant. 
De chaque cote du spherokle et interieurement, on apereoit 
deux petites masses qui occupent chacune le fond d'une cavite 
ou cul-de-sac, et donnent naissance a deux longs filamens 
contractiles sortant par deux ouvertures circulaires sitn^es vers 
le tiers inferieur du corps: ces filamens se divisent ensuite en 
un grand nombre de branches. » 

M. Quoy, en etudiant a la lumiere , avec le soin le plus scru- 
puleux, le Beroe allonge (i) (Beroe elongatus^ Q.-C), y a vu les 
particularites suivantes, et s'exprime ainsi qu'il suit : « La grande 
ouverture terminale donne dans une cavite allongee, qui con- 
tient de chaque cote deux organes dont nous n'avons pas bien 

(i) Zoolngie Ael'/tstrololet.iv. p. 37. 



r. p. lesson. — Sur les Bero'ides. 24 1 

pu nous rendre compte, mais que nous supposons devoir servir 
a la digestion ; une tres petite ouverture, placee au pole oppose, 
est probablement l'anus. Sur chacune des parties laterales de 
ces corps existent deux canaux un pen en forme d'S echan- 
cres pour s'accommoder au renflement du canal central ; 
ils s'ouvrent lateralement vers le tiers superieur par deux ori- 
fices beans qui donnent issue aux deux filamens indiques ci- 
dessus, plus ou moin's longs, cilies sur un seul cote, tres irri- 
tables, rentrant ou sortant promptement a la volonte de TanimaL 
Sont-ce des especes de tentacules propres a le fixer ou des ovai* 
res? Cette derniere opinion ne nous parait pas probable, car 
nous n'y avons jamais vu de gemmules attaches, Ce sont ces 
corps qu'on a voulu figurer dans les Ber oes globuleux et ovales 
de l'Encyclopedie methodique. Les especes transverses les pos- 
sedent, mais nous n'avons pu les decouvrir dans celles dont les 
parois sont opaques et l'ouverture tres large. Vers l'extremite 
du grand canal est un organe assez complique, allonge, pointu 
en haut, renfle en cceur au milieu, et divise en deux branches 
inferieurement. II en part de chaque cote un canal qui se divise 
promptement en deux branches, puis en quatre , ce qui forme 
huit canaux pour l'ensemble, lesquels se recourbent en gagnaut 
la peripheric du corps qu'ils semblent diviser en huit parties 
egales. Ces vaisseaux (car e'en sont reellement) sont exterieu- 
rement cou verts, dans toute leur etendue, de petites lamelles 
ciliees, plus ou moins rapprochees, quelquefois legerement im- 
briquees, qui sont toujours en mouvement, et font evidemment 
les fonctions de branchies, en meme temps qu'elles servent un 
pen a la progression (1) de 1'animal. II s'opere au centre du 
corps que nous venons de decrire, et qui est probablement un 
cceur, une circulation tres active que facilitent les branchies, 
qui sont toujours en mouvement. Nous avons cru voir, ce qui 
serait bien particulier, qu'ii y avait a-la-fois deux courans dans 
le meme vaisseau, l'un concentrique et Fautre excentrique, ce 
qui est assez facile a distinguer par la qualite grumuleuse du sang. 



(1) Les branchies des Salpcs sont reconvenes de semblables lamelles, aiiisi que s'en est assure 
le dot teur Quoy. 

V. Zool. — AvriL i fi 



<j.l\i r. p. lesson. — Sur les Beroides. * 

Si ce'n'est qu'une illusion, il faudrait I'attribuer a deux systemes 
de vaisseaux si bien unis, que nous n'aurions pu distinguer 
leurs limites. Voila deuxfonctions subordonnees bien distinctes, 
la circulation et la respiration 9 qui tendent a rapprocher les 
Beroes des Mollusques acephales. 

« Nous ne connaissons rien de relatif a la generation, si ce 
n'est que, sur un individu remarquable par sa mollesse presque 
dlffluente, et les nombreux appendices dont ii etait recouvert, 
nous avons vu des ovules engages dans les plis des lamelles 
branchiales , et dans un autre, ces memes corps etre pris dans 
le canal central. Quelques especes ont sur le pole superieur une 
petite palette retrecie au milieu, et assez souvent coloree en 
rouge. 

« Les particularites propres au tube nous ont aussi echappe. 
Nous croyons cependant que Vanus doit s'ouvrir a l'extremite 
opposee a la bouche, quoique nous n'ayons pu le mettre hors 
de doute par nos dessins , a l'exception d'un seul individu que 
nous avons represents avec deux ouvertures anales portees par 
deux tubes et desquelles sort une matiere excrementitielle. 

« ll est des Beroes qui ne presentent que les huit principaux 
vaisseaux deja decrits; mais ii en est d'autres qui joignent a ceux- 
ci des ramifications sans nombre, blanches ou colorees en rose 
et en jaune. 

« La viesemble repandue dans les moindres parcelles de ces 
etres fragiles, que les plus petites circonstances brisent: aussi 
arrive-t-il quelquefois que la surface de la mer est couverte de 
leurs debris, dans lesquels on voit encore les cirrhes branchia- 
les vibrer et decomposer la lumiere en brillans reflets. Leurs 
mouvemens sont extremement lents; ils n'ont en partie lieu 
que par ces memes branchies; car il est rare que le large enton- 
rioir qui forme l'ensemble de l'animal se contracte, et renvoie 
l'eau qu'il contient a la maniere des Medusaires. 

« Il n'est pas necessairede dire que dans ceux qui s'allongent 
en lanieres, comme les Cestes, les organes qui viennent d'etre 
mentionnessuiventcette disposition; maisalors les deux filamens 
retractiles qui sont a la partie superieure dans les autres espe- 
ces, sortent pres de la grande ouverture qui est toujours ceii- 



r. p. lesson. — Sur les Bero'ides, * 243 

trale: c'est ce qu'on peut voir dans les Callianires et lesOcyroes. 

De ce qui precede il resulte que les Beroides ou du moins les 
genres de cette famille Studies dans ces derniers temps sont pins 
voisins des Mollusques aeephales que des Zoophytes: qu'ils ont 
les plus grands rapports avec certaines especes d'Ascidies trans- 
parentes; qu'enfin ils conduisent aux Firoles et auxSalpas, et for- 
ment un ordre de Mollusques qu'il sera possible de distinguer un 
jour. 

Les Bero'ides voguent dans toutes les mers, libres qu'ils sont 
dans leurs allures et dans ieurs mouvemens. Ils se laissent aller 
aux courans en ondulant leurs parois et oscillant leurs cils. lis 
paraissent obliquement couches entre deuxeaux paries temps de 
calme, alors que la mer est belle. Dans les nuits paisibles, lors- 
que le sillage est mediocre, les Bero'ides jettent un eclat des plus 
brillans et leur phosphorescence au moindre choc est des plus vi- 
ves. On ignore qu'elle peut etre leur generation, leur nourriture 
le moyen de protection qu'ils emploient pour proteger leur fra- 
gilite dans les tourmentes quibouleversent la surface de la mer. 
On doit supposer qu'ils augmentent leur pesanteur specifique 
pourse precipiter aune certaineprofondeur, la oulamer est cal- 
me et ou les lames sourdes se font moins sentir. 

La famille des Beroides comprend les tribus et les genres 
suivans: 

i re division. Les Ciliobr anches ( Iripteres Rang. ) 

Corps ovalaire, symetrique ou transversal et pair, de substance 
muqueuse, a reseau vasculaire,a lignes dirigees d'un pole a Fau- 
tre et garnies de lamelles nominees cils. 

i re Tribu : les Cestes. Genre Ceste. Lemnisque. 

a e Tribu : les Callianires. G. Callianire, Polyptere, Mnenia, 
Calymma, Bucephale, Alcinoe, Axiotime. 

3 e Tribu : les Nei's. G. Neis. 

4 e Tribu : les Ocyroes. G. Ocyroe. 

1 6. 



a4i *• p - lessoic. — Sur les Beroi'des. 

5* Tribu : les Eucharis G. Eucharis, Mertensia, Eschscholthie. 

6° Tribu : les Vrais Beroes. G. Beroe, Idya, Medea, Pandora, 
Cydalisa. 

7* Tribu : les Beroes douteux, conduisant aux Diphydes. G. 
Galeolaire. 

2* division. Les Acils. ( an medusarice ?) 

Corps simple sacciforme, uni, bifore, de substance muqueuse; 
nulle trace de cils ? 

8 e Tribu : les Berosomes. G. Doliolum? , Epomis, Bursarius ? 
An Bougainvillia? Noctiluca? Rosacea ? Sulculeolaria ? Appen- 
dicularia ? Praia ? 

Les Gestes. Ccstum Lesueur. 

Ont le corps peu baut, mais bien developpe dans le sens 
transversal, et nageant dans la mer sous forme de rubans gela- 
tineux. On ne connait bien que le genre Ceste, car leLemnisque 
de MM. Quoy et Gaymard pourrait bien etre un fragment de 
Ceste, ainsi que, le premier, Fa suppose M. Cuvier. 

Les -Gestes ne sont done que des Beroes tres etendus latera- 
lement. Leur grand developpement, leur extreme mollesse, la 
facilite avec l?quelle ils se brisent, en rendent Fetude fort diffi- 
cile, lis paraissent vivre malgre la rupture de leur corps, et des 
fractions meme jouissent pendant long-temps de la faculte 
d'exercer des mouvemens reguliers. Suivant M. Quoy, il n'y a 
aucune difference dans Forganisation des Beroes vrais et des 
Cestes; seulement les deux filamens retractiles qui se trouvent a 
la partie superieure des Beroes sortent pres de la grande ou- 
verture qui est toujours centrale. 

I er Genre. Ceste. Cestum y Lesueur. 
Corps gelatineux, libre, s etendant lateralement en un long 



n, p. lesson. — Sur les Bero'ides. 24 5 

ruban, par consequent peu haut et proportionnellement a sa 
hauteur demesurement large. Bord superieur garni d'un double 
rang de cils, l'inferieur muni de deux rangees de cils plus petits 
et moins nombreux. Bouche mediane, ouverte au bord superieur 
donnant dans un estomac transversal, aboutissant a un anus 
tres petit et s'etendant dans toute la longueur de deux ailes la- 
te>ales. 

1. Le Ceste de Venus. Cestum Veneris. (PI. 1. fig. 1.) 

Lesueur. nouv. Bull. Soc. phil. juin i8i3. p. 281. pi. 5. fig. r. 

Isis, 1817, pi. 12; Lam. t. 2. p. 462. Cuv. Reg. an, t. 3. p. a8S. 

Blainv. p. 139. Escbscb, p. 22; Rissso. t. iv. p. 3o3. 

Large de plus de cinq pieds sur deux pouces de hauteur, plus epais en 

haut, mince sur le bord inferieur; blanc hyalin, transparent, hydrocolore, 

a reflets irises ; ondule sur l'eau, apparait au printemps et en ete sur les 

cotes de Nice. Les pecheurs les nomment sabres de mer. 

Var. ; Moins large, blanc-opale, a bouche ^enlrale un peu plus longue. 
Des cotes de Nice (Risso.) 
Hab. la Mediterranee. 

3. Le Ceste naiade. Cestum najadis, 

Eschsch. Ac. pi. 1. fig. 1 ; /sis, 1826, pi. 5. 

La partie inoyenne du corps est trois fois plus epaisse que les cotes. Le 
bord inferieur est muni d'une membrane plissee et large de deux pieds et 
1/2 sur un pouce 1/2 de hauteur. 

Hab. les mers equatoriales. 

II* Genre PLemnisque. Lemniscus? Quoy et Gaym. Zool. Uranie r 

p. 582. 

Corps libre, gelatineux, transparent, rubane, tres allonge, aplati ? 
sur les cotes, entierement lisse,, ayant un canal median trans- 
versal, sans cils ni franges sur les bords. ( Quoy et Gaym. ) 

Le Lemnisque borde de rouge. Lemniscus marginaius. 

Quoy et Gaym. Zool. Uranie , pi. 86. f. 582-: Lesson. Zool. Coq. 
p. 102. 

Large dedeux pieds sur un pouce et 1/2 de hauteur; de couleur hyaline., 
borde de rose. 

Hab. les mers de la Nouvelle-Guinee. 
Suppose etre un fragment de Ceste ? 



^4G r. p. llsson. — Sur les Beroides. 

Les Callianires. Callianira Peron. 

Sont des Bcroes dont les cotes deviennent tres saillantes, et 
sont reunies deux a deux pour former deux especesd'ailes. P^ron 
qui crea ce genre le premier le nomma d'abord Sophia, et les 
placa parmi les Pteropodes, bien qu'il indiquatles organes inte- 
rieurs comme obscurs. Les Call ianires out un corps vertical fre- 
quemment aussi haut que large, muni sur les cotes de nageoires 
ou de folioles natatricesinferieures, et ayant sur les rebords des 
ailes des doubles rangees verticales de cils. 

Les Callianires vivent loia des cotes dans les grands espaces de mer. 

IIP Genre. Callianire : Callianira Peron. 

Corps regulier, hyalin,gelatineux ? cylindrique, allonge, tubu- 
leux, obtus aux deux extremites et pourvu de deux paires d'ap- 
pendices aliformes, s'elargissant en feuillets garnis d'un double 
rang de cils vibratoires sur leurs bords. Une grande ouverture 
transversale a une des extremites, et probablement une plus pe- 
tite au cote oppose. Les cirrhcs rameux. 

i . Le Callianire triploptere. Callianira triploptera. 

Callianira Slabberii^deRaain, Bijdrag. t.2(i827)p. i5o.Lamk» 
t. 2. p. 467. Beroe hexagonus, Encyl. pi. 90. f. 5; Eschsch. p. 28. 

Corps muni sur les cotes d'appendices au noinbre de quatre, aliformes, 
cilies; deux cirrhes tripartis. 
Hah. les mers de Madagascar. 

2. Le Callianire diploptere. Callianira diploplera. 

Peron et Lesueur. Ann.Mus. t. xv.pl. 2. fig. 16. Lamk. t. 2. p. 

467. Eschsch. p. 28. Sophia diploptera, Peron. Ms. 

Corps muni sur les cotes de deux lamelles ciliees, sans cirrhes. 
llab. les mers equatoriales, sur les cotes de la Nouvelle-Hollande et vit 
en troupes nombreuses. 

3. Le Callianiiu; uexagone. Callianira hexagona. 

Eschsch., Ac. p. 28; Beroe hexagona. Modeer. Encycl. pi. 90. 



r. p. lesson. — Sur les Berdides. 2/17 

f. 6. Slabber, Phy. t. vm. fig. 3 et 4 (1778). Janira, Ocken, de 
Freminville. 

Corps hemispherique a six angles, a huit cotes ciliees. 
Hab. les mers du JNord, les cotes de la Hollande. 

IV e Genre. Polyptere. Polyptera, Less. 
Callianira, Cham.; Mnenia, Esch. 

Corps hyalin, tres fragile, tubuleux, cylindrique, dilate ante- 
rieurement ; bouche transverse. Une seule aile de chaque cote 
grande, large, cestoide, ciliee sur chaque bord, a cils irises, ailes 
intermediaires plus petites, au nombre de 6, l\ superieures lsn- 
ceolees r souclees au corps par leur base, ciliees sur leurs bords. 
Les deux inferieures different des 4 premieres, et ont de grands 
rapports avec les deux ailes laterales, cestoides ? et, comme elles,, 
sont ciliees. 

Le Polyptere de Chamisso. Polyptera Chamissonis, 

Callianira heteroptera. Ch. et Eys., Gurieux de la nat. de Bonn, 
t. x. pi. 3i. f. 3, a. b. Mnenia Chamissonis, Esch. p. 32. 

Blanc liyalh), a cils toujours en mouvement, tres irises* 

Hab. les mers du Cap de Bonne-Esperance , la rade de Table-Bay. 

V e Genre. Mnenia. Mnenia Eschsch. 

Corps lisse exterieurement, avec deux rebords aliformes sur 
les cotes et des appendices au pourtour de la bouche. 

1. Le Mnenia de Schweigger. Mnenia Schweiggeri. 

Eschsch. ; Ac, pi. 2. f. 3. 
Corps ovalaire, mutique posterieurement, translucide. 
Hab. la baie de Rio-Janeiro, sur la cote du Bresil. 

2. Le Mnenia de Kuhl. Mnenia KuhliL 

Eschsch. Ac. pi. 2. f. 4. 

Corps ovalaire , termine a la partie posterieure par deux prolongemens 
subules. 

Hab. les latitudes equatoriales du Grand Ocean par 180 de Greenwich. 



1 48 r. p. lesson. — Sur les Beroides. 



VP Genre. Calymma. Calymma Eschsch. 

Corps muni d'appendices sur le pourtour de la bouche, avec 
des cils en series sur les appendices seulement. 

i . Le Calymma re Treviranus. Calymma Trevirani. 

Eschscb. Ac. p. 33. pi. 2. fig. 5. 
Animal gelatineux, blauc translucide. 
Hab. les zones equatoriales dans la mer du Sud. 

VIP Genre. Bucephale. Bucephalon r Less. 

Corps plus large que haut, secomposantd'un tube de forme has- 
tee,s'ouvrant en haut entre les deux replis des feuilletssuperieurs 
par une petite ouverture ?, termine en bas par une ouverture 
grande et circulaire. Ce tube tres contractile est borde laterale- 
ment par deux portions membraneuses elargies, garnies a leur 
terminaison de trois corps denses, epais, massifs et de forme 
d'olive. 

Le bord superieur est forme de deux feuilles minces, garnies 
sur leur bord d'une rangee transversaledecils. Sur chaque face 
4 appendices cylindraces sont implantes a 1'extremite. 

Le Bucephaee de Reynaud. Buceplialou Reynaudii. 

Callianira bucep/ialoji, Heyn. Cent. zool. de Lesson, p. 84. 
pi. 28. fig. A. B. 

Animal mou, libre, jouissant d'une grande mobilite, d'un hyalin transpa- 
rent avec unctache marron oblongue ou iuciforme sur deux des renflemens 
des extremites; tres commun dans les mers qui baignentl'ile de Ceylan. 



VHP Genre. Alcinoe. Alcinoe Rang. 

Corps cylindrique, vertical, gelatineux, transparent, muni de 
lobes natatoires verticaux, libres a la base et sur les cotes seule- 
ment, et de cotes cilicees dont une partie est cachee sous les 
lobes; 4 tentacules egalement cilies environnant rouverture. 
(Rang). 



-r. p. lesson. — Sur les Beroides. 349 

1/ Alcinoe vermiculee. Alcinoe vermiculala. (PI. 1. fig, 3.) 
Rang. mem. Soc. d'hist. nat. t. iv.pl. 19. f. 1 et 2. 

De forme oblongue ; de couleur legerement bleuatre, avec de tres petites 
lineoles rouges munie de douze cotes cilices , rcflechissaut les couleurs de 
l'iris; quatre de ces cotes sont cachees sous les lobes. Ses dimensions sont 
de deux a quatre pouces. 

Hab. les cotes du Bresilj commune en avril a l'entree de la baie de Rio 
de Janeiro. 

Obs. C'cst peut-etre une Alcinoe que M. Reynaud a figuree dans notre 
Centurie zoologique sous le nom de Beroe costata pi. 28. fig. 6. de forme 
oblongue, a cotes saillantes , bordees de cils, ayant inferieurement une 
ouverture large , garnie de quatre tentacules arrondis et ponctues, de cou- 
leur hyaline. A ete trouvee sur les cotes de Ceylan. 

IX e Genre. Axiotjme. Axiotima, Esehsch. 

Corps horizontal, peu eleve, sans appendices alaires, mais 4 
rangees de cils disposees en croix. 

L'Axiotime de Gaede. Axiotima Gaedii. 

Esehsch., Ac. p. 34. pi. 2. fig. 6. 
Corps ovalaire, gelatineux, hyalin, a cils irises. 
Hab. la mer du Sud entre les tropiques. 

Les Neis. NeiSy Less. 

Sont des Callianires clont le corps plus haut que large est 
mince, comprime, et muni de rangees de cils contournant les 
bords comme le milieu du corps, e'est-a-dire 4 rangees sur les 
bords et deux au milieu se soudanta leur point de jonction. Les 
Mnenia sont tres voisins des Neis. 

X e Genre. Neis. Neis. Less. 

Corps aminci sur ses deux faces ou taille en coin, obcorde au 
pole superieur et largement ouvert au pole natateur; axe cavi- 
taire allonge, etroit, borde sur les deux faces de cils en une ran- 
gee obarrondie, libre aux deux extremites, chaque bord des poles 
et des cotes ayant deux rangees de cils marginaux. 



a5o r. p. lesson. — Sur les Beroides. 

La Neis bourse de mer. Neis cordigera. 
Less. zool. Coq, p. 10. pi. 16. f. 2. 

Est molle, se brise aisement, est coloree sur sa face plane en un Llanc 
hyalin convert de vesicules entrecroisees d'un jaune mordore et de jaune 
clair. Cils tres irises , levres contractiles de la grande ouverture presque 
toujour.s en mouvement. 

Hab. le golfe de Port-Jakson sur les coles dela Nouvelle-Galles dti Sad. 

Les Ocyroes 

Ont le corps vertical, muni de deux lobes horizontaux bifur- 
ques, ayantdeuxrangees de cils, non plus dans le sens vertical 
mais bien dans une ligne horizontale. 

XI e Genre. Ocyroe. Ocyroe Rang. 

Corps vertical, cylindrique, gelatineux, transparent, muni 
superieurement de deux lobes lateraux,musculoso-membraneux 
bifides, epais, larges et garnis de deux cotes ciliees chacun, 
deux autres cotes ciliees se remarquent sur les bords entre les 
lobes; l'ouverture est environnee de quatre bras egalement mu- 
nis de cils. ( Rang. ) 

Le corps, qui est toujours dans une position verticale, quels 
que soient les mouvemens de l'animal, est cylindrique ]ou co- 
nique, selon les contractions qu'il eprouve. Sa cavite, ainsi que 
son ouverture, sent comme dans les Beroes et les Alcinoes; seu- 
lement on y distingue quelquefois des vestiges d'ovaires. Le 
sommet de l'animal se dilate en deux lobes lateraux tres grands 
et arrondis, epais, surtout dans leur milieu, et formes chacun 
de deux moities tres distinctes, mais reunies. On voit a l'aide de 
la transparence, que ces lobes sont abondamment pourvus de 
fibres musculaires transverses. La partie etroite qui les separe 
au sommet du corps est bordee sur chaque face par une cote 
ciliee; deux autres cotes semblables et plus longues parcourent 
longitudinalement chacun de ces lobes. Enfin, quatre bras pla- 
ces symetriquement, au-dessous des lobes ou sont fixees leurs 
bases, se montrent pareillement bordes de cils. 



r. p. lessor. - — Sur les Beroides. a5t 

Dans ce Zoophyte, les organes locomoteurs sont compliqu^s 
par un appareil particulier qui facilite singulierement ses mou- 
vemens et qui consiste dans les lobes ; lorsque l'Ocyroe veut 
s'elever a la surface de la mer, elle abaisse ses deux lobes de ma- 
niere a maintenir les cotes qu'ils portent dans une direction ver- 
ticale; alors les cils agissent et le Zoophyte suit cette verticale; 
mais lorsqu'il a atteint son but, et que son action ne doit plus 
se faire que dans un plan horizontal, il releve ses lobes horizon- 
talement, et les cils agissant tous dans le meme sens, le prome- 
nent a la surface des eaux. Si l'Ocyroe veut rester immobile, elle 
cesse Taction de ses cils^ et ses lobes etendus suffisent pour la 
maintenir suspendue; si au contraire elle veut s'enfoncer dans 
la profondeur des eaux, elle les abaisse, en enveloppe son corps, 
et s'abandonne a sa pesanteur. Pendant ces divers mouvemens, 
les bras prennent une direction convenable a Taction generale 
et aident encore la marche par le moyen de leurs cils , en meme 
temps qu'ils impriment la direction, 

Cette organisation donne aux Ocyroes un avantage sur les 
Beroes, les Callianires et les Alcinoes, c est de pouvoir, etant a 
la surface de la mer, se porter dans toutes les directions sans 
cesser de tenir leur corps dans une ligne verticale, position qui 
leur est necessaire pour que Touverture du sac ou s'opere la nu- 
trition soit le plus convenablement disposee a recevoir les petits 
poissons, ou les Crustaces qui viennent s'y precipiter, et dont 
elle se nourrit. 

1. I/Ocyhoe cristalline. Ocyroe cristallina. 

Rang. mem. Soc. hist. nat. t. iv. p. 7. pi, 19. fig. 4 et Bull. Soc. 
de Bordeaux, t. 1. p. 3i4. 

Incolore , extremement diaphane ; le corps court ainsi que les bras ; les 
lobes moins visiblement stries transvcrsalement; les cotes peu irisees. 
Longueur, trois pouces environ. 
Hab. TOcean equatorial ; raois d'avril. 

52. L'Ocyroe brune. Ocyroe fusca. 

Rang. ibid. pi. 19. f. 3. 
D'un brun jaunalre uniformed les cote* peu irisees; les lobes moins epais 



uSi v. p. lesson. — Sur les Bero'ides. 

tres grands et stries transversalemcnt; le corps coniquevpeu allonge* ; lesr 
tras de la inemc couleur, seulement plus transparens. 

Longueur, six a huit pouces. 

Hab. l'Occan Atlantique dans le voisinage des lies du Cap- Vert ; mois de 
mars. 

3. I/Ocyhoe tachee. Ocyroe mdculata. 
Rang. ibid. pi. 19. f. X. 

Beaucoup plus grande que les precedcntes, extremement diaphane ; le 
corps plus allonge; les lobes plus grands et beaucoup plus epais, plus for- 
tenient stries et portant deux grandes taches brunes foncees ; les cote* 
irisces. 

Longueur, dix a quatorze pouces. 

Hab. la mer des Antilles, ou elle est tres commune au moisde juin. 

Obs. Les especes dece genre, comme celles de tous les Acalephes, sont plus 
ou moins phosphoriques pendautla nuit; l'Ocyroe tachee surtout jette une grande 
clarte semblable a un globe de feu bleuatre, qui devient d'autant plus grand, 
mais moins vif , que ce Zoophyte s'enfonce davantage dans les profondeurs de 
la mer. 

Les Eucharis. Eucharis. Peron. 

Sont des Callianires contractees, de forme ovalaire ou subde- 
primee a 80119 rangees verticales de cils s'etendant d'un pole 
a Tautre. Le tube digestif est forme par deux entonnoirs reunis 
par un tube plus etroit, et de ce retrecissement sur les cotes 
partent deux prolongemens cirrhigeres, portant peut-etre les 
ovaires*? 



» 



XIl e Genre. Eucharis. Eucharis. Eschsch. 

Corps vertical, oblong, cylindrace, papilleux en dehors, ayant 
8 rangees de cils. Quatre appendices cilies a la partie inferieure 
et sur le pourtour de la bouche. 

1. L'Eucuaris de Tiedemann Eucharis Tiedemanni. 

Eschsch., Ac. p. 3o. pi. 1. f. 2. 
Corps oblong, blanc-rosatre, a larges cils; quatre appendices courts, te- 
tragones ; cinq papilles denses. Les mers qui baignent le Japon. 



a. p. lesson. — Sur les Beroides. a 53 

2. I/Eucharis multicome. Eucharis multicomis. 

Eschsch. Ac. p. 3i ; Beroe multicomis. Quoy. et Gaym., Zool. de 
rUranie, pi. 74. fig. 1. p. 5y4. 
Le corps termine par deux appendices un peu plus courts que le corps. 
•Papilles molles et inegales ; couleur blanche-rosee avec rangees irisees. 
Hab. la Mediterranee. 

XIIP Genre. Cydippe. Cjdippe. Eschs. 
Eucharis. Peron; Pleurobranchia. Flern. 

Corps globuleux ou ove, laissant trainer derriere lui deux longs 
tentacules filifornies^, cilies sur un des cotes, partant de la base 
«du pole inferieur. 

1 . Le Cydippe globuleux, Cydippe pileus. 

Eschsch., Ac, p. 24; Esp. 1; Gronovius, Act. helv. pi. 4. fig. i-5; 
Baster, t. 1 . pi. xiv. fig. vi et vn ; Slabber, pliys. Bel. pi. 1 1. f. 1 
et a; Volvox bicaudatusj L.; Beroe pileus, Mull.; Medusa pi- 
leus, Gm.; Encycl. pi. 90. fig. 3 et 4; Beroe pileus > Bosc. pi. i5. 
f. 2; Lamarck, t. 2. p. 470; Esp. 3; Risso, t. v. p. 3o3. 
Corps globuleux; buit cotes; les deux tentacules blanc pur. 
Hab. la Mediterranee? VOcean Atlantique? la mer du Nord, les cotes 
d'Angleterre. 

2. Le Cydippe dense. Cydippe densa. 

Eschsch. Ac. p. 25 Esp. 3; Beroe densa , Forsk. ar. p. m; Modeer, 

1 1 , 4o. 
Corps subovalaire; a tentacules ecarlates. 
Hab. la Mediterranee. 

XIV Genre. Mertensie. Mertensia, Less. 
Cydippe, Eschsch. 

Corps vertical, echancre en bas, comprime sur les cote's, 
forme de globes hordes chacun par une rangee de cils. Deux 
longs cirrhes partant du pourtour de la bouche et sortant sur le 
cote' a l'extremite inferienre. 



2 54 r. p. lesson. — Sur les Beroides. 

i . La Mertensie De Scoresby. Mertensia Scoresbyi. 
(PI. 2. fig. 1.) 

Cydippe cucullus, Esch. Ac. p. 25; Esp. 2;Mertens, Voy. nord. 
pi. P. fig. G. t. 2. p. 122; Adelung, pi. 17,1.9; Beroe pileus, Fab. 
Groen. 3oi ; Scoresby, pi. 16. fig. 4, p. 54cj; Beroe cucullus, Mo- 
deer, 11, 38. 

Corps ayant rieuf cotes bordees de cils irises; canal central occupant les 
qualre cinquiemes de la longueur totaledu Zoophyte. Couleur hyaline, trans- 
parente, teintee de rose; cirrhes d'un rouge fulgide; dimensions variables, 
parfois trois pouces de hauteur. 

Hab. les iners du Nord ; commun dans la Mer-Verte ; par j5°4o' de 
lat. N. 

2. La Mertensie oeuf. Mertensia ovum. 

Beroe ovum, Fab. Groen. 362 ; Modeer, 11, 42. 
Corps ovale, comprime, a cirrhes sanguins. 
Hab. labaie de Baffin. 

3. La Mertensie elt^iptique. Mertensia elliptica. 

Cydippe elliptica Eschsch. ac. p. 26; Esp. 6 et pi. 2. fig. 1. 
Corps allonge, elliptique, un peu comprime, a cirrhes blancs. 
Hab. la mer du Sud entre lestropiques. 

XV e Genre. Eschscholthie. Eschscholthia. Less. 

Corps vertical, obove, arrondi au sommet, retreci en bas lar- 
gement et circulairement ouverl, huit raugees tres courtes de 
cils, occupant seulement le pole superieur, deux cintres droits 
cilies sur le bord, partant du milieu des cotes. 

L'EscHcnoLTUiE tronquee. Eschscholthia dimidiata. 

Cydippe dimidiata Eschsch, Ac. pi. 2. fig. 2. 

Corps ovalaire, largement ouvert a la partie posterieure. 

Hab. le canal qui separe la Nouvelle-Zelande de la Nouvelle-Galles 
du Sud. 

Les vrais B^roes ( Beroe. ) 
Corps toujours cylindrique ou oviformc a poles reguliers et 



r. p. lesson. — Sur les Bero'ides. a 55 

egaux, a 8 rangees verticales de cils. Canal central, point d'ap- 
pendices, point d'ailes membraneuses ; sonvent deux cirrhes 
se prolongeant au dela du corps ( pour leur organisation, lisez 
les generalites). 

Obs. Nous ne savons a quelle espece rapporter le Beroe 
fulgens de Macartney (Trans, philos. 1810, t. i5 p. 264), 
trouve dans la baie d'Hearne , au nord du comte de Rent, 
et qui est eminemment phosphorescente. Peut-etre est-ce au 
Cjdippe globuleux qu'appartient Fespece trouvee par ie Dr. 
Fleming ( Mem. soc. Wern. t. 3. p. f.\oo ) dans le detroit de Tay 
et qui n'avait point de prolongemens. II le decrit ainsi : forme 
globuleuse, unpeu concave au sommet, un peu renflee a sa base, 
ayant 8 rangees de cils, et une otiverture quadrilobee. 

XVI e Genre. Beroe. Beroe. Brown. Miitler. L. et auct. 

Corps arrondi, a rangers de cils rapprochees, ouvertures de 
la Douche et de l'anus tres petites; circulation presque complete. 

1. Le Bero^ de Baster. Beroe Basteri. 

Less. Zool. Coq.pl. 16. fig. 1. 
De forme d'un petit melon, sillonne par neuf cotes ciliees sans pouvoir 
irisant; consij>tance assez dense ; couleur d'un blanc mat. 
Hab. l'Ocean-Pacifique sur les cotes du Perou. 

2. Le Beroe ovale. Beroe opatus. 

Lamk. t. 11. p. 469. Encycl. pi. go. f. 2. Copiee de Baster, 

pi. i4. f. 5. Gm.; Beroe infundibulum . Muller : Kolvox beroe, 

L*y Gronoyius, Acta helv. 5, 38 1; Oydlppe infundibulum Es- 

clisch Ac, p. 26; Esp. 5. 

Corps ovale ou plutot subarrondi, a cirrhes blancs? a huit rangees de 

cils; la bouche nue. 

Hab. les mers du Nord. 

La var. Novem-costatus de Lamarck, des mers d'Amerique, doit consti- 
tuer une espece, a moins que ce ne soil une var. de Xldya cvata. 

3. Le Beroe concombre. Beroe cucumis. 

Fab. Groenl. 36i;Modeer, 11, 35; Eschsch. p. 36; Esp. 2. 



1 56 r. p. lesson. — Sur les Beroides. 

Toutes les ran gees de cils s'unissant a la partiejposterieure; corps sans 
taches en dehors, ponctue de rouge en dedans. 
Hab. la baie de Baffin. 

4. Le Beroe de Chiaje. Beroe Chiajii. 

Beroe ovatus, del Chiaje, pi. 3d. fig. 21; Fsp. 3. p. 58. 
Corps cylindnque, allonge , ayant huit rangees de cils frangees (del 
Chiaje). 

Hab. le golfe de Naples. 

5. Le Beroe allonge , Beroe elongatus. 

Risso, t. v. p. 3o3. 
Corps ovale-allonge, diaphane, a six rangees de cils?? 
Flotte en Janvier sur les cotes de Nice. 

6. Le Beroe de Quoy. Beroe Qaoyii. 

Beroe elongatus, Quoy, Astrol. pi. 90 fig. 9 a i4. (Mollusq.) 

Corps hyalin, fusiform e ., allonge, legerement renfle au milieu, a huit 

rangees de cils : deux tentacules ou cinhes rameux. 

Hab. l'Ocean Atlantique sur la cote d'Afrique; est long de dix-huit 

lignes, blanc, a reflets irises. 

7. Le Beroe ponctue. Beroe punctata. 

Chamis. , ct Eys. , Ac. des Cur. de la nat. de Bonn. t. x. p. 36i. 
pi. 3i. fig. 1, A. B. C; Eschsch. Ac. p. 87. pi. 3. fig. 1. 
Ovalaire oblong ; toutes les rangees de cils s'unissant a l'extremite pos- 
terieure ; surface du corps bleuatrc, ponctuee de ferrugineux ; les vais- 
seaux vasculaires colores. 

Hab. l'Ocean Atlantique proche des lies Azores. 

8. Le Beroe rose. Beroe roseus. 

Quoy et Gaym. ; Uranie, pi. 74. f. 2. 
Ovalaire, rose, a six rangees de cils. 
Hab. les mers des Moluques. 

9. Le Beroe blanc. Beroe albens. 

Forsk., Fauna, p. m. 

Ovalaire, a rangees de cils blanches, sans cirrhes; de la dimension d'une 
g.-ossc noisette. 

Hab. la Meditcrranee ct la Mer-Rouge. 

jo. Le Beroe gilva. Beroe gilva. 

Eschsch. Ac, p. 3y ; Esp. 4. 



r. p. lesson. > — Sar les Beroides. n$rj 

Ovalaire, toutes les rangees de cils convergeant a la partie posterieure, 
et les cils rapproches par paires ; les vaisseaux colores et ferrugineux. 
Hab. les mers du Bresil. 

1 1 . Le Beroe de Scoresby. Beroe Scoresbyu 

Medusa Scoreb. Account of the Aretic Regions, t. 1. p. 548. pi. 
16. fig. 5. 
Ovoiide arrondi, a huit rangees de cils irises; couleur d'un gris blanc de 
perle. • 

Hab. les mers du Spitzberg. 

12. Le Beroe faux. Beroe fallax. 

Medusa Scoresb. op. cit. t. 1. p. 548. pi. 16. fig. 3. 

Corps ovalaire allonge, sc contractant en boule lorsqu'on le touche dans 
le vase ou il nage, a huit rangees de cils irises ; couleur gris-blanc. Le ca- 
nal central est rouge carmine. 

Hab. les mers da Spitzberg. 

Variete de Tespece precedente ? 

XVIl e Genre. Id? iH Idya. Oken. 

Corps sacciforme cyluulrace, plus haut que large, mollasse, 
a rangees de cils tres irises; tres large me nt ouvert a une extre- 
mite, mediocrement a l'autre. 

1. L'Idya macrostome. Idya macrostuma. 

Beroe mocrostomus Peron, It. pi. 3i. f. 1 ; Beroe cylmdricus 

Lamarck, t. 2. p. 469 ; Beroe capensis, Cham, et Eys.; Ac. Leop. 

nat. cur. t. x. pi. 3o. fig. 4 a. b. Beroe macrostomus Less tJ Coq. 

pi. i5. fig. 2. 

Corps oblong a huit cotes ciliees et irisees ; couleur blanc-rose avec 

les vaisseaux d'un rouge purpurin. 

Hab. I'Ocean Atlantique entre les tropiques, les mers du cap Bonne- 
Esperance et celle de la Nouvelle-Guinee. 

2. L'Idva du Nord. Idya Borealis. 
Idya Freminv. Bull. Soc. phil. mai 1809. p. 329? Fleming. Soc. 

Edimb. pi. 58. fig. 3 ? 

Medusa ou Purse-Schaped medusa. Scoresby, Arct. Reg. t. 
1. p. 54g. pi. 16. fig. 7. 
Corps large, ovalaire, a huit rangees de cils, de couleur rosee pale avec les 
vaisseaux purpurins; les cils tres irritables et tres irises, conservant leur 
vitalite plus de trois jours apres avoir ete coupes. 

Hab. les mers de Spitzberg. 
V. Zoot., — Mai. 17 



258 R. p. lesson". — Stir les Beroides. 

5. L'Idya de Forskaiil. Tdya Forshahlii. 

Beroe rufuscens. Forsk. p. m. 
Corps ovale allonge, atteignant jusqu'a cinq polices dc longueur, a sac. 
interieur large et libre, de couleur rougeatre. 
Hab. la Mediterranee. 

4. L'Idya ovale. Idya ovata. 

Beroe. Brown, Jam#p. 384. pi. 43. fig, a. pi. 3o. fig. 3 ; Bosc, 
Vers, pi. i5 ; Encycl. pi. 90. fig. 1 ; Beroe ovata, Eys. ct Cham., 
pi. 3o. fig. 3; Beroe ovalus, Lamk.t. 2. p. 46q; Medusa infundi- 
bulum, Gm. 
Corps ovalaire, largement tronque a la base, ayant huit rangees de cils 
irises; ouverture du pole inferieur Ires large. 
Hab. rOcean Atlantique. 

XVIII Genre. Medee. Medea. Eschsch. 

Le corps est ovale allonge, diversiforme, ayant descils dispo- 
ses en series doubles et laterales sur 1111 canal commun . et in- 
terrompus vers le milieu du corps. Une assez large ouverture 
transversale a une extremite. 

1. La Medee etranglee. Medea cons trie ta. 

Eschsch , Acalephen. pi. 38.; Beroe constricta, Cham, et Eys. 
Ac. Leop. Nat. cur. t. x.pl. 3i. fig. 2. 
Corps etrangle vers la grande ouverture, comrac tronque et echancre a 
un pole, arrondi a l'autre; cils irises; long de six lignes ; assez dense; co- 
lore et fauve; bouchc bilabiee ; vaisseaux blancs. 
Hab. la mer des Indes - le detroit de la Sonde. 

2. La Mede rougeatre. Medea rufescens. 

Eschsch.., op. cit. p. 38. pi. 3. fig. 3. 
Corps rougeatre ; les vaisseaux roux ferrugineux. 
Hab. la mer du Sud sous l'cquateur. 

3. La Medee arctique. Medea arctlque. 

Medusa ou Bolle Shaped medusa. Scoresby. op. cit.t. 1. p. 
55o et pi. xvi. fig. 8. 
Corps ovoidal, etrangle pres de rouvcrtnre transversale qui est compri- 
mee. Huit rangs dc cils irises; couleur hyaline aver, des vaisseaux roses; 
tres irritable. 

Hab. la Mcr-Verte tracsparente par ji>° 45' de lat. Nord et 8 de long 0. 



r. p. lesson. — • Sur les B era ides. sSq 

4. La Medee douteuse. Medea dubia. 

Medusa, Scoresby, Arct. Reg. t. 1. p. 54g. pi. 16. fig. 6. Me- 
dusa , Mertens, Spitzb. t. 2. p. 123. pi. P. fig. H. 
Corps ovoide, ayant au centre une cavite formee de deux cones ren- 
verses, unis par un etroit canal ; huit rangees de cils irises; couleur gris* 
blanc. 

Hab. les mers du Nord par 75°4c^de lat. N. et 5° dc long 0. 



X1X C Genre. Cydalise. Cydalisia. Less. 

Corps tronque' et largenlent ouvert a une extremite, flnissant 
en pointe au pole oppose qui est perce de deux petites ouver- 
tures ciliees sur leiir pourtour: huit rangees verticales de cils 
simples. 

La Cydalise mitre. Cydalisia milra^formis, 

Beroe mitrceformh, Less. Zool. Coq. pi. i5. fig. 3. 

Corps conique, a large ouverture bordee d'un cercle rose, en poiule co- 
nique, blanc hyalin avec vacuoles roses, les cils eminemment irisateurs. 
Hab. les meis qui baignent les coles du Perou sous l'equateur, en mars. 

XX e Genre. Pandore. Pandora, Eschscb. 

Corps re^nlierement tronque et circulairement ouvert a un 
pole. L'autre extremite arrondie; percee de deux ouvertures. 
Les series de cils places dans des siilons dont les bords sont 
gar n is de membranes. 

La Pandore de Fleming Pandora Flemingii. 
Eschscb., Acal. p. 3c). pi. 2. fig. 7. 

Corps en forme de voute, tronque enlargement ouvert, avec un re* 
bord rose. 

Hab. les mers du Japon, 



*7. 



sfio r. r. t.i sso;n\ — Sur les Eero'ides. 

*f Tribu: les Beroes faux, conduisant auxDiphydes: tribu 

incertce sedis. 

Le seul genre qui appartient a cette tribu parait etre un lien 
cle transition entre les vrais Beroes et la famille des Diphydes, 
de meme que les acils sont des Beroes qui conduisent aux Me- 
dusaires et peut-etre aux Diphydes. 

XXP Genre. Galeolaire. Galeolaria. Lesueur, in Blainv. 
Quoy, Ast. p. 43; Eeroides, Quoy et Gaym; M. S. 

Corps gelatineux, resistant, rcgulier, symetrique, subpoly- 
gone ou ovale, comprime sur les cotes et garni de deu^L rangs 
lateraux de cirrhes exlremement fins. Une grande ouverture 
posterieure percee dans une sorte de diaphragme avec des lobes 
appendiculairesbinaires en dessus, conduisant dans une grande 
cavite a parois musculaires. Un ovaire a la face anterieure supe- 
rieure, sortant par un orifice median et bilabie ( de Blainv.). 

Obs. M. Quoy trouve beaucoup d'analogie entre ce genre et 
celui nomme Erscea par Eschscholtz qui appartient aux Diphy- 
des, mais M. de Blainville pense que les Galeolaires different au 
contraire des Diphyes pour serapprocher des Beroes. LesGaleo- 
laria bilobata et Rissoi de Lesueur, ne sont pas encore decrits. 

i . Le Galeolaire austral. Galeolaria australis. 

Quoy, Astrol. pi. v. fig. 3o et3i. Beroides australis, Quoy et 
Gaym. ms. 
Corps pyramidal, subcompriuie, gelatineux, tronque a la base, bilabie , 
a uaseul tentacule, a ouverture ample, a parois laterales avec des cils; long 
d'un pouce. 

Hab. 1'Ocean Indien par 36° 3a' de lat. S. 

2. Le Galeolaire a quatre dents. Galeolaria quadridentata. 

Quoy et Gaym., Ast. pi. 5. fig. 32, 33. 
Corps pyramidal, hyalin, subcomprime, tronque a la base; a ouverture 
garnie de quatre pointes. 
Hab. inconnue. 



r. p. lesson. — Sur les Beroides. i6r 

Les Berosomes ( Berosoma) (i) 

Son t des zoophytes voisins des Medusaires, et qui conduisent 
par line sorte de degradation des vrais Beroes aux Meduses, 
Leur corps est sou vent sacci forme, prive de cils , uni, perfore. 

Nous ne mettons ici le genre Bardlet, Doliolum d'Otto, que 
pour memoire. II parait, suivant le Dr. Quoy, que cest un frag- 
ment de Salpa dont Finterieur a ete devore par un crustace 
pelagien. Otto, caracterisait ainsi I'espece qu'il nommait Dolio- 
lum Mediterranean ( Nov. Act. t XI pi. 42. fig. 7). Zoophyte tres 
simple, gelatineux, hyalin, ressembiant a un petit baril sans 
fonds aux extremites t subcylindrique, court, legerement retreci 
aux deux bouts, tres contractile , largement ouvert et sans 
organes apparens. 

XXII e Genre. Epomis. Epomis. Less, 

Corps cylindrace, a extremite ovale, arrondie, ayant une ou- 
verture moyenne quadrangulaire, de substance charnue, mol- 
lasse, forme de fragmens cristalliniformes accoles, sans traces 
de cils; pole natateur tronque, large, ayant une grande ouver- 
ture bordee d'un rebord membraneux mince,tendu sur son pour- 
tour et ren force au dehors par quatre piliers denses, renittents 
et epais . Epomis , d'Ewwps, chausse de Docteur. 

L'Epomis gargantua. Epomis gargantua. 

Beroe gargantua, Less., Coquille pi. i5. fig. 1. Le Paipaij 
des Otai'tiens. 
Corps haut dc sept a neuf pouces, parfaitement transparent, compose dc 
sortes de cannelures charnues, renflees, d'un blanc hyalin pa rfa it. 
Hab. les criques de Tile d'Otaiti. 

XX1IP Genre. Bourse. Bursarius. Less, 
Corps sacciforme, arrondi au sommet, dilate a la base qui es»: 

(1) Le corps que nous avons figure (Zool. dela Coquille, pi. ix. fig. i) sous le nom de Rero 
some tentacule, Berosoma tentaculata, est une masse gelatiueuse reufermaut des milliersd'fBufs 
sw» do«t« d'ufl raoHtisque ineonnu-. 



I 



26a R. p. lesson. — Sur les Beroides. 

largement ouvcrte, bordee d'une membrane diaphane, plissee et 
dont la circonference est munie de quatre piliers d'une seule 
piece chacun, subcomprimes, les deux du milieu termines par 
deux tres longs tentaeules cylindraces. L'ouverture de la par- 
tie arrondie du sommet esc submediane, petite et creusee en 
ombilic. 

Oes. M. Milne Edwards pense qu*on devrareunir 1'especeque 
nous decrivons de ce genre, ainsi que la Carybdee ailee de la 
pi. 33 de notre Centurie, a la Carybdee marsupiale dans la fa mi He 
des Medusaires. 

La Bourse be Venus. Butsarius Cytherce. 

Less., Coquille pi. xiv. fig. 1. 1. 2. p. 108. 

Corps inollasse, charnu, blanc decristal d'une transparence parfaitejgra- 
nuleux a la surface, piesentant quatre lig'ies rubanees plus claires. Les 
deux tentaeules roses. 

Hab. Iqs mers de la Nouvelle-Guinee. 

XXIV e Genre. Bougajjmvillie. Bougainvillia Less. 

Corps oviforme, arrondi en haut, tronque en bas et largement 
ouvert; a enveioppe exterieure pellucide, a sorte de nucleus 
crucie interne, des brandies duquel partent quaere petits pro- 
longemens vasculaires, aboutissant a quatre glandes marginales, 
comme ciliees en houppe. 

Oes. Ce genre sembleappartenir aux vraies Medusaires, et n'est 
la que pour memoire. 

La Bougainvillie des Malouines. Bougainvillia macloviana. 
Cyancea Bougainvillii Less., Goq. pi. i4. fig. 3. 

Ovoide, blanc translucide, a nucleus crucie brun, a glandes marginalei 
jaunes ponctueesde noir; tres irritable ; ties abondante dans les eaux de la 
baie de la Soledad aux lies Malouines. 

Obs. Nous placerons ici pour memoire le Zoophyte que nous avons fi- 
gure (Zool. de la Coq. pi. xiv. fig. 5) sous lc nom de Microstome ambigu, 
Microstoma ambiguus, imitant un globule d'air a parois nacrecs, sur- 
monte d'une sorte de prolongement probosciformc, jaune, ayant une large 
ouvetture a la partie inferieure, inunie de quatre tentaeules jaunes et ren- 
fliis a leur sommet avec des cils sur les cotes. Nous l'avons observe en 
septerabre sur les cotes de la Papouasie. 



ii. p. lesson. — Sur les Bero'ides. $63 



XXV" Genre. Noctiluque. Noctiluca Suriray , Lamk, Schweig. 

Corps gelatineux, transparent, subspherique, reniforme dans 
ses contractions et paraissant enveloppe d'une membrane char- 
gee de ties fines nervures. Bouche inferieure, contractile, infun- 
dibuliforme, munie d'un tentacnle filiforme. 

Obs. Ce genre a des rapports avec les Mollusques Pteropodes 
du genre Firole. 

La Noctiluque miliaire. Noctiluca miliar is. 

Lamark, t. 2. p. 471, d'apres ras. de Suriray. 

Corps tres minime, hyalin., garni en dedans de petits corps ronds qui 
sont peut-etre des gemmules. Donne atix eaux de la mer une phosphores- 
cence des plus vives j excessivement abondant dans les bassins du Havre. 

Hab. la Manche. 

XXVI e Genre. Rosace. Rosacea Quoy et Gaym. 

Corps libre, gelatineux, tres mou, transparent, suborbiculaire, 
a une seule ouverture terminale a Tun des poles, donnant dans 
une cavite ovale qui communique a une depression d'ou sort 
une production cirrhigere et ovifere. 

Obs. II se pourrait que ce genre fut etabli sur une piece isolee 
d'un Zoophyte de la familie des Poly tomes. 

1. La Rosace de ceuta. Rosacea Ceutensis. 

Quoy et Gaym. ; Ann. Sc nat. janv. 1827. pi. 4. B. fig. 2 et 3. 
Corps ties mou , arrondi, bossele, de la grosseur d'une petite cerise ; 
ayant une bouche ronde percee entre quatre renflemens. 
Hab. le detroil de Gibraltar, pres de Ceuta. 

2. La Rosace froncee. Rosacea plicata. 

Quoy et Gaym. Ann. Sc. nat. pi. 4. B fig. 4. 

Corps ge'atineux, mou, lisse, ovalaire, reniforme, ayaut a un des pc^cs 
un trou asssez large, peu profond, plisse sur les bords, du milieu duquel 
part un etroit canal qui va se terminer au pole oppose, dans line cavite 
arrondie; degression a la face inferieure, logeant des sucoirs places sur une 
tige cm mune et des corps qui esscmblent a desovanef. 

Hab. le t.etroit de Gibraltar. 



264 R. p. lesson. — Sur ies\Bero'zdes. 

XXVU c Genre. Sulculeolaire. Sulculeolaria de Blainv.) 

Corps? subcartilagineux, transparent, allonge, eylindroide, 
traverse dans toute sa longueur par un sillon fort large, borde 
de deux membranes, tronque aux deux extremites avec une ou- 
verture posterieure garnie dans sa circonference de lobes appen- 
diculaires, et conduisant dans une cavite fort longue et aveugle 
( de Blainv. ) 

Obs. Ce genre a ete forme par M. de Blainville, d'apres des fi- 
gures inedites de Lesueur, qui pourraientbien appartenir a des 
portions detachees de Plethosomes ou de Diphyes. 

Lestrois especes citees par cet auteur et non decrites sont 
les Sulculeolaria quadrivahis, biacuta et minuta des mers de Nice. 

XXVIIP Genre. Appendiculaire. ^4 ppendicularia Cham, et 
Eysenh, Fretillaire Quoy et Gaym. ms. OikopleuraMev- 
tens , Ac. Petersb. t. 1 (i83o) p. 2o5. 

Obs. La place de ce genre, tresmalconnu d'ailleurs, est encore 
completement incertaine, bien que Mertens penseque ce soit un 
Mollusque. Nous nous bornerons done a rapporter ce qu'en 
disent les observateurs qui out signale le singulier animal sur le- 
quel il repose. 

D'apres Chamisso et Eysenhardt ,leur Appendicularia flagel- 
lum (pi. 3 1 fig. 4 ) est un corps gelatineux, subovoide, a peine 
long de trois lignes, ayant des points rouges transparens in- 
ternes; un appendice gelatineux, cestoide, bordd de rouge, plus 
long du double ou du triple que le corps, servant a la natation 
par un mouvement cVondulation tres marque. Hab. le canal St. 
Laurent dans le detroit de Beehring. 

D'apres M. Quoy ( Zool. Ast. p. to) son genre Fretillaire est 
fonde sur un animal rencontre dans plusieurs mers et notam- 
ment aux environs du Cap de Bonne-Esperance. Son abondance 
etait telle, qu'il teignait l'eau en rouge-brun.Ces Fretillaires se 
tortillent sur elles-memes^ et paraissent comme enveloppees 
dans une large membrane dont elles se separent sans paraitre 



r. p. lesson. • — Sur les Beroides. a65 

en souffrir. On en trouve beaucoup plus de libres que de munies 
de cet appendice. 

L'oikopleure bifckquee. Olkopleura bifurcata Quoy et Gayni. 
Ast. pi. 26 fig. 4-^7 est done ce Fretillaria si abonclant sur la baie 
des Aiguilles et vis-a-vis la baie d'Algoa. Sou corps est anguilli- 
forme, aplati, pointu a son extremite qui est munie d'une na- 
geoire echancree. Son axe est parcouru par un canal sur les 
cotes duquel on voit des granulations blanches. La partie qui 
correspond a la tete est surmontee d'un capuchon merubraneux 
tres delie, frange, »u apparait un point rouge cntoure de jaune. 
Cet animal sans cesse en mouvement, altere promptement I'eau 
qui le contient, meurt et devient opaque. 

L'Oikopleure serait-il line larve ? 

XXIX e Genre. Praia. Praia,? QuoyetGaym. 

Corps? subgelatineux, assez mou, transparent, binaire, de- 
prime, obtus 011 tronque obliquement aux deux extremites, 
creuse d'une cavite assez peu profonde, avec une ouverture 
ro.nde presque aussi grande quelle, et pourvu d'un large canal 
ou sillon en dessus ( de Blainv. ). 

Obs. Ce genre parait etre fonde sur une vessie natatrice de 
Physsophore. MM. Quoy et Gaymard en font dans leur travail 
publie une Diphye. 

1. La Praia douteuse. Praia dubia. 

De Blainv. Zooph. p. \Zy ; Diphyes dubia Quoy et Gaym. 
Ast. pi. 5 fig. 34-36. 

Corps subquadrilatere, arrondi, elargi a une extremite, bilobe a Tautre 
qui presente une surface oblique, creusee d'une large ouverture a bourre-* 
let, clonnant dans un vaste entonnoir peu pro fond, avec des vaisseaux sy- 
metriqueinent ranges sur son pourtour, et gelatiueux , transparent. 

Hab. les rivages de l'ile des Kanguroos a la Nouvelle-Hollande. 

2. La Praia de San-Yago Praja diphyes. 

Diphyes prayensis, Quoy et Gaym. pi. 5. fig. 3j-S8. 
Corps mou, long <!e dix-huit lignes sur six de largeur, arrondi sur une 
face, aplaliiur Tautre, legereraent ecbancrc a I'extrcmite, ou est pcrcee une 



.66 f. ravin. — Sur les Fanons. 

ouverture transvcrsalc sans dents, mimic (Tunc valvule mince, et donnant 
dans une cavite pen profonde, coniq e, communiquant dans un vaisseau 
qui occupe loute la longueur de l'individu ; sur l'autre face est un canal 
large, longitudinal, beaut, forme par deux rcplis. 
Hab. le port de la Piaya dans l'jle de San-Yago. 



Oservatjons anatomiques sur les Fanons , sur leur mode d 3 inser- 
tion entre eux ct avec la membrane palatine y 

Par F. P. Ravin , 

Docteur en medocine de la faculte de Paris, meuabre correspoudant de l'Acadeinie 
de raedecine, etc. 

De grands Cetaces viennent quelquefois echouer sur la cote 
du departement de la Somme. Celui qui y fut jete le 16 aout 
1829 etait une Balenoptere a bee (Balama rostrata Lin., Hun- 
ter; Balcena rostrata borealis Quoy; Balcenoptera acuto rostra- 
ta Lacepede ). Elle avait pour traits distinctifs les caracteres 
suivans : les deux machoires pointues, celle d'en bas nioins ai- 
gue\ plus longue et surtout plus large que celle d'en haut; des 
fanons courts, blanchatres en devant, la peau dun noir fonce 
et luisant sur le dos et les cotes, d'un blanc nacre au dessous p!u 
corps; des plislongitudinaux et presque paralleles sous la gorge 
et sous la poitrine; une petite bosse sur la machoire sunerieure 
au devant aes events; deux events; une nageoire dorsale, placee 
a l'extremite du dos et tournee vers la queue. (PI. xi, fig. 1.) 

Cette Balenoptere portait/ji pieds de longueur sur 6 a 7 de 
hauteur et 20 de circonference. La hauteur et la circonference 
ont ete mesurees vers le tiers de la poitrine dans la partie ou 
l'animal avait le plus de volume. 

G'etait tin jeune sujet, de sexe male, qui n'avait pas acquis 
tout son developpement; car les vertebres n'etaient pas encore 
soudeesavec leurs epiphyses. 

II avait ete blesse sur le cote droit par un fer qui fut retrouve 



e. haviin. — Sur les Fanons. 267 

dans sa poitrine. II est probable qu'il mourut de cette blessure. 
II fut amene sans vie par les courans sur la plage de Cayeux, 
pres de Saint-Valery; et il se trouvait alors dans un etat de putre- 
faction assez avance. On du s'empresser de le vendre et de le 
depecer, a cause des vapeurs fetides qu'il exhalait. 

J'ai profite aulant que je l'ai pu de cet eehouement. La pre- 
cipitation obligee des travailleurs ne m'a pas permis de fixer 
raon attention sur tous les organes; mais il m'a ete possible de 
recueillir quelques observations sur plusieurs d'entre eux Je 
donnerai dans ce memoire celles que j'ai faites sur les fanons. 
Si elles n'apprenaient rien de nouveau, elles serviraient du moins 
a confirmer des choses qui sont encore incertaines. 

A fin d'etre plus exact et mieux compris, je donnerai d'abord 
la description des deux mach ires. 

§ 1. La machoire inferieure etait composeededeuxosunis an- 
terieurement par un cartilage, et termines en arriere par uji con- 
dyle qui s'articulait a la base du crane. Chacun de ces os etait 
assez courbe; les arcs qu'ils formaient soutendaient une corde 
longue de pres de neuf pieds : ils avaient neuf pouces de diame- 
tre. — La partie de ces os a laquelle ou a donne le nom de 
branche etait plus cylindrique que leur corps; elleavait le meme 
diametre. Sa direction etait horizontale et un pen courbee de 
dedans en dehors : le condyle qui la terminait etait a peine rele- 
ve. Elle etait creusee dans son bord superieur par un sillon obli- 
que, assez large, dans lequel passaient les vaisseaux et les nerfs 
maxillaires inferieurs dont le faisceau etait recu dans un canal 
qui parcourait probablement toute la longueur de la machoire. 
Cette branche, longue d'un pied sept pouces, se terminait en 
devant par une elevation osseuse haute de cinq pouces, dont la 
pointe oblique etait tourneeen arriere, et representait exacte- 
ment notre apophyse coronoide. L'orifice du canal maxillaire se 
trouvait a sa base; il etait large et fort evase. 

Les deux os de la machoire inferieure etant reunis circonscri- 
vaient un espacedont la figure representait a-peu-pres celle d'un 
ovale prive de sa grosse extremite. Sa longueur etait d'environ 
neuf pieds; son plus grand diametre place aux trois quarts desa 
longueur etait de cinq pieds et demi. ( Voy. pi. xi , fig. 2. ) 



26S p. ravijv. — Sur les Fanons. 

Une levre ferme et immobile, qui etait en meme temps une 
gencive, recouvr lit les pieces maxillaires et s'elevait au dessus 
d'elles en se deviant en dehors, mais en suivant leurs courbures. 
La plusgrande elevation de cette levre et la plus forte acuite de 
son bord etaientaux approchesde l'apophyse coronoide. 

Une vaste membrane, d'un tissu fort dense, d'apparence seroso- 
dermique, recou v rait interieurement tout Tespace circonscrit 
par les maxillaires: elle etait d'une teinte rougeatre assez pale. 

La langue occupait une tres petite partie de cette vaste surfa- 
ce : elle n'avait que deux pieds de long et un pied de large. Elle 
etait situee a trois pieds de la pointe de la machoire et a deux 
pieds de ses bords. Cetait un corps ferme, aplati, ellipso'ide, et 
saillant de trois a quatre pouces au dessus de la membrane buc- 
cale. En devant, elle se detachait de la membrane un peu plus 
que sur les cotes : elle y avait aussi le bord moins obtus et plus 
mince. 

La membrane qui recouvrait la langue etait mucipare : elle 
etait garnied'unefouledepapillestresapparenteSjqui paraissaient 
n'etre formees que de ses replis. Une bordure de papilles beau- 
coup plus grosses encore, entourait l'organe, excepte en de- 
vant. Un corps papillaire de meme espece, ou un amas de ces 
memes papilles existait sur chacun de ses cotes. Ces grosses pa- 
pilles oblongues et plates avaient de six a sept lignes de longueur 
sur quatre a cinq de largeur. Aucune d'elles n'etait revetue de 
papilles plus petites. — Sur le devant de la langue, vers la pointe 
la membrane parfaitement tendue paraissait lisse et depourvue 
de papilles. Ses adherences avec le tissu adjacent etaient fort 
etroites; on ne pouvait pas le plisser en cet endroit. 

A partir de ce point, une ligne mediane profonde divisait Tor- 
gane en deux parties sym£triques> un peu convexes, qui ne s'e- 
largissaient que vers sa base. 

Les fanons de la machoire superieure posaient leurs crins 
dans l'espace que la langue ne couvrait pas sur la membrane 
buccale: ils en occupaient la plus grande partie. 

§ i. La machoire superieure etait a son extremite de cinq ou 
six pouces plus courte que I'inferieure. Elle avait la forme d'une 
pyramide triangulaire curviligne, couchee horizontalement. Sa 



f. ha. tin. — Stir les Fanons. 269 

longueur etait de sept pieds; sa base appuyee sur le crane, avait 
une largeur de cinq pieds deux pouces et une hauteur de deux 
pieds sept pouces. Ses deux faces externes, unies et simples, etaient 
absolument pareilies et d'egales dimensions; sa face interne avait 
plus de largeur et une forme differente. EUe correspondait au 
palais. Elle offrait au milieu de sa surface, dans toute sa longueur 
une saillie obtuse et convexe, recouverte par la membrane pa- 
latine; et de chaque cote de cette saillie longitudinale une sur- 
face tres concave qui recevait la base des fanons. ( Voyez la fig. 
3, pi. xi . ) 

La machoire superieure etait principalement composee des 
os maxillaires superieurs, des os du palais et des os du nez. Je 
ne dois m'occuper ici que de sa surface palatine. 

Elle etait formee presque en entier par les maxillaires dont la 
carene presentait de chaque cote une longue voute. Des sinus 
de different es grandeurs, les uns tres longs et tres etroits, le£ 
autres courts et en forme d'anses, etaient pratiques dans l'epais- 
seur de ces voutes.Ces sinus, du moins Jes plus longs, etaient en 
partie osseux, en partie cartilagineux. Leur circonference pres- 
que entierement constitute par des lames osseuses etait fermee 
par des cartilages ( fig. 3, b et c, pi xi. ). 

Les os du palais etaient plats et minces, ils touchaient a la 
base du crane et recor.vraient la partie interne et posterieure 
des os maxillaires, dont ils cachaient la suture. Cependant ils s'e- 
cartaient en arriere pour former une sorte d'apophyse qui re- 
montait vers Tos temporal, lis etaient longs d'un pied sept pou- 
ces et larges de huit pouces. Leur forme, en fa sant abstraction 
de leur apophyse montante, etait a-peu-pi es quadrangulaire. Us 
se touchaient par leurs bords internes. — Ils augmentaient en 
arriere la saillie moyennedu palais et la profondeurde ses voutes 
laterales. ( fig. 3, d, d. ) 

La membrane qui recouvrait le palais, confondue avec le tissu 
qui l'attachait aux os avait plus d'un pouce d'epaisseur dans 
la plus grande partie de son etendue, et beaucoup plus vers 
son extremite posterieure. Elle etait unie, iisse et bien tendue ; 
on n'y voyait aucune ride. Le fond de sa couleur etait grisatre, 
legerement teintd'une nuance rouge. Quanta sa forme, large 



%rj f. rwin. — Sur les Fanons. 

dans sa moitie posterieure, etroite dans l'autre, elle reprenait en 
devant un pen dc largeur; c'etait un ovale long comprime vers 
sa pointe (fig. 4? a > a - ) Sa surface etait convexe, divisee par un 
sillon en deux parties egales et symetriques. Son plan formait 
longitudinalement plusieurs courbures. 

Elle s'etendait de chaque cote pour recevoir les fanons, et pre- 
sentait alors une disposition touteparticuliereque je decrirai plus 
loin. ( Voyez membrane des fanons. ) 

Une levre de meme texture que celle de la machoire inferieure 
bordait de chaque cote la machoire superieure. Cette levre etait 
moins large, plus aigue et plus elevee que l'autre. Quand la bou- 
che etait fermee, la levre d'en haut etait recue dans celle d'en 
bas. 

§ 3. Deux rangs de fanons tres nombreux garnissaient les cotes 
de la machoire superieure: lis occupaient la place des dents chez 
les autres mammiferes. lis etaient courts et garnis de crins fort 
longs et fort tonffus. ( pi. xi , fig. 5 et G, a, b ? c,d,e. ) 

Tous ces fanons n'avaient pas la meme longueur: tres petits 
sur le devant de la machoire, ils grandissaient progressivement 
jusqu'aux environs de la commissure des levres. La ils etaient 
longs de dix a douze pouces, mais des-lors ils commencaient a 
diminuer. Plusieurs rangs d'a litres fanons disposes transversale- 
ment et qui etaient de plus en plus petits, doublaient interieu- 
rement celui-ci, forme des plus grands et des plus exterieurs. 
Ceux qui se trouvaient le plus pres du palais etaient les plus pe- 
tits de tous, et la plupart d'entre eux finissaient par n'etre plus 
autre chose qu'un leger faisceau de ci im, de fort pen de lon- 
gueur. 11 en etait de meme en devant eten arriere de la machoire 
aux extermites de chaque rang de fanons (fig. 6). 

Le tiers anterieur des fanons etait blanchatre: tous ceux qui 
venaient apres etaient d'un gris ardoise. La coulelir blanche des 
premiers ne se nuancait pas avec la couieur grise des suivans; 
le changernent etait brusque de Tune en l'autre. 

L'epaisseiir des fanons variait suivant leur longueur: les plus 
etaient epaii de deux lignes. Chacunde ceux-ci representait une 
plaque triangulaire dont le plan aurait ete transversalementplie 
en deux courbures de sens oppose, dans la forme d'une 8 faiblc- 



f. ravin. — Sur les Fanons, 271 

ment sinueuse. Leur bord externe n'etait pas equarri, mais 
aminci et tranchant; ii avait tine direction presque perpendicu- 
laire, ne se courbant un peu que vers la pointe. Le bord interne 
etait oblique et garni de longs crins. (PL xi, fig. 6. ) 

Les faisceaux de crins avaient ahsolument la meme composi- 
tion et la meme nature que les fanons, c'etait la meme espece 
de fibres. On pourrait dire que les fanons ne sont pas autre 
chose que des crins reunis en plaques au lieu de l'etre en filets. 
(PL xi, fig. 5, 6,7,e,e. ) 

§ 4- La base des fanons etait envelopp^e par un tissu blanc , 
de couleur mate, de nature cornee. Cette substance formait une 
suite de lames fibreuses qui etaient interposees aux fanons et 
servaient a les reunir les uns aux autres, de maniere a n'en faire 
qu'un seul corps. Voici comment its y etaient ranges : chacun 
d'eux, apres y avoir penetre, s'y divisait en deux lames aux- 
quelles on pourrait dormer le nom de racines. Ges racines etaient 
un peu divergentes et ne s'unissaient pas entre elles; mais cha- 
cune etait liee, par le moyen de la substance blanche, a celle 
du fanon voisin qui lui correspondait (pi. xi, fig. 6 et 7). Cette 
substance s'attachait a chaque racine d'ou elle semblait naitre, 
puis elle les surmontait, se courbait en passant de Tune a 1'autre 
et descendait entre elles. La longueur dont elle descendait etait 
en rapport avec celle des fanons qu'elle unissait : e'en etait 
a-peu-pres la cinquieme partie. Elle avait beaucoup d'ad- 
herence avec les racines , principalement en haut. La , on 
eut dit qu'elle etait formee d'un melange de fibres longitu- 
dinales et transversales. Elle devenait liore en bas, entre les 
plus grands fanons, et s'y terminait en un tissu de lamelles 
minces et transparentes, toutes composers de fibres Iongitudi- 
nales. L'epaisseur des lames de ce tissu blanc etait partout egale 
a celle des deux fanons entre lesquels elle etait placee. (PL xr ? 
%-7 e t8.) 

Ce qui se passait pour les fanons avait lieu aussi pour les fais- 
ceaux de crins ou fanons internes, et pour tes crins isoles. 
Chaque faisceau, chaque crin isole, se divisait en deux racines 
qui penetraient dans le tissu blanc et se rattachaient ainsi au 
corps general des fanons. (PL xr, fig. 7. c, d, e, e.) 



On voit, d'apres cela, que la base de tons les fanons etant 
enveloppee et couverte par la substance blanche, celle-ci etait 
seule visible en cet endroit, meme exterieurement. La surface 
superieure de cette couche paraissait agreablement sillonnee de 
plis longs, sinueux et paralleles, puis de fentes droites plus on 
moins courtes, et enfin de trous de differentes grandeurs qui 
etaient ranges avec sy metric Ces longs sillons , ces fentes , ces 
trous divers, avaient une profondeur variable suivant leur po- 
sition et I'espece des fanons ou des faisceaux de crins auxquels 
ils conduisaient : ils marquaient l'ecartement de leurs racines. 
(PL xi, fig. 5 et 10.) 

La couche, ou la masse, formee par la substance blanche 
avait une largeur variable d'un bout a l'autre de la machoirc 
L'endroit ou elle etait le plus large correspondait a celui ou les 
fanons avaient eux-memes les plus grandes dimensions. C'etait 
la aussi qu'elle avait le plus de hauteur et d'epaisseur. Chacun 
de ses bords etait com me une bande blanche qui recouvrait en 
dehors les fanons et en dedans les faisceaux de crins (pi. xi, 
fig. 5 ,y~, g\ h, £). Le bord externe, place contre la levre, etait 
a-peu-pres des deux tiers plus large que Pintcrne. Celui-ci navait 
pas plus d'un ponce quand le premier en avait pres de trois. 
Ces deux hauteurs etaient les plus grandes. 

Le plan vertical de chaque lame de substance blanche avait 
la forme d'une espece de trapeze. Son cote 011 bord interne s'u- 
nissait a celui de la membrane palatine, qui etait expres coupe 
d'une maniere abrupte , et dont l'epaisseur variait partout de la 
meme maniere que la^sienne. (PI. xi,tig # 5,^, i, et fig. 8.) 

La substance blanche eiait ferme et solide, mais plustendre, 
moins elastique et plus fragile que celle des fanons. 

§ 5. Une membrane qui paraissait etre une suite ou une de- 
pendance de la membrane palatine recouvrait de chaque cote 
tout I'espace que les fanons occupaient sur les os maxillaires su- 
perieurs. Elle etait placee entre ces os et les fanons; c'etait elle 
qui les attachait sur les machoires et qui leur fournissait des sues 
nutritifs. Toute sa surface etait marquee de sillons nombreux, 
paralleles et symetriquos, qui correspondaient aux sailliesar- 
rondies et obtuses de la substance blanche, Ces saillies, produites 



• f. RiviN. — Sur les Fanons. 273 

par la base de chaque lame blanche , etaient recues dans les sil- 
lons de la membrane, et elles y adheraient si fortement, qu'elles 
y laisserent des eclats de leur tissu lorsqu'on arracha de la roa- 
choire la masse entiere des fanons. (Pi. xi, fig. l[, b, b.) 

Entre chaque sillon s'elevait de cette membrane une lame 
charntie assez mince et a demi transparente, de forme triangu- 
laire,ayant une longue base et pen de hauteur, mais surmontee 
par de nombreux faisceaux de filets fibnlleux dont la longueur 
decroissait regulierement de dehors en dedans. Cette suite de 
lames representait une serie de petits fanons charnus, tres 
mous, rouges et encore tout imbibes de sang com me la mem- 
brane d'ou ils naissaient. Ces lames vasculaires etaient destinees 
a penetrer dans le tissu meme des fanons; elles passaient entre 
leurs racines et coujbiaient les fentes qui se voyaient a leur base 
dans la substance blanche. (Pi. xi, fig. 9, b, b.) 

La meme chose avait lieu pour les simples faisceaux de crins, 
II naissait de la membrane palatine des faisceaux de fibrilles qui 
s'insmuaient entre les racines de ces enns et se repandaient dans 
leur tissu jusqu'a une profondeur determinee. Cette profondeur 
devait en egaler le quart on le tiers, si j'en juge d'apres la lon- 
gueur des lames et des filets charnus que j'ai pu relever sur la 
membrane ou ils etaient contractus. 

La membrane avait beaucoup d'epaisseur en arriere; la elle 
etait d'un pouce pour ie moins, et elle augrrientait beaucoup 
encore et d'une maniere tres rapide si Ton reculait davantage 
vers la gorge; mais elle diminuait graduellement en avancant 
vers le museau : elle finissait par n'y pas avoir deux lignes d'e- 
paisseur. Sa force n'augmentait pas, comme celle de la sub- 
stance blanche , suivant la force et la longueur des fanons. 

Elle s'unissait avec la levre par son bord externe et se con- 
fondait par l'autre bord avec la membrane palatine moyenne. 

Elle adherait aux os maxillaires par deux moyens : i° elle s'u- 
nissait avec leur perioste; i° elle faisait passer a travers les sinus 
pratiques dans 1'epaisseur de ces os, des especes de cordons en 
forme d'anse, qui revenaient a elle apres les avoir parcourus. 
Ces cordons etaient gros, courts et nombreux en airiere; tres 
longs au contraire et plus greies vers la partie moyenne et sur 

V. Z001-. — - Mai. X S 



274 r - ravin. — Sur lee Fanons. 

le devant de la machoire. Les plus gros contenaient deux tubes 
vasculaires assez larges; les autres n'en portaient qu'un seul. 11 
paraitrait qu'ils servaient a la nourriture des os maxillaires en 
meme temps que d'attaches a la membrane des fanons {mem- 
brane palatine laterale). 

Le tissu propre de la membrane etait mou , rempli de fluides 
et compose de fibres melees, intriquees, rouges, et laissant entre 
elles des areoles etroites et nombreuses. Cette membrane n'e- 
tait-elle que celluleuse? n'avait-elle rien de musculeux? Les 
lames et les filamens qui penetraient clans les fanons n'etaient- 
ils que vasculaires? ne servaient-ils pas a les mouvoir ainsi qu'a 
les nourrir? L'apparence des fibres en donnait I'idee; mais leur 
intrication, leur melange confus en detournait. Je remarquais en 
meme temps que si les fanons etaient mobiles, ils ne devaient 
executer qu'un mouvement de masse, et que ce mouvement, 
qui est, a ce que Ton dit, tres apparent dans les plus grands 
Cetaces, de\ait etre faible dans cette Baleinoptere. 

Je ne puis dire positivement comment la substance blanche 
etait alirnentee ; je presume quelle I'etait directement par imbi- 
bition ou par absorption, parce que son tissu etait intimement 
uni a celui de la membrane des fanons. 

— Qu'est-ceque la substance blanche par rapport aux fanons? 
Sa fonction principale etait de les unir entre eux : elle represen- 
tait un bord alveolaire plutot encore qu'une gencive. Ce bord 
alveolaire , au lieu d'etre compose d'une matiere osseuse, etait 
fait d'une matiere cornee, analogue a celle des fanons, qui, eux, 
representaient les dents; car tout l'appareil maslicatoire du Ge- 
tacee devait etre souple et flexible. La membrane vasculaire etait 
1'analogue de nos membranes dentaires, et se trouvait aussi dis. 
posee de maniere a ne pas diminuer la mobilite de l'appareil- 
L'analogisme de l'email de nos dents se retrouvait dans l'epi- 
derme lisse et durci qui recouvrait les fanons. Quant aux gen - 
cives , destinees a couvrir et a nourrir les machoires beaucoup 
plus qua maintenir les dents en place, jai pense qu'elles se con 
fondaient avec les leyres dans cette espece de Mammiferes. 



f. ravin. — Sur les Fanons. 27 5 



EXPLICATION DE LA PLANCHE XI. 

Fig. 1. Balenoptere a bec, Baloenopleva acuto-rostrata , LacepeJe. — Balana rosfrata, 
Hunter. — Balana rostrata boredlis , Quoy. 

DIMENSIONS DE i/aNIMAL. 

pieds. p. 1. 

a> f s. LoL'gueur totale, da museau a Pcnfourchure de la queue. 42 *> » 

in, n. Hauteur, prise au tiers de la poitrine 7 » » 

Mdcholre superieurc. 

«, d. Longueur, du museau a la partie anterieure du crane. .,. • 7 » » 

d. Largeur a sa base , au devant du crane , au-dessus des 

events 5 2 *> 

e, c. Hauteur, vis-a-vis de la commissure des ievres 1 6 ■> 

if. Bosse sus-maxillaire, a 4 pieds 8 polices du museau. 

Longueur ...... 1 4 » 

Hauteur » 3 » 

c, d. Events, courbes, spmi-hioaires, opposes par leur convexi- 

le; separes par line cloison, marquee d'un silion li- 

neaire. Largeur I t> s> 

Mdcholre Infcrleure. 

a-, d'. Longueur 7 6 » 

e,f. Hauteur, vis-a-vis de la commissure des Ievres a 7 » 

/, e, c. — Hauteurs reunies des deux machoires 4 i „ 

( Cette mesure pent varier, la pocbe sous-maxillaire etant 
dilatable et contractile.) 

d. Paupieres; longueur »i© » 

Membres thoraclques, etroits et courts. 

g. Epaule. 

/. Aisselle, a x5 pouces au-dessous de 1'epaule. 

g, h. Cote anterieur, long de 4 4 „ 

/, h. Cote posterieur, long de 3 1 » 

if Saillie anguleuse, imitant le coude, a un pied de 3'aisselle, 

a l'origine du carpe,, entre.le carpe et le cubitus. 

Nageoire dorsale y a 9 pieds 4 pouces de la queue. 

p , q. Longueur 3 « H 

q t r. Hauteur, au dessus du dos «. 7 » 

*•. L'echancrure est ouverle de .,«.., « 5 6 

18. 



276 



f. n.vviiY. — Stir les Fanons. 



Queue, nageoircs emulates ; horizontales. 



t,s. Largenr ou base de chaque nageoire.. . ,, > 9 «» 

u, s etv, s. Hauteur de chaque nageoire 4 2 

u, r. Largeur de l'enfourchure , . 8 4 « 

o. sinus , a 12 pieds de la queue. 

JSota. Toutes ces mesures sont rigotireuses : elles ont ete prises avec soin sur l'animal meme. 

Je doute que nous possedions jusqu'a present une bonne figure de la Balenoptere a bee. Celle 
quia ete publiee dernierement pour le nouveau Dictionnaire iVIiistoire naturelle n'etait qu'une 
copie amplifiee de celle qu'on voit representee en ties petit dans les planches de l'ouvrage de 
Block sur les poissons. Or on sait ce qu'il faut penser en general des figures de cet ouvrage. 
[[/amplification de celle dont il s'agit en rendeirt plus evidentes les inexactitudes, qui etaient 
principalement remarquables dans la mollesse et la grandeur des bras. C'est ce qui m'a engage 
a donner la figure nouvelle que je joins a ce memoire. Elle est assurement plus exacte, car 
elle a ete faite en vue de l\?ni;nal meme et d'apres des mesures rigoureusement prises sur di- 
verses parties de son corps pour en reproduire fidelement les dimensions. 

Fig. 2. La machoire inferieure. 

0,0,0. Les maxillaires inferieurs recouverls par une levre. 

b f b. Membrane buccale. 

c, c. La langue. — On remarque a sa surface superieure deux corps papillaires ties deve- 
loppes; d, d. — etsur le bout un espace ovale, deprime, concave, ou la membrane est lisse, 
tendue et depourvue de papilles; e. — Le bord superieur de la langue est frange par de grosses 
papilles pareilles a celles qui se voient en d. 

La langue est adherente par loute sa face inferieure a la membrane buccale, elle ne peut 
executer sur elle-meme que les mouvemens les plus bornes; mais l'extensibilite de la mem- 
brane et l'exlreme laxite du reseau lamineux subjacent me laissent croire qu'elle en pourrait 
faire de plus etendus, qu'il lui serail aise de s'avancer jusqu'au bout de Ia machoire et de se 
dinger en divers sens vers ses bords. 

/. Tissu lamineux fort lache, sereux, a grandes lames, alongues cellules, situe entre la peau 
et la membrane buccale. 

g. Reservoir aerifere. 

La rapidite avec laquelle le depecements'esteffectuenem'a paspermis de constater 1'exis- 
tence de ce reservoir. (Voy. Hist. Nat. des poissons, par Block, torn, ix, p. i53, edit, de 
RR. Cassel. et Dictionn. des Sc. natur., tome in, pag. 422 }. 

//, li h. La peau au dessous de la machoire. — On y voit des plis ou sillons paralleles qui 
s'enfoncent jusque dans le tissu adipeux. lis ne sont pas bornes au dessous de la machoire; ils 
s'etendent aussi sous la gorge et sous la poitrine. Ils sont places assez regulierement a deux 
ponces les uns des autres ; leur pi ofondeur est de six lignes et ils peuvent s'ouvrtr d'autant. 
Ils sont probablemeut destines a suppleer a ce qui manque d'extensibilite a la peau et au tissu 
adipeux, lorsque l'animal respire et surtout lorsqu'il remplit le reservoir aerifere £• dont ou 
assure qu'il est pourvu. 

La peau est noire sur tout le dessus du corps, mais elle prend une teinte grise et nacree en 
dessous. Dans I'inlerieur des plis elle redevient noire. 

Je n'ai pas trouve de glandes salivaires a la machoire inferieure et je n'ai pas vu qu'il en 
existatd;msa.ucune autre par tie de la tete. 



f. ravjn. — Sur les Ecmons. 277 

Fig. 3. La machoire superieure. Surface palatine osseuse. 

a, a. Les os maxillaires minis et formant au palais une double voute creusee par des sinus 
de diff'erentes sorles. 

b,b. Sinus en forme de sillons. 

;,c,< 

d, d. Os palatins. 



Fig. 4. Membrane palatine. 

a, a. Membrane palatine moyenne, lisse, tendue, divisee en deux parties par une ligne me- 
diane longitudinale. 

b, b. Membrane palatine laterale ou membrane des fanons. On y voit une foule de petits sillons 
de grandeurs inegales, disposes sur plusieurs rangs et destines a recevoir la base des fanons. De 
chaque bord de ces sillons s'elevent des expansions charnues, vasculaires, qui penetrent dans 
les fanons, entre leurs racines. Dans la figure ces membranes sont contractees. On les a indi- 
quees par de simples traits. (Voy. la fig. 9.) 

Fig. 5. Masse de fanons reunis entre eux. 

a,a. Les fanons du premier rang ou fanons exterieurs. 

b, c. Fanons du 2 e et du 3 e rangs, ou fanons internes. 

d,e. Crins isoles, simples. 

f,g, h, i. Masse de subslance blanche enveloppant les racines des fanons. 
f,g. Bord externe formant une bande blanche sur la base des fanons du premier rang. Cette 
bande s'appuie contre la levre. 

k,i. Bord interne beaucoup moins eleve qui adhere a la tranche de la membrane palatine 
moyenne (fig. 4) 

g,i. Lame en forme de trapeze qui descend entre deux fanons. 

Fig. 6. Des fanons de divers rangs et des crins simples. lis sont separes les uns des autres et 
detaches de la substance blanche qui les enveloppait. 
a. Fanon du premier raug. 
1, c,d, Fanons des 2 e , 3 e et 4 C rangs. 
e. Crin simple, isole. 
f,g. Racines ecartees du fanon externe. 
f,g. Racines des fanons internes, disposees de meme inaniere. 

Fig. 7 . Fanons unis par la substance blanche. 

a,b. Fanons externes. — f,g. racines du fanon a. — A,/, racines du fanon b. — . g, n, 
racines dont 1'une appartient au fanon a, el l'autre au fanon b, et qui sont toules deux recou- 
vertes par des replis de la substance blanche. — /, lame de substance blanche qui descend 
entre les deux fanons a et b, et dont les replis embrassent leurs racines g et h. — c, d,e y e\ 
fanons internes et simples crins, disposes comme les fanons externes a Tegai-d des lames de h 
substance blanche et unis par elle de la meme maniere. Dans cette figure <js fanons sont beau- 
coup plus ecartes et les fanons sont plus distans qu'il ne doivent 1'etre C 11 l'a fait expres pour 
qu'on en distingue mieux l'arrangement. 

Fig. 8. Lame de substance blanche isolec. Elle est divisee artificiellcu....^ suivant les rangs 
des fanons auxquels elle correspond. 

/. Lame. p,p, replis qui s'attachent aux racinc* des fanons a droile tt a gauche. 



27S VANBEXEBKtf. — Atiatomie de /'Helix algira. 

Fig. 9. Morccau de meml)rane palatine, au (lessons des fanous qui s'y doivent altacuer. La 
partic laterale de cette membrane presentequelques-unesdes expansions cliarnues et vasculaires 
qui s'insinuent dans les fanons. 

a, a. Portion dc membrane palatine. 

b, b. Lames vasculaires relevees et elendues. 

c, c. Lames vasculaires contracted et rabattues sur la membrane, entre les sHIons do laqueUe 
elles formcnt des saillies de couleur rouge. 

d t (I, d. Fanons dans la base desquels doivent pcnetrer les lames vasculaires. 

Fig. 10. Cette figure a ele faite pour suppleer a la fig. 5 dont la petilcsse nc pcriuel pas de 
voir assez clairement la disposition des lames de la substance blanche a la base des lauons. 

Les lames qui couvrent les fanons du premier rang sont foules disposees regnlierement en 
line longue serie exterieure, unique, dans laquelle elles diminuent graduellemenl de longueur 
et d'epaisseur vers chaque extiemite. — Les lames des fanons internes du 2 e et du 3 e rang sont 
disposees au contraire par series courtes et multiples, dans lesquelles elles varient symetrique- 
ment de longueur , a-peu-pres comme des tuyaux d'orgue. Le nombre de ces tuyaux n'est pas 
egal pour chaque serie. — Les lames du quatrieme rang sont aussi disposees en petites series ; 
mais elles se trouvent dans un sens inverse. Elles se presentent a l*aeil comme de simples fentes, 
tant la lame blanche y est devenue mince. Elles sont placees entre les divers rangs de fanons 
internes pour combler les espaces qu'ils laissent entre eux. II en est de meme des trous qui 
correspondent aux raciues des simples crins. 



Memoire sur Vanatomie de /'Helix algira , 
Par le docteur Vanbeneden, 

Professeur a l'universite de Louvain. 
(Memoire presente a l'Academie de Bruxelles dans la seance du 8 aout i835.) 

Dans ces dernieres annees , les Coquilles f !uviales et terrestres 
ont ele l'objet de recherches particulieres et tres assi dues. Les 
geologues, sentant vivement le besoin de connaitie lesdepouilles 
decesMollusques, ont excite l'ardeur des malacologistes, eten 
quelques annees on a vu les cabinets enrichis d'un nombre 
considerable de coquilles rapportecs detous les points du globe, 
et appartenaut a presque tous les genres de Pulmones; raaisii 
iron est aucun qui ait vu le nombre d'especes s'acc*oitre comme 
celui des Helices, et qui ait necessite plus de subdivisions. 



vanbeneden. — Anatomie de / J Helix algira. 279 

Differens auteurs ont essaye de les grouper dans des sous- 
genres; mais n'ayant pris pour guide que la coquille sans s'ap- 
puyer sur l'animal qui la produit, leurs coupes sont plus ou 
moins artificielles, et on en ignore absolument la valeur. 

Differens zoologistes avaient senti , depuis long-temps, la 
necessite de ne pas s'ecarter de la methode naturelle, et M. de 
Blainville avait meme deja signale sur quels organes interieurs 
la distinction des especes pouvait se baser; mais jusqu'a present 
on n'avait pas cherche a mettre ces principes en pratique, et le 
veritable moyen de parvenir, par la connaissance anatomique , a 
l'etablissementrigoureuxdes genres, sous-genres et especes etait 
encore neglige. 

G'est en partie pour parvenir a ce but que j'ai commence ces 
recherches, et que j'ai pris mi Helix d'une subdivision assez 
naturelle, pour m 'assurer de la valeur de ce groupe et saivoir 
jusqu'ou s'etendent les variations dans les differens appareils. 

L'espece qui fait le sujet de ce memoire habite le midi de la 
France et le nord de 1'Afrique. Les individus qui ont servi a 
mes recherches m'ont ete genereusement communiques par JV1. le 
professeur Laurent, qui s'occupe depuis quelque temps a ob- 
server les mceurs de ces curieux animaux. 

Je donnerai d'abord ranatomie absolue de l'animal, que je 
comparerai ensuite a \ Helix pomatia , lequel peut etre considere 
comme type du genre, et en meme temps de la subdivision de 
ceux qui affectent la forme globuleuse. G'est de cette espece 
que Guvier a donne 1 anatomie; nous verrons, par suite de la 
comparaison, les applications qu'on pourra faire des disposi- 
tions anatomiques. 

Ayant trouve dans deux individus une sorte d'atrophie dans 
les organes de la generation, soit par suite de la captivite des 
animaux, de leur nourriture ou de l'epoque de l'annee, je join- 
drai une figure de ces organes tels qu'ils se sont presentes; ils 
pourront quelquefois aider a nous mettre sur la voie de la veri- 
table determination de certains organes encore douteux, je veux 
dire du testicule et de 1'ovaire, sur la nature desquels on est 
loin d'etre d'accord. 

Sjsteme nerveux. — Ge systeme est forme sur le meme type 



280 \ vxbeneden. — Anatomic de /'Helix algira. 

que celui des autres Gaste'ropodes jWixis il se fait remarquer par 
le grand nombrc de nerfs qui par tent du collier nerveux. 

On apercoit d'abord deux: ganglions sus-cesophagiens qui re- 
presented le cerveau et qui sont contenus dans on uevrileme 
tres lache; ces deux ganglions sont unis par une commissure. 

II part de chacun de ces ganglions le nerf optique, le nerf 
du tentacule infericur, dont le rameau principal se perd autour 
de la hanche, les nerfs qui se rcndent aux petits muscles ex- 
trinseques de la bouche, les nerfs qui se rendent a la peau qui 
recouvre la tete, un nerf du cote droit qui se rend a la verge, 
et les deux fdets qui forment le collier par uhq reunion avec les 
ganglions inferieurs. 

Inferieurement a l'cesophage, il y a quatre ganglions reunis 
en une seule masse, dont ceux du milieu fournissent les nerfs 
qui se rendent aux principaux visceres, et les autres filets in- 
nombrables, qui en partent vont se perclre dans le pied, le man- 
teau et les muscles retracteurs. 

. Le nerf optique se laisse parfaitement disseqner jusqua sa 
terminaison. Il part du cerveau, entre dans le tentacule en for- 
mant plusieurs zigzags, comme le montre la figure, et se perd 
dans le globe de Tceil. On concoit bien pourquoi le nerf doit se 
replier sur lui-meme, le globe de l'ceil etant a l'extremite du 
tentacule, lorsque celui-ci s'epanouit. 

Systeme musculaire. — Le pied qui est lnuscuiaire dans toute 
son etendue, et dont les fibres s'entrecroisent en tout sens, 
s'effile considerablement pour pouvoir entrer dans l'ouverture 
etroite de la coquille. Il est entoure par le collier, qui serre le 
pied comme un sphincter, et dont le bord est musculeux et tres 
epais; les fibres musculaires dirninuent a mesure qu'il s'enfonce 
dans la coquille. Immcdiatement au-dessus de la partie infe- 
rieure, on voit le muscle retracteur du pied, dont les fibres 
s'entrelacent avec celles de cet organe, et qui va s'attacher pos- 
tcrieurement a la columelle de la coquille; il sert a tirer le pied 
au dedans de la coquille. En dessus de celui-ci est un autre 
muscle columellaire; il sunit anterieurement a la paroi mus- 
culeuse de la cavite buccale, et il s'atrache a la columelle der* 
riere le precedent; c'est le muscle retracteur de la bouche. 



vanbeneden. — ^tnatomie de /'Helix algira. 281 

Au-dessus de celui-ci, qui forme comme un plancher sous 
l'cesophage, on trouve les muscles propres des tentacules , qui 
prennent leur attache sur sa surface; lis sent reunis poslerieu- 
rement et form en t le retracteur coramun des tentacules. 

Le muscle retracteur de la verge va prendre son point d'at- 
tache sur les parois de la grand e cavite viscerale; il est tres 
developpe dans cette espece. 

Tons ces muscles que nous venous d'enumerer apres le pied 
sont des muscles retracteurs,sauf un seulqui agit comme sphinc- 
ter. 

II y a au tentacule oculaire deux petits muscles tres distincts 
qui produisent le mouvement contraire des precedens. lis s'at- 
tachent d'un cote a l'enveloppe de l'ceil et. de l'autre cote a la 
peau. Cuvier ne parle pas de ces muscles dans /' 'Helix pomatia. 
s leme digestif. — La bouche est armee comme dans toutes 
les especes de ce groupe d'une piece cornee assez solide, dont la 
moitie qui est ties dure fait saillie en dehors, tandis que le reste 
est engage dans l'epaisseur des muscles. Cette piece ressemble 
beaucoup au bee des Cephalopodes avec lequel on ne peut 
s'erapecher de le comparer; elle est adherente a la voute de la 
bouche. II se trouve inferieurement, sur la masse musculaire, un 
autre piece cornee enclavee de meme dans l'epaisseur des mus- 
cles et consideree generalement comme la langue. 

La piece superieure presente au milieu une saillie recourbee 
en avant qui lui donne cet aspect de bee d'oiseau, tandis que la 
piece inferieure est beaucoup moins solide et se trouve repliee 
vers son milieu sur elle-meme. Elle est divisee en deux par- 
ties : Tune posterieure est adherente aux muscles; l'autre moi- 
tie est entierement libre et mobile et peut jouer dans la cavite 
de la bouche: e'est sans doute a cause de cela qu'elle a recu le 
nom de langue. Sur toute la surface de cette lame on remarque 
des crochets tres fins qui servent a retenir et a broyer les ali- 
mens par le point d'appui qu'elle offre a la dent superieure. Ces 
crochets sont disposes d'une maniere tres reguliere en formant 
desdessins qui semblent caracteristiques lorsqu'on les examine 
au microscope. Ce serait peut-etre un moyen tres avantageux a 
employer pour la determination des especes douteuses. 



*8z vanbeneden. — s4natomie de /'Helix algira. 

La cavite buccale est ties muscnleuse, surtout a sa partie 
inferieure. Ses principaux filets nerveux sontfournis par le gan- 
glion sons-oesophagien. 

L'cesophage commence dans la voi A ite de cette cavite. Les 
glandes salivaires I'enveloppentpresque immediatement apres sa 
sortie dti collier nerveux, et il reste d'un volume egal jusqu'a 
ce qu'il se rende. dans le foie. lei se montrel'estomac en forme 
de sac tres allonge et a p rois aussi minces que dans le reste 
du tube digestif. L'intestin se contourne immediatement apres 
sa naissance, produit encore un leger renflement, vient barrer 
en avant l'extremite du foie et va s'ouvrir a I'exterieur apres 
avoir forme une anse dans I'interieurde cette glande. 

Les glandes salivaires sont tres volumineuses et entourent 
parfaitement lcesophage. Elles forment un veritable anneau et 
donnent naissance aux conduits excreteurs qui se rendent 
par dessous le cercle nerveux, dans la cavite buccale a travers 
les parois superieures. 

Le foie est tres volumineux. Il est divise en deux parties dont 
Tune forme avec lovaire le tortillon, tandis que l'autre entoure 
les intestins en forme de lobules. Les canaux biliaires repandent 
le produit de la secretion dans l'intestin immediatement apres 
son origine. 

Systeme circulatoire. — Le sang se porte par un grand nombre 
de subdivisions de ses vaisseaux a la veine pulmonaire,etc'est sur 
son trajet que se fait I'hematose. Le reseau vascuiaire est tres re- 
gulierement place sur les parois superieures du sac pulmonaire 
et la veine nait sur la ligne mediane de la reunion de tous ces 
vaisseaux. 

L'oreillette est j^etite et comprise dans le pericarde. Il se trouve 
un retrecisscment entre elle et le cceur. Le pericarde est uni aux 
parois du sac pulmonaire. Le cceur se meut librement dans son 
interieur. L'aorte nait a Textremite opposee de la veine pulmo- 
naire, et elle se divise en differens rarneaux qui vont se perdre 
dans le corps. 

L'organe de la viscosite, que M. de Blainville regarde comme 
un organe de depuration, est situe dans les parois superieures 
du sac pulmonaire a cote du cceur et de la veine pulmonaire. Il 



vABJBENJiDEtf. — ^natomie de ^Helix algira. a85 

est allonge, arrondi aux deux extremites. Sa texture denote sa 
nature glandulaire. On I'apercoit a l'exterieur a travers la peau 
qui recouvre le dos« 

Systeme generateur. — La determination de ces organes prin- 
cipaux etant encore uu point en Htige, puisque les uns regardent 
comine testicule ce que les autres considerent comme ovaire, 
et vice versa, j'ai du choisir entre ces deux determinations, et j'ai 
pris celle deCuvier et de Carus ;mais je n'ai point jusqu'a present 
la conviction que telle est la determination precise qu'on doit 
donner des uns on des autres. 

Le testicule est situe a I'extremite posterieure du second ovi- 
ducteoude la matrice. II est assez volumineux, de couleur jaurie 
et d'nn aspect luisant. 11 reeoit de I'ovaire loge dans le foie le pre- 
mier oviducte ou bienles paroisdece premier oviducte se con- 
fontlent dans son propre tissu. Le canal deferent par 1'iutermede 
d'une glande tres allongeeet situee tout le long de la matrice, pa- 
rait venir aussi aboutir a cet organe. Cette glande, qui estsurtout 
tres developpee dans les Limnees 011 elie forme line grande po~ 
che, estremarquable iei, de meme que dans IHelixpromatia par 
sa grande etendue. La nature de cet organe de meme que sa 
fonction sont encore inconnues. 

Le canal deferent est long, arrondi et d'une consistance assez 
grande. 11 est diversement replie dans les parois etroit.es que 
lni laissent les organes environnans, et il va aboutir a I'extre- 
mite de la verge. A Fendroit ou le canal deferent se rend dans la 
verge, il y a un grand et fort muscle retracteur, qui prend son 
point d'appuisur la portion membraneuse qui separele sac pul- 
monaire du sac visceral, et qui retire cette organe apres 1'acte 
de la copulation. Vers le milieu de la verge on apercoit un 
bourrelet dont les bords sont libres et flottars. 

\1 ovaire est situe dans le foie comme dans le plus grand nom- 
bre de Mollusques, et cette disposition, qui se trouve jusque dans 
les Bivalves, est tres favorable a cette determination. L'ovaire 
dans cette espece n'est point aussi nettement distincte que 
dans les autres Pulmones, et il se trouve loge a I'extremite des 
tours de spire. Le premier oviducte qui nait par plusieurs ra- 
mifications de cet organe et qui ionge le cote interne des tours 



284 vanbenkden. — ^natomie de /^Helix algira. 

de spire, on le bord columellaire, se replie differentes fois sur 
lui-memc en se separant du foie, et apres de nombreuses cir- 
convolutions, il se rend ail testicule. J'ai trouve des Zoosper- 
mes dans Tinterieur de ce canal qui est le meme queceluiou 
Prevost de Geneve en a trouve le premier dans les Limnees. (i) 

A lex tre mite anterieuredu testicule nait comme nous venons 
de le voir le second oviducte ou la matrice. Elle est assez large 
et fortement festonnee comme un intestin. Cette matrice serend 
dans une poche semblable a celle qui loge le cristallin dans 
X Helix pometia et oil abontit egalement un canal qui provient 
de la bourse du Pourpre. Cette bourse du Pourpre envoie son 
conduit dans la bourse commune, a cote de la matrice, et les 
parois de 1'un et de l'autre sembient etre continuees. La bourse 
qui est assez grande est attachee au second oviducte ou ma- 
trice. J'ai trouve dans i'interieur de cette bourse des animal- 
cules en aussi grand nombre que dans le premier oviducte. (2) 

A l'endroit ou s'inserent dans XHelix pometia les vesicules 
multifides, dont la fonction n'est point encore connue, il y a 
tout autour de cette poche une glande qui a un aspect granule 
et qui remplace probablement les vesicules des autres Helices. 

L'absence de ces appendices et la simple reunion de la poche 
du Pourpre avec la matrice a rextremite de cette poche rend 
cette partie de l'appareil extremement simple, tandis qu'on a de 
la peine a le debrouiller dans les autres Helices. 

Je me borne dans ce moment a Tenon ce des faits, me reser- 
vant de chercher la solution de plusieurs de ces problemes phy- 
siologiques, dans un travail special sur les organes de la gene- 
ration de ces animaux. 

Atrophie de Vappareil de la generation. 
Dans la disposition anomale que nous avons mdiquee en 



(1) De la generation cliez les Limnees. (Mem. de la Soc. de physique et d'hist. nat. de Ge- 
neve, torn. iv. 1 . livr.p, 171.) 

(9.) M. dc F.Iainville ( Actinologie, p. 596) rapporte qu'il a trouve des zoospermes dans 
Forgane que Cuvier appelle testicule ot dans eclui qu'il considere comme l'ovaire. 



va.nbeneden. — Anatomie de / J Helix algira. nS5 

commencant, et qui est representee a la figure 5, l'appareil. 
est d'une petitesse telle que c'est a la faveur de la forme que la 
verge a conserves , et de ses rapports avec les autres organes , 
qu'on le reconnait pour ce qu'il est reellement. 

Le testicule est extremement petit. On ne trouvepresque au- 
cune difference entre lui et le reste de 1'appareil. La glande 
( prostate ) qui estaccolee contre la ma trice ne laisse que quel- 
ques traces legeres de son existence. Le canal deferent l'appen- 
dice de la verge, et le muscle retracteur sont reduits a une grande 
minceur. 

L'ovaire loge dans le foie est a peine visible, de meme que son 
premier oviducte. Le second oviducte semble ne pas etre diffe- 
rent du testicule, et il se rend avec le canal de la bourse du 
Pourpre a la poche commune comme deux cordons sans aucune 
dilatation on boursouflement. 

Comparaison de V Helix pomatia avec V Helix algira. 

Nous examinerons les meraes appareils d'apres 1'ordre que 
nous avons suivi dans leur description. 

Le systeme nerveux offre d'abord cette difference dans le 
cervean, que V Helix pomatia n'a en dessus de l'cesophage qu'un 
cordon nerveux, tandis que dans V Helix algira on apercoit clis- 
tinctement sur la ligne mediane, deux ganglions qui sont unis 
entre eux par une commissure. An lieu d'avoir un gros cordon de 
Tepaisseur du cerveau pour former le collier nerveux, il n'y a 
dans Xalgira que deux filets d'une assez grande tenuite, qui lient 
la portion sus-cesophagienne a la sous-cesophagienne. Pour troi- 
sieme difference on peut signaler le nombre prodigieux denerfs 
qui sortent dans V Helix algira du cerveau et des ganglions sous- 
cesophagiens, tandis qu'il est facile de compter le nombre de fi- 
lets beaucoup plus gros qui proviennent surtout de l'anneau 
nerveux de X Helix pomatia. 

Le canal digestif presente surtout une difference dans les 
pieces cornees qui arment la bouche. Dans X Helix pomatia la 
piece superieure offre sur tout son bord libre des dentelures 
qui se continuent en autant de cannelures sur sa surface ante- 



z86 vanbiinedfn. — ^4natomie de /'Helix algira. 

rieure; la forme cle cette piece dans Y Helix algira rappelle an 
contraire celle des Cephalopodes. La partie moyenne est 
bombee sur le milieu et trancbant sur tout son bord libre. Cette 
disposition explique parfaitement pourquoi cette espeee sem- 
ble se distinguer par ses mceurs des autres especes. 

L'cesophage est entoure dans i' Helix algira des glandessali- 
vaires constituant une masse unique, tandis que dans Y Helix po- 
matia, ces glandes enveloppent lestomac meme et se divisent en 
plusieurs ramifications disposers autour de cet organe. Dans 
Y Helix pomatia, i\ quelque distance de Lestomac, I'intestin offre 
un coecum a l'enclroit ou les vaisseaux biliaires se rendent; 
dans X Helix algira I'intestin est continu et il presente un second 
renflement allonge immediatement apres qu'il s'est atrophie 
sur lui-meme. 

Cest dans les organes de la generation que nous allons voir 
les differences les plus marquees. 

L'appendice de la verge a de meme que le canal de la bourse 
du Pourpre tin volume beaucoup plus considerable dans YHeiix 
pomatia; dans V algira on ne voit qu'un ties petit appendice 
a la verge , et le canal de la bourse du Pourpre est tres court et 
attache a la matrice. 

L' organe femelle n'offre que peu de difference jusqu'a l'en- 
droit on les differens conduits s'unissent dans la bourse com- 
mune. 

Dans V H. pomatia nous voyons une bourse du dard, des deux 
cotes de 1'extremite de l'oviducte, un amas d'appendices abou- 
tissant a un canal commun, et la conduit de la bourse du Pour- 
pre qui aboutit a ce meme oviducte avant les appendices dont 
nous venous de parler. 

Dans 1' Helix algira, nous ne distinguons pas de bourse du 
dard , ou du rnoins la bourse ne contient point un corps cristal- 
lin, et l'oviducte s'abouche au fond de cet organe, avec le con- 
duit de la vesicule du Pourpre. 

II n'y a point de vesicule multifides, mais on voit a la place un 
corps glandulaire entourant entierement cette bourse comme 
un anneau autour du doigt. 



vanbenedew. — udnatomie de /''Helix algira. ^87 

Nous resumerons nos differences ainsi qu'il suit : 

i° II y a deux ganglions representant le cerveau clans X Helix 
algira et quatre ganglions inferieurement; il n'y a qu'un anneau 
nerveux sans ganglions distincts^ si ce n'est le superieur et i'in- 
ferieur dans ¥ Helix pomatia. 

i° Le n ombre veritable de filets nerveux sortant de I'anneau 
nerveux est beaucoup plus considerable et les filets plus tenus 
dans X Helix algira que dans X Helix pomatia. 

3° Les glandes salivaires entourent 1'oesopbage dans Valgira 
et l'estomac dans X Helix pomatia, 

4° L'appendice de la verge est beaucoup plus long de meme 
que le conduit de la vessie du Pourpre dans X Helix pomatia. 

5° II n'y a point de dard dans I algira, et la poche qui le con— 
tient sert de conduit dans Valgira, aux organes femelles. 

6° Les vesicules multifides sont representees par un co.rps 
glandulaire sans aucun appendice dans X Helix algira. 

7 La bourse du Pourpre est libre et flottante au bout de son 
canal dans X Helix pomatia et adherent a l'oviducte dans X Helix 
algira. 

Avant de proposer une division sous-generique dc ; s Helices, il 
sera certainement convenable danatomiser la pi upart des es~ 
peces si on vent les grouper d'apres Pordre de le ; urs affinites. 

Il me semble que les divisions pourront s'etaMir sur Fabsence 
ou la presence des vesicules multifides, ainsi "qnesur leur nombre 
comme l'a propose M. de Blainville, et que les caracteres speci- 
fiques pourront se trouver tant dans les pieces cornees qui 
arment la boucbe que dans les autres differences quoffre cet 
apparal. 

Pour que ces caracteres deviennentzoologiques, on devra to-oh 
jours tacher de les traduire par quelques autre^ caracteres dans 
la coquille. 



-288 vamjknedeiv. — Aiuttomie (le /'Helix algira. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE X. 

( Toiites les figures sont grossies, du double. ) 

Fig. i. Representant principalementle systemenerveuxet les tentacules. a. cavite buccale 
/>. grand muscle retracteur de la bouche c. cesophage; dd. conduit salivaire; e. manleau;/. pe- 
tit muscle transverse qui tire la bouche sur le cote; g m tenlacule superieur; h. tentacule infe- 
rieur ; /. i. muscles retracteurs communs des deux tentacules; j. muscles conlracteurs des ten- 
tacules superieurs; k. cerveau; /. ganglions inferieurs; m. nerf optique; n. nerf du tentacule in- 
ferieur; o. nerf des organes de la digestion; p. plexus nerveux du pied; q. nerf des parties 
latcrales et superieures du manteau. 

£ Fig. 2. Representant surtout les muscles prineipaux. aa. le pied; b. une coupe du collier; c. 
muscle retracteur du pied; d. muscle retracteur de la bouche; c. la cavite de la bouche; /. le 
canal qui estfurme par les parties envi'onnanteset qui conduit a la bouche lorsque l'auimal est 
retire; g. machoire ou dents superieures; //. cesophage,- c. estomac; k. le tortillon. 

Fig. 3. Cette figure montre principalement le sac pulmoraire ou plutot ses parcis. a. parois 
superieure dusac pulmonaire; b. organe de la viscosile; c. pericarde; d. le coeur ; e. l'oreillette; 
/. la veine j)uImonaire ; g. l'aorte et ses divisions; h. le foie; i. parois de la cavite viscerale. 

Fig. 4- Organes de la generation, entierernent etales; aa. la verge; b, canal deferent; c. 
glande prostate ; d. muscle retracteur de la verge ; e. vessie de la Pourpre avec son conduit; f. 
matrice ou second oviducte; g. tcsticule (Guv.) //. oviducte. (Cuv.) i. ovaire (Guv.) cache sous 
l'enveloppe; h, le foie. 

Fig. 5. Les organes de la generation atrophies; voyez I'explicalion des lettres sur la figure 
precedente. 

Fig. 6. Le canal digestif; a. La bouche; /'. cesophage; c. estomac; d. second renflement; e. in- 
testin; /. glande salivaire; g. conduit idem; h. I'anus qui est ici rejete a gauche. 

Fig. 7. Machoire ou bee superieur vue de face, 
Fig. 8. idem vue de profil. 
Fig. 9. Lame cornee inferieure. 



g. p. desiiayes.— • Temperature des periodes tertiaires. 289 



Observations sur V estimation de la temperature des periodes 
tertiaires en Europe, Jonde'e sur la consideration des coquilles 
fossiles , 

i 

Par M. G. P. Deshayes. w 

Lues a 1'Acadeniie des Sciences le 23 mai i836. 

La conchyliologie, etudiee d'une maniere rationnelle dans 
ses diverses parties, soit zoologiques, soit d'application a la 
geologie , pent devenir pour cette derniere science un moyen 
puissant de perfectionnement. II est meme permis aujourd'hui 
d'esperer de voir la conchyliologie aborder des questions qui 
interessent la physique generate du globe terrestre , et presenter 
les materiaux necessaires pour les resoudre. 

Des observations tres nombreuses, repetees sur plus de huit 
mille especes de coquilles vivantes et fossiles , multipliees sur 
plus de soixante mille individus de toutcs les regions, me font 
apercevoir des resultats importans sur 1'estimation approxima- 
tive des temperatures de periodes geologiques , sur lesquelles 
l'homme ne pent apporter ses annates historiques, puisque 
alors il n'existait pas a la surface de la terre. 

Je crois que si les vegetaux, comme l'a savamment etabli 
M. Arago dans I'Annuaire du Bureau des Longitudes de i834, 
peuvent donner pour les temps historiques des moyennes tem- 
peratures; si l'existence dans certains lieux de la vigne , des 
palmiers, elc, equivaut pour l'habile physicien a des observa- 
tions thermometriques , je crois aussi que les animaux et sur- 
tout ceux qui peuplent les eaux marines, peuvent, par leur 
presence , determiner tres approximativement la temperature 
moyenne du lieu qu'ils habitent. 

Tous les animaux marins ne sont pas propres a indiquer des 
temperatures avec la meme precision ; il faut choisir ceux qui, 
jouissant de faibles mouvemens , ne peuvent se soustraire perio- 
diquement aux alternatives des saisons , et sont forces de subir 

V. Z001-. — Mai, T() 



ago g. P. deshatf.s. — Temperature des periodes tertiaires. 

toute leur influence dans les lieux qui les ont vus naitre. Le plus 
grand nombre des Mollusques et des Zoophytes remplissent ces 
conditions. 

Pour arriver a la connaissance des temperatures des temps 
anterieurs a l'existence de l'homme, il y a une marche logique 
a suivre. Il faut d'abord chercher un point de depart dans la 
nature actuelle, pour s'assurer si la vie des animaux dont il va 
etre question est liee plus ou moins iutimement a des condi- 
tions parmi lesquelles la temperature jouerait le plus grand 
role. G'est ce qui me determine a ex poser tres rapidement quel- 
ques faits relatifs a la distribution des Mollusques, en allant du 
nord au midi; et, pour abreger, je parlerai seulement de ceux 
qui sont repandus depuis le cap Nord jusqu'au golfe deGuinee. 

Si Ton prend dans leur ensemble le petit nombre d'especes 
qui vivent au nord, on peut les partager en deux sortes bien 
distinctes : les lines, propres aux mers froides, n'en depassent 
pas les limites; les autres, en moindre nombre, viennent vivre 
dans les mers temperees d'Allemagne, de France et d'Angleterre 
avec les especes de ces mers. 

En examinant les Mollusques de nos mers temperees, dans 
lesquelles il existe un plus grand nombre d'especes que dans 
les mers du Nord, il est facile de les separer en trois series. 
Dans la premiere sont comprises les especes que je viens d'in- 
diquer, celles qui remontent dans les mers du Nord; les es- 
peces de la seconde serie se dirigent vers les mers meridiona- 
les ; celles de la troisieme enfin sont propres aux mers tem- 
perees. 

Descendons maintenant dans la region intertropicale, et nous 
y observerons des phenomenes semblables; nous y rencontre- 
rons un plus grand nombre d'especes que dans les deux regions 
precedentes, et si, parmi elles, quelques-unes se trouvent aussi 
dans la region temperee, un grand nombre est propre aux mers 
equatoriales. 

Voila les faits generaux , et Ion peut deja en tirer cette con- 
sequence generate , que chaque ensemble d'especes represente 
la moyenne temperature de chacune des regions. Mais il est 
certaines especes plus localisees et d'autres plus generalement 



I g. p. desiiayes. — Temperature des periodes terliaires. 291 

repandues. Ainsi le Buccinum undatum, par exemple, se 
trouve depuis le cap Nord jusqu'au Senegal, allant en se mo- 
difiant avec la temperature ; aussi il est assez facile de distin- 
guer les varietes propres aux trois oil qnatre termes principaux 
de temperature. Cette espece n'est pas la seule ainsi repandue ; 
mais jusqu'a present je n'en connais qu'un tres petit nombre 
ay ant 9 - comme celle-ci , la propriete de vivre a des temperatures 
si diverses. 

D'autres especes plus sensibles^ a ce qu'ii parait, aux in- 
fluences des temperatures, sont beaucoup plus localisees, et ce 
sont celles-la qu'il est plus important de connaitre. Je vais en 
signaler quelques-imes : 

1 . Buccinum glaciate ; 

2. Cardium groendlandicum. 

Ces deux especes ne depassent pas le cercle polaire , et on 
les trouve en Norwege et an Groendland. 

3. Terebratula psittacea. Elle vit entre le 65 et le 75 degre. 
Pour moi , ces especes et plusieui s autres representent la 

temperature moyenne du nord de la Norwege. 

1. Le Tellina baltica. 2. Le Patella noachina. 3. Le Natica 
clausa. 4. Le Patella testudinalis, plusieurs especes du genre 
Astarte et plusieurs autres especes, me representent la tempe- 
rature moyenne du nord de l'Angleterre, du midi de la Suede et 
du Danemark. 

Dans la Mancbe, sur les cotes de France et d'Angleterre , il 
existe aussi plusieurs especes propres a notre temperature : 

i.Psammobia vespertina. 2. Pecten irregularis, etc. 

Les cotes d'Espagne et de Portugal sont plus inconnues que 
celles de la Nouvelle-Hollande ou de l'Amerique meridionale. 

La Mediterranee renferme aussi un grand nombre d'especes 
qui lui sont particulieres; mais comme elles appartiennent aune 
mer interienre, nous n'en parlerons pas actuellement, dans la 
crainte de voir attribuer leur presence a ce cas particulier et 
exceptionnel. 

Les observations sont peu nombreuses sur les cotes d'Afrique 
depuis la Barbaric jusqu'au Senegal ; mais pour cette region im- 
portante, nous avons l'excellent ouvrage d'Adanson, et les re- 

19- 



292 g. p. peshaves. — Temperature des periodes tertiaires. 

lations frequentes clu commerce avec le Senegal et la Guinee 
ont depuis long-temps enrichi les collections des coquilles ma- 
rines de cettc region. Parmi le grand nombre d'especes connues 
dans la zone intertropicale, il y en a beancoup qui lui sont 
particulieres; la liste en est trop longue pour etre rapportee ici. 
Ces especes, habituees a une haute temperature peu variable, 
ne se rencontrent vivantes sur aucun autre point de la surface 
du globe; elles expriment done avec fidelite la temperature des 
mers dans lesquelles elles habitent. 

Ces fails demanderaient sans doute a etre developpds dans 
un travail special. lis me font esperer que les zoologistes pour- 
ront par la suite repondre a une question comme celle-ci : Telle 
serie d'especes etant donnee, indiquer la temperature du lieu 
d'ou elles proviennent. C'est ainsi que dans un avenir prochain, 
j'ose Tesperer, l'attention des zoologistes, dirigee vers un but 
nouveau, donnera a leur science les moyens de confirmer les 
experiences des physiciens et d'y suppleer quelquefois. 

Ces faits relatifs a la coincidence de la temperature avec la 
presence de certaines especes, mentionnes avec le plusde con- 
cision possible , devaient preceder ce que j'ai a dire sur la tem- 
perature des ^poques geologiques des terrains tertiaires. Je dois 
ajouter que, pour arriver sur cette question interessante, il fal- 
lait comparer avec soin, avec une minutieuse patience, toutes 
les especes vivantes connues avec toutes celles qui proviennent 
des divers terrains tertiaires de l'Europe. 

Yoici les principaux resultats obtenus a l'aide de ce long 
travail : 

i° Les terrains tertiaires de l'Europe ne contiennent aucune 
espece identique des terrains secondaires sous-jacens; 

2 Les terrains tertiaires sont les seuls qui contiennent fos- 
Giles des especes encore vivantes ; 

3° Les especes analogues sont d'autant plus nombreuses, que 
le terrain est plus recent, et reciproquement. 

4° Des proportions constantes (3 pour cent, 19 ponr cent , 
52 pour cent) dans le nombre des especes analogues, deter- 
miuenti'age des terrains tertiaires; 



g. p. di-:sha.yes. — Temperature des periodes tertiaires. ao,3 

5 C Les terrains tertiaires sont en superposition et non en pa- 
rallelisme comme on 1'avait d'abord suppose. 

6° Les terrains tertiaires , sous le rapport de leur zoologie , 
doivent etre divises en trois groupes ou etages. (1) 

Les derniers terrains tertiaires, les plus superficiels , ont ete 
deposes lorsque la temperature de l'Enrope etait, a pen de chose 
pres, semblable a celle que nous eprouvons; en voici les preu- 
ves : les terrains tertiaires de cet age de la Norwege, de la Suede, 
du Danemark, de Saint-Hospice pres Nice, d'une par tie de la 
Sicile, contiennent a Fetat fossile toutes les especes identiques 
des mers correspondantes, etentre autres celiesdont nousavons 
deja parte, qui, plus localises, representent bien mieux pour 
nous la temperature. Ces fossiles offrent les raemes series de 
varietes que les especes vivantes, ce qui annonce bien positive- 
ment la stabilite de la temperature ou de ti-es faibles modifica- 
tions depuis le moment de l'enfouissement des fossiles jusqu'a. 
nos jours. 

Ces memes terrains du versant mediterraneen de la France, 
de 1'Espagne et du Piemont, de Tltalie, de la Sicile , de la Moree 
et de la Barbarie (Alger), recelent une grande partie des es- 
peces qui vivent dans la Mediterranee, mais en contiennent 
aussi dont les analogues ne subsistent plus ou sont distribues en 
petit n ombre clans les regions chaudes de l'Ocean atlantique et 
dans les mers de Flnde. Pour se faire une juste idee de la periode 
tertiaire sur le pourtour de la Mediterranee, il faut distinguer 
trois sortes d'especes fossiles : i° celles dont les analogues vivent 
encore dans la Mediterranee; i° celles en petit nombre dont les 
analogues ne sont plus dans la Mediterranee, mais se retrouvent 
dans l'Ocean Atlantique,. la Mer-Rouge et la Mer des Indes 
3° celles dont les analogues vivans n'existent plus. 

Ces observations m'ont fait penser que la Mediterranee avait 
eprouve un faible abaissement de temperature depuis que la 
chaine de 1' Atlas d'un cote et celle de 1'Apennin d'un autre , 
avaient pris leur relief actuel. Ces changemens dans 1'elevation 

(1) Depuis le mc-is d'aout 18 5 1 que j'ai prouve l'existence de ces groupes , en indiquant les 
\ieux ou on pouvait les observer, les geologues ont confirme leur reparation. 



so,4 G » p» des hayes. — Temperature des periodes tertiaires. 

des terrains, et par suite dans la temperature, expliqueraient 
l'extinction des analogues vivans des especes de la troisieme se- 
rie et la distribution particuliere des especes de la seconde serie 
dans des mers plus chaudes que la Mediterranee. Ceci me fait re- 
garder comme tres probable qu'avant les dernier s mouvemens 
des bords de cette mer, elle avait avec l'Ocean AtlanUque line 
large communication par le grand desert africain et avec l'O- 
cean indien une autre communication, soit par la Mer-Rouge, 
soit par les terres basses de l'Arabie qui separent la Mediterra- 
nee du golfe Persique. 

La seconde periode tertiaire se compose d'un grand nombre 
de petits bassins repandus surtout vers le centre de l'Europe. 
La Superga pres Turin, le bassin de la Gironde, les faluns de 
laTouraine, le petit bassin d'Angers, le bassin de Vienne en 
Autriche, la Podolie, la Wolhynie et quelques autres lambeaux 
sur la frontiere meridionale de la Russie d'Europe , dont queU 
ques parcelles se montrent non loin de Moscou. Les terrains la- 
custres de Mayence et des bords du Rhin appartiennent proba- 
blement aussi a cette periode. 

Pendant cette epoque, la temperature a ete bien differente 
de ce qu'elle est actuellement dans les lieux que nous venous 
de citer. En effet, les especes propres au Senegal et a la mer 
de Guinee, celles qui representent le mieux la temperature de 
cette partie de la zone equatoriale, se retrouvent a l'etat fossile 
dans les couches dependantes de cette seconde periode. 

Maintenant, si, tenant compte du nombre des especes, de la 
grande quantite d'individus appartenant a chacune d'elles, de 
leur volume plus considerable, ce sera sur le bassin de la Gi- 
ronde que nous ferons passer la ligne de plus grande intensite 
de la chaleur, et nous dirons : La a regne autrefois, pendant 
une longue suite de siecles , une temperature equatoriale. Il a 
fallu cette temperature pour que les especes aujourd'hui fos- 
siles aient vecu jadis dans nos mers, car elles n'y vivent plus et 
ne pourraient y vivre actuellement ; elles y vivaient, pourquoi 
n\ vivraient-elles plus si la temperature etait restee la meme? 
II .1 faliu que cette temperature se continuat pendant une 
longue suite de siecles, pour que des generations entassees for- 



g. p. desha yes. — Temperature des periodes tertiaires. 295 

massent de leurs debris un sol d'une vaste etendue et d'une as- 
sez grande epaisseur. 

Si, comme je le crois fermement, le bassin de la Gironde a 
ete depose sous une temperature equatoriale, il suffira de jeter 
un regard sur une carte pour se convaincre que l'influence de 
cette temperature s'est fait ressentir jusqu'en Pologne et au midi 
de la Russie d'Europe. 

Pour determiner la temperature equatoriale de ma seconde 
periode tertiaire, j'ai constate l'analogie de pres de deux cents 
especes de la zone intertropicale avec des especes fossiles re- 
pandues surtout a Bordeaux et a Dax, et dans les autres bassins 
appartenant a cette seconde periode. 

Un moyen aussi concluant manque malheureusement pour 
determiner la temperature du premier etage des terrains ter- 
tiaires. Ce premier groupe, represent e particulierement par le 
bassin de Paris, occupe aussi celui de Londres et celui de Va- 
lognes, presque toute la Belgique et la Hollande, plusieurs 
points des Alpes, Castel-Gomberco, le Val-de-Ronca , quelques 
petits bassins de la Hongrie et de la Moldavie , la partie infe- 
rieure du bassin de la Gironde (Blaye, etc.), enfin, mais avec 
quelques doutes, tons les terrains tertiaires inferieurs de l'A- 
merique septentrionale. 

Sur plus de quatorze cents especes reconnues dans les ter- 
rains parisiens , trente-huit seulement out leurs analogues vi- 
vans. II est vrai que la plupart de ces trente-huit especes habi- 
tent dans toute la zone equatoriale; cependant parmi elles il y 
en a quelques-unes qui se repandent non-seulement dans cette 
zone et remontent jusque dans nos mers tempere'es, mais on en. 
voit aussi quelques autres passer dans la mer du Nord. 

II faut done abandonner, pour estimer la temperature de la 
plus importante periode tertiaire, le moyen que j'ai employe 
pour les deux precedentes. Je pourrai cependant suppleer par 
plusieurs moyens de moindre valeur a celui qui m'echappe ici. 

Dans les mers Glaciales ? il n'existe qu'un tres petit nombre 
d'especes de Mollusques ; mais d'autres especes s'ajoutenta celles- 
la a mesure que Ton s'avance vers les regions plus chaudes , et 
Ton voit ainsi s'accroitre de buit ou dix qui subsistent vers le 



296 g. p. DiisnAYES. — Temperature ties periodes iertiaires. 

8o° degre, jusqu'a pres de neuf cents qui vivent dans la region 
tropicale du Senegal et de la Guinee. Get accroissement des es- 
peces avcc la temperature , indique assez toute l'influence 
qu'exerce sur la creation des etres vivans cet agent si puissant, 
la chaleur. Mais ces phenomenes ne semontrent pas seulement 
dans la partie du globe terrestre que j'aichoisie pour exemple , 
ils se reproduisent aussi de la mer de Bering aux iles de la Sonde ; 
de chaque cote de l'Amerique septentrionale, et, en sens in- 
verse, de chaque cote de l'Amerique meridionale. 

Un fait important vient donner un nouveau point d'appui a 
l'estimation de la temperature des deux dernieres periodes ter- 
tiaires : c'est l'accord dans le nombre des especes fossiles et des 
especes vivantes. Ainsi, an nord, peu d'especes vivantes , peu 
d'especes fossiles; dans la region mediterraneenne, environ 
sept cents especes fossiles, pres de six cents vivantes. 11 faut se 
rappeler que cette difference vient de ce que parmi les especes 
fossiles, il y en a un certain nombre appartenant a des races per- 
dues. Enfin la temperature elevee de ma seconde periode sera 
mise hors de contestation, lorsque, aux mille especes fossiles de 
cette epoque, seront opposees les neuf cents vivantes dans les 
mers intertropicales de I'Afrique. 

Puisque le nombre des especes s'accroit avec la temperature, 
puisque sur un point determine de la region intertropicale on 
trouve neuf cents especes, il me sernhle que, par une induction 
naturelle,on pent attribuer a ma premiere periode tertiaire une 
temperature au moins equatoriale, car on y reconnait, comme 
nous l'avons deja dit, quatorze cents especes sur lesquelles 
douze cents environ sont accumulees dans le bassin de Paris 
en particulier, c'est-a-dire sur une etendue de quarante lieues 
de diametre dans un sens et de cinquante-cinq dans I'autre. Il 
n'existe plus dans aucune de nos mers un seul point rassem^ 
blant autant d'especes dans un espace aussi etroit. 

Si nous examinons actuellement ces especes, nous les trouve- 
rons particulierement grandes et nombreuses dans des families 
et des genres dont les especes se multiplient dans les regions 
les plus chaudcs de la terre. Gent quarante especes de Cerites, 
un grand nombre de neurotomes , de Fuseaux , de Mitres, de 



c p. dkshayes, — Temperature des perioctes lettlaires, 297 

Volutes, de Rochers, de Venus , de Bucardes , d' Arches, etc., 
etc., fossiles aux environs de Paris,; I'absence dans ce bassin 
des formes propres aux mers septentrionales, tons ces faits re- 
latifs au nombre et a la nature des especes , se r eunissent pour 
attesler fortement que la grande periode parisiennes'est ecoulee 
sous une temperature equatoriale probablement plus elevee 
que celle de l'equateur actuel. 

En empruntant a d'autres parties de la paleontologie pari- 
sienhe des documens comparables a ceux que fournit la con- 
chy liologie, je tronverai dans le grand nombre des Pachy- 
dermes, leur taille quelquefois gigantesque, une preuve de plus 
de la haute temperature du bassin de Paris. Ou trouve-t-on au- 
jourd'hui des animaux analogues , si ce n'est dans les parties 
equatoriales de l'ancien et du nouveau continent , dans les lies 
de la Sonde et dans les iles Asiatiques. En ajoutant a ces con- 
siderations celles que fournissent un petit nombre de vegetaux 
fossiles, et particulierement des Palmiers, on aura acquis le 
rnoyen de former 11 n assez grand nombre d'inductions ten- 
dan t toutes a prouver la haute temperature de la premiere pe- 
riode des terrains tertiaires. Je donnerais peut-etre un degre de 
certitude de plus a mes inductions , si je mettais en regard Tetat 
ancien du bassin de Paris avec son etat actuel; j'y trouverais en 
effet, d'un cote, un grand nombre d'animaux dont les races 
sont aneanties, et d'un autre, le sol occupe par des races nou- 
velles, et les mers les plus voisines peuplees d'especes dont les 
quatre-vingt-dix-neuf centiemes n'existaient pas dans les temps 
anciens; je trouverais aussi dans cette comparaison les preuves 
des changemens profonds qui se sont operes dans les condi- 
tions de Texistence des etres vivans ; mais je n'insisterai pas sur 
ce sujet interessant , il demanderait plus de developpement que 
je ne puis lui en donner ici. 

De ce que je viens d'exposer, il me semble que Ton peut en 
tirer les conclusions suivantes : 

i° La premiere periode tertiaire s'est ecoulee sous une tem- 
perature equatoriale et, selon toutes les probabilites, de plu- 
sieurs degres plus chaude que celle actuelle de Tequateur ; 



298 g. p. desiiayes. — Temperature des periodes tertiaires. 

i° Pendant la seconde periode dont les couches occupent le 
centre de l'Enrope, la temperature a ete semblable a celle du 
Senegal et de la Guinee; 

3° La temperature de la troisieme periode , d'abord un peu 
plus elevee que la notre dans le bassin mediterranean , est de- 
venuc semblable a celle que nous eprouvons : dans le noid , ies 
especes du nord sont fossiles; dans le midi, celles du midi. 

Ainsi,depuis le commencement des terrains tertiaires, la 
temperature a ete constamment en s'abaissant. Passant dans 
nos climats de I'equatoriale a celle que nous avons maintenant, 
ii est facile de mesurer la difference. 

Sans doute les physiciens , s'appuyant sur les belles theories 
de la chaleur , out pu supposer a priori les changemens de tem- 
perature dont je viens de parler ; il est curieux neanmoins de 
voir leurs previsions confirmees par une science long-temps 
negligee et que personne n'avait encore pense a dinger vers ce 
but tout nouveau. 

Cette question des temperatures pourrait etre reprise pour 
les terrains secondares ; mais les observations et les materiaux 
man que nt : elle n'est pas la seule du domaine de la conchylio- 
logie; plusieurs ont non moins d'importance ; la biologie, par 
exemple, destinee a faire connaitre ies lois du developpee nt 
de la vie a la surface de la terre dans l'espace et dans le temps , 
puisera dans la conchyliologie de nombreux materiaux. Mais la 
biologie est une science encore a faire : Lamarck l'a entrevue, 
qui en posera les bases? 



Hodgson. — Chevres et Moutons sauvages de VHymalaya. 299 

Note sur les Chevres et les Moutons sauvages de l 3 Hymalaya,etc, 
Par M. Hodgson, residant a Nipal. (1) 

«Un des points les plus delicats de la classification desMam- 
miferes, est l'etablissement des caracteres propres a separer 
convenablement les genres Antilope, Chevre et Mouton. La 
plupart des zoologistes de nos jours paraissent penser que la 
distinction du premier de ces groupes a l'aide de la structure 
solide de la base des cornes, signalee par M. Geoffroy Saint- 
Hilaire, est exacte ; mais quoique le nombre d'Antilopes que j'ai 
eu l'occasion d'examiner soit fort petit, j'ai neanmoins constate 
que dans quatre especes au moins (savoir : le Chiree , le Thar, 
le Goral et le Duvaucellii) il existe dans Faxe osseux des cornes 
des sinus en communication avec les sinus frontaux , et si Ton 
m'objecte que trois de ces especes semblent etablir le passage 
vers les Chevres , on ne peut arguer de la menie maniere rela- 
tivement a la quatrieme espece, qui appartient au groupe des 
Gazelles de M. Smith. 

« II est par consequent certain que l'existence de cornes so- 
lides n'est pas uir caractere invariable du genre Antilope ? ni 
raeme an caractere assez generalement constant pour pouvoir 
servir de base a une distinction generique. 

a 11 paraitrait que chez les Antilopes , le noyau osseux des 
cornes presente une structure compacte et est creuse a sa base 
de cellules peu etendues et presque entierement depourvues de 
cloisons cellulaires ; tandis que dans le genre Chevre et surtout 
dans le genre Mouton , les cornes sont poreuses , non com- 
pactes et creuses a leur base de grands sinus remplis de cel- 
lules. » 

Dans la suite de cette note , l'auteur ne s'occupe pas davan- 
tage des Antilopes, mais donne une description du Caprajha- 

(x) Extrait du Journal of the Asiatic society of Bcngal^^X. i835, imprime a Calcutta. 



3oo rusconi. — Devcloppement des ocujs des Poissons. 

ral , qui habite a Fetat sauvage dans leNipal, et se rapproche 
beaucoup, par la disposition de ses cornes, de l'Egagre et du 
C.jcm/aica. II s'occupe ensuite d'un mouton sauvage qui habite 
egalement le Nipal , et qu'il nomme VOvis Nahoor , mais qui 
n'est peul-etre qu'une variete de YO. musimon. Enfin il doune 
un tableau comparatif des caracteres des Genres Chevre et 
Mouton. 



Le ttre sur les changemens que les ceufs des poissons eprou- 
vent avant qu y ils aient pris la forme d'embryon , adressee a 
M. Ernest H. Weber, professeur d'anatomie ; 

Par M. Ruscoiffi. (1) 

Dans ma premiere lettre je vous ai ebauche l'histoiredudeve- 
loppement de la Perche ( Perca fluviatilis ) ; je vous ai dit que 
dans les oeufs de ce poisson je n'ai pas vu les metamorphoses 
que Ton observe dans ceux des Batraciens, et qui precedent tou- 
jour?, la formation de l'embryon ; toutefois, a vous dire vrai, j'ai 
toujours eu quelque soupeon de n'avoir pas observe avec toutes 
les precautions qui sont necessaires pour eviter l'erreur ; et 
apres vous avoir ecrit je me suis fait le reproche de n'avoir fait 
usage, dansmes tentatives, d'aucun procede chimique pour obli- 
ger la nature a se devoiler; et quoique M. Baer, dans son memoire 
surledeveloppement des poissons (2) public tout recemment,ne 
dise rien a l'cgard des metamorphoses de leurs ceufs, et que son 
silence nous porte a presumer quelle n'ont pas lieu, j'ai nean- 



(1) Ce travail, dont l'auteur a eu la complaisance de nous adresser la traduction a ete pu- 
blic avec line planch* dans la Bibliothcca Italiana v. 79 et dans UQ des derniers cahiers dos Ar- 
chives de Physiologic de Midler. JNous regreltons que les limites de notre atlas nous aient 
empecbe de reprodilire ici ees figures, mais le texte est assez clair pour ne pas les rendie 
indispensable!, &• 

(2) Untersuchungen uber die EnlwickeluDgsgeschichlc dor Eische, etc., von D, K. E. von 
Baer, Leipzig, i8J5. 



kuscowi. — • Develuppement des ceufs des Poissons. 3oi 
moinstoujoursete dansle doute, et, desireuxd'eclaircir cepoint, 
j e me suis decide a faire de nouvelles observations, 1 et a tenter la 
fecondation artificielle ; dans cette intention je me suis rendu a 
Come au commencement de juiilet, et j'ai pris un logement au 
bord du lac. 

Mon premier soin fut de demander aux pecheurs quels sont 
les poissons qui deposent leur frai dans le raois de juiilet. La 
Tanche et TAblette, me dirent-ils. Fort content de leur reponse, 
etlesayant inleresses a rnes recherches par quelques generosites 
je les priai, quand il leur arriverait de prendre dans leurs filets 
des Tanches , de choisir celles qui laisseraient echapper tres 
facilement les ceufs ou la laite, de les conserver en etat de Vie, 
et de m'en dormer avis le plus promptement possible. Les pe- 
cheurs, devenusobligeans, seconderent parfaitement mes vues. 
Le premier avis me fut donne le 10 juiilet, je lis la feconda- 
tion artificielle dans la barque des pecheurs de la maniere sui- 
vante : un pecheurfitsortir du podex d'une Tanche femelle, au 
moyen d'un legere pression faite a l'abdomen et pres de 1'anus, 
une certaine quantite d'ceufs que je recueillis dans line ecuelle 
dans laquelle j'avais prealablement verse deux verres d'eau qui 
avait ete puisee dans le lac; ensuite un autre pecheur, compri- 
mant le ventre a une tanche male, fit tomber sur ces ceufs deux 
ou trois gouttes d'humeur seminale; cela fait, je remplis Te- 
cuelle d'eau : les ceufs a peine tombes dans recuelle allerent de 
suite au fond de l'eau; ils etaienttres transparens et presentaient 
une masse d'une couleur verclatre tirant au jaune semblable a 
celle de l'huile d'olive ; 1'humeur seminale pareilie a du lait, 
quant a la couleur, mais d'une densite beaucoup plus grande , 
produisit d'abord un petit nuage dans l'eau et alia au fond de 
l'ecuelle, et ici notez bien que pour rendre les ceufs plus visi- 
bles qu'ils etaient,jeme suis servi d'une ecuelle de faience dont 
le vernis etait d'un brim fonce. 

De retour chez moi, j'ai commence a examiner les ceufs avec 
attention; ils etaient parfaitement ronds, adheraient au fond de 
l'ecuelle et leurs enveloppes se voyaient distinctement, a cause 
de l'eau qui s'etait deja insinuee entre les ceufs et la membrane 
dont chacun d'eux est enveloppe ; rnais ce qui me frappa d'abord 



3o2 rusconi. — Ddveloppement des oeufs des Poissons. 

ce fut de trouver qu'ils differaient notablement de ceux de la 
Perche, en ce qu'ils n'avaient pas dans leur partie moyenne et 
superficielle la vesicule ombilicale, qui, ainsi que je vous 1'ai deja 
e'crit, decroit peu-a-peu a mesure que le petit poisson se deve- 
loppe. et finit par s'insinuerentierement dans le canal alimentaire. 
Quatre hen res apres la fecondation, j'ai commence a voir ca 
et la des oeufs qui avaient perdu d'un cote leur transparence et 
etaient d'un blanc mat; le nombre de ces oeufs s'accrut gra- 
duellement et au bout de vingt-quatre heures, tous etaient de- 
venus opaques, de sorte que je dus en conclure qu'ils n'etaient 
pas venus a bien; j'ai done renouvele la fecondalion artificielle 
et dans le doute qu'ils ne fussent pas venus a bien par la raison 
que, dans l'ecuelle, ils etaient trop pres les uns des autres, et 
presque aussi serres que les petites pierres d'une mosaique, je 
recueillis les ceufs dans la seconde experience, non pas dans une 
ecuelle, mais dans un plat assez large que je couvris prealable- 
ment avec du papier bleu, et j'eus en outre la precaution, en 
recueillant les ceufs, deles disperser autant que possible sur la 
surface du plat : cinq heures apres la fecondation, je vis de nou- 
veau ca et la des ceufs qui d'un cote avaient perdu leur transpa- 
rence et je ne tardai pas a m'apercevoir que leur nombre aug- 
mentait graduellement, de maniere que je commencai a deses- 
perer du succes; le lendemain, e'est-a-dire vingt-quatre heures 
apres la fecondation, jetrouvai que presque tous les ceufs etaient 
blanc mat d'un cote, mais dans ceux qui avaient conserve toute 
leur transparence, je vis quelque chose qui me parut nouveau, 
et dont je fus frappe, de sorte qu'ayant repris courage, je m'em- 
pressai de decouper les petits morceaux de papier sur lequel 
adheraientces derniers, et apres les avoir places dans des verres 
a montre remplis d'eau, je les detachai du papier avec la pointe 
d'une petite spatule et les distribuai de facon que dans chaque 
verre il y avait huit ou dix ceufs : six ou sept heures apres cette 
operation, je commencai a voir a l'aide du microscope le petit 
embryon qui faisait deja quelque leger mouvement , et vingt- 
quatre heures apres, savoir cinquante heures apres la feconda- 
tion, j'eus le plaisirde voir les petits poissons se degager de leur 
enveloppe. 



rusconi. — Developpement des osufs des Poissons. 3o3 

Tres content de Tissue de cette experience, je fis de nouveau 
la fecondation artificielle, dans le but simplementdem'assurer si 
les poissons eprouvent les metamorphoses que j'ai observees 
dans les Batraciens anoures et urodeles, et j'ai eclairci ce sujet 
de la maniere qui suit : une demi-heure apres avoir fait 
la fecondation artificielle, j'ai enleve de la feuille de papier 
qui couvrait le plat , un petit morceau de papier auquei 
adheraient huit ou dix ceufs tres transparens; ensuite, avec 
une petite pince, je l'ai place dans un verre a montre rempli 
d'eau, et , sans me donner la peine de detacher les ceufs, 
j'ai fait tomber dans 1'eau du verre quatre ou cinq gouttes 
d'une mixture acidule composee d'une partie d'acide nitrique 
et de huit parties d'eau; ce petit nombre de gouttes suffirent 
pour detruire dans les ceufs la vie organique qui etait a peine 
commencee, de facon qu'en peu de minutes ils perdirent tout- 
a-fait leur transparence, non pas dans toute leur peripheric, 
mais dans la partie seulement qui correspond a i'heinisphere 
superieure de 1'ceuf de la grenouille, qui etait precisement le 
segment que j'avais besoin d'observer. Tous les quarts d'heure 
et pendant dix heures de suite j'ai renouvele cette operation, 
et j'ai en toujours soin de ne soumettre a Taction de Tacide ni- 
trique que les ceufs qui etaient tres transparens; par ce procede 
chimique, j'ai vu les metamorphoses qu'ils eprouvent avant de 
se transformer en embryon , et j'ai pu les suivre depuis la fe- 
condation jusqu'a leur parfait developpement, comme vous 
verrez tout-a-Theure, d'apres les details dans lesquels je vais 
entrer. 

L'ceufdela Tanche {Cyprinus tinea) est un globule parfaitement 
rond, d'un millimetre de diametre , et transparent presque 
comme le cristal ; la membrane vitelline est assez forte, et la ma- 
tierequ'ellecontient est tres fluide.L'ceufoulevitellus,oulegerme, 
car pour moi, lorsque je parle des Batraciens et des poissons, 
ces trois mots sont synonymes, est renferme dans une enveloppe 
particuliere tres mince et transparente, qui est en contact, tant 
que Toeuf se trouve clans Toviductus, avec la membrane vitelline; 
mais des que Toeuf a ete depose, elle s'en ecarte peu-a-peu et 
jusqu'a un certain point a cause de Timbibition de Teau r e'est- 



3o4 rusconi. *— ■ Developpcment cles ceufs cles Poissons. 

a-dire a cause de l'cau qui s'insinue entre l'ceuf et son enve- 
loppe ; cette derniere est enduite d'une matiere visqueuse, 
laquelle, dans l'oeuf de la Tanche, n'est pas visible, mais qui 
n'en existe pas moins, car les ceufs adherent aux Corps sur les- 
quels ils soul deposes; la viscosite des enveloppes se dissout 
par la suite dans l'eau, et par cette raison elle perd sa propriete 
agglu tin ante. L'ceuf, observe au microscope, presenteune quan- 
lite de petits grains de differentes grandeurs, entremeles avec 
de petits globules semblables a des gouttelettes d'huile; c'est a 
ces dernieres qu'est due la couleur jaunatre tirant au vert du 
vitellus dont je vous ai parle plus haut. Peu apres la fecondation, 
l'ceuf perd sa sphericite et prend la forme d'une poire : alors 
il apparait, sur une partie de sa peripheric, une sorte d'en- 
flure, qui rappelle a l'esprit celle qui est produite par les ven- 
touses;en outre, les petits grains de la matiere vitelline, qui 
etaient epars, se trouvent reunis a la base de la partie enflee; 
une demi-heure apres cette premiere metamorphose, il se ma- 
nifeste sur Tenflure, on pour mieux dire sur la partie saillante 
du vitellus, deux sillons qui se coupent a angle droit. Un quart 
d'heiire apres, deux nouveaux sillons viennent se placer a cote 
des premiers, de facon que la partie saillante du vitellus, qui 
etait divisee d'abord en quatre lobes, se trouve maintenant 
partagee en huit. Au bout d'un quart d'heure , chacun de ces 
huit lobes est divise lui-meme en quatre par six nouveaux 
sillons qui se coupent a angle droit, de maniere que le nombre 
des lobes est quadruple ; une demi-heure apres apparaissent 
plusieurs autres sillons qui croisent les premiers, de sorte que 
les lobes sont devenus plus petits qu'ils n'etaient, et se sont 
tellement multiplies qu'il n'est guere possible de les suivre 
pour les compter : bienlot de nouveaux sillons continuent a 
apparaitre, les lobes se rapetissent de plus en plus; enfin ils 
disparaissent enlierement, et la surface de la partie saillante 
du vitellus redevient lisse comme elle etait avant la manifes- 
tation des premiers sillons 

C'est a cette epoque que le vitellus commence a se transfor- 
mer en embryon; la portion de la membrane vitelline qui cou- 
vrait la partie proeminente du vitellus se transforme, des quelle 



rusconi. — Developpement des ceufs des Poissons. 3o5 

est devenue lisse, en la peau du poisson; cette transformation 
s'etend graduellement stir toute la surface du globule, et ne 
laisse a decouvert qu'une tres petite fente presque impercep- 
tible, qui est l'anus du futur animal, comme cela a lieu chez les 
Batraciens; mais avant que la peau se soit completement orga- 
nised, c'est-a-dire qiiand sa formation s'est etendue jusqu'aux 
trois quarts du globule, il se manifeste, sur la nouvelle peau, 
une tache triangulaire blanchatre semi-transparente et sans 
contours bien arretes, laquelle, du bord de la peau ou elle est 
assez large, s'etend eu avant et s'epanouit vers l'extremite op- 
posee a celle ou la membrane vitelline n'a pas encore eprouve 
sa transformation; cette tache semi-transparente est le premier 
rudiment de Tepine. reorganisation de la peau fait graduelle- 
ment des progres, et pendant qu'elle s'etend sur toute la sur- 
face du globule, la tache semi-transparente se retrecit peu-a-peu 
a son origine, gagne progressivement en longueur, ses con- 
tours se prononcent, et quand toute la membrane vitelline 
s'est transformed en peau et que l'anus est formd, la tache 
senii-transparente commence a devenir saillante sur la surface 
du globule; 1'embryon ensuite se dessine, s'allonge successive- 
ment, se dilate a une de ses extremites, et presente ainsi les pre- 
miers rudimens de la tete. Je crois inutile de continuer de vous 
rendre compte de ces details; je vous dirai seulement que qua- 
rante heures environ apres la fecondation, les petits emLryons 
de la Tanche commencent a faire quelque leger mouvement, et 
apres douze heures en sus, ils se degagent ordinairement de 
leur enveloppe ; le sang, a cette epoque, a deja acquis sa cou- 
leur naturelle. 

A peine sorties de leur enveloppe, les petites Tanches pa- 
raissent comme engourdies; elles se tiennent toujours couchees 
sur un cote, et passent des heures entieres dans cette position; 
si vous les touchez legerement, elles se mettent de suite a na- 
ger, mais pour quelques instans seulement, et leur maniere de 
nager ressemble en tout point a celle des Tetards observes a 
lepoque a laquelle ils sortent de leurs enveloppes ; ce n'est qu'a- 
pres l'apparition des premiers rudimens de la vessie natatoire 
et des nageoires pectorales qu'elles se placent sur leur ventre, 

V. Zool, i— Mai, 20 



3o6 rusconi. — Developpement des ceufs des Poissons. 

et nagent ensuite parfaitement des que les nageoires pectorales, 
qui sont les premieres a apparaitre, se sout suifisamment de- 
veloppees, et que la vessie natatoire, qu'on voit distinctement 
a travers la colonne vertebrate et les muscles de Tepine, se pre- 
seute sous la forme d'uue petite bulle d'air ovoide. Vers le sep- 
tieine jour, elles se vident, par la voie du rectum, d'une maiiere 
ceudree sous forme de petits flocous : tous les viseeres abdo- 
minaux , a cette epoque , sont assez developpes et en etat d'exer- 
cer leur fonction; aussi voit-on les petites Tanches, vers le tan- 
tieme jour, alter au-devant de l'aliment. Elies ont un naturel ties 
vorace, et refusent toute sorte de pature qui n'est pas animate; les 
Ablettes {Cyprinus alburnus) , an contraire, ne se nourrissent, du 
moinsquand elles sont ties jeunes, que de substances vegetates. 
J'ai alimenteles premieres avec des puces d'eau (entomostraces) 
qu'elles saisissaient et avalaient avec beaucoup de difficulte, 
quoiqu'elles ne poursuivissent que celles qui etaient nouvelle- 
ment nees dans la cuvette ou je les ai eleves, et j'ai nourri les 
secondes avec unematiere vegetate d'un tres beau vert, quel'eau 
du lac puisee dans les heures les plus cbaudes deposait pendant 
la nuit: ici je ne dois pas ometlre de vous dire que la tempera- 
ture de ma chambre pendant le coins de mes observations a 
toujours varie entre + 18 et + 2oR,etquelesAblettes, quoique 
plus petites que les Tanches, car les plus grosses ne depassent 
pas la longueur de six pouces, deposent cependant des ceufs 
qui sont plus gros que ceux des Tanches, de maniere que pour 
voir le developpement des cyprins, les premieres sont prefera- 
bles aux secondes, et cela d'autant plus qu'elles abondent dans 
toutes les rivieres et qu'on petit les avoir tres facilement; jedois 
vous dire en outre qu'apres la disparition l de tous les sillons 1 , 
j'ai abandonne presque entierement l'emploi de la mixture 
acidule, dont je vous ai parle plus haut; au lieu de faire 
usage de l'acide nitrjque , j'ai place le verre a montre oil 
etaient les ceufs qui faisaient le sujet de mes observations, 
tantot sur un drap noir, mais le plus souvent sur une lame 
d'argent bien polie , et je me suis servi iYun microscope a 
unc seule lentille dont le foyer etait de quatorze millimetres; ll 
m'eut etc impossible de me servir d'une lentille plus forte pour 



rusconi. — Developpement des oeitfs des Poissons. 307 

voir des objets qui etaient dans l'eau, et avoir assez d'espace au- 
dessous du microscope pour manier un petit pinceau et tourner 
l'ceuf en tous sens. C'est par ce moyen que j'ai pu voir la for- 
mation de 1'epine et j'ai pu me convaincre que chez les poissons, 
les cyprins, du moins, 1'epine n'est pas originairement divisee en 
deuxmoitiesseparees l'une de l'autre, comme cela a lieu chez les 
Eatraciens anoures et urodeles, et chez plusieurs autres ani- 
maux : chez les poissons 1'epine se forme d'une seule piece. 
Cette observation, comme vous voyez, n'est rien moins que fa- 
vorable a ia loi de M. Serres, et nous prouve que tres souvent 
nous generalisons avectrop de precipitation. Mais reprenons le 
fil de mes remarques. 

Je pense qu'a present vous serez pleinement convaincu, cl'a- 
pres ce que je vous ai expose que, pour donner une histoire 
complete du developpement des poissons il est de toute neces- 
sity de faire la fecondaiion artificielle et d'elever les poissons 
pendant un certain temps. M. Baer nous dit que, bien rarement 
ou presque jamais, il n'a reussia faire developper dans sa cham- 
bre des ceufs qui avaient ete recueillis peu de temps apres avoir 
ete lecondes (i).Cela me porte a soupconner que la peine qu'il 
s'est donnee de renouveler Teau tres souvent a ete la cause de 
ses insucces; pour vous prouver que mon sou peon n'est pas 
denue de tout fondement, je vous communiquerai une obser- 
vation que j'ai faite et que je dois entierement au hasard : 

Etant a Vesio, je fus me promener de fort bon matin et par 
un beau jour dejuillet sur les rives du pelit lac de la Yilla-Tra- 
versi (2), et pendant que j'admirais ici des groupes d'arbres dont 
les branches se penchent sur les restes d'un chateau qui nous 
rappellent la sombre epoque du feodalisme, la une foret de pins 
dont l'obscurite contraste sin^ulierement avec les coliines 
riantes couvertes de vignes et de fleurs, situees du cote oppo- 

(1) Ueberhaupt gelang es mir schwer oder gar nicht den Laich in meiner stube zuv Ent- 
wickelung zubvingen , wenn er erst Kurz vorher befruchtet war, so sehr ich aucti Pemicbt war 
ihtn frisches Tlurwasser zu geben. 

(1) Maison de plaisance a quatre lieues de Milan, dont le jardin, qu'ofl dit avoir ete fait 
et embelli par la nature, offre de tous cotes au peinlre paysagiste des points de vue vraiment 
magnifiques. 

■ao. 



3o8 iuiscoxi. >— Devcloppement des oeufs des Poissons. 

sr; en tin mot, pendant que j'etais ravi en extase par la beaute 
da site, un bruit soudain vint frapper mon oreille et me tirer 
tie ma reverie; je crus d'abord qu'on frappait l'eau avec des ba- 
tons on avec la partie plate d'un aviron : curieux de savoir ce 
que c'etait, je promenai aussitot mes yeux sur les bords du lac , 
et je ue tardai pas a decouvrir le lieu d'ou le bruit venait et la 
cause qui le produisait : bref , c'etaient des poissons qui depo- 
saient leur frai. Desirant voir de pres cette scene, je me rappro- 
chai insensiblcment dulieu ou elle se passait, et, profitant des 
arbrisseaux et des rosiers dont les rives du lac sont ornees, je 
me cachai de maniere que sans etre vu j'ai pu observer ces pois- 
sons a mon aise et de tres pres. lis frayaient a rembouchure 
d'un ruisseau qui apporte au lac le tribu d'une eau fraiche et 
limpide, mais si pen abondante que les petits cailloux du lit 
qu'elle parcourt se trouvent presque a sec. 

Vous savez sans doute que plusieurs especes de poissons ont 
l'habitude de frayer a rembouchure des rivieres: les saumons, 
par exemple , sont de ce nombre ; mais ceux dont je vous parle 
n'etaient pas de cette famille, c'etaient des gujons communs 
{cyprinus gobio). Voici de quelle maniere ils deposaient leur 
frai : ils s'approchaient de rembouchure , puis nageant tout-a- 
coup avec vitesse et donnant a leur corps, par ce moyen, une 
forte impulsion, ils sortaient du lac et remontaient le ruisseau 
jusqu'a la distance de deux pieds et demi a-peu-pres, non pas 
en sautant, mais en glissant en quelque sorte sur le gravier; 
apres ce premier elan , ils s'arretaient et remuaient legerement 
leur tronc et leur queue; en un mot, ils frottaient leur abdo- 
men sur ie gravier, car ils le posaient entierement sur le lit du 
ruisseau, et, a l'exception de leur ventre et de la partie infe- 
rieure de leur tete, tout le reste de leur corps etait a sec ; ils res- 
taient dans cette position pendant sept ou huit secondes; puis, 
frappant de leur queue avec force le lit du ruisseau et faisant 
jaiilir l'eau de tous cotes, ils se tournaient et regagnaient le lac 
pour recommencer les mernes ebats. 

Un naturaliste a avance que les poissons, en deposant leur 
frai, se tournent sur un c6t6 de maniere que le venire du male 
se trouve applique ou du moins tres pres et vis-a-vis de celui de 



huscom. — Developpement des oeufs des Poissons. 3og 

la femelle. Je ne conteste pas le fait; je vous declare simplement 
que les poissons dont je vous parle n'ont jamais fait un pareil 
mouvement : les femelles et les males ne faisaient que se lancer 
sur le lit du ruisseau de la maniere que je viens de vous dire; 
les premieres repandaient les oeufs , les secondes la laite. Ge qui 
m'a frappe, ce fut de voir que parmi les poissons qui frayaient, 
et dont les plus gros ne depassaient pas la longueur d'un pied, 
il y en avait de fort petits ; j'ignore si ces derniers deposaient 
des oeufs et de la laite, mais certes ils se lancaient sur le lit du 
ruisseau tout comme les autres. 

J'ai joui pendant un quart d'heure de cette scene, qui pour 
moi fut tres amusante, quand tout-a-coup un gros canard mus- 
que {anas moschata), sortant lestement du lac , saisit avec son 
bee un petit poisson qui sautait sur le lit du ruisseau pour re- 
gagner le lac , et s'en alia avec sa proie apres avoir mis en fuite 
tous les autres. lTayant done plus de poissons a observer, je 
portai mon attention sur les oeufs qu'ils avaient depose : ils ne- 
taient ni amonceles comme ceux des grenouilles, ni en cordon 
ou en chapelet comme ceux des crapauds , ni en ruban on en 
dentelle tres large comme ceux de la jperche de riviere , mais 
disperses de maniere qu'on eut dit que le lit du ruisseau etait 
ensemence d' oeufs. 

Apres avoir fait cette observation, j'ai ete me pourvoir d'une 
ecuelle fort grancle, puis etant retourne a l'embouchure du ruis- 
seau, j'ai recueilli trois ou quatre cailloux auxquels adheraient des 
oeufs, une douzaine a-peu-pres ; j'ai place les cailloux dans le- 
cuelle avec de Teau puisee dans le lac, et de retour a la maison, 
j'ai mis l'ecuelle dans le coin d'une chambre et je ny ai plus fait at- 
tention ; huit ou dix jours apres, ayant visite l'ecuelle , j'y trou- 
vai quatre poissons fort bien developpes et qui nageaient a mer- 
veille; ils etaient tres petits, etn'etaient perceptibles qua cause 
deleurs yeux,qui, vus pardessus^ se presentaient comme deux 
points noirs assez larges ; tout le reste de leur corps etait si trans- 
parent, qu'il exit ete difficile de les voir si je n'eusse pas c, la 
precaution de placer les cailloux dans une ecuelle vernissee de 
brim : vous voyez done que meme sous ce rapport, j'ai eu plus 
de bonheur que M. Baer, car j'ai vu noii-seulemeut les meta- 



3 r o rusconi. — Developpernent des oeufs des Poissons. 
morphoses que subissent les oeufs avant de prendre la forme 
d'embryon, mais j'ai pu sans la moindre difficulte et sans me 
donner la moindre peine, faire developper des oeufs recueillis 
peu apres avoir ete fecondes. 

M. Baer nous dit (page 2) qu'il a ete oblige par la suite de 
continuer ses observations sur le lieu meme 011 les poissons 
avaient depose leur frai , et en disant cela il veut donner a ceux 
qui voudront s'occuper de ce sujet un avis dont ils pourront 
faire leur profit; mais je pense que les naturalistes, dorena- 
vant, prendront le parti de faire la fecundation artificielle, qui 
est indispensable pour ceux du moins qui veulent voir les me- 
tamorphoses des ovules, et en meme temps constater un fait 
que j'ai annonce autrefois et que je me plais a repeter ici, 
savoir, que le mode dont les Batraciens et les Poissons 
se developpent est different de celui des Oiseaux. Je sais 
que bien des anatomistes regardent le vitellus de l'ceuf des oi- 
seaux , des amphibies et des poissons, comme l'analogue de la 
vessie ombilicale des mammiferes. Certes, je serais bien de leur 
avis, s'ils se limitaient a parier simplement des Oiseaux, des 
Ophidiens , des Cheloniens et des Sauriens ; mais je ne puis nul- 
lement partager leur opinion quand ils soutiennent que cette 
analogie se trouve vraie meme a legard des Batraciens et des 
Poissons, car les observations que j'ai faites m'ont prouve le 
contraire : chez les Oiseaux, par exemple, la membrane blasto- 
dermique qui renferme la matiere du vitellus est un appendice 
des intestins, une poche intestinale qui rentre dans la cavite 
du bas- ventre , ainsi que cela a ete fort bien vu et parfaitement 
demontre par M. Dutrochet et par d'autres; au contraire , chez 
les Batraciens et les Poissons (ceux du moins dont j'ai suivi le 
developpernent), la membrane propre du vitellus n'estpasune 
poche intestinale, mais la peau du futur animal ; elle est la pre- 
miere a s'org?niser, et des que sa transformation en peau s'est 
accomplie, vous voyez l'ovaire s'allonger dans un sens, s'aplatir 
dans un autre, en un mot vous reconnaissez que le globule se 
transforme et prend peu-a-peu la forme embryonnaire : ceci est 
un fait de la plus grande evidence , et notez bien que la diffe- 



rtjsconi. — Developpement des oeufs des Poissons. 3 1 1 

rence que je viens de signaler en amene d'autres qui sont plus 
ou moins interessantes. 

Les principes generaux, je le sais bien, sont fort commodes; 
mais la nature se joue assez souvent de nos lois generates : elle 
varie ses plans et arrive a son but par des voies diverses : voyez 
par exemple Fovule de la perche de riviere, vous y trouverez 
la vesicule ombilicale(i) qui est deja renfermee dans la mem- 
brane vitelline, la peau du futur animal; elle se rapetisse peu- 
a-peu a mesure que I'ovule se transforme en embryon, et 
au vingt-neuvieme jour apres la fecondation , elle a passe en 
tierement dans le canal alimentaire dont elle est un appendice ; 
voila done une difference, car le mode dont la Perche se deve-« 
loppe se rapproche a quelques egards de celui des Oiseaux et 
de celui des Batraciens. (2) 

Vous me demanderez peut-etre s'il y a quelque difference a 
l'egard de la vesicule de Purkinje e litre" les ceufs des Batraciens 
et ceux des Poissons; a cette question, je reponds queje n'ai 
jamais eu l'occasion de chercher cette vesicule dans les ceufs de 
ces derniers ; je crois cependant qu'elle existe dans les ceufs des 
Poissons tout comme dans ceux des Oiseaux et des Amphibies: 
dans les Batraciens, elle est situee a la surface de Fovule, imme- 
diatement au-dessous de la membrane vitelline ; elle a la forme 
d'une lentille tres bombee , decroit peu-a-peu a mesure que I'o- 
vule s'approcbe de l'epoque a laquelle il doit passer dans l'ovi- 
ducte, et elle n'existe plus des que 1'ceuf s'est insinue dans ce 



(1) Je designe cette vesicule qu'on voit an milieu et immediatement au-dessous de la mem- 
brane spheroide qui contient la matiere de I'oeuf , par le nom de vesicule ombilicale, sans pre- 
tendre toutefois que cette denomination soit juste. 

(2) Ayant suivi de nouveau le developpement de la Perche de riviere, j'ai vu que les ceufs 
de ce poisson eprouvent , a quelques petites differences pres , les metamorphoses qu'on observe 
dans les oeufs des Batraciens ; le segment de l"03uf sur lequel les metamorphoses ont lieu devient 
peu-a-peu d'un blanc mat, tandis que dans les ceufs des Cyprins, ce meme segment, qui cor- 
respond a l'hemisphere brun de I'oeuf de la grenouille, est toujours, pendant les metamor- 
phoses, tres transparent, de maniere que, pour voir les sillons et les lobes sur les oeufs de la 
Perche, il n'est pas necessaire avant tout de lesrendre opaques au moyen de la mixture acidulee 
dont je vous ai parle plus haut : les metamorphoses des oeufs de a Perche se succ&dent rapide-* 
ment; e'est sans doute nar ce motif qu'elles me sont echappees la premiere fois que je mo sui* 
occupe de ce sujet. 



3 j 2 duvsiwqy. — Sur le Foic. 

conduit . la matiere dont elle est remplie nest pas aqueuse , 
puisque sous Taction de l'acide nitrique elle se condense ni plus 
ni moins que la matiere du vitellus. 

Je m'occupe a present du deveioppement successif de i'ence- 
pliale dcsPoissons, etje reprendrai ce sujet quandj'aurai donne 
a mes observations un pen plus d'etendue. Ayous dire laverite, 
j'ai quelque doute a 1'egard des nouvelles determinations que 
M.Serres adonnees aux differentes parties dont l'encephale des 
Poissons se compose, et par cette raison je voudrais bien que 
ce sujet fixat votre attention : vos observations, faites avec le 
talent qu'on vous connait, seraient fort interessantes ; elles ap» 
porteraient de nouvelles lumieres, et dissiperaient nos incerti- 
tudes sur differens points qui selon moi sont encore un sujet 
en question. 



Note additionncllc au metnoire de TYL Duvernoy, sur quelques 
particularites du systeme sanguin abdominal et du canal ah- 
mentaire de plusieurs poissons cart'dagineux (Annates des Sc. 
nat. t. in, p. 274O 

C'est dans les Essais de physique de Pinault, t. in, p. 218, 
et pi. xv (Paris, 1680), in-12, que M. le professeur Rapp avait 
vu la premiere description de la singuliere valvule intestinale 
decrite dans ce memoire. Ge meme professeur m'ecrit (le 1 de- 
cembre i835), qu'il avait observe cette meme valvule a Cette ? 
dans le canal intestinal du Squalus glaucus. 

II est egalement necessaire d'ajouter ici que, dans l'explication 
de la planche iv du volume precedent, la figure 3 a ete mal eti- 
quctee; elle appartient a la chevre et non au cbien; il y a aussi, 
dans le texte de ce memoire, plusieurs fautes d'impression (sur- 
tout dans la note de la page 262), mais le lecteur pourra faci- 
lement les reconnaltre, sans que nous les indiquions ici. 



^icademie des Sciences, 3 1 3 



Analyse des fravaux anatomiques , physiologiques et zoolo- 
giques presentes a V Academie des Sciences pendant le mois 
de mai 1 856. 

Seance du 2 mai i836\ 

Extrait d'une lettre de M. Marion de Proce a M. de Blainville, sur un 
jeune Orang-outang apporte vivant de Sumatra a Nantes , et faisant au- 
jourd'hui par tie de la menagerie du Museum d'histoire nature lie de Pa- 
ris. (Communique par M. de Blainville.) 

cc Je me suis transporte hier chez le capitainc Van Lseghem, et ce n'est pas 
sans un vif interet que j'y ai contemple, pendant plus d'une demi-heure, le 
jeune Orang-outang male qu'il a rapporte de Sumatra, et dont vous avez envie 
de faire 1'acquisition pour le Jardin du Roi. 

cc Je dis l'o ran g-ou tang, parce qu'il ne m'est paspermis de douter que ce n'en 
soil un. Du reste, vous en jugerez vous-meme en dernier ressort, d'apres quel- 
ques indications que je vais vous fournir-. 

cc Sou front est tres eleve et bombe dans la ligne media ne, de maniere a si- 
muler assez bien le front de certains nommes ; il est tout-a-fait depourvu de 
longs poils, ainsi que le reste de la face, sauf les cotes des joucs oil de lungs poils 
roux simulent tres bien des favoris. 

cc Son nez ne fait point de saillie; ses yeux ont une expression d'intelligence 
et de douceur rcmarquable ; les paupicres sont garnics de longs cils ; son mu- 
seau n'est nullement proeminent, mais ses levres sont tres mobiles, et peuvent 
sallonger de deux pouces environ. Les oreilles sont bien bordees, et ressemble- 
raient a celles de 1'liomme si elles etaicnt pouivues du lobule qui caracterise ces 
dernieres. 

cc La face est d'une couleur ardoisee, dont 1'intensite va en se degradant du 
centre a la circonference. 

cc II n J a point de callosites aux fesses; il ne porte aucun vestige de queue, ct 
il a l'auus un pen proeminent. 

« Les pouces sont tres petits comparativement aux autres doigts, dans les 
mains de devant comme dans celles de derriere. 

cc Toutle corps, a l'exception de la face et des parties anterieures et lalerales 
du cou, est couvert de longs poils roux ; et ceux de la tete se portaut d'arriere 
en avant sur le front, font exactement 1'efFet d'une perruque. 

a Les dents ofFrent l'apparence de celles de I'homme, si ce n'est que les ca- 
nines sont relativement plus allongees que chez celui-ci, et qu'elles selogent, 
lorsque la bouche se ferme, dans un espace vide, situe, pour la macboire infe- 
neure, derriere les canines., et, pour la macboire superieure, en dedans. 

cc Let animal, dont l'agc petit ctre suppose de neuf mois environ, n'a encore 



3 c 4 jicademie des Sciences, 

que quatre molaires de chaque cote a la niachoire inferieure, et deux 1 

choire superieure. 

cc Sa taillc cstd'cnviron deux pieds six pouces, dans la station debout. 

a Du soraraet dc la tctc a I'anus, on trouvc une longueur de dix-huit pouces. 

(C La cuissc, la jambe et la main des extremiles abdominales ont chacune six 
pouces de longueur. 

cc Dans les merabres thoraciques , le bras a buit pouces, l'avant-bras sept 
pouces et demi, ct la main six pouces. 

cc J'ai ete frappc dc la lenteur des mouveruens de l'Orang-outang , laquclle 
contraste avec la turbulence des autres singes. J'ai cte plus frappe encore de 
sou air calme et reflechi, de sa sociabilite apparente, et dc je ne sais quoi d'hu- 
main repandu sur sa physionomie. 

« 11 est de la plus grande douceur, et recherche les caresses memo des 
etrangers. 

cc Vous pourrez juger du degre de son intelligence par les deux faits suivans, 
lesquels se sont passes sous mes yeux. 

cc Son maitre lui donnant a manger d'une certaine distance, il descendit de 
la chaise sur laquelle il etait assis, la prit a deux mains, la porta aupres de celle 
de son maitre, et se placa de nouveau sur cette chaise, dans la position qu'il venait 
de quitter. 

cc Voulant ouvrir une porte qui communiquait dans une autre piece, il porta 
line chaise aupres de cette porte , monta dessus, et saisit le bouton de la serrure, 
en lui imprimant un mouvemcnt de rotation semblabld a celui qu'il avait vu 
faire pour l'ouvrir. 

c< Cet animal est omnivpre dans toute la force du terme, et ties facile a nour- 
rir. II est ties propre, ct parait jouir d'une bonne sanle. 

cc M. Van Iseghem possede un fragment de la peau de la mere de ce jeune 
singe. Cette peau prouve que l'animal auquel elle appartenait avait au moins 
deux pieds de long de la nuque a l'anus. On a dit a M. Van Iseghem que cette 
mere avait cinq pieds de haut. » (l) 

Maladies des vers a sole. — Recherches sur la M uscardine _,- par M. Ag. 
Bass i, de Lodi. 

La mala die qui a ete l'objet des recherches de M. Bassi a refu en francais le 
noin de Muscardine, a oause de la ressemblance que presente le ver qu'elle a 
faitmourir avec une espece de pastille allongee tres connue en Provence. 

La muscardine attaque le ver a soie dans tons scs ages et tousses etats. Quoi- 
quc plusieurs jours s'ecoulent entre son invasion ct sa tcrminaison, qui est tou- 
jours fatale, elle ne se manifeste, pour ainsi dire, par aucun signe exterieur, et 



(i) C'est d'apres ces renseignemens que le Museum d'histoire naturelle de Paris s'esl decide 
a faire l'acquisition de ce curieux anioial qui sc voil a\ijourd'lmi dans la menagerie du Jardin 
du Koi. 



^cade'mie des Sciences. 3 1 5 

sauf dans les epidemies les plus violentes, le ver qui en est atteint meurt en con- 
servant sa couleur natuielle, son volume et toutes les apparenc.es de la sante. 

A peine., cepcndant, le corps est-il prive de mouvement, que de moelleux et 
de flasque qu'il etait, il devient consistant, et peu-a-peu il acquiert assez de du- 
rete pour etrecassant. Souvent pendant que ce changcment s'opere, il y a al- 
teration de la couleur, ordinairement en une teinte pourpree, quelquefois en 
un bleu fonce. 

II ne paralt pas que ce soit la reduction a l'etat d'esclavage qui ait rendu le 
ver a soie sujet a la muscardine, puisqu'il n'est pas ties rare de tencontrer des 
larves d'autres lepidopferes vivant en pleine liberte, qui en sont egalement at- 
teintes. D'ailleurs la raaladie ne semble pas etre du nombre de celles qui peu- 
vent naitresous l'influence du mauvais regime auquel les vers sont quelquefois 
soumis dans les magnaneries. M. Bassi a en vain essaye de la faire se develop- 
per chez cesanimaux, en les placant dans les circonstances les plusdefavorablcs; 
il n'est parvenu a la faire naitre chez un individu sain, que par voie de conta- 
gion , c'est-a-dire par voie de communication directe ou indirecte avec un autre 
individu precedemment atteint du meme mal. 

Avant deparler des circonstances suivant lesquelles a lieu cette propagation, 
il convient de faire remarquer que le ver, mort de la muscardine, se couvre ha- 
bituellement, au bout de peu de temps, d'une efflorescence semblable a de la 
neige. Cependant, si le cadavre est place dans une atmosphere d'une extreme 
secheresse, cet enduit farineux ne se montre pas ; il ne se montre pas non plus 
chez les individus qui succombent a ce qu'on appelle la muscardine bdtarde ou 
noircissure. 

Tant que cette efflorescence ce s'est pas montree, la propagation de la mala- 
die n'a pas lieu parlc simple contact exterieur. Mais si 1'on entame largement la 
peau d'un individu recemment mort de la muscardine on pres den mourir, et 
qu'ensuite, avec l'instrument mouille par le liquide interieur, on touche ou, ce 
qui est plus sur, on pique la peau d'un individu sain, on lui communiquera la 
maladie. 

L'efflorescence blanche, en effet, comme l'a reconnu M. Bassi, n'est que la 
partie exterieure d'une multitude innombrable de petits champignons, lesquels, 
avant la mort de 1'animal, existaient deja. sous ses tegumens et s'y accroissaient 
a ses depens, sans pouvoir d'ailleurs se faire jour au-dehors, en raison de la 
resistance que lcur offrait la peau ; ils ne peuvent percer l'enveloppe cutanee 
que lorsqu'elle est deja ramollie par un commencement de putrefaction. Leur 
fructification suit de pres leur apparition a l'exterieur, et les germes innombra- 
blcs qui serepandent sur les corps voisins ou se dispersent dans Tatmosphere, 
vont au loin porter la maladie. 

Les germes, attaches a des corps solides, peuvent conserver long-temps la 
faculte de se repi oduire et de faire naitre la muscardine chez les vers a soie sur 
le corps desquels ils seraient portes* M. Bassi pense qu'en les plafant dans des 



3 1 G Academic des Sciences. 

eircoristanccs convcnablcs, ils conscrycront pres de trois ans lcur activile con- 
tagieuse. 

D'une auncc a l'autre ils se conserveot aisemeut, ctl'introduction d'oeufs pro- 
vcnaut d'une niagnanerie infeclee dans unc magnancric qni n'etait pas encore 
attcintc tic la maladie, pourra l'y faire apparaiirc ; non que le ver soit rnaladc 
dans 1'ceuf ineme, mais parce qu'une fois eclosil pourra se coller a sa pcau qucl- 
qucs-uns des gcruics qui elaicnt restes attaches a la surface extcrieure de la co- 
<jue. M. Bassi, du reste, se croit fonde a conciure de ses experiences qu'on peut 
eloigner ccltc cause d'infection en souinetlant les ceufs suspects a certaincs lo- 
tions qui, faitcs en temps convenable, ne nuisent point al'embryon. 

Si Ton agitesur l'eau un ver mort de la muscardine, et dcja couvcrt de l'en- 
duit farineux, cet enduit se detache en partic, tlottc a la surface, et peut y res- 
ter ainsi assez long-temps sans perdre son action nuisible. Si Ton plonge l'ani- 
mal avec assez de precaution pour que les germes ne se detachent point et res- 
tent submerges, ils se conservent sans alteration pendant plusicurs jours, tandis 
que le ver pourrit promptement. 

Les experiences microscopiques faites plus recemment par M. Balsamo, pro- 
fesseur d'histoire natureileau lycee de Milan, ont confirme les idees de M. Bassi 
aur la nature de la jnascardine. Cet observateur a reconnu que l'cffloresccnce 
blanche, qui se montre a la surface du ver mort depuis quelque temps, est due 
en ciFct au developpcment d'une multitude de plantcs cryptogames i ces plantcs 
lui ont paru appartenir au genre Botrytis. L'espece dont il s'agit ici, le B. Bas~ 
siatMij ofTre suivant lui les caractercs suivans : Jloccis densis j albis f erectis, 
ramosis j ramis sporidiferis sporulls subovatis. 

De nombreuses observations l'ont conduit a reconnaitre : 

(ci° Que cetle muscidinee ne se voit jamais que sur des vers morts de la 
muscardine; qu'clle ne se rencontre jamais parmi les diverses cspeces de moisis- 
sures qui se developpent sur ties vers desseches artificiellemcnt; qu'on peut la 
reproduire sur tel individu qu'on choisira, en lui communiquant les germes 
pris sur un ver affecte de muscardine; 

« 2° Que la peau du ver attaque de la maladie est parfaitement sainc, et que 
les elemens morbifiqucs gisent dans uu pigmentum sous-cutane, qui peut aug- 
menter de volume , et envahir prcsque toutes les parties inlerieures du ver et 
de la nymphe ; 

<c 3° Que ce pigmentum ofFrc un amas de pctits grains semblablcs aux spo- 
res de la moisissure, lesqucls, dans des circonslanccs favorables, s'allongent en 
filamens qui portent des germes capables de reproduire le veritable Botrytis 
Basslanu. y> 

A cette occasion, M. Dumeril communique une observation « qui, dit-il, a 
a quelque analogic avec cc fait, e'est que souveut, apre* les fluics d'automne, 
<c on trouve attachees contre les murs un grand nombre de mouches mortes, eta- 
cc \iics, bicn conscrvecs et excessivement goiiHces dans la region de I'abuomcrj, 
« dont le corps se trouve couvcrt d'uue poussierc blanche, ties fine. 



udcaclemie des Sciences. 3i^ 

« En examinanl a la loupe cette poussiere et la matiere qui reraplitle ventre, 
« il est facile de reconnaitre que c'est une veritable moisissure developpee con- 
« stamment de la meme maniere, et qui peut-etre a ete egaleinent la cause de la 
cc mort de ces insectes, comme les Trysiphes font perir les plantes qu'elles atta- 
« quent. » 

Seance du 9 mai. 

Empreintes de pieds d'un quadrupede dans le gres bigarre de ftildhurg* 
hausen, en Saxe ; communication par M. de Blainville. 

cc Dans le cours de l'annee derniere, M. de Humboldt d'abord, et M. Link 
ensuite, ont entretcnu 1'Acadt'mie au sujet de plaques ou dalles de gres, des 
environs de Hildburghausen en Saxe, appartenant geologiquement an gres bi- 
garre ou nouveau gres rouge, a la surface inferieure desquelles on a remarque 
un nombre considerable de figures en relief assez regulieres et regulierement 
disposees., pour que plusieurs naluralistes aliemands aient pu les regarder comme 
les rcsultats de pas d'animaux quadrupedes de la famille des quadrumanes ou 
singes, suivant les uus, de celles de Didelphes pedimanes on Sarigues, suivant les 
autres, comrne MM. Wieginann et Humboldt, et meme de Salamandres gigantes- 
ques, d'apres MM. Munster et Link. L'administration du Museum d'Histoire 
naturelle, dans le but d'eclaircir une question aussi interessante en paleontolo- 
gie et dont on a deja tire des consequences si contradictoires a ce que Ton ad- 
met assez generalement aujourd'hui comme resultat de 1'etat actuel d° nos con- 
naissances sur Tliistoire de la succession des etres organises a la surface de la 
terre, s'est empressec de faire l'acquisition d'un grand et beau morceau de ce 
gres a la surface duqucl existent trois series de ces pretendues impressions tra- 
duites en plate-bossc et liees entre ellcs par une re <s6c illation plus ou moins ser- 
ree. Au premier examen qu'il en a fait, M. de Blainville croit s'etre assure que 
ces figures en relief ne doivent en aucune maniere etre attributes a des em- 
preintes qu'auraient laissees les pieds d'un animal quadrupede quelconque mar- 
chant sur un sol susceptible de les recevoir et de les garder assez long-temps 
pour qu'ensuite elles aient pu etre remplies par une matiere plus ou moins molle 
et capable de se solidifier. II pense au contraire que ce sont indubitabbmentdes 
traces de vegetaux analogues sans doute a ceux que Ton a deja rencontres plu- 
sieurs fois daus le gres rouge., et considered comme des Preles gigantesques , on 
des Rhyzomes de quelques Acorus ou meme des tiges sarmenteuses plus ou moins 
reticulees et anastomosecs, cc qu'il ne lui appartient pas de decider. Quant aux 
raisons a 1'appui (!e son opinion, que ce ne sont certainement pas des empreintes 
de pieds d'animaux quadrupedes, M. de Blainville se propos 1 de les soumettre 
au jugement de V Academic, dans une de ses seances prothaines, aussitot qu'il 
aura pu faire executer des dessins rigoureusemen? exacts du bel echantillon ar- 
rive dernierement au Museum, comparativement avec des figures d'empreintcs 
des pattesd'un Singe, d'une Sarigue et d'unc Salamandre. » 



3i8 Academie des Sciences. 

Recherches sur la disposition des plumes chez lesoiseaux, et sur les muscles 
destines a mouvoir ces plumes , par M. Jacquemin. 

Dans une prc-cedciite lettrc l'auteur avait considere le mode d'implantation 
des plumes a la face supericure du corps ; cette fois il s'occupe dc la face in- 
fericurc ; il decrit aussi les ecailles cornces qui recouvrent les pieds, cnfin il 
indique les difTerens muscles qui scrvent an mouvement des plumes. Ces mus- 
cles suivantlui sont au nombre de quinze, dont cinq occupent la face supericure 
du corps , deux la face inferieure , cinq lc bras, un la jambe ; deux la region 
dc ToreiUc. 

Seance du 16 mai. 

Analomie et physiologie de la Comeille ( Corvus corone)> prise comme 
type de la classe des Oiseaux , etc., par E. Jacquemin. (Second memoire : 
Insertion des plumes qui recouvrent la peau de cet oiseau , et muscles qui 
servent a leur mouvement. ) 

Lettre sur la structure des poumons j par M. Bourgery. 

L'Academie ayant recu, dans une de scs precedentes seances, un travail sur 
la structure des poumons, M. Bourgery annonce qu'il s'est occupe de recher- 
ches sur le meme sujet, et qu'il les a u rait deja soumiscs au jugement de l'Aca- 
demic si les dessins explicatifs qui acconipagneul son memoire eussent etc ter- 
miner. En attendant, il croit devoir faire connaitre les principaux resullats anx- 
quels il est arrive. 

Aprcs avoir indique sommairement la disposition generalc des artercs et des 
veines pulmonaires, puis leurs rapports avec les cauaux aeriens , il en tre dans 
quelques details sur la tcrmiuaison de ces trois ordres de vaisseaux. 

a Le capillaire amen n' '#.* point une cellule ou vesicule _, mais un canal, 

a Les canaux aeriens capillaires, dont l'agglomeration forme les lobules, sont 
incurves ou legerement sinueux, inclines et entrelaces en divers sens. lis se jet- 
tent tous les uns dans les autres, de facon a donner l'idee d'un labyrinthe, ce 
qui me les a fait nommer, dit l'auteur, canaux labyrinthiques. Us naissentdes 
plus petits canaux bronchiqucs. 

cc Ces derniers sont d'abord rcctilignes et ramifies sous forme alterne. Devc- 
nus capillaires a leurs derniers embrancbemens , ils s'incurvent, recoivent les 
canaux labyrinlhiques qui s'ouvrent sur leurs parois, el ils se terminent en s'a- 
bouchant avec l'un d'eux qui continue leur direction. Ces canaux, dont le dia- 
inctre n'excedc que de moitic celui des autres, s'en distinguent surtout par leur 
plus grande longueur et l'cxccs d'epaisseur de leurs parois. 

<c Quant aux capillaires sanguins , une arteriole, a son arrivee dans lc lo- 
bule pulinonaire, represente une tige dont les rameaux divergens se distribuent 
en cone ou en arbrc. Chacunc des branches principalcs ayant atteint les cioisons, 
e'est-a-dire les cspaces intcrcanaliculaires, enveloppe les canaux les plus voi- 
sius par autant d'anneaux vasculaires formes par un seul vaisseau. La meme dis- 



Academic des Sciences. 5ig 

position se rcpcte de proche en proche , tous les canaux se trouvant ainsi envi- 
ronnes de vaisseaux annulaires interposes entre leurs cloisons et qui s'abouchent 
les uns avec les autres dans les points tangens ou aux nceuds d'intersection ; en 
sorte que, sur une coupe entre deux rameaux nes de l'arteriole d'origine on dc 
deux arterioles voisines, la surface est formee par un canevas de ces anneaux 
vasculaires comrauniquant entre eux , ou raieux , se continuant partout sans in- 
terruption, et decroissant un peu en diametre, des rameaux vers le centre moyen 
dc jonction. 

cc Les veinules naissent du canevas annulaire en sens inverse des arterioles; 
ainsi c'est ce canevas lui-meme qui constitue le systeme capillaire sanguin pul- 
monaire. » 

Seance du a3 mai. 

Appreciation de la temperature moyenne des epoques geologiques 
terrains tertiaires en Europe, au moyen de V etude comparative des especes 
vivanies etfossiles de coquilles , par M. Deshayes. 

(Voycz ci-dessus page 289.) 

Observation sur deux especes de fausses galles. 

M. V allot , de Dijon, adresse quelques observations sur une espece de Ten- 
thredes qui attaque les branches de chevre-feuille, les deform e et les rend 
cassantes. 

<c On remarque , dit-il , sur les branches du Lonicera xylosteon Linn., des 
renflemens irreguliers qui les rendent fragiles dans ces endroits. Ces renflemens 
qui deforment les tiges, presentenl du cote convexele prolongement de 1'eeorce, 
et du cote concave une anparence de carie ou gelivure : ils ne s'opposent point 
aux progres de la vegetation. 

cc Cette alteration est due a une larve de Tenthrede. 

cc Aux mois d'avril et de mai, on peut voir sur les bourgeons du chevre- 
feuille des bois , de fausses galles cbarnues , les unes ovoides ^ les autres glo- 
buleuses, quelquefois rougeatres, d'autrcs fois vertcs. Ces galles etaient tres 
abondantes en i835; elles sont rarcs cette annce, probablement a cause de la 
rigueur et de la longueur de l'hiver, qui se seront opposes au developpement de 
la Tenthrede. 

cc J'ouvris un certain nombre de Galles, et je trouvai constamment dans leur 
interieur une larve a 22 pattes , analogue a celle du Tenthredo gallce foliorum 
Salicisj Linn., bien decrite par Swammerdam, Collect, academ.j part, etrang., 
t.v, p. 4 9 4, pi. 28, fig. 9. 

cc La larve contenue dans les fausses galles du chevre-feuille est hyaline , a 
tele couleur chatain ; elle laisse apercevoir distinctement ses six pattes ecail- 
leuses; mais les pattes membraneuses, extremement petit.es, paraissent sous 
forme de tubercules. Cette larve est longue de 8 millimetres, C'est alors que , 
comme celle des galles des feuillcs de saule, elle perce la galle en y pratiquant 



3ao u4.cademie des Sciences. 

line ouverture rondc par laquelle clle s'eehappe pour aller subir ses metamor- 
phoses en terrc. Quelqucfois, mais raremeut, elle subit ses transformations dans 
la gallc, et e'est a un dc ces heurcux hasards que j'ai du de connaitre d'une raa- 
niere certainc l'espece dc Tenthredc a laquelle sont dues les fausscs-galles du 
chevrc-feuille des hois, ( Elle est entiereincnt noire : antenne a 9 articles , ge- 
noux hlauch'itres. ) 

« La femellc, qui parait a la fin de mars, pond un ceuf dans le bourgeon; 
cet ceuf ne tarde pas a eclore ; la piqure et la presence de la larve dclermincnt la 
tumefaction du bourgeon par l'extravasion de la seve, et produisent un rcsultat 
parcil a celui observe sur une branche de Saule marseati , Salix caprcea Linn. , 
par Palissot dc Beauvois, dont on peut lire la note dans les act. Paris. 181 J, 
p. i4g, pi. iv, fig. 1,2. 

cc Lorsque la larve est sortie, la galle acquiert une consistance plus ferme; 
clle finit par devenir ligneuse et par former comme une sortc de calus sur i'ar- 
busle. L'ouverturc par laquclle la larve s'est ech.ippce augmente de dimension, 
se deforme, et finit par disparaftre en laissant une cavite sur la brauche, dont 
la vegetation se continue par l'ecorce et le hois, car il n'y a plus de canal mc- 
dullaire , la fausse galle en a inlerrompu la continuitc. 

Plusieurs cspeces d'Ichneumons, ainsi que l'a reconnu M. Vallot, attaquent 
et font perir la larve de la Tcnthrede du chevre-feuille avantqu'clle ait quitte la 
galle a Fabri dc laquelle elle se developpe. 

Une autre fausse galle qui se montre sur le Sisymbrium sylvestre est dne, 
suivant M. Vallot, a une cspece tres petite de Cecidomyie. 

Anatomie. — Structure des poumons. — M. Bazin, qui avait adresse , daus 
les seances dii2i mars et 18 avril, divers dessins et preparations ayant pour ob~ 
jet de montrer le mode de terminaison des bronches, rappelle que ses observa- 
tions sur cc point d'anatomie couduisent a des resultats bien differ ens de ceux 
qui ont etc recemment soumis a l'Acadcmic ( Voir page 3i8 I'extrait d'une 
communication de M. Bourgery ). Suivant M. Bazin, les poumons d'aucun 
Mainmifcrc n'offrent a l'extremite des canaux aeriens une disposition telle que 
ccllc qu'on a designee sous le nom de canaux labyrinthiques } dans tous , au, 
contrairc, cc les bronches, a pies s'etrc divisecs , subdivisees ou ramifiees un 
plus ou moins grand nombre dc fois, finissent par donner des ramuscules tres 
courts qui se terminent en cul-de-sac. Ce sont les extremites de ces ramifica- 
tions , et les renflemens qu'elles presentent quand clles sont distenducs , que la 
plupart des anatomistcs out piis pour des cellules ou des vesicules. 



qjoatrefages. «— Developpement des Anodontes. 3zi 



Memoire sur la vie intra-branchiale des petites "Anodontes, 
Par M. Armand de Quatrefages, 

Docteur en medecine et es-sciences; 
Presente a TAcademie des Sciences le n mai i835. (i) 

Mon intention, dans ce travail, n'est pas d'examiner le ques- 
tion anatomique et physiologique des organes genitaux de 1'A- 
nodonle^non plus que le developpement de ses oeufs dans l'o- 
vaire. Je laisserai de cote tout ce qui se rattache a ces deux 
points de la science si interessans d'ailleurs, niais que je n'ai 
pas encore suffisamment eclaircis, pour prendre les ceufs a leur 
sortie de l'ovaire, et suivre leur evolution intrabranchiale jus- 
qu'au moment ou les petites Anodontes abandonnent entiere-* 
ment leur mere pour vivre de leur vie propre. 

Le 20 septembre 1 834 , favais place une Anodonte dans un 
vase en cristal, alin d'examiner le mecanisme a 1'aide duquel 
1'eau est mise en contact avec les divers replis branchiaux. En- 
core pleine de vigueur, elle m'offrait ce mode de respiration 
qu'on pourrait appeler a grand courant (1). Bientot je vis sortir 
de son orifice anal ces petites masses d'ceufs decrites par M. de 
Blainville : elles etaient disseminees dans le liquide , en tres 
grande quantite. L'animal continuant a pondre avec beaucoup 
de rapidite, les ceufs etaient entraines par le courant qui en- 
trait dans la trachee : ils se trouvaient par la portes dans les 



(i) Voyez le rapport fait sur ce travail par M. de Blainville (Annates , tome 4, page 2 83); 

(2) Lorsqueles Anodontes ne sont prises que depuis peu de temps, elles ont deux manierea 
de respirer : tantot le liquide passe avec beaucoup de rapidite dans les canaux concentriques 
formes par le manteau et les branchies , entrant par l'ouverture garnie de tentacules que forme 
l'extremite du manteau (trachee), et sortant par I'orifice anal avec assez de force pour agiter 
Teau a cinq ou six pouces de distance ; d'autres fois, 1'eau parcourt le meme rajet , mais avec 
lenteur , et sans qu'il y ait de jet a la sortie. Quand l'animal est affaibli pour avoir ete garde 
long-temps dans un vase, i\ ne respire plus que de cette seconde maniere, 

V. Zqqu ~> Jain. 2 1 



$22 quatrefages. — Developpement des udnodontes. 

branchies externes, qui les premieres recoivent leliquide,et 
deposes dans leurs replis. Ce fait explique tres bien la presence 
presque constante des ceufs seulement dans les branchies ex- 
ternes (i). Ceux qui ont ete trouves ailleurs , soit dans les bran- 
chies internes, soit dans les replis du manteau, y avaient ete 
probablement entraines par le liquide , devie de sa route nor- 
niale, peut-etre par la brusque fermeture des valves de la co- 
quille ou par toute autre cause. On voit encore qu'il doit se 
perdre un grand noinbre d'ceufs dans cette espece de transport 
qu'ils sont obliges de subir, et que chaque Anodonte peut fort 
bien servir de mere a des ceufs pond us par ses voisines. (2) 

L'Anodonte que j'avais sous les yeux continua a donner des 
ceufs pendant vingt-quatre heures, laissant des intervalles de 
demi-heure ou trois quarts d'heure environ entre chaque ponte. 
L'ayant ouverte an bout de ce temps, je trouvai ses branchies 
externes remplis d'ceufs assez regulierement disposes en series 
dans ses locules. Gelles-ci etaient remplies d'une espece d'albu- 
mine filante provenant en grande partie de la matiere qui en- 
veloppait les ceufs au moment de la ponte, et qui avait perdu 
un peu de sa densite en absorbant une certaine quantite d'eau. 
Le ventre etait flasque, et la peau en etait comme ridee ; ce 
qui s'explique facilement par l'etat de vacuite subite des 
ovaires. 

Quelques experiences approximatives me montrerent que les 
ceufs pondus par une Anodonte de moyenne grandeur pou- 
vaient etre au nombre de quatorze mille, plutot plus que moins; 
les plus grandes en contenaient au moins vingt mille. J'en re- 
^ueillis environ deux cents que je placai dans un verre a li- 
queur. Le lendemain , je ne fus pas peu surpris de les trouver 
ranges d\me maniere reguliere contre la paroi directement ex- 



(1) Sur plus de soixanle Anodontes que j'ai ouvertes, je n'ai trouve des oeufs dans les bran- 
cliies internes que deux ou trois fois, et en Ires petite quantite; dans le manteau, jamais. 

(2) Je n'ai pu rcconnaltrc la marche indiquee par MM. Rathke et de liluinville comme etant 
celle suivie par les ceufs a leur sortie de l'oviducte. Il me seniblc dil'Gcile que les oeufs ne soient 
pas entraines par le eourant que forme l'eau expiree , et einportes par 1'orifice anal avaut de 
pouvoir remunter le long du Lord anterieur des braurhics internes, Au reste, M. de Blain- 
ville a hii-meme trcs Inen decrit leur sortie. 



quatrefages. — Developpement des Anodontes. 3s3 

posee a la lumiere. L'albumine qui les enveloppe aa moment 
de leur sortie avait forme line espece de membrane dans l'e- 
paisseur de laquelle ils etaient contenus. Garieux de voir si cette 
espece de tissu se reorganiserait, je le rompis jet le delayai dans 
le liquide; mais mes oeufs resterent au fond du verre, et, au 
bout de quelques jours ils etaient la proie de myriades d'infu- 
soires et surtout de vibrions. 

Premier jour, — Examines aussitot apres leur sortie, ces ceufs 
etaient spheriques, de un quart de millimetre de diametre en- 
viron. Au microscope, ils presentaient cette espece de petit ga- 
teau circulaire forme de globules transparens renfermant eux- 
memes des globulins, et que quelques naturalistes de nos jours 
considerent comme un veritable vitellus , mais qui , du moins 
dans les Limnees et les Planorbes ^ m'a paru etre le premier ru- 
diment du systeme nerveux (i). L'enveloppe membraneuse, 
parfaitement transparente, etait assez resistante, et renfermait 
une liqueur ou les reactifs montraient une grande quantite d'al- 
bumine. 

Deuxieme et iroisieme jours, — Le nombre des globules aug* 
mente par le developpement successif des globulins , sans que 
le gateau change de forme. Ici comme dans les Limnees et les 
Planorbes, les nouveaux globules se portent du centre a lacir- 
conference. 

Quatrieme jour, — Les globules ne sont plus distincts : le 
gateau entier semble compose de globulins dissemines dans une 
masse pulpeuse. Yers sa circonference se montre un segment 
legerement opaque qui en occupe environ le tiers. 

Cinquieme jour. — Le gateau augmente rapiclement et prend 
la forme d'un triangle spherique. Le segment opaque apercu la 



(i) Dans le memoire que j'ai publie sur l'embryogenie des Limnees et des Planorbes , j'a- 
vais avance que les oeufs de ces Mollusques n'offraient dans le commencement aucune trace de 
germe. Depuis , j'ai reconnu que cette erreur , car e'en est une , tenait a ce que j'avais examine 
des ceufs places a l'extremite des masses ovigeres. Ces ceufs a germe imparfait ou meme mil , ne 
se developpe nt pas. Dans mes recherches sur les Anodontes, j'en ai trouve de semblables au 
milieu de pelits bien developpes, et qui au bout d'un mois etaient les memes que le jour de 
la ponte. 



3^4 quatrefages. — Developpcment des Anodontes. 

veille forme Tun ties cote's en debordant un peu a droite et a 
gauche. 

Les locules des branchies sont fermees par une membrane 
extremement fine qui semble n'etre que la surface un peu so- 
lidifiee de l'albumine qu'elles renferment. Celle-ci parait avoir 
augmente en quantite , par suite probablement d'une secretion 
particuliere des branchies. 

Sixieme jour, — On distingue la coquille encore membra- 
neuse parfaitement transparente, enfermant le gateau qu'on 
distingue a travers , et qui lui-meme semble se laisser traverser 
plus facilement par la lumiere. Le segment apercu les jours pre* 
cedens est aussi devenu plus transparent, et forme la charniere. 
La coquille conserve la forme triangulaire a cotes legerement 
courbes; elle remplit presque entierement fceuf. 

Sep tie me jour. — La coquille presse contre les parois deloeuf 
qu'elle distend par ses trois angles. Son bord cardinal est en- 
tierement rectiiigne, tandis que les deux autres conservent leur 
courbure : elle est toujours membraneuse.On ne distingue plus 
le gateau, mais vers le tiers superieur des valves, on voit un 
espace a-peu-pres elliptique , translucide , circonscrit par une 
ligne opaque, et que nous reconnaitrons plus tard etre 1'em- 
preinte du muscle adducteur. On ne peut dire que celui-ci 
existe encore, aucun tissu n'etant determine : aussi je pense que 
la plus grande transparence de ce point est produite par l'adhe- 
rence des rudimens de Tanimal avec la coquille dans 1'endroit 
ou plus tard s'attachera le muscle. 

Le fluide albumineux renferme dans les locules des branchies 
commence a prendre une apparence pulpeuse. On y distingue 
une foule de points opaques irregulierement dissemines , ana- 
logues aux globulins. 

8 e jour. — La coquille, par son accroissement progres- 
sif, a dechire la membrane qui Tempi isonnait, et dont les 
fragmens que Ton retrouve ne tardent pas a etre resorbes. Ses 
bords anterieur et posterieur acquierent un peu plus de cour- 
bure, tandis que le bord cardinal demeure a-peu-pres recti- 
iigne. Les angles anterieur et posterieur s'arrondissent : les 
valves s'incrustent par points de sels calcaires, et du centre a la 



quatrefages. — Developpement des ^4nodontes. 3^5 

circonference, laissanttout autour une lame translucide, assez 
ferme, elastique, et qui semble etre un prolongement du liga- 
ment de la charniere. A Tangle inferieur , les deux portions an- 
terieure et posterieure de cette lame se reunissent, et se pro- 
longent dans l'interieur de la coquille en un angle tres aigu; 
En meme temps, on apercoit a ce meme angle des especes de 
mamelons allonges, translucides , et formant une sorte de 
houpe. C'est le premier rudiment des dents du crochet, comme 
le prolongement triangulaire dont nous avons parle Test du 
crochet lui-meme. Ce sont ces mamelons plus ou moins deve- 
loppes qui ont ete vus et dessines par MM. Bojanus, Pfeffer et 
Prevost dans leurs planches, et que M. Jacobson regarde comme 
etant les indices des crochets. Nul doute que si ces observa- 
teurs n'ont pas apercu cet organe , cela n'a tenu qu a ce que 
les animaux qu'ils avaient sous les yeux n'etaient pas assez avan- 
ces en age. 

Le liquide albumineux dans lequel les ceufs etaient plonges 
acheve de s'organiser en une matiere pulpeuse, tres peu con- 
sistante, et dans laquelle parait un lacis inextricable de vais- 
seaux , les uns droits ou a peine onduleux, d'autres en spirale 
serree , d'autres enfin enroules et comme entortilles les uns au- 
tour des autres. On en voit quelques*uns sortir entre les valves 
des petites Anodontes; mais la coquille toujours fermee a cette 
epoque de leur vie, empeche de voir le point ou ils aboutissent. 
J'en ai compte tantot deux, tantot trois ou quatre; mais ce 
manque de fixite dans leur nombre doit etre sans doute attri- 
bue a la facilite avec laquelle se dechirent et se rompent ces 
tissus a peine deformes. 

Les jours suivans,la petite Anodonte augmente a peine de 
volume; mais les parties se consolident, la coquille brunit et 
acheve de s'incruster ; ses bords seuls demeurent toujours liga- 
menteux. Les mamelons de son angle inferieur s'allongent, et 
on en voit d'autres poindre sur le prolongement interieur de la 
lame. Le nombre des vaisseaux se multiplie. 

11* jour. — Le crochet s'allonge de maniere a egaler en lon- 
gueur le tiers de la hauteur de la coquille. En» meme temps sa 
base s'elargit, acquiert un peu plus de consistance, et bientot 



3^6 quathefages. — Developpement des Anodontes. 

on voit sur sa lignc mediane des points incrustes de matiere 
calcaire. Les dents augmentent en nombre et commencent a 
paraitre jusqu'a son extremite. Le crochet et la bande ligamen- 
teuse prennentla teinte legercment brunatre du reste de la co- 
quille. On n'apereoit, ati reste, aucune articulation entre cet 
organ e et. la valve a la quelle il est attache. 

i3° et \/\ jours. — Les crochets et la coquille acquierent plus 
de solidite parune incrustation successive. Neanmoins, les pre- 
miers demeurent flexiblcs et comrae cartilagineux, la matiere 
calcaire n'y etant que disseminee par points, tandis que les 
valves se solidifient entitlement quoique conservant leur translu- 
cidite entre les points opaques formes par le premier depot des 
sels terreux. Les dents s'allongent, se consolident, et presen- 
tent tout-a-fait un aspect corne. 

Vers cette epoque, les crochets qui etaient restes couches 
dans 1'interieur de la coquille, se redressent sur elle a angle 
droit quand le petit animal ouvre ses valves, mouvement qu'il 
commence seulement alors a executer. Deux lames semilunaires, 
transparentes , s'attachent a droite et a gauche du crochet, et se 
rendent au bord interne de la coquille. Ces lames demeurant 
tendues lors meme que l'animal rapproche le crochet de ses 
valves , je les ai considerees des ce moment comrae des muscles 
destines a flechir cet organe, le mouvernent d'extension etant 
du a i'elasticite du ligament sur lequei il est implante. 

Lorsque la petite Anodonte ouvre sa coquille, on voit le 
muscle adducteur place au milieu et vers le tiers superieur, 
ainsi que nous l'avons deja dit. On en distingue tres bien les 
fibres que Ton voit se contracter sous ses yeux. En avant et en 
arriere du muscle, on apercoit les vaisseaux dont nous avons 
parle penetrer dans un amas de globules semblables a ceux qui 
constituent le germe. Autour de ces points d'insertion, on voit 
se former presque constamment de petits tourbillons analogues 
a. ceux que fournissent certains infusoires. Je n'ai jamais dis- 
tingue de cirrhe. On ne reconnait, du reste , d'autre trace d'or- 
ganisation qu'une cavite allongee placee a la partie inferieure 
du muscle, cavite* que nous verrons etre le premier rudiment 
du tube intestiir'.I. 



quatrefages. — Developpement des Anodontes. 3^7 

Les vaisseaux que nous avons decrits , et qu'avec MM. Ratbke 
et Jacobson nous considerons comme les organes de la nutri- 
tion de I'embryon, comme de veritables vaisseaux ombilicaux, 
traversent la matiere pulpeuse dans laquelle sont plongees les 
petites Anodontes, et se rapprochent de maniere a former dans 
lesloculesdes brancbies de la mere de nouvelles cloisons le long 
desquelies sont appliques les petits. Arrives pres des feuillets de 
la branchie , ils se divisent en deux ou trois branches dontcha- 
cune est presque aussi volumineuse que le tronc principal , et 
se terminent par nn petit renflement piriforme, sans entrer en 
communication avec les vaisseaux de la mere. Ces renflemens 
jouissent a un haut degre du pouvoir absorbant et exsorbant. 
En les isolant autant que possible, on voit les uns se couvrir de 
cirrhes et les autres donner naissance seulement a des tourbil- 
lons tres rapides. Ii semblerait , d'apres cela , que les premiers 
seraient des organes d'exsorption , les seconds d'absorption. 
Quant aux vaisseaux qui sillonnent la matiere pulpeuse dont 
nous avons parle, ils se terminent a-peu-pres de la meme ma- 
niere dans le voisinage des feuillets brancbiaux. Ainsi on pour- 
rait etre tente de croire que, parmi les vaisseaux ombilicaux, 
les uns sont de veritables veines, les autres des ar teres venant 
puiser dans un placenta les materiaux necessaires,et y rapporter 
ce qui devient inutile a la nutrition de la petite Anodonte. 

Je n'ai pu reconnaitre la moindre trace d'irritabilite dans ces 
vaisseaux , quelques moyens que j'aie employes pour cela. Plu- 
sieurs fois j'ai cru les voir se contracter ou se derotiler, mais j'ai 
fini par m'apercevoir que ces mouvemens etaient produits par 
quelque Anodonte qui ouvrait et fermait sa coquille, mouve- 
ment qu'elles executent tres souvento 

Les jours suivans n'amenent pas de grands changemens; seu- 
lement la coquille et ses dependances se foncent en couleur et 
acquierent plus de solidite : les fibres musculaires deviennent 
plus distinctes : les globules sont distendus par les globulins ; 
mais Taccroissement marcbe toujours avec une extreme lenteur. 

20-25° jours. ' — La bande translucide qui regne autour des 
valves , et que nous avons vue persister plus long-temps que ces 



328 quatrefages. — Developpement des Anodontes. 

dernieres dans son etat primitif de cartilage, est entierement 
incrustee , excepte snr le bord qui touche a la coquille. La regne 
un sillon qui la separe de cette derniere , sillon assez profond a 
Tangle inferieur et sur les cotes , et qui va en s'effacant vers le 
Lord cardinal. Pour reconnaitre bien distinctement cette dis- 
position, ii faut faire mace>er les petites Anodontes. Alors on 
voit qu'un ligament interpose regne tout le long de ce sillon en 
bas et sur les cotes , et va aboutir superieurement au bord car- 
dinal ou il se confond avec le ligament de la charniere. La cou- 
leur de la bande est la meme que celle du reste de la coquille : 
le crochet semble n'en etre qu'un prolongement , et l'attention 
la plus soutenue n'a pu me faire reconnaitre d'articulation in- 
termediate. Le crochet est demeure flexible , et la matiere cal- 
caire n'y est deposee que par points. Sa longueur egale les deux 
tiers de la hauteur de la coquille; sa forme est celle d'un tri- 
angle isoceie a cotes legerement concaves. A sa face externe se 
trouvent les dents en cylindres arrondis a ieur extremite , au 
nombre de quatorze a seize. Elles sont placees sur deux rangs 
alternes a la partie superieure du crochet, et sur trois dans le 
point ou il s'elargit assez pour cela. Quelques-unes sont irregu- 
lierement groupees a sa base : ce sont celles que nous avons vu 
paraitre les premieres sous la forme d'une petite houpe. Deux 
faisceaux muscul^ires, revetus exterieurement d'une forte apo- 
nevrose qui resiste long-temps a la maceration, s'attachenl de 
chaque cote du crochet : 1'un plus large , depuis la base jusqu'au 
tiers supdrieur, l'autre depuis ce point jusqu'a l'extremite. Le 
premier se porte an bord interne , et le second a la face interne 
de la bande qui regne autour des valves. On voit que tout ce 
singulier appareil tient a cette derniere, et qu'en supposant que 
ce soit une partie caduque, il doit disparaitre avec elle. 

A cette epoque, les globulins ont remplace les globules au- 
tour du muscle adducteur. lis se sont developpes surtout dans 
le tiers median, et forment dans chaque valve une espece de 
masse tout-a-fait transparente, dont les dimensions varient quel- 
quefois d'un moment a l'autre, et au milieu de laquelle on voit, 
outre le canal digestif deja apercu, une autre cavite allongee 
qui plus tard formera i'aorte. Au point ou s'inserent les cordons 



quatrefages. — Developpement des ^dnodontes. 3ag 

ombilicaux , on voit un petit renflement auquel ils paraissent 
aboutir. 

Nous avons vu que la petite Anodonte ecarte souvent ses 
valves au point qu'elles se trouvent sur le meme plan. On con- 
ceit que dans cette position le muscle adducteur eprouve une 
extension tres considerable. En outre, la contractilite de la fibre 
musculaire ne parait pas tres forte a cette epoque de la vie , 
tandis que le ligament de la charniere semble avoir acquis une 
elasticite tres prononcee. Aussi voit-on souvent le petit animal 
faire de vains efforts pour refermer ses deux valves, qui la plu- 
part du temps demeurent au moins entr'ouvertes. Si elles se 
rapprochent assez pour que les crochets, en s'abaissant Tun 
vers l'autre, viennent a se rencontrer, on voit ceux-ci s'incurver 
davantage, et les dents s'engrener les unes dans les autres a la 
maniere des pignons de deux roues. C'est a 1'aide de ce curieux 
mecanisme que la petite Anodonte parvient a fermer entiere- 
ment sa coquille et a la maintenir dans cet etat malgre Faction 
continuelle du ligament de la charniere. 

D'apres la disposition des dents que nous avons vues etre al- 
ternes, on concoit que lorsque les deux crochets sont appliques 
Tun contre l'autre , les mouvemens d'avant en arriere que pour- 
raient executer les valves en glissant Tune sur Fautre, sont ar- 
retes aussi bien que ceux de haut en bas. La petite Anodonte 
trouve done dans cette espece de charniere supplementaire un 
moyen de plus pour resister aux causes legeres qui pourraient 
si facilement a cette epoque disjoindre les deux valves de la co- 
quille. 

Enfin , le singulier appareil qui nous occupe peut servir de 
moyen de defense a notre petit bivalve. En effet, lorsqu'il a 
quitte le sein protecteur de sa mere , il est expose aux attaques 
d'ennemis nombreux qui en detruisent des quantites innom- 
brables. Or, il se trouve protege dans le point le plus faible , 
d'abord par son crochet aigu et arme de dents redoutables, puis 
par cette espece de barriere musculo-tendineuse qui ferme une 
partie de Forifice de la coquille lorsque les valves en sont 
ecartees. 

A dater de ce moment?, le developpement de la petite Ano* 



33o quatrefages. •— Developpement des Anodonles. 

donte marche avec plus de lenteur encore qu'auparavant, par 
suite, je pense, des rigueurs de la saison. On remarque seule- 
merit que lcs muscles adducteurs du crochet paraissent se ren- 
forcer peu-a-peu. 

Vers le 4$ e ou 5o e jour, la coquille change de forme. Le cote 
posterieur parait s'allonger en nieme temps que le bord cardi- 
nal s'accroit dans ce sens, tandis que le cote anterieur demeure 
stationnaire. En avant du muscle, entre l'aorte et lintestin, on 
voit paraitre line ran gee de globules un pen plus opaques que 
le reste du corps , et qui plus tard deviendront le foie. La masse 
de l'animal a augmente au point que lorsque les valves sont 
ouvertes, on dirait qu'il ne peut etre contenu dans sa coquille 
sans eprouver une forte pression.Les petits mamelons ou abou- 
tissent les cordons ombilicaux out pris de raccroissemeut et 
une forme bien determinee. lis sont composes de cinq ou six 
cotes separees par des siilons longitudinaux. Au point d'inser- 
tion se trouve un petit enfoncement ; de sorte qu'ils ressem- 
blent assez a la moitie superieure d'une pomme calville. 

Au 6o e jour environ, la coquille a pris plus d'epaisseur. Le 
sillon qui separe la bande marginale du reste des valves s'est 
creuse plus profondement, surtout a Tangle inferieur, ou celles- 
ci presentent des especes de dechirures. 

"jo" jour. — Le foie a atteint le muscle. Dans le reste du corps, 
on apercoit quelques rudimens de vaisseaux se formant par 
lacunes et se dirigeant de bas en haut. 

8o e four. — Au milieu du foie , on apercoit dans chaque 
valve une cavite irregulierement ovalaire, dirigee de haut en 
bas, placee derriere l'aorte, laquelle s'est allongee de maniere 
a arriver jusqu'a sa partie anterieure et superieure : e'est l'esto- 
mac qui commence a paraitre. Je n'ai pureconnattre d'une ma- 
niere bien positive si e'etait une veritable lacune resultant de 
l'ecartement des globules, ou bien si e'etait un de ces derniers 
dilate et formant ainsi le premier rudiment de la grande poche 
digestive. 

c)6 e jour. — Les dimensions dela cavite stomacaleont augmente. 
L'aorte qui les contourne anterieurement se dilate a la partie 
superieure pour former le cceur sous la forme d'une ampoule 



quatrefages. — Depeloppement des \Anodontes. 33 1 

allongee et recourbee inferieurement, de maniere a embrasser 
I'estomac. L'intestin s'alionge, arrive jusqu'au foie en avant, se 
coude un peu en zigzag inferieurement et remonte apres avoir 
contourne le muscle adducteur j usque vers le milieu du bord 
cardinal. 

i20 e jour. — Les lacunes que nous avons remarqu^es dans 
la masse du corps de Fanimal se sont organisees en vaisseaux 
ramifies. L'intestin est en communication avec I'estomac; le 
cceur contourne ce dernier en arrivant au-dela de sa partie 
posterieure; on distingue a travers le muscle un autre vaisseau 
qui se forme le long du bord cardinal. Est-ce l'aorte descendante 
ou bien le rectum qui commence seulement alors a paraitre? 

Enfin, vers le i25 e jour environ, TAnodonte se debarrasse 
tout-a-coup de tous ses petits. Je pense que I'accroissement de 
ces derniers finit par distendre et dechirer la membrane si tenue 
qui ferme le repH de la branchie et qu'ils sont ensuite expulses. 
Cette delivrance a lieu dans quatre ou cinq jours pour le plus 
grand nombre des meres, car le 21 Janvier j'avais toutes mes 
Anodontes pleines de petits, et le 28 du meme mois je n'en trou- 
vai pas une seule qui en contint sur une vingtaine que j'ouvris. 
Comme il m'en restait quelques-unes deposees depuis long- 
temps dans un baquet, j'esperai trouver au fond de celui-ci les 
petits expulses par leur mere. 3'en decouvris, en effet, pkisieurs 
dans la vase ; ils etaient vivans et paraissaient plus forts que ceux 
que j'avais observes jusque-la. Le mouvement par lequel elles 
ouvraient leurs valves etait plus lent et plus gradue; peu les 
avaient ecartees, an point de les avoir sur le meme plan , et elles 
n'offraient plus ces mouvemens saccades qui faisaient naitre 
Tidee d'un effort brusque et violent necessaire pour les fermer. 
La coquille etait toujours translucide, brunatre; les fibres des 
muscles du crochet tres distinctes. L'estomac communiquait 
avec le liquide ambiant par une ouverture ovalaire dont les 
bords etaient garnis de cirrhes. Je ne pus douter que ce ne fut 
reellement l'entree du tube digestif, ayant vu plusieurs infu- 
soires penetrer par la dans I'interieur, entraines, je pense, par 
l'aspiration exercee par Tanimal. Le muscle adducteur des valves 
offrait un leger sillon longitudinal, comme s'il voulait se separer 



33a quatrefages. — Developpement des Anodontes. 

en deux faisceaux. Le foie occupait environ un tiers de la lon- 
gueur de la coquille; il etait toujours forme de globules incolo- 
res et seulement un peu moins transparens que le reste du 
corps; la forme de l'estomac etait irregulierement quadrilatere. 
Le cceur ne presentait aucune contraction : on distinguait la 
grande artere mesenterique; au reste, ni elle ni le tronc prin- 
cipal n'offraient de ramifications sensibles. C'est en vain que 
j'ai cherchea reconnaitre quelques traces du systeme nerveux, 
probablement sa tenuite et sa transparence l'ont derobe a mes 
reclierches. 

Reflexions. 

Il est difficile, apres avoir lu ce qui precede, de s'expliquer 
comment Leuwenhoeck a pu voir les petites moules des etangs 
(Anodontes, Unio), en tout semblables a leur mere, tant dans 
l'ceuf que dans les branchies. En effet, les differences de forme 
et d'organisation sont certes assez grandes pour justifier ceux 
qui, comme MM. Rathke et Jacobson, ont considere ces petits 
bivalves comme tout-a-fait etrangers a l'animal qui les nourris- 
sait. On serait encore plus volontiers porte a embrasser cette 
opinion par la circonstance de l'abandon qu'ils font du sein 
maternel avant d'avoir pris leur forme normale. Mais a part les 
raisons si bien developpees par M. de Blainville, il me parait 
impossible de regarder ces petits animaux autrement que comme 
le produit de l'Anodonte, que Ton voit pondre sous ses yeux. 

Pour suivre le developpement des petites Anodontes , j'ai du 
me procurer un grand nombre de meres, et c'est dans leurs 
branchies que j'allais chercher chaque fois celles que je voulais 
soumettre a mes observations. J'ai pu de cette maniere les suivre 
pas a pas; mais lorsque j'ai voulu en mettre a part dans des 
verres, elles etaient toujours mortes au bout de vingt-quatre 
heures, et ne tardaient pas a devenir la proie des Infusoires, et 
surtout comme Font remarque Leuwenhoeck et d'autres obser- 
vateurs, des Vibrions et des Brachions. Ce resultat n'a, dureste, 
rien de plus etonnant que la mort d'un foetus de mammifere 
qu'on extrairait du ventre de sa mere avant l'epoque marquee 
pour la naissance. 



QtJATREFAGES. — Developpement des Anodontes. 333 

Je n'ai pas observe" que, pour la sortie des petits, il se format 
de nouveaux canaux. La cause que j'ai indiquee me parait plus 
que suffisante pour Fexpliquer. Une fois la membrane qui ferme 
le replis de la branchie dechiree ils ont du sortir, aides proba- 
blement par une reaction de la part de celle-ci, et etre entrai- 
nes par Feau respiree en meme temps que la masse placentaire 
qui les environnait. 

Le developpement embryonnaire des Anodontes ressemble 
en tout dans les premiers temps a celui des Limnees et des Pla- 
norbes. Dans les Acephales comme dans les Pulmones nous 
voyons un germe primitif compose de globules qui se develop- 
pent du centre a la circonference par Faccroissement des glo- 
bules plus petits renfermes dans les premiers (globulins). II est a 
regretter que la coquille de nos bivalves, qui, bien que translu- 
cide ne permet pas de distinguer des organes aussi diaphanes , 
empeche de pousser plus loin les recherches comparatives. 
Neanmoins quelques faits que nous avons constates chez les Pul- 
mones aquatiques se sont reproduits ici sous nos yeux. Telle est 
la formation de quelques canaux ou cavites par lacune , par 
ecartement des globules , et non par le developpement de ces 
derniers. Je n'ai pu le reconnaitre bien evidemment que pour 
quelques troncs veineux. Le tube digestif et en particulier Fes- 
tomacm'ontlaisse dansledoute a cet egard : neanmoins sa forme 
et l'analogie m'engageraient a penser quil doit en etre demcme. 
II n'en est pas ainsi pour le cceur et 1'aorte dont j'ai pu suivre 
les progres pas a pas. J'ajouterai que dans les Anodontes comme 
dans les Pulmones le canal digestif s'est forme deplusieurs par- 
ties primitivement isolees, et que chez elles comme chez ces der- 
niers nous avons vu le systeme circulatoire et digestif montrer 
d'abord, non l'organe central (le cceur, l'estomac), mais bien 
des dependances excentriques de ceux-ci (1'aorte , l'intestin). 
Chez les uns et chez les autres la forme des organes a precede 
leur texture definitive. 

Le systeme nerveux qui, dans les Pulmones aquatiques sem- 
ble etre le point de depart de Forganisation s'est ici derobe a 
nos recherches. N'existerait-il pas encore a cette epoque; et ne 
viendrait-il completer l'organisme de FAnodonte qua Fepoque 



334 quatrefages. — Developpement des Anodontes. 

ou celle-ci, par une veritable metamorphose acquerrait sa forme 
et son organisation definitives? C'est la une curieuse question 
qui ne petit etre'resolue que par des recherches ulterieures. 

Une chose assez remarquable, c'est que le coeur ne nous ait 
pas presente de pulsations meme apres que le petit animal a eu 
quitte la branchie ou avait commence son existence. Cette cir- 
constance m'a tenu quelque temps en suspens surla nature de 
ce renflement piriforme place a l'extremite de lartere. Nean- 
moins la position de celle-ci qu'il etait impossible de meconnal- 
tre, et sa marche progressive vers le lieu ou se trouve place le 
cceur chez ces animaux, m'ont Fait penser qu'il ne pouvait pas 
y avoir de doute. 

Enfin nous appellerons l'attention sur la disposition des or- 
ganes qui sont tous en double chez la petite Anodonte. Si les 
conjectures que j'ai formees sur la nature de chacim d'eux est 
juste, il s'ensuit qua cette epoque de sa vie elle a deux cceurs, 
deux estomacs, deux bouches , etc. Ces or ganes sont-ils desti- 
nes a se rapprocher, a se confondre chacun avec son pareil? 
Ce serait la pour I'observateur une bien belle demonstration de 
la loi de M. Series. Au reste leur developpement n'est pas regu- 
lierementsymetrique, En general ceuxde la valve gauche etaient 
plus avan ces , excepte 1'aorte qui a toujours marche avec la 
meme vitesse dans l'une et dans l'autre. 

Je terminerai en regrettant de n'avoir pu etendre nos re- 
cherches aux jeunes Unios. Mais sur une vingtaine que j'ai ou- 
vertes, je n'en ai trouve aucune qui contint soit des ceufs, soit 
des petits, ce qui doit etre attribue a la saison, puisqu'il parait 
d'apres les observations de M. de Blainville que la findu prin- 
temps est Tepoque de la ponte pour ce genre d'Acephales. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE XII. 

Fig. i . OEuf d' Anodonte au moment de la ponte ; a. le germe compose de globules ties <Jis- 
tinctsqui conticnnent des globulins. 

Fig. 2. Id. qnaJrieme jour; a. le genne compose de globulins; b. segment opaque qui de- 
\iendia la cbarniere. 

Fig. 3. Germe au cinquiemc jour. a. le germe devcnu triangulaire; If. le segment debor-. 
dant a droite et a gauche. 



quatrefagfs. — Depeloppement des lAnodontes. 335 

Fig. 4. Sixieme jour. a. la coquille encore membraneuse; b. le germe ou rudiment du 
corps ; c. la charniere. 

Fig. 5. Septieme jour. a. la coquille distendant les parois de l'oeuf : elle est encore mem- 
braneuse ; b. le corps visible encore a travers la valve; c. empreinte du muscle adducteur des 
valves. 

Fig. 6. Huitieme jour. La coquille au moment de l'cclosion. a. la coquille incrustee par 
points; b. bande translucide et encore ligamenteuse qui entoure les valves et a laquelle tien- 
dra plus tard le crochet et ses dependances; c. empreinte du muscle; d. premieres dents du 
crochet. 

Fig. 7. Meme jour. Vue de la charniere. a. a. la coquille proprement dite ; b. b. la bande; 

c. c. ligament cardinal. 

Fig. 8. Dixieme jour. Rudimens du crochet, a. la coquille; b. la bande; c. le crochet. 

Fig. 9. Quatorziemejour. Une valve vue de profil. a. La coquille; b.labmde; c. le cro- 
chet garni de ses dents; d. muscles adducteurs du crochet. 

Fig. 10. Anodonte ouverte. a. a. la coquille; b. b. la bande; c. c. les crochets; d. d. les 
muscles adducteurs des crochets ; e. mupcle adducteur des valves ;//. cordons ombilicaux ; g. g. 
ligament cardinal; h. h, premiers rudimens du tube digestif; i, i. corps de PAnodonte com-» 
pose de globules peu distincts. 

Fig. 11. Vingt-cinquieme jour. Le crochet et ses dependances. a. la coquille incrustee 
par points; b. b. les bandes toujours translucides quoique incrustees; c. le crochet; d. d. sil- 
lon rempli par un ligament qui unit la bande a la valve correspondante ; e. e. premiers muscles 
adducteurs du crochet;// seconds id. 

Fig. 12. Terminaison des vaisseaux ombilicaux; a. a. renflemens piriformes qui terminent 
les vaisseaux ombilicaux; b. un de ces vaisseaux; c. c.c. c. vaisseaux placentaires ; d.d. vais- 
seau branchial de la mere. 

Fig. 1 3. Le crochet depouille de ses muscles; a. la coquille ; b, b. la bande ; c. c. extremite 
du crochet ; d. d. d. les dents. 

N. B. On voit que la matiere calcaire disseminee par points dans le crochet est en plus 
grande quanlite le long de son axe, et qu'elle cesse entierement en arrivant a la bande a la- 
quelle tient tout cet appareil. 

Fig. 1 4. Anodonte fermant sa coquille. a. a. les valves; b. b, la bande ; c, c. les crochets; 

d. d. premiers muscles adducteurs des crochets; e. e. seconds id. ;f.f. cordons ombilicaux; 
g. petit mamelon ou se termine celui que Ton voit en entier; h. muscle adducteur des valves, 
i. corps de l'animal. Les globules ont disparu pour faire place aux globulins. 

Fig. 1 5. Meme jour. Anodonte entr'ouverte. a. a. les valves; b. b. les bandes; c. c, les cro- 
chets. L'und'euxa ete enleve ; d. d. ligament cardinal ; e.e. premiers muscles adducteurs du 
crochet;/./ seconds^. ; g. g. cordons ombilicaux; k. h. mammelons ou ils se terminent; /. 
muscle adducteur des valves; k,k t aorte ascendanteici ventrale; /. /. intestin* 

Fig. 16. Quarante-cinquieme a cinquantieme jour. Memes lettres que dans la figure 14. On 
voit que le corps est assez developpe pour qu'il semble ne pas pouvoir etre contenu dans la 
coquille. 

Fig. 17. Meme jour. 

N. B. Pour ne pas trop embrouiller mes figures, j'ai supprimejles indications donnees pre- 
cedemment. 
a. Le foie; b, l'aorte ascendants ; c. linteslin. 



336 owen. — Sur les Entozoaires. 

Fig. 18. Quatreivingtieme jour. a. le foie; b. l'estomac. 

Fig. 19. Quatre-vingt-quinzieme jour. a. l'intestin commencant a devenir sinueux; b. 
l'aorte; c, l'estomac; d. le coeur; e. lc foie ;/./. /.lacunes laissees entre les globulins qui for- 
ment la masse du corps, qui plus tard s'organisent en vaisseaux veineux. 

Fig. ao. Anodonte trois jours apres la sortie des branchies de la mere. a. a. l'intestin ; 
b. b. l'aorte; c. c. l'estomac; d. d+ la bouche; e. e. le coeur ;/•/././. vaisseaux veineux ; g. g. 
artere mesentcrique ; k. h. vaisseaux que Ton distiugue a travers le muscle et dont je n'ai pu 
preciser la nature. 

Fig. 2 1. Coupe de Tepaisseur de la coquille. On voit de quelle maaiere la matiere calcairo a 
tic primitivemeat disposee. 



Bemarques sur les Entozoaires consideres en general et sur les 
modifications d* organisation quils presentent en particulier : 
accompagnees de quelques considerations sur la place que 
leurs differens genres doivent occuper dans une classification 
naturelle. 

Par M. R. Owen, (i) 

Dans mes reclierches sur le petit Entozoaire humain auquel 
j'ai clonne le 110m de Trichina, j'avais eprouve une difficulte 
considerable, outre celle du sujet lui-meme, par la croyance 
ou j'etais que tons les parasites internes constituent un groupe 
naturel d'animaux. 11 est vrai qu'il etait facile de s'assurer que 
dans le Trichina il n'y avait ni trachees, ni branchies , ni au- 
cune autre espece d'organe respiratoire, que les organes veri- 
tables de la circulation manquaient completement , et qu'il n'y 
avait aucun vestige d'appareil nerveux dans cet animal verrni- 
forme : mais d'autres caracteres negatifs, tels que ceux offerts 
par Tappareil digestif, et en particulier la disposition de ses or- 
ganes d'adherence et de succion, le separent de tous les Ento- 
zoaires connus jusquealors, d'une maniere aussi tranche'e que 
les autres caracteres negatifs mentionnes plus haut, le separent 
des vers d'un ordre superieur. 

La plus grande partie de la definition que Guvier donne des 

(1) Traduit dc l'anglais (Trans, of the Zool. Soc. vol. 1. part, iv.) 



owen". — Sur les Eniozoaires. 337 

Entozoaires se rapporte aux localites ou ces animaux se trou- 
vent,auxmoyens therapeutiques qu'ils exigent et aux phenome- 
nes de leur reproduction ; tandis que les veritables caracteres a 
1'aide desquels il les separe des autres groupes ne sont que 
negatifs. 

On n'apercoit aux vers intestinaux ni trachees, ni branchies, 
ni aucun autre organe dela respiration, et ils doivent eprouver 
les influences de l'oxigene par 1'intermediaire des animaux 
qu'ils habitent. Ils n'offrent aucune trace d'une vraie circula- 
tion, et Ton n'y voit que des vestiges de nerfs assez obscurs, 
pour que plusieurs naturalistes en aient revoque 1'existence. 
Cuvier ajoute ensuite : « Lorsque ces caracteres se trouvent 
reunis dans un animal , avec tine forme semblable a celle de 
cette classe, nous l'y rangeons ? quoiqu'il habite dans l'inte- 
rieur d'une autre espece. » (i) 

S'il avait applique avec rigueur cette definition, les Vibrions 
de Muller auraient ere ranges dans le regne animal parmi les 
Entozoaires ; et il serait difficile de determiner quelle modifica- 
tion des formes exterieures suffirait pour exclure une espeee 
depourvue d'organes de respiration et de circulation, d'une 
classe, qui, meme dans le systeme de Cuvier, renferme des ani- 
maux de presque toutes les varietes de formes. Heureusement, 
cependant, la presence de cils vihratiles^ qui servent plus ou 
moins a la respiration , fournirait un bon caractere pour sepa- 
rer des Entozoaires les infusoires les plus simples, mais tons ceux 
qui sont depourvus de cils (2), et qui ne produisent pas de cou- 
rans quand on les place dans un liquide colore, devaient etre 
encore ranges a cote des vers intestinaux. 

Rudolphi,dans son Historia Entozoorum^ crut avoir surmonte 
la difficulte d'assigner aux Entozoaires des caracteres distinc- 
tifs, en niant qu'il existe dans ces animaux un appareil nervenx, 
circonstance qui les separerait des Annelides; mais dansun ou- 
vrage publie plus tard , son Synopsis Enlozoorum (3), il recon- 



; 1) Regne anim. nouv. ed. t. m. p. 246. 

(2) Les Amblfura serpentulus Ehr., les Anguillula Acctl , Angullhda Glutinis. 

(3)P.5 72 . 

V. Zool. — Juin, 22 



338 owen. — Sur les Entozoaires. 

nait qu'il s'etait trompe, et en consequence propose de separer 
les Nematoidea d'avec les autres ordres d'Entozoaires, pour les 
reunir aux Annelides ou ils devraient former une fainille dis- 
tincte : et il laisse les autres Entozoaires, c'est-a-dire, les vers in- 
testinaux parenchymateux de Cuvier , parmi les Rayonnes ou 
Zoophytes, qu'il designe avec justesse par 1'express.ion rcgnum 
chaotlcum. 

A l'egard des rapports des Nematoides avec les vers a sang 
rouge, la presence manifests; d'organes respiratoires, celle de 
vaisseaux dans lesquels circule du sang rouge, chez ces der- 
niers animaux , et surtout 1'absence de ganglions sur les fila- 
mens nerveux qui sont les organes du sentiment et dumouve- 
ment chez les Nematoides suffisent pour etablir entre eux une 
limite marquee dans toute classification naturelle. 

Comme les Nematoides ou verswtestinaux cavitaires different 
autant des vers parenchymateux ; par la presence dans les pre- 
miers, d'un systeme nerveux manifeste, qu'ils different des An- 
nelides par la forme de ce meme appareil, j'ai ete amene a les 
reunir atous lesRadiaires qui se disiinguentdes autres divisions 
du regne animal, par la presence d'un systeme nerveux offrant 
la forme de filamens simples, sans ganglions et sans anasto- 
moses. 

Par suite de ces considerations, et dans la vue d'etablir une 
division plus naturelle de l'embrancliement des Rayonnes que 
Ton n'a fait jusqu'a present, je propose de separer ces etres en 
deux groupes fondes principalement sur les deux etats quepre- 
sente leur systeme nerveux, c'est-a-dire, l'etat moleculaire et l'e- 
tat filiforme. 

La necessite d'une division analogue parait avoir etc sentie 
par tous les naturalistes qui orit etudie les affmites naturelles de 
ce! embranchement qui occupe la partie la plus inferieure de 
l'echelle aniinale j car les Rayonnes de Cuvier renferment des 
animaux qui different beaucoup les uns des autres. non-seule- 
ment a l'egard de leur systeme nerveux, mais aussi en ce qui 
concerne plusieurs autres systemes d'organes, de maniere qu'il 
est impossible dedire d'avance par le moyen de la classification 
quelle serait la structure des appareils locomoteurs, excretoi- 



owen. — Sur les Entozoaires. 33g 

res , digestif, sensitif ou generateur, dun animal en particulier 
pris dans telle ou telle division. 

Le savant entomologiste, M. W. S. Mac Leay, dans une es- 
quisse des rapports naturels des animaux qui fait partie du se- 
cond volume de ses Horce entomologicce, a propose de limiter 
la denomination de Rayonnes aux Echinodermes et aux Aca- 
lephes de Cuvier, qui seuls, comme iileremarque avec justess* 3 , 
presentent rigoureusement la forme i;adiee du corps, et de 
creer une division du regne animal qui, sous le nom (YAcrita, 
renfermerait les Infusoires, les Polypes et les Entozoaires pa- 
renchymateux : pendant que les vers intestinaux capitaires se- 
raient rapportes aux animaux articules, sans etre confondus 
cependant avec les Annelides, comme l'avait voulu Rudolphi; 
mais pour etre reunis avec les Epvzoaires de Lamarck et consti- 
tuer une classe qui devrait etre placee entre les Anoplura du 
docteur Mac Leay et les Chilognathes. 

La disposition filamenteuse simple du systeme nerveux dans 
ces animaux, qui s'oppose a la maniere de voir de Rudolphi , 
s'oppose egalement a celle de Mac Leay. Us ne peuvent pas etre 
reunis aux ^/2^/z^nirapproches d'aucun de leurs groupes. 

Les Acrita de Mac Leay sont ainsi definis. 

« Animalia gelatinosa polymorpba, interaneis nullis, medulla- 
que indistincta. 

tc Os interdum indistinctum, sednutritio absorptione externa 
vel interna semper sistit. Anus nullus. 

« Reproductio flssipara vel gemmipara, gemmis modo exter- 
nis modo internis , interdum acervatis. 

« Fleraque ex individuis semper cobserentibus animalia com- 
posita sistunt. » 

Cette definition ingenieuse et concise etait conforme a l'etat 
des connaissances anatomiques et zoologiques del'epoque, mais 
quatorze annees de recbercbesposterieures couronneespar des 
decouvertes dont les plus briliantes se rapportent a la structure 
et aux fonctions des classes inferieures du regne animal, la ren- 
dent aujourd'hui peu propre a donner une idee exacte de Tor- 



34o ovven. — Sur les Entozoaires. 

ganisation de ces animaux, qu'on avait ainsi reunis dans un 
groupe plus ou moins naturel. 

Les belles decouvertes du professeur Ehrenberg sur les orga- 
nes digestifs des Monades demontrent non-seulement l'exis- 
tence d'une cavity digestive, interne, compliquee,dans les Agas- 
tric, de M. de Blainville, mais aussi la presence d'une ouverture 
an ale manifeste dans beaucoup de genres de ces animaux tres 
simples. Ainsi la necessite d'une absorption exterieure pour ser- 
vir a la nutrition n'est nullement demontree meme dans les etres 
les plus inferieurs. On doit regarder corame offrant les memes 
rapports avec le systeme digestif les pores fecaux des Spon- 
giaires. 

• Les organes de la reproduction dans ces animaux ont peu 
de rapports avec la perfection des especes : le Taenia ne se pro- 
page, ni par separation spontanee, nipar bouture, mais par de 
veritables oeufs, souvent formes et contenus dans des ovaires dis- 
tricts qui sont places un a un dans chaque article : les oeufs que 
contiennent ces receptacles sont ordinairement d'autant plus 
developpes, que 1'anneau qui les contient,s'eloignedavantage de 
la tete, et quoique ces ovaires aient des orifices distincts au mi- 
lieu ou sur les bords des anneaux , cependant ces derniers se 
detachent en general lorsque les ceufs contenus dans les ovaires 
sapprochent de la maturite et ressemblent en quelque sorte 
aux ovaires exterieurs des Lernees et des Monocules. Chez 
le Trematodes et autre groupe de Vers parenchymateux ^ des 
glandesfecondantes ont ete ajoutees a l'appareil femelle, etquel- 
ques physiologistes supposent avec Guvier que la generation 
est effectuee par intromission reciproque. Enlin des sexes sepa- 
res sont assignes aux Echinorhynques dont l'organisation est 
la plus elevee parmi les Vers intestinaux parenchymateux. 

Ainsi les organes de la generation ne fournissent pas de ca- 
ractercs applicables a tous les Acrita de Mac Leay; et nous 
avons vu egalement qu'on ne peut pas attribuer a tous un simple 
sac digestif sans ouverture anale : et ici on peut observer en 
general , que c'est seulement a l'egard du systeme nerveux , 
qu'on peut assignor des caracteres communs a toute une divi- 
sion primaire du regne auimal. 



owen. — Sur les Entozoaires. 34 1 

Les divisions qui presentent des globules nerveux dissemines 
son ties Potygastriques> les JEponges, les Polypes et les A cale- 
phes et de plus les Vers parenchymateux de Cuvier ou Vers mol- 
lasses de Lamarck, dont je proposerai de former un groupe de 
la division des Acrita , sous le nom de Sterelmintha. (i) 

Mais de meme que les Acrita, places tout-a-fait au bas de l'e- 
chelle animale presentent des analogies avec les premiers etats 
de developpement des classes superieures dans lesquelles les 
cliangemens d'organisation de Fembryon se succedent avec la 
plus grande rapidite , nous trouvons que les differentes especes 
dans chaque classe eprouvent successivement des modifications 
qui les rapprochent non pas des Acrita qui leur succedent im- 
mediatement, mais de quelques-uns des animaux des classes 
superieures du regne animal, dont le type des Acrita semble 
presenter les germes. 

A cause de cette tendance dans les Acrita a monter dans 
Fechelle, il devient beaucoup plus difficile de poser des ca- 
racteres organiques qui les distinguent des etres appartenant a 
des classes plus elevees. Meme a l'egard du systeme nerveux dans 
les Polypes , nous sommes amenes pas a pas des Hydra aux 
Actinia, chez lesquels ce systeme, j usque-la globuleux commence 
a prendre un arrangement filamenteux autour de l'orifice oral; 
et de meme, si nous parcourons les Sterelmintha depuis Ylty~ 
datide jusqu'a X Echinorhynque > nous verrons dans ces derniers 
entozoaires, dont 1'organisation est tres developpee, des traces 
de filamens nerveux allonges; differentes especes d'Acalephes 
offrent egalement la forme agregee du systeme nerveux. Mais 
meme , en supposant que toutes ces exceptions a la regie ge- 
nerate soient bien fondees, que ces filamens soientde veritables 
filamens nerveux, les etres dans lesquels l'etat dissemine du 
systeme nerveux existe,sontsinombreux en proportion de ceux 
dans lesquels on voit l'etat agrege de ce meme systeme, qu'on 



(i) 2rspeo;, Solidus, sX^tv?, mot applique par les anciens aux vers iutestinaux qui etaient 
divises en iXp.ivOec CTpo-ypXct t ou Intest'malia teretia, et en eXfJUvfo? TcXarstat ou Intestinalia 
lata. , s 



34 1 owen". *— Sur les Entozoaires. 

pent sans inconvenient regarder cet etat comme le caractere 
principal des Acrita. (i) 

J'ai dej-i fait remarquer que l'absence d'une ouverture excre- 
mentitielle du canal digestif ne suffit pas comme caractere dis- 
tinctif des Acrita ; mais ii y a un etat de l'appareil digestif qui 
est applicable a presque tons les individus de cette classeautant 
que Test la disposition disseminee du systeme nerveux : dans ces 
animaux Tintestin n'est pas separe de la peau par une cavity 
abdominale , au contraire quelle que soit la forme de la cavite 
intestinale elle consiste en une simple excavation du paren- 
chyme de l'animal. Le petit nombre de genres qui ne presen- 
ter! t pas ce caractere sont justement ceux dans lesquels l'exis- 
tence de filamens nerveux est la moins douteuse, comme par 
exemple les Actinia et les Beroe. II est heureux pour le natura- 
liste syste'matique qu'il y ait si peu d'exceptions a la regie gene- 
rale en ce qui regarde le systeme nerveux et digestif des Acrita : 
car on pent affirmer que 1'existence d'une disposition filamen- 
teuse de la substance nerveuse en meme temps que la presence 
d'une cavite abdominale et des parois intestinales du canal ali- 
mentaire suffit pour caracteriser les veritables Rayonnes d'avec 
lesquels les Acrita doivent etredistingues. 

Par consequent dans les Acrita , nous trouvons une cavite 



(i) Le professeur Ehrenberg a recemment attribue a la Medusa aurlta des organesvisuels dis- 
tincts qui se presentent sous la forme dc petits points rouges sur la surface de liuit masses de 
couleur brune rangees autour dela circonference du disque ; ces masses consis!ent cliacune dans 
un petit corps ovale ou cylindroide, jaunatre, avec un petit pedoncule delie. Ce pedoncule tres 
peu allonge s'eleve d'une vesicule dans l'interieur de laquelle on voit un corps glanduleux, 
libre , de couleur jaune vu par la lumiere transmise, et blanchatre par la Jumiere reflechie. 
C'est sur la surface dorsale du corps jaune qui surmonte le Pedoncule , qu'on apercoit le petit 
point rouge bien arr^te que le professeur Ehrenberg prend pour un oeil. II compare les yeux 
des Meduses a ceux des Rotifires et a ceiLX des Entomostmces. Le corps glandulcux place a la 
base du pedoncule est regarde par lui comme un ganglion optique qui a des rapports avec deux 
filamens qui s'e:Urecroisent a-peu-pres vers le milieu de leur trajet. II pense que ces filamens 
apparticnncnl a un cercle nerveux qui, dans la plus grande partie de son trajet, longe la base 
de la rangee de tentacutas , de maniere a former pour ainsi dire la paroi anlerieure du vaisseau 
circulaire ou appendice de la cavite digestive qui entoure le bord du disque. Ehrenberg decrit 
en outre un autre cercle nerveux, compose de quatre masses ganglioniformes disposees autour 
de la bouche, chacune de ces masses etant en rapport avec un groupe corr. .dant de tenta- 
cules. — (Midleri Arcluvs i Z 34 c p. 662 f et Annaies des Sc. Nat. 2 serie, t. 4 > p- 290.) 



owen. — Sur les Entozoaires. 343 

digestive interne, un cles caracteres les plus importans et les plus 
generauxdu regne animal. Dans les Sterelmintha, comme dans 
le plus grand nombredes Acrita, il n'y a qu'une seule commu- 
nication entre la cavite digestive et 1'exterieur du corps. Les 
genres Ccenurus paraissent seuls faire exception. Dans ce genre 
en effet, comme dans les Zoophytes composes, la nutrition s'ef- 
fectue par le moyen d'une bouche, mais sans aucun anus. 

Le systeme vascuiaire dans les Acrita, quand on pent en trou- 
ver des traces, repond a l'etat du system e digestif, et comme ce 
dernier consiste en des canaux reticules enfonces dans le 
parenchyme du corps, sans presenter des parois proprement 
dites; cesvaisseaux sont ordinairement superficiels, et on aper- 
coit dans lenr interieur une sorte de tourbillon des fluides 
nutritifs ? analogue a celle qu'on pent observer dans certaines 
plantes; mais il n'y a pas une veritable circulation. On rencon- 
tre cette disposition en descendant l'echelle jusqu'aux Polygas- 
triques, dans lesquels le professeur Ehrenberg a reconnu 1'exis- 
tence de canaux superficiels, hyaloides. Dans les genres de Ste- 
relmintha qui manifestent des traces d'un systeme sanguin on 
apercoit une sorte d'ondulation dans des canaux qui ressem- 
blent par leur forme, par leur position et par leur structure, a 
ceux qui se trouvent cbez les Trematoda et surtout dans les 
Planariees et dans les Echinorhynques ; plusieurs especes de ce 
dernier genre presentent un reseau vascuiaire cutane d'une 
grande richesse. (i) 

Parmi les Acalephes, le genre Meduse presente un systeme 
vascuiaire tout aussi simple que celui des Acrita les plus infe- 
rieurs , comme on peut voir dans le reseau vascuiaire margi- 
nal du disque du Rhizostomd, et si on compare cette structure 
avec les vaisseaux bien plus developpes des Echinodermes, on 
sera dispose a croire que les Acalephes doivent etre rangees 
dans la division la plus simple des Rayonnes de Cuvier. 

S'il est vrai ? comme on affirme, que les Medusesne produisent 
pas des ceufs, mais des gemmules • garnies de cils et doues de 
locomotion , nous avons une raison de plus pour ranger les 

(1) Echirorbynchus vasculosis, Rud, syrt* K. 58 1. 



344 owen. — Sur les Entozoaircs. 

Acalephcs parmi les Acrita ou Ton remarque seulement le 
mode de reproduction analogue a cellc des plantes, e'est-a-dire 
celie qui s'opere par des gemmules internes, ou externes, ou 
par separation spontanee. 

Ce caractere ne s'applique pas cependant a tous les Acrita , 
car les Sterelmintha se propageant par des ceufs, possedent des 
organes de generation manifestes et separes des organes diges- 
tifs. Ces organes sont ou cryptandres , e'est-a-dire productifs 
sans impregnation, commedans les Cystica et dans les Cestoi- 
cles , ou bien une glande fecondante est surajoutee aux ovaires, 
corame dans les Trematodes; ou enfin les sexes sont separes 
conime dans les Acantocephales. Ainsi done presque tous les 
modes de reproduction qu'on observe dans les classes superieu- 
res du regne animal se montrent chez les Acrita. 

Ainsi, nous voyons que , elans ce sous-regne des Acrites , 
tous les organes , a Fexception de ceux de la digestion et 
de la reproduction, sont plus ou moins confondus ensemble, 
et que le parenchyme de leur corps parait remplir plu- 
sieurs fonctions. On voit aussi que quand tin organe se 
dessine nettement il est repete souvent dune maniere pres- 
que indefinie dans le meme individu. Ainsi, dans les Polypes, 
les canaux de la nutrition s'ouvrent frequemment a Texte- 
rieur par mille bouches, et les Polygastriques doivent leur nom 
a une multiplication analogue de la cavite digestive. Dans les 
Sterelmintha lesysteme generateur devientle sujet de cetterepe- 
tition: ainsi chaque articulation du Taenia est le siege d'un ovaire 
separe, quoique toutes ces articulations doivent leur nourriture 
aux prolongemens des memes tubes digestifs simples. Encore 
dans les Eponges calcaires et siliceuses, qui les premieres de 
totitle regne animal offrent, pour ainsi dire Tesquisse d'un sque- 
lette interne, lequel en se developpant semble les depouiller 
u peu de traces de vie qu'elles possedaient anterieurement , 
on voit que Forganisation se borne a repeter continueliement 
o tns toutes leurs parties ce squelette rudimentaire. 

Les puissances fbrmatrices etant ainsi dirigees stir un petit 
r libre d'operations simples , et non pas concentrees stir un 
st il systeme , il n'est nullement etonnant de trouver dans les 



owen. — Sur les Entozoaires. 345 

Acrita une tres grande diversite de formes exterieures; presque 
tous les types de Forganisation animale se trouvent comme 
ebauches dans cette classe d'etres. « La nature, dit Mac-Leay (i), 
bien loin d'agir sans ordre en commencant son ouvrage , nous 
a donne dans ces animaux imparfaits , Fesquisse , pour ainsi 
dire, des differentes formes qu'elle avait 1'intention d'adopter 
plus tard pour tout le regne animal. » Ainsi dans la masse mu- 
queuse et presque inerte des Sterelmintha ^ on retrouve les 
traits principaux desMollusques(2). Dans la masse charnue vi- 
vante qui environne Faxe terreux et creux des Polypes nageurs y 
on voit les vestiges d'un animal vertebre ; dans Fenveloppe crus- 
tacee de la masse vivante des Polypi vaginati et dans leur struc- 
ture plus ou moins articulee, nous apercevons les premieres 
indications du type des animaux articules. 

Ayant ete ainsi amenes par des considerations sur la place 
que les Trichina doivent occuper dans un arrangement natu- 
rel, a passer en revue la classification generate des Ento- 
zoaires , et les affinites entre les autres classes de Rayonnes et a 
examiner si cette division du regne animal doit etre conservee 
comme Guvierl'avait etablie,je viens maintenant jeter un coup- 
d'ceil sur les Entozoaires qui n'appartiennent pas au groupe des 
Sterelmintha, et je les considererai sous le point de vue de leurs 
rapports avec les Radiaires qui restentapres qu'on en a detache 
les Acrita. 

Je propose de diviser les vers cavitaires de Guvier qui renfer- 
ment les Nematoidea de Rudolphi, les vers rigidities de Lamarck, 
etles genres JSemertes etLinguatula (PentastomaR.ud.), en deux 
sections, dont la premiere sous lenom de Cazlelmintha (3),com- 
prendrait les Nematoidea et genres Linguatula et Sipunculus , 
tandis que Fautre serait formee par les vers rigidules et aurait 
le titre SEpizoa. Les recherches recentes du docteur Nord- 



(i) HorcB Entomologiece t vol. i. part. n. p. 228; 

(2) Cependant les Mollusques se lient d'une maniere plus intime avec les Polypes composes 
par l'intermediaire des genres Botrylla , Eschare et Cellaire ; tandis que les Tremadotes con- 
duisent evideinment aux Annelides suceurs , tels que les Sangsues , etc. 

(3) KciXo; , cams ; eX 4 aiu? lumbrkus. 



346 owen. — Sur les Entozoaires. 

mann, demontrent que beaucoup d animaux de cette derniere 
section presentent, dans leur condition primitive et libre, une 
organisation bien superieure a celle qu'ils offrent apres s'etre 
fixes sur lcs animaux qu'ils infestent. 

Ccs deux sous - divisions ont chacune un systeme ner- 
veux , qu'on peut appeler filamenteux , analogue a celui 
des Echinodermes et des Rotiferes du professeur Ehren- 
berg , car dans tous ces animaux de simples filamens ner- 
veux depourvus de ganglions, et dont le nombre et la direc- 
tion varient suivant la forme de 1'animal, partent d'un point 
place aupres de la partie superieure du canal alimentaire. Cette 
condition du system e nerveux est accompagnee d'un develop- 
pement tres apparent de l'appareil musculaire et surtout de la 
tunique musculaire du tube digestif, lequel flotte libre dans 
l'interieur d'une cavite abdominale, et tous, a la seule excep- 
tion de la famille des Echinodermes, ont une ouverture anale 
manifeste. II n'y a plus dans cette division aucun exemple de 
reproduction fissipareni gemm'ipi\re.T}ans les Echinodermes qui 
se rapprochent des Polypes a tuyaux par 1'intermediaire desE/i- 
crinites immobiles , pedicules, le fluide nutritif circule dans des 
arteres et dans des veines distinctes ; et dans les Holothuries un 
veritable appareil respiratoire est sur-ajouie. Si on suit la serie 
animate depuis les Echinodermes qui presentent 1'aspectvermi- 
forme allonge et en meme temps une sorte de ramollissement 
de la croute qui les revet a l'exterieur, on arrive par une transi- 
tion facile et naturelle en parcourant les Sipunculi aux Gaelel- 
mintha ; et je crois que ces deux derniers groupes ont entre 
eux des rapports plus in times que n'en ont les Sipunculi avec 
les Echinodermes , et je me fonde sur I'absence des organes de 
respiration et des pieds tubules dans le premier, sur des traces 
obscures d'un appareil vasculaire et sur l'aspect de leur systeme 
nerveux. 

Les Ccelelmintha ainsi etablis presentent les memes varietes 
dans les organes de la generation que les Sterelmintha. Nous 
trouvons l'appareil femelle sans les organes feconclans, ou le 
type cryptandrc, dans les Sipunculi ; dans les Linguatula on 
voit s'ajouter des glandes males , mais sans fecondation reel- 



owen. — Sur les Entozoaires* 34-7 

proque, et enfin des sexes separes se presentent dans les Ne- 
matoidea. 

Si nous distribuons les parasites internes du corps humain 
selon cet essai de classification naturelle des Eniozoaires , on 
verra que ces animaux appartiennent au moins a trois classes 
distinctes du regne animal. 

ENTOZOA HOMINIS. 
Sub regnum ACRITA. 

Classis (INFUSORIA Cuv. ) 

1 . Cercaria seminis. (2) Cui locus semen virile. 

2. Trichina spiralis. Musculi voluntarii. 

Classis Sterelmintha. 

3. Echinococcus hominis. Hepar. 

4. Cysticercus Cellulosce. Musculi, cerebrum. 

5. — pisceralis. Viscera generatim. 

6. Taenia solium. Intestina tenuia. 

7. Bothriocephalus latus. Intestina tenuia. 

8. Poly stoma venarum. Venae. 
g. — Pinguicola. Ovaria. 

10. JOistoma hepaticum. Vesica fellea. 

Sub regnum NEMATONEURA. (2) 

Classis C^ELELMENTA. 

11. Ascaris vermicular is. Intestinum rectum. 

12. — lumbricoides, Intestina tenuia. 

13. Strongylus Gigas. Ren. 

i4. Spiroptera Hominis. Vesica urinaria. 

\5. Tricocephalus dispar. Ccecum, intestina crassa. 

16. Filaria bronchialis. Glanduke bronchiales. 

17. — Medinensis. Substantia cellulosa. 

18. — Oculi. Oculus. 
', 

IS 

(1) Comme la disposition de la cavite digestive n'a pas" ete observee dans ce genre et dans 
celui qui le suit immediatement, on ne peut pas les classer parmi les Polygastriques d'Eh- 
renberg. 

(2) vnjxa filum , et nsupon nervus ; expression 'qui designe l'etat du systeme nerveux qui 
separe les Ccelelmintha et les Epizoa des animaux arlicules et les rapproche des Echinodermes 
et des Rotiferes. 



548 FALCONER ET CAUTLEY. 



Description du Sivatherium giganteum, nouveau genre de Ru- 
minans f oss Lies de la vallee de Markanda , dans la tranche 
Sivdlek des montagnes infer ieures de V Himalaya y 

Par MM. Hugh Falconer, MD. 

Directeur du Jardin botanique de Scharanpur, 

Et le capitaine Cautley, 

Surveillant du Doab-Canal. (i) 

Le fossile dont nous publions ici la description est une nou- 
velle acquisition pour la Zoologie antediluvienne, et ce fait 
seul suffirait pour y donner de Finteret; mais il merite surtout 
de fixer l'attention a cause de ses grandes dimensions qui de- 
passent celles du Rhinoceros, de la famille a laquelle il appar- 
tient, et du mode de conformation qu'il presente. Le Sivatherium 
est, en effet, un des animaux perdus les plus remarquables que 
Ton ait encore rencontre dans les couches peu anciennes de la 
terre. 

Tous les genres de mammiferes fossiles , decou verts et fondes 
par Cuvier, appartenaient a l'ordre des Pachydermes, les especes 
qui se rapportaient a d'autres groupes ayant toutes leur repre- 
sentant actuellement vivant sur la surface du globe. Parmi les 
Ruminans, onn'a encore rencontre aucune deviation remar- 
quable des types actuels, et les especes fossiles sont extreme- 
ment voisines des especes recentes. Cependant , d'apres la 
position isolee des Girafes et des Chameaux, il etait presumable 
que certains genres, actuellement perdus, avaient jadis forme 
le passage entre ces animaux, les autres Ruminans et les Pachy- 
dermes. Or, le Sivatherium est precisement dans ce cas, car ii 



(i) Ce mcmoire vicnt de paraitre dans le Journal of the Asiatic Society of Bengal qui se pu- 
blie a Calcutta, et qui contient plusieurs articles Ires interessans sur les fossiles decouverts re- 
cemment dans 1'Himalaya (Janvier i836). 



Sur un noupeau genre de Ruminant fissile. 34g 

etablit une liaison entre les Ruminans et les Pachydermes, et 
offre en meme temps des particularity individuelles si mar- 
quees , qu'il n'a pas d'analogue parmi les animaux connus ap- 
partenant a Fun ou a Fautre de ces ordres. 

Le fossile , d'apres lequei nous avons etabli le genre dont la 
description va nous occuper, est une tete dans un etat de con- 
servation remarquable. Lorsqu'on la decouvrit, elle etait heu- 
reusement si enveloppee dans une masse de pierre , que toutes 
les parties les plus importantes etaient restees intactes, bien 
que, pendant long-temps, elle eut ete exposee a Faction d'un 
courant d'eau ; le quartier de roche ou elle etait logee aurait 
meme pu echapper a Fattention, si dans un point le bord 
des dents n'avait fait saillie a sa surface. Apres un travail long 
et difficile, on est parvenu a enlever la gangue terreuse, de 
maniere a mettre a nu cette enorme tete avec ses cornes, ses os 
nasaux eleves en voute au-dessus du chanfrein, et toutes ses 
dents molaires; les seules mutilations consistent dans la fracture 
de Fextremite des cornes, du sommet du crane, la ou le plan 
occipital se joint au plan des sourcils, et de Fextremite du mu- 
seau. Enfin, les seules parties encore engagers dans la pierre 
sont une portion de Fos occipital, les fosses zygomatiques des 
deux cotes, et la base du crane dans le point occupe par le 
sphenoide. 

La forme de cette tete est tres singuliere (i). Les traits les 
plus remarquables sont : i° son volume, qui approche de celui 
de la tete de Felephant; 2 Fimmense developpement et la lon- 
gueur du crane derriere les orbites; 3° les deux axes osseux 
des cornes qui naissent du sourcil entre les orbites et s'ecartent 
Fun de Fautre; 4° la forme et la direction des os nasaux qui 
s'elevent beaucoup au-dessus du chanfrein et se prolongent en 
une voute pointue au-dessus des narines externes; 5° la forme 
massive, la largeur et la brievete de la face en avant des orbites; 
fi° le grand angle sous lequei la surface triturante des molaires 
superieures s'ecarte de la direction de la base du crane. 

Vue de profil , cette tete ne ressemble a celle d'aucun autre 

(1) Voy, pi. 12. 



35o FALCONER ET CAUTLEY. 

animal, tant a cause de la direction et de la forme des 
cornes , que de 1'elevation et de la courbure des os nasaux. Le 
nez ressemble' un peu a celui du Rhinoceros, mais cette appa- 
rence est illusoire, et depend seulement de ce que le museau 
est tronque. Vue de face, la tete parait avoir a-pcu-pres la 
forme d'un coin, sa plus grande largeur etant au vertex, et ses 
dimensions diminuant graduellenient de la jusqu'au museau; 
des retrecissemens brusques sobservent seulement en arriere 
des orbites et sous les molaires. Les arcades zygomatiques ne 
sont nullement sailiantes et merae presque cachees; le sourcii est 
large, plat et renfle lateralement, de maniere a former deux 
convexites ; les orbites sont ecartes et ont 1'apparence d'avoir 
ete projetees en avant a cause du grand prolongement de l'os 
frontal vers le haut. II n'y a ni eretes ni lignes sailiantes; la sur- 
face du crane est lisse, et presente des lignes courbes sans an- 
gles. Enfin, depuis le vertex jusqu'a la racine du nez, les os 
suivent un plan droit et offrent une legere elevation entre les 
cornes. 

§ i. Des dents. — Les dents molaires sont au nombre de six 
de chaque cote a la machoire superieure; la troisieme de la 
serie ou derniere molaire de premiere dentition a ete remplacee 
par la dent permanente correspondante, et l'usure de celle-ci 
et de la derniere molaire est assez avancee , ce qui indique que 
l'animal avait deja passe 1'age adulte. (PL 12. iig. 2.) 

Les dents sont, sous tous les rapports, celles d'un Ruminant 
n'offrant que de legeres particularites individuelles. 

Les trois dernieres machelieres ou grosses molaires sont 
chacune composees de deux portions ou demi-cylindres renfer- 
mant chacun, lorsqu'ils sont uses, un double croissant d'email 
dont la convexite est tournee en dedans. De meme que chez les 
Ruminans , la derniere molaire ne presente pas d'autre compli- 
cation comme dans la molaire correspondante d'en bas. La sur- 
face triturante est inclinee du bord externe en dedans, et la 
forme generale est exactement celle des dents du Chameau ou 
du Bceuf, mais avec des dimensions plus considerables. Les 
cretes d'email sont inegalement sailiantes et les depressions 



Sur un nouveau genre cle Ruminant fossile. 35 1 

situees entre ces lignes sont inegalement creusees. Enfin chaque 
demi-cylindre presente,' dans la section horizontale, sur la sur- 
face externe, trois tubercules sailians ou arcades avec des sinus 
intermediaires, et du cote externe une courbure simple. 

D'autres particularites distinguent ces dents de celies des 
Ruminans; ainsi, par suite du raccourcissement de la machoire, 
les dents sont beaucoup plus larges comparativement a leur 
longueur, la largeur de la troisieme et quatrieme molaires etant 
a leur longueur sous les rapports de s pouces ,24 a i p, ,55 et 2 p, ,2 a 
i p, ,68. Leur forme est aussi moins prismatique; le corps de la 
dent presente, a sa base, un renflement en forme de collet, a 
partir duquel sa face interne s'incline en-dehors, de facon que 
la couronne se retrecit un peu. Dans la troisieme mokire, la 
largeur de la couronne n'est que de i p ',93, tandis que le dia- 
metre du collet est de 2 p, ,24. Les saillies et les creux de la surface 
externe des dents descendent aussi moins bas sur le corps et 
disparaissent sur le collet; il n'y a point de colonnes accessoires 
sur le sillon de jonction a la face interne; et les croissans de- 
mail presentent un caractere qui les distinguent des dents de 
tous les Ruminans connus, car la lame interne, au lieu d'offrir 
une courbure presque simple, decrit des zigzags a-peu-pres de 
la meme maniere que chez 1'Elosmatherium. 

Entre elles, ces grosses molaires ne different que par le degr e 
de leur detrition; l'antepenultieme est la plus usee, et les 'la- 
mes en croissant moins courbes, plus rapprochees et mvoins 
distinctes. 

Les trois machelieres anterieures ou molaires simples ont la 
forme ordinaire chez les Ruminans, savoir, celle d'an demi- 
cylindre simple avec une seule paire de lames en croi ssant. La 
premiere est tres usee et mutilee; la seconde est plus entiere ? 
ayant fonctionnee pendant moins long-temps, et montre tres 
bien les courbures rlexueuses de la lame d'email qui forme le 
croissant; la derniere presente la forme simple d<d la dent de 
seconde dentition qui remplace la derniere molaiire de lait, et 
elle montre aussi la disposition onduleuse de 1'em.aiL 

Quant a la position des dents dans la machoire, il est a noter 
que les quatre dernieres molaires, savoir, les trois molaires per- 



352 FALCONER ET CATJTLEY. 

manentes et la derniere de lait sont placees sur line ligne 
droite, et que les deux series sont paralleles entre elles; 
mais les deux premieres molaires se dirigent tout-a-coup en 
dedans, et si ce changement dans leur alignement n'existait 
pas, les deux rangees de dents auraient represents exactement 
les deux cotes d'un carre equilateral , la longueur de chacune 
de ces rangees et la distance qui separe les dents etant presque 
la meme, savoir, 9 pouces 8 lignes et 9 pouces 9 lignes. 

Le plan suivant lequel la detrition s'est operee sur la ran- 
gee entiere de dents d'arriere en avant n'est pas horizontal, mais 
legerement courbe et dirige en haut , de maniere a former, avec 
la base du crane, un angle assez fort; aussi, lorsque la tete est 
posee sur les condyles et les dernieres molaires, le plan qui 
traverse ces points est coupe a un angle d'environ 45° par la 
ligne correspondante au plan de detrition des molaires, et cette 
particularitefest un des traits caracteristiques de cette tete. 

Yoici les dimensions des dents dont nous venons d'etudier la 
forme. 

Longueur. Largeur. 

Derniere molaire du cote droit — 2.35 (1) 

Penultieme, id. id 2.20 2.38 

Antepenultieme, id V . 1.68 2.20 

Derniere molaire simple .'."'. . 1.55 2-24 

Deuxieme id. . ; 1.70 1.95 

Premiere id. • J ."' 1.70 1.90 

Du cote Du cote 
externe. interne. 

Hauteur de la derniere molaire 9.9 5.5 

— troisieme molaire. • * . . 9.8 5.5 

— seconde molaire. r. ■ . , 8.4 4.5 

— premiere molaire . . . • . 6.4 3.2 

Longueur totale de la serie des molaires. ....... 9 p. 8 1. 

§ 1. Des os de la tete et de la face. — Par suite de l'age de 
l'animal auquel cette tete appartenait, tous ses os s'etaient soudes 
entre eux de maniere a nepluslaisser de traces de leurs sutures, 
et a faire disparaltre completement leurs limites respectives. 

L'os frontal est large, plat et legerement concave dans sa 

( 1) Toules les nicsurcs employees dans ce Memoire sont des polices anglais. 



Sur un nomeau genre de Ruminant fossile. 35$ 

moitie superieure; sur le vertex , il presente lateralement deux 
renflemens considerables et decrit une large courbure en des- 
cendant vers les os temporaux. Anterieurement , ii se retrecit 
derriere les orbites, et ensuite s'elargit de nouveau et envoie a 
1'os malaire une apophyse qui complete la paroi orbitaire ex- 
terne; sa largeur, dans sa partie la plus haute, en arriere de 
l'orbite, est de i6p. ? 2. Deux apophyses coniques courtes et 
epaisses naissent par une base tres large, en partie entre les 
orbites et en partie derriere ces cavites; elles se retrecissent 
rapidement, de maniere a se terminer en pointe; mais dans le 
fossile dont nous donnons la description, elies ont ete mutilees 
pres de leur extremite. La direction de leur axe est perpendi- 
culaire a leur base, et elles divergent entre elles sous un angle 
tres ouvert ; enfin leur surface ne presente point de rugosites 
et est lisse partout. Ces apophyses sont evidemment les axes 
osseux de deux cornes inter-orbitaires, et par leur position aussi 
bien que par leurs dimensions , elles rendent cette tete tres re- 
marquable. 

Les connexions du frontal avec les autres os ne sont nulle 
part distinctes. A son extremite superieure, le crane est fracture 
de maniere a faire voir la structure interieure des os; les tables 
interne et externe sont tres ecartees Fune de l'autre, et 1'inter- 
valle qu'elles laissent entre elles est occupe par de grandes 
cellules formees, comme chez i'Elephant, par des expansions la- 
mellaires du diploe osseux; dansl'occipital, 1'intervalle entre les 
deux tables excede 1 p.i p. Sur le cote gauche du frontal, la 
table externe a ete enlevee sur le renflement du vertex et laisse 
apercevoir des moules de cellules oblongues ou en forme d'a- 
mandes avec des parois lisses. 

L'os temporal est en majeure partie cache par la gangue pier- 
reuse qui n'a pas ete enlevee dans la fosse temporale, et on ne 
distingue aucune trace de la suture ecailleuse; les apophyses 
inferieures de cet os, situees dans le voisinage du trou auditif, 
ont ete detruites ou sont restees cachees ; 1'apophyse zygoma- 
tique est longue et va rejoindre Fapophyse correspondante de 
l'os malaire, en suivant une direction a peine courbe; une ligne 
menee le long de sa surface, passerait anterieurement par les 

V. Zoor., — Juin. a3 



354 FALCONER ET CAUTLEY. 

tuberositas de l'os maxillaire et posterieurement sur le bord 
superieur des condyles de l'occipital; du reste, cette arcade 
est forte et epaisse. La fosse temporale est tres longue et peu 
profonde; elle ne s'eleve aussi que peu sur les cotes de la tete, 
et est depassee par les bords de l'os frontal. La forme et la po- 
sition de la surface articulaire de la machoire inferieure sont 
restees cachees par la gangue. 

Cette tete fossile n'offre rien qui puisse servir a la determi- 
nation de la forme et des limites des parietaux, le crane etant 
tres mutiie dans la region occupee par ces os; mais ils parais- 
sent avoir ete semblables a ceux du Bceuf, et s'etre etendus de- 
puis l'os occipital jusqu'au frontal a Tangle superieur du crane. 

La forme et les caracteres de l'occipital sont bien marques. 
Cet os occupe un grand espace, sa largeur etant proportionnee 
a ceile du frontal, et sa bauteur considerable; lateralement, il 
se prolonge en deux ailes, qui commencent au bord superieur 
du grand trou occipital et se dirigent en haut et en dehors. Ces 
ailes sont lisses et excavees inferieurement et exterieurement , 
depuis le voisinage des condyles j usque vers la region mastoi- 
dienne du temporal; leur bord interne se continue avec une 
crete, qui part du bord du trou occipital, diverge presqu'a 
angle droit de son congenere et limite une grande fosse trian- 
gulaire, dans laquelle elle descend bruscruement. Dans la tete 
fossile, cette fosse est en majeure partie occupee par de la 
pierre; mais elle ne parait pas etre superficielle , et semble etre 
une simple modification de la conformation qui se voit chez 
rElephant.il n'y a pas de trace de crete nide protuberance oc- 
cipitale : lateralement, dans ses points de jonction avec le tern 
poral, l'os est mutiie, et la aussi bien qu'a la fracture de son 
bord superieur, on voit que son interieur est rempli de grandes 
cellules, formees par des lames du diploe et renfermees entre 
les deux tables osseuses , qui sont tres ecartees; cette disposition 
est surtout tres marquee dans la portion superieure de l'os, ou 
les cellules paraissent se joindre a celles du frontal. Les condyles 
sont tres grands et tres bien conserves; le plus grand diametre 
de chacune de ces eminences articulaires, est de 4-4 P* ? et ^ a 
distance comprise entre leurs deux angles exterieurs, mesures 



Sur un nouveau genre de Ruminant fossile. 355 

a travers le grand trou occipital, est de 7.4 p. , dimensions qui 
sont superieures a celles de FElephant. Quant a leur forme , elle 
est exactement la meme que chez les Ruminans ; en effet , leur 
surface externe se compose de deux surfaces convexes, qui se 
rencontrent et forment un angle arrondi; Fune, dirigee dans le 
sens du grand axe, setend obliquement en arriere depuis le 
bord anterieur du grand trou; Fautre, se voit en avant et aia 
dessus du bord posterieur j leur ligne de jonction etant dans la 
direction du diametre transversal du grand trou. Cette clerniere 
surface est la plus grande, son diametre antero-posterieur etant 
de 2.5 p. , et son diametre transversal de 2.6. Les grandes di- 
mensions du trou occipital et des condyles, ont du entrainer 
un developpement correspondant dans les vertebres et avoir 
modifle la forme du cou et des membres anterieurs. 

L'os sphenoide et toutes les parties de la base du crane, de- 
puis le grand trou occipital jusqu an palais, manquaient ou 
etaient caches. 

La partie du sourcil ou commencent les os du nez n'est pas 
distincte ; la suture de ces os avecle frontal, etant completement 
effacee, on ne voit pas comment ils s'y joignent. Entre les 
cornes, on remarque line elevation dans les sourcils, qui, un 
peu plus en avant, s'abaissent de nouveau, et un peu au de- 
vant d'une ligne reunissant les angles anterieurs des orbites, se 
trouve une autre elevation du sourcil. Depuis ce point, qui 
peut etre considere comme la racine du nez, les os nasaux 
commencent a s'elever, en formant avec le plan des sourcils, 
un angle considerable ; ils sont larges, bien arques a leur base, 
et decrivent en avancant une ligne convexe, de maniere a se 
retrecir rapidement et a se terminer par une pointe, recourbee 
en bas, qui surmonte les narines exterieures. Dans une portion 
considerable de leur longueur, ils sont unis aux os maxillaires; 
mais au devant du point ou ils commencent a se retrecir, leur 
bord est libre et separe des maxillaires, par un sinus tres large, 
de facon que, vue lateralement, leur forme a beauconp de res- 
semblance avec celle de la mandibule superieure d'un Fancon, 
ecartee de la mandibule inferieure. Malheiireusement, les bards 
anterieurs des maxillaires sont tellement mutiles, qu'on ne 

23. 



356 FALCONER ET CAUTLEY. 

peut determiner la longueur exacte de la portion libre des os 
nasaux; mais on la mesuree dans une etendue de trois pouces. 
La meme cause empeche de voir a quelle distance les os nasaux 
s'approchent des os incisives , qu'ils ne paraissent pas toucher ; 
et ce point aurait ete important a observer, car de la depend la 
conformation des parties molles du nez. La hauteur et la forme 
des os nasaux constituent le trait le plus remarquable de cctte 
tete singuliere; vus en dessus, ils paraissent passer rapidement 
d'une base tres large a une pointe aigue, et leur hauteur ver- 
ticale a leur base , dans le point convexe le plus eleve au dessus 
du sourcil, est de 3 p. 1/2. 

La forme des maxillaires est remarquable sous deux rapports ; 
i° par leur brievete , comparee a leur largeur et a leur profon- 
deur; et 2 par la direction oblique dela ligne des alveoles, qui, 
a partir de la derniere molaire anterieure s'eleve , comme si la 
machoire avait ete refouiee en haut pour correspondre a Fele- 
vation des os nasaux, ou joint la base du crane, en formant un 
angle. La brievete de la machoire a deja ete signalee , en par- 
lant des dimensions des dents; nous avons vu que les molaires 
sont comprimees, et que leur largeur depasse leur longueur 
dans une proportion peu ordinaire chez les Ruminans. Nous, 
avons mentionne aussi la largeur des maxillaires; Tintervalle 
entre le cote externe des alveoles, est egale, avons-nous dit, 
a la longueur de la ligne occupee par les molaires. Les tubero- 
sites jugales sont tresgrandes et saillantes; leur diametre a leur 
base est de 1 pouces, et la largeur des joues vers leur milieu, de 
11.1 p., tandis qu'au niveau des alveoles elles n'ont que 9.8 p. 
Elles sont situeesau dessus des troisieme et quatrieme molaires, 
et une crete peu distincte monte de la vers l'os molaire. Le trou 
sous-orbitaire est grand; son diametre vertical etant de 1,2 p.; 
il est situe au dessus de la premiere molaire , comme dans le 
Boeuf et les Cerfs. Le bout de la machoire est casse a environ 
2,8 p. de la premiere molaire, au-devant du bord alveolaire de 
laquelle est une depression subite de 1,7 p. Le museau ne 
presente plus dans ce point, qu'une largeur de 5,8p.,etplus 
en avant a la fracture, seulement 4,1. La voute palatine est 
convexe d'arriere en avant, et concave transversalement. Jl 



Sur un nouueau genre de Ruminant fossile, 35^ 

ne reste aucune trace du trou palatin , ni de la suture des os 
propresdu palais. Les apophyses spheno-palatines et toutes les 
parties situees entre ces eminences et le grand trou occipital , 
manquent ou sont restees cachees(i)„La mutilation de la portion 
anterieure du museau, empeche aussi de voir comment les os in- 
cisifs etaient reunis aux maxillaires; mais il paraitrait qu'ils ne 
s'elevaient pas en avant jusqu'au point d'union de ces derniers 
os avec les os nasaux. La meme cause a empeche de bien re- 
connaitre le mode d'union des os nasaux et maxillaires, ainsi 
que la grandeur et la profondeur de l'echancrure du sinus nasal. 

L'os malaire ou jugal est epais, massif et un pen saillant. Son 
bord inferieur est termine brusquement par un creux, qui des- 
cend sous les maxillaires; le bord superieur concourt puissam- 
ment a la formation de l'orbite. L'apophyse orbitaire s'unit a 
une eminence correspondante du frontal, pour completer en 
arriere le cadre de l'orbite. L'apophyse zygomatique est forte, 
epaisse et un pen aplatie. Aucune portion de I'arcade zygomati- 
que n'est proeminente ; i'intervalle entre les points les plus sail- 
lans de cette arcade n'etant pas, abeaucoup pres, aussi larges 
que la partie posterieure du crane, et un peu moindre que la 
largeur comprise entre les eminences malaires. 

II est impossible de distinguer la grandeur ou la forme des os 
lacrymaux, a raison de Fabsence complete de sutures. La sur- 
face de la region lacrymale se continue insensiblement avec 
celle des parties voisines. II n'y a pas de trou a la partie ante- 
rieure et inferieure de l'orbite, pour le passage du conduit lacry- 
mal, ni de fosse au dessous, indiquant l'existence d'un sinus 
sous-orbitaire ou lacrymal. II faut aussi ajouter un fait omis ci- 
dessus ; savoir : que le frontal ne presente aucune trace de trou 
sourcilier. 

Les orbites sont placees tres en avant, par suite du grand 
developpement du crane superieurement et de la brievete des 
os de la face ; ils sont situes aussi un peu plus bas que d'ordi- 
naire , leur centre etant a environ 3,6 p. au dessous du niveau 
du sourcil. En debarrassant ce fossile de sa gangue pierreuse; on 

(i) Excepte une portion de la vegiojj basilaire qui ressemble a celle des Ruminans. 



358 FALCONER ET CAUTLEY* 1 

a altere un pen la forme clu bord cle ces fosses; du cote gauche? 
ouelle est le nioins alteree,Taxe de Forbite forme un petit angle 
avec le plan du sourcil, Le diametre antero-posterieur de ces 
cavites, est de 3,3 p., et ieur diametre vertical de 2,7. II n'y a 
point d'eminences ni d'inegalites sur le bord orbitaire, conmie 
chez les Rummans; sa direction est tres oblique; l'intervalle 
entre le bord superieur 011 frontal des deux orbites, est de 
12,9, p., et celui entre leur bord inferieur de 16, a. 

Yoici les dimensions de la tete du Sivatherium Giiianteum : 

Pouces anglais. Metres. 
Du Lord anterieur du grand trou occipital a Talveolc de la 

premiere molaire i8.85 0.478 

Du bord anterieur a Textremite tronquee du museau. . . . n 20. 6 0.526 

Du bord anterieur au bord postcrieur de la derniere molaire. 10. 3 0.262 
De la pointe des os nasaux au bord fracture superieur du 

crane en ligne droite 18. o o.456 

De la pointe en suivant la courbure 19. o o.482 

De celle a l'endroit oli la voute du nez commence a s'elever 

au dessus du sourcil (en suivant la courbure). .... 7. 8. 0.198 

De ce dernier point jusqu'a la fracture du nez 11. 2. o.284 

De L'extremite des os nasaux au niveau de l'extrcmite des 

corncs 8. 5 0.216 

De Tangle anterieur de Forbite droit a la premiere molaire. g. 9 o.25i 

De Tangle posterieur a la premiere molaire . 12. 1 o.3oj 

Largeur du crane au vertex ( la mutilation du cote gauche 

etant retablie), environ. 22. o o.55g 

Largeur entre les orbites mesurees au bord superieur. . .' 12. 2 0.309 

— - Id. inferieur . . .." 16. 3 o.4n 

— en arriere des orbites dans le point ou le frontal se 

retrecit i4. 6 0.370 

— entre le milieu des arcades zigomatiques. ..... 16. 4 0.417 

— entre les eminences malaires %] 16. 6 0.122 

— de la base du crane derriere les apt. mastoides. . • 19. 5 0.496 

— entre les eminences jugales des os maxillaires . . . 12. 2 0.309 

— de la machoire au devant de la premiere molaire . . 5. 8 0.149 

— dans le point mutile. ....... 4. 1 0.1 o4 

— - entre les surfaces cxternes des cornes a leur base . . 12. 5 o.3i2 

— id. a leur extrcmite 

— id. fracturee. .. i3. 6 o.Mj 
Elevation verticale des cornes au-dessus des sourcils. .... 4. 2 oa65 



Sur un noupeau genre de Ruminant fossile. 35g 

Distance de la convexite des condyles occipitaux au milieu 

— de Tos frontal entre les cornes. . ,., 11. 9 o.3o2 

— du corps du spbeno'ide au meme point 9. 9 o.232 

du milieu du palais entre les troisieme et quatri&me 

molaires a la racine des os nasaux. . t . : * • ? f®1 f e 5 0.192 

— de la surface posterieure de la derniere molaire a Tcx- 

tremite des os nasaux *3. o o.33i 

-— de la couronne de i'a vant-derniere molaire a la racine 

des os nasaux 10. 3 0.262 

— de la convexite des os nasaux pres leur extremite a 

la voute palatine audevantde la premiere molaire. 5.53 o.i4a 

— du milieu de 1'aile de Toccipital au renflement fron«» 

tal du vertex »" . ■ tf.gS 0.228 

— du bord inferieur de l'orbite a la couronne de la cin- 

quieme molaire 7-3 0.186 

— de la couronne de la premiere molaire jusqu'au bord 

du palais situe au devant. 2. 6 o.c66» 

— de Tangle anterieur de l'orbite a Textremite des cs 

nasaux . . 10. 2 0.269 

Diametre antero-postcrieur de Forbite gaucbe. . . • * . 3. 3 o.o84 

— vertical, . m . . 2. 7 0.068 

— antero-posterieur du grand trou occipital. ... 2. 3 o.o58 

— transversal ; 2. 6 0.066 

— longitudinal des condyles. . .....•••'.' 4. 4 0.112 

— transversal 2. 4 0.060 

Intervalle entre Tangle exterieur de ces condyles mesures 

par dessus le trou occipital n g . 7. 4 0.118 

Parmi les ossemens nombreux recueillis dans le voisinage de 
Fendroit ou Ton a decouvert cette tete , se trouve 1111 fragment 
de la machoire inferieure d'un tres grand Ruminant, que nous 
ne doutons pas avoir appartenuau Sivatherium, etqui provenait 
probablement du meme individu. G'est la portion posterieure 
de la machoire droite, cassee au bord anterieur de la troisieme 
molaire; Tapophyse coronoide, le condyle et la portion corres- 
pondante de la branche, ainsi qu'une partie de Fangle de la 
machoire , manquent egalement. II ne reste que les deux trous 
posterieurs de la derniere molaire, dont la couronne est en partie 
mutilee, mais laisse apercevoir les croissans d'email, et presente 
ainsi les caracteres propres aux dents des Ruminans. Le contour 
de la machoire pris d'une section verticale, represente un el- 



3Go FALCONER ET CATJTLLY. 

lipse, et sa surface externe est plus convexe que Finterne. L'os 
s'amincit du cote interne, vers Fannie de la machoire, de ma- 
mere a former une depression musculaire, grande et bien mar- 
quee, et \m sillon tres bien defini remonte de cette depres- 
sion sur la branche de la machoire , vers le trou maxillaire , 
coramc chez les Ruminans. La surface de la dent est couverte 
de petites rugosites et de stries, comme dans les molaires supe- 
rieures de la tete. Enfin, elle etait formee de trois demi-cylin- 
dres, comme e'est ordinaire dans cette famille, et son usure 
considerable prouve que Fanimal auquel elle appartenait , etait, 
de meme que celui dont provenait la tete , plus qu'adulte. 

La forme et les proportions de cette machoire se rapportent 
tres exactement a cellesde la partie correspondante du squelette 
du Buffle, comme on peut le voir dans le tableau suivant , oii 
on la compare aussi avec le Ghameau. 

Sivatherium. Buffle. Chameau. 
Hauteur de la machoire au niveau dela dernierc mo- 

laire. .... . . . 4.g5 p. 2.65 2.70 

Epaisseur. ...... ,~ 2-3 i.o5 i.4o 

Largeur de la dernierc molaire. ....... 1.35 o.64 0.76 

Longueur des 2/3 posterieurs de cette dent. . . . 2.1 5 095 i.i5 

On ne connait aucun Ruminant ni recent ni fossile ayant 
une machoire aussi grande, ses dimensions etant environ le 
double de celles de la machoire d'un Buffle dont la tete etait lon- 
gue de 19, 2 p. (0,489m*) et superieures a celles des Rhinoceros, 
Nous n'hesitons par consequent pas a rapporter ce fragment au 
Sivatherium giganteum. 

Nous ne savons rien de plus, touchant Fosteologie de la tete 
de ce grand animal; mais d'apres les faits que nous venons d'ex- 
poser, on peut facilement deviner quelle devait en etre la dispo- 
sition generale. 

L'etat de mutilation du museau et du vertex est tres a regret- 
ter, car cla laisse dans le doute quelques points fort interes- 
sans de la structure du Sivatherium ; savoir : i° Fexistence des 
dents canines et incisives a la machoire inperieure, et leur nom- 
brc s'il y . n a ; 2 le nombre et Fetendue des os qui concourent 
a former n base des narines; et '5° Fexistence ou Fabsence de 



Sur un noupeau genre de Ruminant fossile. 36 x 

deux comes sur le vertex, outre les deuxcornesinterorbitaires. 
Quant au premier de ces points, nous ne pouvons nous guider 
par Tanalogie pour arreter notre opinion, car il existe des Rumi- 
nans pourvus de dents incisives et canines a lamachoire supe- 
rieure et d'autres qui en sont prives ; il est aussi a noter que le 
Sivatherium differe beaucoup de l'un et I'autre de ces groupes. 
Cependant deux faits nous portent a croire que cet animal fossile 
n'avait pas d'incisives : i° chez tous Jes Ruminans ay ant les rao- 
laires rangees en une serie normale et continue, et portant des 
cornes sur le front , il n'y a pas d'incisives ; dans le chameau et 
lesespeces voisines ou il existe des incisives superieures, les mo- 
laires anterieures sont separees du reste de la serie par un inter- 
vals et sont disposees autrement. Or, le Sivatherium avait des 
cornes et ses molaires etaient contigues : par consequent il est 
probable qu'il manquait d'incisives comme les autres Ruminans 
presentant les memes particularites de structure. 

L'etendue et les rapports des os incisifs sont des points in- 
teressans a cause des inductions qu'on peut en tirer relativement 
a la conformation des parties molles voisines. 

Chez la plupart des Ruminans a cornes les os incisifs se con- 
tinuent sous la forme d'une apophyse etroite le long du bord 
anterieur des os maxillaires et vont se joindre a la partie laterale 
des os nasaux , de facon que le cadre osseux des narines est 
forme par deux paires d'os, les incisifs et les nasaux. 

Dans le Chameau les apophyses montantes des os incisifs se 
terminent sur les maxillaires sans atteindre aux nasaux et par 
consequent les bords de 1'ouverture nasale sont formes par 
trois paires d'os : les incisifs, les maxillaires et les nasaux. Mais on 
ne voit jamais ni chez les Ruminans a cornes, ni chez les Cha- 
meaux et autres Ruminans sans cornes, les os du nez s'elever 
au-dessus du niveau du front et faire air si une saillie notable, 
et leurs bords inferieurs ne sont jamais libres dans une etendue 
considerable vers le bout de ces os ; ce sont des lames osseuses 
a bords presque paralleles qui s'etendent entre les maxillaires 
et se joignent aux apophyses montantes des incisifs pres de leur 
extremite, oubien ne s'articulent qu'avec les premiers et jamais 



362 FATXOIER ET CAUTLEY. 

ils ne se prolongent de facon a laisser entre leur bord et ces os 
une echanerure ou sinus considerable. 

Dans notre tete fossile, la forme et les rapports des os nasaux 
sont tres differens; an lieu de se porter en avant sur le meme 
niveau que le front, ils s'elevent en formantavec cettepartie un 
angle arrondi d'environ ioo°, saillie dont on n'a pas d'exemple 
chez les Ruminans et qui est meme plus considerable que celle 
existante chez le Rhinoceros, le Tapir et le Paleotherium , les 
seuls mammiferes herbivores dont la structure presente cette 
particularity. Au lieu d'etre des lames etroites a bords paralleles, 
ces os sont larges et voutes a leur base, et se retrecissent rapi- 
dement en une pointe recourbee en bas et recouvrant les na- 
rines. Dans une etendue considerable de leur longueur ils ne 
sont pas articules aux os voisins, mais restent libres et eloignes 
des maxillaires, de maniere a laisser entre leur bord et les maxil- 
laires un vide considerable. Maiheureusement nous ne savons 
pas exactement l'etendue dans laquelle les os nasaux etaient 
ainsi libres, l'os maxillaire etant mutile des deux cotes et ses 
connexions avec les incisifs detruits, mais comme les os nasaux 
avancent au-dela du bord fracture de la machoire, et que leur 
bord est bien de forme symetrique et egalement arqueede cha- 
que cote de la tete, nous ne pouvons douter que ces os n'aient 
ete libres dans une longueur considerable etne s'articulaient pas 
aux incisifs. 

Pour determiner la disposition des parties molles voisines il 
faut chercher des analogies chez les Ruminans et les Pachy- 
dermes. 

La grande saillie formee par les os nasaux dans le Sivatherium 
n'a pas d'exemple chez les Ruminans, et la connexion de ces os 
avec les incisifs ou la disposition contfaire ne correspond avec 
aucune particulate importante dans l'organisation de cette fa- 
miile. Dans la tribu Bovine on trouve le Bceuf et le Buffle 
ayant les os nasaux et incisifs reunis, tandis que dansle Yack(i) 
et l'Aurochs ils sont separes. Dans leChameau, ils sont egaie- 



(i) Cuvier : Ossemcns fossiles , t, iv,p. i3i 



Sur un nouveau genre de Ruminant fissile. 363 

ment separes et chez cet animal la levre superieure est plus mo- 
bile que chez aucun autre Ruminant. 

Dans l'orclre des Pachydermes on trouve les memes varia- 
tions, mais ces differences sont accompagnees de modifications 
correspondantes, tres importantes dans la conformation des par- 
ties molles; c'est par consequent dans ce groupe que nous de- 
vons chercher la solution de la question dont nous nous oc- 
cupons. 

Chez 1'Elephant et le Mastodonte, le Tapir, le Rhinoceros, et 
le Paloetherium trois paires d'os concourent a former les narines; 
savoir : les nasaux , les maxillaires et les incisifs (i); et chez ces 
animaux, la levre superieure est tres developpee. En effet eile est 
prehensile chez le Rhinoceros ; Jchez 1'Elephant et le Tapir , elle 
se prolonge en une trompe, et Tetendue qu'elle acquiert corres- 
pond a des differences proportionnelies dans la position et la 
forme des os nasaux. Dans le Rhinoceros , ces os sont longs et 
epais ; ils s'etendent jusqu'a 1'extremite du museau et ont beau- 
coup de force pour soutenir les cornes de I'animal ; enfm la le- 
vre elle-meme est large, epaisse ettres mobile mais peu allon- 
gee. Dans 1'Elephant ils sont tres courts ; les os incisifs pren- 
nent un developpement enorme pour Finsertion des defen- 
ses , et la trompe a une grande longueur. Dans le Tapir 
ils sont courts, fibres, excepte a leurbase et saillans au dessus 
des maxillaires; mode de conformation qui est accompagne de 
Pexislence d'une trompe bien formee. Chez les autres Pachy- 
dermes deux paires d'os seulement (les incisifs et les nasaux) en- 
trent dans la composition du cadre nasal; les os incisifs s'ele- 
vent de maniere a joindre les nasaux, et ceux-ci au lieu d'etre 
courts, saillans et separes des maxillaires par une grande echan- 
crure, sont longs; en s'avaneant ils restent unis aux maxillaires 
et ils ressemblent plus ou moins exactement a ceux des Rumi- 
nans. Dans ce groupe, nous trouvonsle cheval, dont la levre 
superieure est douee de beaucoup de mobilite, et chez cet ani- 
mal la portion inferieure des os nasaux est en meme temps hbre 

(i) Cuvier : Ossemens fossiles, t; in, £, 29; 



364 FALCONER ET CAUTLEY. 

dans une etendue considerable ; tandis que dans les autres gen- 
res, la levre ne ressemble en rien a un organe de prehension. 

Le Sivatherium presente le meme mode de conformation que 
chez les Pachydermes a trompe, et c'est au Tapir qu'il ressemble le 
plus. II en differe surtout par la saillie plus considerable des os 
nasaux sur le chanfrein, par la grandeur de ces os et par les di- 
mensions moindres de la grande echancrure naso-maxillaire. 
Mais comme il y a similitude dans tous les points les plus im- 
portans entre ces deux animaux , nous ne pouvons douter que 
le Sivatherium n'ait ete pourvu d'une trompe comme le Tapir. 

D'autres analogies , quoique moins directes viennent corro- 
borer cette opinion : 

i° La grandeur du trou sous-orbitaire. Dans notre fossile, les 
dimensions exactes de cette ouverture n'ont pu etre determi- 
nees, parce que ses bords avaient ete mutiles en detachant la 
gangue pierreuse, mais son diametre vertical parait etre d'envi- 
ron 1, i p. ou un peu moins. Or, un trou ayant de pareilles 
dimensions semble indiquer le passage d'un nerf volumineux 
et, partant, un grand developpement de la levre. 

2° La table externe des os du crane est tres eloignee de la ta- 
ble interne et en est separee par des lames verticales du diploe 
qui forment de grandes cellules comme chez l'filephant; l'os 
occipital s'etend aussi lateralement pour former des ailes pour- 
vues d'une cavite considerable comme chez cet animal. Or, Tune 
et 1'autre de ces particularites d'organisation sont des disposi- 
tions appropriees pour fournir a 1'insertion des muscles une 
surface tres large, et font supposer un cou epais, charnu et peu 
mobile, conformation qui a son tour tend a prouver lanecessite 
d'une trompe. 

3° La grandeur considerable des condyles de Toccipital qui 
sont plus volumineux que chez l'filephant, non-seulement pro- 
portionnellement aux dimensions de la tete, mais meme d'une 
maniere absolue. L'atlas et les autres vertebres cervicaux ont 
du etre proportionnellement developpes pour recevoir et sou- 
tenir ces condyles, etont du etre entoures d'une masse muscu- 
laire considerable; circonstances qui l'une et 1'autre doivent 
tendre a diminer beaucoup I'etendue des mouvemens de la tete 



Sur un noupeau genre de Ruminant fissile. 365 

et da con. Or, pour approprier 1'animal a son regime herbivore, 
il a du etre pourvu d'un instinct special pour atteindre sa nour- 
riture, ou bien avoir des vertebres cervicales allongees propor- 
tionnellement a leur diametre, de maniere a donnerde la liberte 
aux mouvemens du cou. Dans ce dernier cas, le cou aurait ete 
d'une grande longueur, et pour le soutenir , ainsi que la masse 
musculaire y appartenant, il aurait fallu un developpement im- 
mense des apophyses epineuses des vertebres dorsales et de tout 
le membre anterieur, d'ou aurait resulte une conformation ge- 
nerate du corps des plus lourdes. Il est par consequent plus pro- 
bable que les vertebres etaient comprimees comme chez l'Ele- 
phant et le cou court et epais; circonstances que nous avons deja 
cru etre favorables a notre opinion relative a l'existence d'une 
trompe. 

4° Enfin , la face est plus courte, plus large et plus massive 
que chez aucun Ruminant ; elle ressemble un peu a celle de 
l'Elephant et convient pour 1'attache d'une trompe. 

Passonsmaintenanta ce qui se rapporte aux cornes. 

On ne peut douter que les deux apophyses epaisses, courtes et 
coniques situees entre les orbites n'aient ete l'axe osseux de cor- 
nes semblables a celles des Antilopes et des Bceufs. Elles sont 
lisses et se confondent par leur base avec le reste du front 
sans presenter aucune trace de bourrelet. Les etuis cor- 
nes dont elles etaient enveloppees ont du etre droits, epais 
et peu allonges. Aucun Ruminant bicorne ne porte des cornes 
placees ainsi directement entre et au dessus des orbites , mais 
toujours plus ou moins en arriere. Le seul Ruminant ayant des 
cornes ainsi placees est 1'Antilope de l'Hindoustan ( Tetracerus, 
Antilope quadricornis ou Chicara des auteurs), qui, sous ce rap- 
port, differeseulement du Sivatherium par la position deses cor- 
nes anterieures un peu plus avancees au devant des orbites. 
Cette ressemblance nous conduit naturellement a nous deman- 
der sile Sivatherium avait aussi sur le sommet de la tete deux 
autres cornes ? Le crane de notre fossile est mutile tout en tra- 
vers du vertex, de maniere qu'on ne peut s'assurer directement 
du fait, mais les considerations suivantes en rendent la presomp- 
tion au mojns probable. 



366 FALCONER ET CAUTLEY. 

i° Ainsi que nous l'avons deja dit, les cornes sont toujours 
places plus ou moins en arriere des orbites chez les Ruminans 
bicornes; 

2° Dans les especes a quatre cornes connues, la paire de 
cornes normales est situee sur le front et la paire supplement 
taire eutre les orbites; 

3° Dans la tribu bovine des Ruminans, Fos frontal est res- 
serre entre les orbites et au-dessus de ce retrecissement, il s'e- 
largit de maniere a former deux eminences qui sont situees aux 
angles lateraux du vertex, et qui se continuent avec Faxe osseux 
des cornes. Celte conformation n'existe pas chez les Ruminans 
sans cornes ou qui ont des cornes rapprochees des sourcils; or 
chez le Sivatherium elle se voif 

Quoi qu'il en soit, Fexistence des cornes inter-orbitaires est 
un fail fort remarquable dans la conformation de notre fossile; 
et si elles etaient seules, on voit, d'apres leur position, que la 
structure de la tele serait peut-etre encore plus singuliere que 
si une seconde paire de ces appendices surmontait le vertex. 

Pour juger de la longueur de la portion du museau qui manque 
dans notre fossile, et pour determiner la longueur totale de la 
tete, il faut aussi avoir recours a l'analogie. 

Chez la plupart des Ruminans a molaires contigues, l'inter- 
valle compris entre la premiere molaire et le bord anterieur 
des os incisifs est presque egal a l'espace occupe par les mo- 
laires; tantot c'est un peu plus, mais ordinairement un peu 
moins. Chez les autres Ruminans, tels crue le Chameau, ou les 
molaires anterieures ne sont pas disposees comme les autres, 
et en sont eloignees pour se placer au milieu Me Fespace vide 
compris entre les molaires et les incisives, ce rapport n'existe 
plus; la distance comprise entre la premiere molaire ^t le 
bord anterieur des os incisifs etait moindre que Fespace oo 
cupe par les molaires. Chez le Sivatherium, les molaires 
sont en serie continue; et si nous evaluons la longueur du 
museau d'apres cette analogie , nous aurons pros de deux 
ponces pour Fespace entro la premiere molaire et Fexlremit6 
des os incisifs; ce qui donncra 2cS,85 pour la longueur totale 
de la tete, depuis le bord du grand trou occipital jusqua Fex- 



Sur un noupeau genre de Ruminant fossile. 367 

tremite de la machoire superieure. Cette evaluation pourra 
peut-etre sembler un peu exageree, mais nous sommes per- 
suades qu'elle ne s'eloigne pas beaucoup de la verite , car, pour 
un Ruminant , le museau serait encore court comparativement 
a la largeur de la face. 

II nous reste encore a nous occuper des orbites. La grandeur 
et la position des yeux etablissent une difference remarquable 
entre les Pachydermes et les Ruminans; chez ces derniers, Foeil 
est grand et saiilant, chez les premiers, il est plus petit et plus 
enfonce, et il resulte une difference notable dans l'expression 
de la figure. Chez le Sivatherium, l'orbite est beaucoup plus 
petit proportionnellement a 1'ensemble de la tete que chez les 
Ruminans actuellement existans. Cette cavite est aussi placee 
plus en avant dans la face et plus bas sous le niveau du sourcil; 
son bord n'est pas eleve et saillant comme chez les Ruminans, 
et sa direction est oblique , l'intervalle entre les bords orbitaires 
superieurs elant de 12,2 p., et celui entre les bords inferieurs 
de 16,2 p. Le diametre longitudinal depasse le diametre vertical 
dans le rapport d'environ 5 a 4, et le grand axe est presque 
dans la ligne du sinus naso-maxillaire a la portion posterieure 
de Farcade zygomatique. Dapres cette conformation, nous pen- 
sons que Fceil devait etre plus petit et moins proeminent que 
dans les Ruminans actuels, et que l'expression de la face devait 
etre plus lourde et plus desagreable , mais moins cependant que 
chez les Pachydermes, le Cheval excepte. II est aussi a presumer 
que Faxe visuel etait dirige en avant aussi bien que lateralement, 
et qu'il etait interrompu en arriere. 

Nous terminerons ici les considerations que nous nous etions 
propose de presenter touchant la tete de notre fossile. Quant 
aux autres parties du corps, nous ne possedons encore rien qui 
puisse etre rapporte avec certitude au Sivatljerium ( 1). Parmi un 

(1) Pendant que ce memoire etait sous presse a Calcutta, M. Cautley a ete informe de la 
decouverte de presque to us les os de Pun des membres d'un animal qui parait etre le meme que 
celui nomme ici Sivatherium. 

Nous possedons une vertebre cervlcale de Ruminant qui a du apparteuir a un animal 
aussi grand que le Sivatherium, mais que nous sommes porte a considerer , pour plusieurs rai- 
sons, provenir de quelque autre espece de Ruminant gigautesque dont l'existence nous est a- 
peu-pres demontree. M. le lieutenant Baker nous a donne aussi des preuves de 1'existenee de 
l'Elan et d'une espece de Clumeau dans ces terrains. 



68 FAICONER ET CATJTLEY. 

grand n ombre d'ossemens de chevaux decouverts dans le meme 
voisinage que la tete dont nous venons de donner la description, 
il s'est trouve trois morceaux tres bien conserves de la portion 
inferieure des extremites d'un grand Ruminant, qui apparte- 
naient a trois jambes d'un meme animal, et qui, par leur volume, 
ne pouvaient etre rapportes a aucun des Ruminans de notre 
collection , si ce n'est au Sivatherium giganteum j nous nous 
abstenons cependant de les decrire ici, car ils nous semblent 
petits comparativement a notre tete fossile, et nous avons lieu 
de croire qu'il existe des debris d'autres grands Ruminans dans 
les memes terrains. 

La forme des vertebres et surtout des os du carpe et dutarse, 
est un point d'un grand interet qui reste encore a constater; 
car nous pouvons nous attendre a trouver chez un animal aussi 
volumineux, le type ordinaire modifie. En raison de sa masse 
et de 1' armature de sa tete, il est probable que peu d'animaux 
pouvaient resister au Sivatherium^ et nous devons nous attendre 
a trouver ses membres conformes d'une maniere favorable a la 
solidite plutot qua la celerite. Du reste, nous ne doutons pas 
que, dans la ricbemoisson de fossiles que nousesperons recueillir 
encore dans la vallee duMarkenda, il ne se trouve quelques echan- 
tillons , propres a combler les lacunes nombreuses qui existent 
encore dans nos connaissances sur Tosteologie du Sivatherium. 
La structure des dents a fait naitre une conjecture, touchant 
les habitudes de cet animal. Nous avons vu ci-dessus, que la 
lame centrale d'email , decrit une courbe flexueuse , ressemblant 
un peu a ce qui se voit chez rElasmotherium, disposition qui 
est evidemment destinee a augmenter le pouvoir triturant de ces 
dents. On en peut conclure, que la nourriture du Sivatherium 
etait moins herbacee que celle des Ruminans a cornes, actuelle- 
ment existans, et se composait de feuilles et de jeunes bran- 
ches; ou bien, que les alimens etaient, comme chez le Cheval, 
plus completement maches , l'appareil digestif moins complique, 
le corps moins massif, et la necessite de la regurgitation moins 
marquee que chez les Ruminans de nos jours. 

Les mesures suivantes, prises chez le Sivatherium, l'Elephant 
et le Rhinoceros, donneront une idee exacte de la taille de notre 



Sur unnouveau genre de Ruminant fossile. 36g 

fossile, et quoique peu nombreuses, elles sont caracteristiques. 

Rhinoceros 
Elephant. Sivatherium. de l'lnde 
a ime come. 

Distance du trou occipital a la premiere molaire 23. lo i8.85 24. 9 

Plusgrande largeurdu crane. .5 .j . .... 26.00 22.00 i2.o5 
Id. de la face entre les os ina- 

laires :. 18. 5 16.62 9.20 

Plus grande hauteur du crane 17.80 11. 9 n.o5 

Grand diametre du trou occipital. . . . . . n.55 2. 6 2. 6 

Petit diametre du trou occipital 2. 4 2. 3 1. 5 

Moyenne de ces mesures i5.o6 12.38 10.22 

Si l'opinion que nous nous sommes formee du Sivatherium est 
juste , cet animal devait etre tres remarquable , et devait remplir 
une lacune importante dans l'intervalle qui separe les Ruminans 
des Pachydermes. Dapres les dents et les cornes , ii est evident 
que e'etait un Ruminant, et d'un autre cote, L'osteologie de la 
face, la disposition presumee de la levre superieure, et la position 
ainsi que le volume de 1'orbite, le rapprochent des Pachydermes. 
L'existence de quelque chose de semblable a une trompe , est 
une circonstance si anomale pour un Ruminant , qu'au premier 
abord, on pourrait douter de l'exactitude de la place assignee 
a notre fossile; mais sur un examen plus attentif, cette diffi- 
culte tombe. 

Dans l'ordre des Pachydermes, il y a des genres pourvus 
d'une trompe; dautres qui en sont prives ; par consequent, cet 
organe n'est pas essentiel au mode d'organisation de ce groupe de 
mammiferes; mais son existence est determinee par le volume de 
la tete ou les habitudes de ces elres. Ainsi , chez FElephant la 
nature a raccourci le cou, destine a soutenir l'enorme tete, les 
longues defenses et le puissant appareil masticateur de 1'animal, 
et a evite ainsi la perturbation qui serait resultee dans le reste 
du corps, par l'existence d'un long cou; mais lorsque le levier 
portant la tete aete diminue de longueur, d'autres moyens pour 
atteindre les alimens devenaient necessaires a 1'animal, et une 
trompe a ete fixee au devant de sa bouche. Or , il nous suffi rait 
de supposer un Ruminant, place dans les memes conditions, 

V. Zc-ol,,— « Juiji, 24 



370 yicademie des Sciences. 

pour qu'un organe semblable lui devienne egalement neces- 
saire. D'autres conditions organiques, ont rneme determine 
Fexistence d'un etat rudimentaire de cet organe chez le Cha- 
meau, ou la levre superieure est fendue el chaque moitie, mo- 
bile et extensible, constitue un excellent organe du toucher. 

Le fossile que nous venons d'etudier a ete decouvert entre 
la riviere Marhenda et la vallee de Pinjor, dans la chaine des 
montagnes du Sivalik on Hymalaiens inferieurs, et s'y trouve 
conjointement avec des os fossiles d'Elephant, de Mastodonte, 
de Rhinoceros, d'Hippopotame, etc. Autant que nous pouvons 
en juger par nos recherches, cet animal n'etait pas commun ; 
car, compare au Mastodonte et a THippopotame ( H. Sivalensis 
nobis , espece nouvelle, caracterisee par Fexistence de six inci- 
sives a chaque machoire ), ii etait rneme tres rare. 

EXPLICATION DE LA FLANCHE 1 3. 

Fig. 1. Tete du Sivathcrium 'gigantcum, vue de face. 
Fig. 2. La rneme, vue en dessous. 
Fig. 3. La rneme, vue de pro£l. 



Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- 
mques presentes a i*Academie des Sciences pendant le mots 
de juin 1 836. 

Seance du 6 juin i836. 

Analyse des travaux de Goethe en histoire nature lie et considerations sur 
le caracttre de leur partie scientifique , par M. Geoferoy-Saint-Hilaire. 

Dans cc mcmoirc M. Gcoffroy s'applique a fairc connaitrc quelle est la part 
(juiapparticnt a Goclhc dans I'ctablisscment dc la thcorie de Y unite organique. 

Seance du i3 juin. 

M. Gcoffroy donne lecture dc la scconde partie du niernoirc sur Gqcthc, com- 
mence dans la seance prcccdentc. 



urfcademie des Sciences, 871 

Lettre sur les moeurs du Rossignol ; par M. D. Nervaux. 

cc Je crois devoir vous cominuniquer une particuiarite de la vie du Rossi- 
«nol, delaquelle j'ai etetcmoin durant la derniere inondation. 

cc Une par tie de mon jardin a ete envaliie. Un de cos oiseaux avail fait son 
nid dans la haie inferieure 011 les eaux montaient avec impctuosite. Inquiet de 
savoirsi elles parviendraient jnsqu'au niveau de ce nid, je 1'observai plusieurs 
fois par jour ; il se trouvait a six pas environ de la ligne ibrrnee par les eaux. 
II V avait q'uatre ceuis. Un matin je n'en vis plus que deux et ni'apercns que 
I'e.ui etait a quelques lignes de la partie inferieure du nid qui etait appuye sur 
un fagot d'epines place pour boucheture.... Jcpensai d'abord que les deux ceufs 
qui manquaient avaien* etc submerges, mais pen d'instans plus tard, n'en ayant 
plus vu qu'un seul, j'observai avec attention, et quel fut mon etonnement en 
voyant les deux oiseaux rasaut la terre en volant avec rapidite en merae temps 
qu'avec precaution et se dirigeant vers une des parties les plus clevees de mon 
clos, emportant avec eux le dernier oeuf qui restait dans leur ancien nid , et de 
les retrouver tous les quatre dans tin nouveau a cent cinquante pas du premier, 
oil depHs sont eclos cinq petits. 

cc Comment ccs pauvres animaux ont-ils pu porter leurs ceufs a une distance 
aussi grande ? est-ce avec le bee ou avec les ongles? G'est ce que je n'ai pas eu 
le temps de voir, mais ce qu'il y a de certain, e'est que les ceufs ontete poxtes 
d'un endroit a on autre. » 

Structure des poumons; par M. Bazin. 

M. Bazin annonce qu'il a etendu aux animaux carnassiers ses recherches sur 
la terminaison des canaux aeriens. Les lobules qu'on disait exister dans les pou- 
mons de tous les mammiferes ne se sont preseutes a lui dans aucun de ces ani- 
maux qu'il a eu occasion d'observer, et il a trouve au contraire constamment, 
une disposition semblable a celie qu'il a signalee pour Tespece liumaine. 

Une preparation faite par M. Coste lui a permis de voir dans les poumons 
d'un fcetus de lapin, dix-huit jours apres la conception, les bronches se ramifiant 
en branches de plus en plus petites^ mais dont les dernieres etaient toujour s ter- 
minees en cul-de-sac et sans anastomoses. 

Seance du 20 juin. 

Extrait d'un memoire sur V Qrang-Outang vivant actuelle merit a la 
Menagerie ; par M. Geoffroy-Saikt-Hilaire. 

cc Connu tres anciennement des Malais, sous le nom & orang-outang, ce nou- 
vel hole de la Menagerie y vint prendre position comme un sujet d'etudes pour 
les naturalistes et de profoncles meditations a l'egard des philosophes ; car ce 
ne fut pas tout-a-fait sa nouveaute qui a mis en emoi la capitale, mais d'anciens 
souvenirs, que e'etait un animal mi-partie homme et mi-partie singe. Sur cetle 
vieille tradition,, nous avons vu de toutes parts aflluer, vers le curieux animal , 



372 Academic des Sciences* 

lout le public parisien , soit cctte partie donnce par les salons aristocratiques 
qu'un desceuvrement incessant ct un instinct de dedain poussent au mepris de 
cc qui n'cst point grandeur a sa maniere, soit ces hommes plus fermes dans leurs 
principcs, non moins devoucs au sentiment de la dignite de notre espece; cette 
foule des salons d'affaires ou qui afflue dans les ateliers. 

Toutcfois, c'est un fait que je me suis attache a recueillir: ces visiteurs si di- 
vers se sont unanimement rencontres dans une mesne et cette meme pensee : 
Vanimal de Sumatra nest ni un homme ni un singe. Et le moment d'apres 
sepresentait a l'esprit cette idee accablante, comme etant le sujet d'un probleme 
sans solution : Qu'est-ce done ? et comment expliquer ces moupemens et sce- 
nes de ma^urs, ces repetitions ou apparence d'actes humains ? 

cc La science , d'abord mal informee , a passe successivement d'une opinion a, 
Vautre. Tulpius et Bontius avaient donne deja des renseignemens etendus sur 
cette conformation tenant de l'homme, quand Linnaeus crut y apercevoir des traits 
non equivoques de similitude humaine. La conviction de ce grand homme en 
vint, a cet cgard, jusqu'a. l'engager a appeler l'animal decrit par Bontius et Tul- 
pius, a l'appeler, dis-je, dans la dixieme edition duSysteme de la Nature, Jwmo 
nocturnus, ou encore homo silvestris.Deipms, Linnaeus se reformantsur cela, fut 
imite paries naturalistes qui ecrivirent, depuis lui , sur l'animal originaire des 
ales de la Sonde; et Ton s'arreta au parti de maintenir defioitivement cette espece 
ambigue parmi les singes. 

cc Dans notre actuelle occasion de revoir les faits et d'en juger, d'autres opi- 
nions, non moins diverses eclatent entre les naturalistes, ceux-ci, persistant dans 
leurs memes idees, et le public affluant dans le Museum et y venant donner son 
avis. Dans ces circon stances, j'ecoutai d'abord; puis, je me pris a douter. J'ai 
quelque temps balance ; et si j'ai passe dans des rangs opposes, c'est que j'ai foi 
en la solidite des jugemens populaires, les masses, jouissant d'un sens instinctif, 
qui les rend perspicaces , et les cree tres habiles a saisir le point synthetique 
des questions ; et enfin , d'autre part, pour m'engager a reexaminerla questi'v??i, 
je pouvais croire (tant d'exemples en fournissant la preuve) qu'a un fait, mal vu 
dans l'origine , les naturalistes avaient bien pu rattacher des observations non 
moins fautives, et finalement engendrant , avec de tels elemens, un prejuge au- 
jourd'hui assez difficile a deraciner. 

cc Douter en parcilcas, e'etait pressentir une decouverte; et je m'apercus que 
pourl'achever, j'aurais a remanier fondamcntalemcnt la matiere. 

cc Je disais naguere : cc Ne marcher sur les differences pour les apprccier se- 
cc Ion la rigueur des vrais rapports naturcls en toutes occasions et questions de 
cc l'organisation, qu'aprcs avoir ramene ces differences a leur systeme unitaire, 
<c et, par consequent, qu'apres les avoir eclaircies par la theorie des analo- 
<c gucs. )) 

cc Cette ancienne controverse doit done, comme au temps de Linnaeus , se 
rcproduirc ; ct ce devient ainsi de nos jours, encore le sujet de cette question : 
$i I'orang-oulang est homme ou singe? Ni I'un ni l' autre ; c'est cc qu'est 



Academie des Sciences. 3j3 

venu affirmer tout-a-1'heure X esprit de tous ! c'est ce qui, en effet, fut ainsi 
declare par les nombreux visiteurs qui affluent au Jardin du Roi, y venant ob- 
server sans prejuges, sans idees preconcues, etsans s'etre laisses prevenir parces 
deplorables entraves qu'on appelle nos regies de classification. Ces regies etant 
bien employees ont un cote vrai et leur parfaite utilite ; mais presentement 
elles degenerent en une manie a laquelle on recourt pour ignorer tout a son aise 
sans toutefois le paraitre. Mais cependant, que deviendra effectivement pour 
le naturaliste des anciennes opinions, ce ni Vun ni V autre que Yesprit de tous 
lui oppose en ce moment ? Le voici : II y a, dit le classificateur, ces deux pre- 
miers ordres qui ouvrent la marche de la classe des mammiferes ; ils ont nom 
les bimanes et les quadrumanes ; le premier ordre est destine a montrer et a 
tenir l'espece humaine a part de tous les etres portant mamelles , et le second 
ordre doit reunir tous les animaux aux quatre mains : ce qui s'entend des especes 
qui ont le doigt interne ecarte des autres doigts ; ce doigt etant plus ou moins 
utile dans la prehension. 

<c Mais cet ordre bimane qu'evidemment vous , les naturalistes des opinions 
regnantes , n'auriez cree que dans la pensee d'un sentiment de deference, 
que dans une vuc d'assujetissement vis-a-vis de certaines branches privi- 
legiees de la societe ; cet ordre etabli donne-t-il effectivement, en histoire 
naturelle , son caractere net , precis et digne enfin de figurer dans ua 
puissant contraste comme la recommandation et 1'enseigne d'une famille bien: 
tranchee? 

<c Gela n'est certes point a l'egard des deux premiers ordres. Le pouce des 
pieds de derriere qui vous parait droit, rapproche et sans action propre a l'egard 
des autres doigts, n'est ainsi que maitrisepar la chaussure. Les sculpteurs grecs 
le montraient detache et distinct; les Arabes Hvres a l'oeuvre des tourneurs et 
qui travaillent assis, emploient tres habilement, tres utilement ce pouce assez 
mobile et suffisamment ecarte pour maintenir lebloc de bois a faponner. Enfin , 
les Charruas, dont nous avons vu tout recemment des individus, ont ce pouce 
specialement actif et s'ecartant presque a-peu-pres comme le pouce de la main. 
C'est avec ce pouce , lequel entre dans des anneaux de courroie, que le cavalier 
Charrua s'enleye sur son cheval: ce pouce pose seul sur cet anneau, qui revient 
pour l'usage a un etrier. 

cc II y a done line facheuse dissimulation dans les soins pris par les classifi- 
cateurs, pour delaisser ces notions , comme c'est vraiment prononcer un men- 
songe de toutes manieres, quand on nie que 1'homme organiquement parlant, 
pour d'aussi minimes differences, ne saurait etre reuni et classe parmi les ani- 
maux a mamelles. Et le but de cctte pretention serait d'arriver au soulagement 
de la dignite morale de notre espece ! 

<c C'est assez, je pense, de ces reflexions qu'on pourrait etendre a Tinfini ; 
assez pour preferer ce vrai des faits a ce semblant d'ordre et d'intelligence qui 
resulte de ces termes rapproches, bimanes et quadrumanes I il n'est la de reel 
qu'un jeu de mots. 



3y4 ^dcademie des Sciences. 

cc Voila coramc jc ti'ai point employe raon amour-propre a opposer aux vi- 
silcurs dc rorang-ouianjr, des decisions autres que les leurs, comme je n'ai point 
rcfoule ce torrent d'enscigucmens que je lenais a bonhcur de recevoir de I'esprit 
dc tous. 

cc Libre aujotivd'liui dc rejeter entiercment les insinuations de ces idces faites, 
mais crronccs, oh ! comme avec facilite jepourrai, dans la seance piochainc, dire 
cc que e'est qu'un orang-outang, et plus tard raconter, dans le meme esprit, 
ce qu'est l'lioramc considere dans sa structure ct comparativement a la structure 
dc ses congeneres, les autres quadrumanes; la dignite de rhonime n'y perdra 
rien, je le promcts. Mais tout au contraire, dans le soin que je mettrai a faire va- 
loir tous les nombreux et minimes moyens qui produisent cliez ces deux etres 
les relations conccrtees de leurs parties, eclatcront toutes les grandeurs, toutes 
les prevoyances d'execution , les admirables harmonies que Ton pent donner 
comme un effet de proprc essence de la puissance creatrice. 

<c J'ai fait passer sous les yeux dc l'Academie quatre magnifiques dessins de 
mon collaborateur , M. Werner , donnant certaines poses de l'orang-outang. 
M. Werner en prepare quatre autres pour la seance suivante; j'ai cru pouvoir 
me permettre de les louer, comme empreintes d'une poesie exquise. Et , en 
effet, comme ils contrastent avec la detestable figure du Jocko de Buffon, vol. 
xiv ! L'artiste d'alors a peut-etre rempii son but en donnant une hideuse cari~ 
cature de l'liommc ; mais il est au moins certain que rien, dans son dessin, ne 
rappelle les traits distinctifs de l'original. Aussi, comme Daubenton, bicn 
qu'avec le charme d'esprit et la bonte de coeur qui lc caracteiisaient, meUaii 
d'amertume a se plaindre que l'artiste se fut a ce point ecarte de la verile des 
fails ! 

cc Conclusion. — L'ordre des bimanes n'est point l'immediat et lc necessaire 
resultat des rapports nature Is, respectivement apprecies dans leurs degrcsj cet 
ordrc est a supprimer. » 

Sur des organes semblables aux sacs branchiaux des crustaces inferieurs 
irouves chez un insecte hexapode ; par M. Guerin. 

M. Guerin annonce qu'en dissequant un insecte hexapode apterc , place par 
Latreille dans son ordre des thysanoures , il a observe sous les segmens abdo- 
minaux, de petits sacs membraneux semblables aux organes respiratoircs de cer- 
tains crustaces. 

L'insecte qui fait le sujet de cette observation est le Machilis polypoda : 
M. Guerin en prcscntc plusieurs individus conserves dans la liqueur. Un dessin 
joint a sa lettrc offre les details anatomiques des divcrses parties de l'abdomen 
vues sous un grossissement moyen. 

Les dix segmens abdominaux sont un peu replies en dessous avec les bords 
arrondis; chacun d'eux, a l'excep'i^ du dernier, porte en dessous une 
giande Lmc ("iccau infciieurj , ccllc du "^rci ^er, echar~ree au milieu, offre dc 



Academic des Sciences* 3^5 

chaque cote une petite vesicule blanche; mais elle n'a pas de filet articule ou 
fausse patte. 

Le second segment inferieur semblable au premier pour la forme offre de 
chaque cote deux: vesicules blanches , et exterieuremeut un petit appendice ar- 
ticule. 

Les troisieme , quatrieme et cinquieme presentent absolument la meme dis- 
position. 

Le sixieme, dans l'individu qui a servi a la dissection, offre deux vesicules a 
droite, et une seulement a gauche; laplusexterieure de droite est aumoins dou- 
ble de l'autre. 

Les septicme et huitieme segmens n'offrent de chaque cote qu'une seule ve- 
sicule piriforme assez grosse ; 

Les trois derniers segmens n'ont plus de ces vesicules. 

cc Les vesicules dont je viens d'indiquer la position, dit M. Guerin, me pa- 
raissent etre des organes de respiration analogues a ceux qu'on trouve sous l'ab- 
domen de beaucoup de crustaces, et qui sont places a la base des faussespattes 
abdominales. Gela rae sembSe d'autant plus probable, queLatreille(2VbMt>. Ann. 
du Museum. X. i, p. 161) n'a pas trouve de traces de stigmates sur les nombreux 
individus qu'il a eu occasion d'observer. 

cc Les parties de la bouche , poursuit l'auteur, rangent bien cet animal parmi 
les insectes ; corame eux il a un labre , deux mandibules, deux machoires pal- 
pigeres et une levre inferieure egalement palpigere. Gomme eux aussi, il n'offre 
qu'une paire de pattes aux trois segmens qui forment son thorax , mais la 
se bornent les points de ressemblance de l'animal avec les insectes, car toutes 
les autres particularites de son organisation, l'absence de stigmates, la presence 
de sacs branchiaux, de fausses pattes abdominales , etc., le rangent parmi les 
crustaces. » 

Seance du 27 juin. 

Etudes sur V orang-outang de la Menagerie , par M. Geoffroy- Saint- 
Hilaire. 

M. Geoffroy donne lecture d'un second article sur Torang, et met sous les 
yeux de l'Academie quatre nouveaux dessins faits d'apres cet animal, par 
M. Werner. 

Observations sur la temperature des animaux par de tres grands froids. 

Les physiciens et les physiologistes se sont occupes, depuis long-temps , de 
la faculte que les animaux vivans possedent, de se maintenir a une tempera- 
ture a-peu-pres constante dans des atmospheres chaudes ou froides ; mais leurs 
experiences ont principalement porte sur des milieux chauds. Celles que 
M. le capitaine Back a faites dans son excursion recente vers les regions 
polaires , semblent done meriter une attention toute speciale. Telle est la con- 



376 Publications nouvelles. 

sideration quia araenc M. Arago a mettre sousles yeux dc l'Academie les resul- 
tats suivaus : 

Temperature Temperature 

du thorax. de l'atmosphere. 
i833, octobrc, 

lc 526, Gelinotle noire d'Amerique (male) +43°,3 cent. — 12°,7 ccntigr. 

le 28, .... .id. (id.) +43, o — i5, o 

le 29, ». . . . ;-. id. (fern.) +42,8 — 8,3 

id., F.I . . . ;. id. (id.) +43,3 — 8,0 

i834, mai, 

le 18, . . . . . id. . . . . . . (id.) +42 ,8 — 1 , 1 

i834, Janvier, 

le 5, Lagopede des saules. ... . (male) -J-42,4 —19,7 

le 7, : .[i.\. . id. . . •■ . , . .' (id.) +43,3 — 3 2 ,8 

le 11, .;. ,:. .id.. . . . . . (id.) +43,3 —35,8 



Publications nouvelles. 

Lecons d'analomie comparee de Georges Cuvier , seconde edition corrigee ct 
augmentee. Publice par MM.Duvernoy, Laurillard et F. Cuvier (neveu), 
in-8°. Paris i836\ (1) 

<c Cette seconde edition des Legons d'anatomie comparee cstle dernier ouvrage 
dont M. Cuvier se spit occupe; et il y travaillait avee ardeur lorsque la mort l'a 
surpris. 

cc Cependant il nc considerait cet ouvrage que comme l'esquisse d'un monument 
plus etendu; comme l'analogue, pour ses travaux anatomiques, de ce qu'avait 
etc, pour ses travaux dc classification, son Tableau elementaire des animaux ; 
ct cominc il avait fait succeder a celui-ci son grand ouvrage du Regne animal, 
il comptail faire succeder a celles-la ce qu'il a si souvent appcle sa Grande ana- 
tomie comparee. Aussidepuis plus de trcnte annecsn'avait-il cesse d'accumuler 
dans son cabinet ct dans ses portefcuilles, les matcriaux de cette immense en- 
trcprise. Mais beaucoup de travaux preliminaires non acheves, l'epoque encore 
eloignee ou ses projets devaient se realiscr, l'impossibilite dc reimprimer, telle 
qu'cllc ctait, la premiere edition de l'Auatomie comparee, et cependant le besoin 



(1) Trois volumes sont deja en ventc , savoir : ]c tome premier, contenant les generalites 
ct lea organes du mouvemcut des animaux verlcbres; ct le tome iv, divisc en deux parties, et 
atenant les organes de la digestion des animaux vertebrcs. 



Publications nouvelles. 377 

de satisfaire a l'empressenient du public pour cet ouvrage, l'avait determine a 
utiliser des a present, dans une seconde edition , le resultat de tant d'efforts. 

cc Un dernier motif rendait aussi cette publication necessaire : elle devait 
inettre fin a beaucoup de critiques au moins mal fondees. II semblait, pour plu- 
sieurs personnes , que ce livre publie a la fin du dernier siecle, alors que son 
auteur n'avait que des collections incompletes , exprimat sa seule et derniere 
pensee. On lui en reprochait les inexactitudes et les lacunes, comme si tous ses 
travaux depuis lors n'avaientpas eu eux-memes pour objet de rectifier les unes 
ou de comblerles autres; comme si des preparations de toute espece, expo- 
sees au public , n'etaient pas comme une edition corrigee de son ceuvre. 

<c II y a plus, et il est bon de le dire, ceux-la meme qui lui ont reproche le 
plus vivement les imperfections de la premiere edition, c'estaParis, dans les 
preparations de M. Cuvier, sous ses auspices , pour ainsi dire , qu'ils ont re-» 
cueilli les elemens de leurs critiques ; c'est avec ses propres armes qu'ils Font at- 
taque. Sans doute, dans le domaine de la science, la publicite de la presse est le 
titre le plus sur a la propriete, et M. Cuvier ne prelendait point disputer aux 
auteurs la nouveaute de leurs publications ; mais ne pouvait-il pas exiger de 
ceux dont il facilitait les travaux, plus de justice et d'impartialite ? 

« Une edition nouvelle des Legons d'anatomie comparde etait done devenue 
indispensable, et il sera toujours a regretter que M. Cuvier n'en ait pas revu 
toutes les parties comme il a revu la premiere. 

<c II en a assez ecrit cependant, pour faire voir qu'il n'avait rien perdu de sa 
confiance dans la rerite de ses doctrines, dans la puissance des principes qui 
1'ont dirige et soutenu au milieu de ses grands travaux scientifiques. 

<c S'il a combattu et repousse la plupart des systemes qui se sont fait jour 
dans ces dernieres annees, sans nier toutefois l'utilite et la nouveaute des faits 
dont leurs auteurs les ont accompagnes , on verra qu'il s'est toujours appuye 
pour cela, ou sur un nombre de faits plus grand, ou sur une appreciation plus 
rigoureuse des faits connus, et, par dessus tout, sur les principes d'une liaute et 
severe philosophic 

<c Enfin, le plan general etles details de cet ouvrage repondront d'eux-memes 
a un reproche qui a ete plus recemment adresse a son auteur, et qui etonnera 
peut-etre les personnes familiarisees avec les travaux de M. Cuvier, et qui en 
ont apprecie la nature et le but. On a dit, qu'il n'avait cherche dans l'etude des 
etres que leurs differences, et que la science aujourd'hui, changeant de portee 
et s'elevant plus haut, avait surtout egard aux re ssemb lances, Or, l'un des buts 
principaux de l'Anatomie comparee en general, et celui de cet ouvrage en parti- 
culier, a toujours ete de rechercher aussi loin que possible, et d'etablir les ana- 
logies des organes au milieu des transformations que la nature leur fait subir ; 
et c'est precisement a cette recherche des analogies et des ressemblances que 
M. Cuvier a du quelques-unes de ses plus heureuses determinations, (1) 

(1) On peut meme dire qu'il a pousse beaucoup plus loin que d'autres cette recherche des 



37 8 Publications nouvelles. 

cc Si ensuitc Ic besom des analogies n'a pas tcllcment preoccupe M. Cuvier 
qu'il lui ait falhi les retrouver partout, s'il s'est arretc lorsque l'evidence lui 
manquait, c'est qu'il aurait cm, autrement, faire violence a la nature; ctsi, 
apres avoir admis et decrit les ressemblances, il a admis et dccrit les differences, 
il na fait qu'obeir a une neccssite logique a laquclle on ne peut se soustraire 
dans aucune science. I/Anatomic comparee, a ses yeux, ne pouvait avoir pour 
but Tune de ccs clioses plutot que l'autre , elle les cmbrassait egalement toutes 
deux; et le spectacle dela nature ne lui a pas para moins grand, l'ceuvre de la 
creation moins raerveillcusc ou plus obscure, parce qu'il y trouvait des plans 
divers ct des variations infinies. 

cc II nous reste a dire comment cette seconde edition doit etre achevee. M. Du- 
vernoy, que M. Cuvier s'etait associc pour cette seconde edition, mettra au ni- 
veau de la science la partie de l'ouvrage pour laquclle il avait coopere dans la 
premiere : c'est un travail dont il s'occupe sans relache depuis cinq annees. Tou- 
tes les generalites du premier volume et une partie des details sur lesorgancs du 
mouvement des animaux vertebres avaient deja ete revus par M. Cuvier lui— 
meme; M. Laurillard y a ajoute tous ceux qui manquaient. Enfin M. Laurillard 
ct M. F. Cuvier neveu, se sont charges de completer ce qui concerne le systeme 
nerveux et les sens ; et comrae il devient necessaire de separer les additions 
et corrections de cequi appartienta la redaction ancienneou nouvelle de M. Cu- 
vier, ces additions seront comprises entrc deux crochets [ ]. 

cc Toutefois les materiaux de ces additions se trouveront pour la plupart, ou 
dans les collections et les notes de M. Cuvier, ou dans les grands ouvrages et 
les mcijoires qu'il a publies depuis la premiere edition. Pour certaines parties ou 
ccs ressources nous manqueront , nous aurons recours a nos propres recherches 
ct aux travaux quiont ete publies depuis la premiere edition. 

cc Nous ferons ici une derniere remarque: c'est que si nous n'avons pas con- 
stamment cite , comme se trouvant dans Meckel ou d'autres, beaucoup des de- 
tails que nous faisons connaitre, c'est que les ouvrages de ces auteurs ont ete 
en grande partie composes avec les preparations du cabinet de M. Cuvier, et que 
nous avons cru devoir les considerer comme appartenant au moins autant a eclui 
qui a dirige etfait ces preparations qu'a ceux qui les ont decrites. 

cc Enfin, on nc perdra pas de vue en lisant celivre, qu'il n'est qu'une seconde 
edition d'un ouvragc dont les limites sont etroites, et que ce n est pas un reper- 
toire oii seraient reunis tous les details de la science ; nous n'avons du souvent 
y faire cntrer les faits que sous une forme un peu generalc, sans pouvoir multi- 
plier les descriptions autant que le permettraient les richesses du cabinet d'ana- 



analogies ; car dans V Anatomic comparee de Meckel, par exemple, et dans Bojanus , les mus. 
cles sont frequemmont decrits et nommes uniquement d'aprcs leurs fonctions; de sorte que le 
meme muscle ayart souvent, selon la forme des os et la nature de l'animal, des fonctions dif- 
fcrcntcs , cii- t de nom d'un animal a l'autre , et ne se trouve point ramene a untypc commune 



Publications nouvettes. 379 

tomie, et l'infmie variete des formes des animaux. Toutefois, nous nous appli- 
querous a ue rien omettre de ce qui est susceptible d'entrer dans le cadre de 
l'ouvrage, et a ne negliger aucune des observations sur lesquelles sont etablis 
les ^principes fondanientaux de l'anatomie comparee; de cette science qui n'a 
pris rang parmi les sciences positives, que depuis la premiere publication de cet 
ouvrage. » 

( Ex trait de Vavertissement des edlteurs. ) 



Histoire naturelle des Cetaces _, par M. Frederic Cuvier. (l) 

II n'est aucune branche de l'histoire naturelle des Mammiferes qui, dans l'etat 
actuel de la science soit plus difficile a traiter que celle des Cetaces, car on ne 
possede sur la plupart de ces animaux que des connaissances tres incompletes , 
souvent entachees d'exageration et d'in exactitude, leurgrande taiile suppose a ce 
que les voyageurs en fournissent abondamment nos musees et 1'eloignement 
des parages qu'ils frequenteut les rend d'ordinaire presque inaccessibles 
aux recherches des zoologistes. Ajussi en ecvivant le livre dont nous annoncons 
la publication, M. Frederic Cuvier ne s'est-il pas propose de donner line histoire 
complete des Cetaces, mais de rassembler les faits connus relatifs a ces animaux, 
d'en discuter la nature, de deduire les consequences probables qu'il est permis 
d'en tirer, et de montrer en meme temps ce qui manque a la science et ce qu'elU 
possede, but qu'il nous parait avoir parfaitement atteint. 

(1) Un volume in-8° avec planches, faisant partie des Suites a Buffon publiees par Roret. 



TABLE DES MATIERES 



CONTENUS DANS CE VOLUME. 



Recherches anatomiques et physiologiques sur Vorgane de Vouie dans les 
Oiseaux , par M. Breschet 5 

Recherches sur les villosites du chorion des Mammiferes > par M. Mar- 
tin Saint- Ange. (Extrait.). .; 53 

Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques presentcs 
a 1' Academic des Sciences pendant le mois de Janvier i836. (Seance du 
4 Janvier). — Rapport de M. Dumeril sur une monographic du genre 
Clylus, 56. — Rapport de M. Dumeril sur une rnonographie des 
Olives j par M. Duclos, 56. — (Seance du n.) — Lettre de M. de Hum- 
boldt sur Ja migration des animaux , 58. — Sur la specialite des 
nerfs de Vodorat, du gout et de la vue, par M. G. Pelletan , 5g. — 
(Seance du 18.) — Observations sur quelques especes de singes confon- 
dues sous le nom d'Orang-Outang , par M. de Blainville , 5g. — 
(Seance du 525.) — Considerations sur les Singes les plus voisins de 
V Homme, par M. Geoffrey Saint-Hilaire , 62. 

Recberches sur les communications vasculaires entre la mere et le foe- 
tus y par M. Flourens. 65 

Mcmoire sur le genre Sialis de Latreille , et considerations sur la classifi- 
cation de l'ordre des Nevropteres , par F. J. Pictet., ... 69 

Remarques sur les nerfs stomato-gastriques ou intestinaux dans les ani- 
maux invertebres , par M. le docteur Brandt ^ 811 

Recherches sur les causes du moupement du sang dans les vaisseaux ca- 
pillaires , par M. le docteur Poiseuille. ( Extrait. ) » . . * ill 

Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques presentcs 
a l'Academie des Sciences pendant le mois de fevrier i836. — ( Seance 
du i er fevrier. ) — Nouveau genre de vers trouvc dans les muscles de 
l'horame, par M. Owen, 116. — Seance du 8 fevrier. ) — Application 
de la Camera lucida au microscope simple, par MM. Milne Edwards et 
Doyere, 116. — Recherches sur le deveioppement des Mollmques* 
par M. Jacquemin, 117. — Lettre sur les animaux microscopiques , 
par M. Peltier, 118. — Observation sur un foetus mforme , par 
M. Saint-Hilaire, ng. — (Seance du i5 fevrier.) — Seconde lettre de 
M. Jacquemin sur le deveioppement des MollusqueSj 109. — Note sur 
le Diatoma Swartzii , par M. Laurent, 121. — Recherches sur le fee- 



Table des matieres. 38 1 

tusj par M. Flourens, 121. — (Seance du 22 fevrier.) — Rapport 
de M. Flourens sur une tete d'Ours fossile, 121. — Memoire sur la 
langue, par M. Duvernoy, 123. — (Seance du 29 fevrier.) — Obser- 
vations sur la langue des Cameleons , par M. Dumeril, 127. 

Memoire concernant des calculs trouves dans les canaux biliaires d'un 
Cerf-volant femelle ( Lucanus capreolus ) , adresse a l'Academie des 
Sciences le 7 decembre i835, par M. V. Audouin. . 129 

Note additionnelle sur les canaux urino-biliaires des Insectes. . . ♦ . l34 

Remarques sur les nerfs stomato-gastriques ou intestinaux dans les ani- 
maux invertebres, par M. le docteur Brandt. (Suite) .' i38 

Description d'empreintes de pieds d'Oiseaux dans le gres rouge du Mas- 
sachusets, par E. Hitchcock. . . .... • i54 

Conspectus sectionum, generum, subgenernm et specierum novorum, quae 
in fasciculo primo Prodromi descriptionum animaliurn a Mertensio 
in orbis terrarum circumnavigation e observatorum reperiuntur; auctore 
J. F. Brandt . ^ . 180 

Analyse des travaux auatomiques, physiologiques et zoologiques presentes 
aTAcademie des Sciences pendant le mois de mars i836. — ( Seance du 
i4 mars.) — Orang-Outang presente a l'Academie par M. Geoffroy 
Saint-Hilaire ? 189. — Reclamations de M. Ehrenberg relatives a Yana- 
tomie des lnfusoires j 189. — Sur Yajustement de Vceil aux differentes 
distances, par M. Maunoir de Geneve, 189. — (Seance du 21 mars.) 

— Communication de M. Geoffroy Saint-Hilaire sur un foetus humain 
vomia Syra , 191. 

Publications nouvelles . . . . . . . . . .,191 

Recherches sur les Organismes inferieurs , par F. Dujardin. (Suite) . . 193 

Description d'empreintes de pieds d'Oiseaux dans le gres rouge de Mas- 
sachusets, par E. Hitchcock. (Suite) . . 206 

Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoologiques presentes 
a l'Academie des Sciences pendant les mois de mars et avril i836. — 

— (Seance du 28 mars.) — Lettre de M. Gay sur les Sangsues du 
Chili j 224. — Lettre de M. Robert sur Xanimal de la SpiruUj 224. 
« — Lettre de M. Jacquemin sur la respiration des Oiseaux, 223. — 

— (Seance du 4 avril.) — Note de M. Duvernoy sur la langue du Ca- 
meleon, 224. — ( Seance du 1 1 avril. ) — Lettre de M. Robert sur la 
Spirule , le Lamanlin et la Hyene tacnetee, 226. — Sur la mue des 
Oiseaux , par M. Jacquemin, 227. — Note sur Yembryon de Syra, 
par M. Geoffroy Saint-Hilaire, 228. — ( Seance du 18 avril. ) — Seconde 
note sur le meme sujet, 23o. — Lettre de M. Jacquemin sur les ca- 
naux aeriens des Oiseaux, 23 1. 

Publications nouvelles. . 1 » ; 233 

Memoire sur la famille des Beroides, par R. P. Lesson 235 

Observations anatomiques sur les Fanonsj sur leur mode d'insertion entre 
eux et avec la membrane palatine, par F. P. Ravj#, . . . ; . . . ; . 266 

Memoire sur l'anatomie de Y Helix algira, par le docteur Vanbeneden ♦ 7-78 



382 Table des matieres. 

Observations sur l'estimation de la temperature des periodes tertiaires en 
Europe, fondee sur la consideration des fossiles, par M. G. P. Deshayes. 289 

Note sur ]es Chevres et les Momtons sauvages de l'Hymalaya, par 
M. Hodgson 299 

Lcttre sur les changemens que les ceufs des Poissons eprouvent avant 
qu'ils aicnt pris la forme d'embiyon, par M. Rusconi 3oo 

Note additionnelle au memoire de M. Dijvernoy, sur quelques particula- 
rites du systeme sanguin abdominal ct du canal alimentaire de plu- 
sieurs poissons carlilagineux 3 12 

Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques prescntes 
a l'Academie des Sciences pendant le mois de mai i836. — (Seance du 
2 mai. ) — Sur X Orange par M. Marion de Proces, 3i3. — Sur la 
Muscardlne , par M. Bassi , 3 1 4. — ( Seance du 9 mai. ) — Sur les 
empreinles trouvees dans le gres bigarre^ par M. de Blainville , 317. — 
Sur 1'anatomie des Oiseaux, par M. Jacquemin , 3i8. — (Seance du 
16 mai. ) — Second memoire sur le meme sujet, 3 18. — Lcttre sur la 
structure des poumons, par M. Bourgery, 3 10. — ( Seance du 23. ) — - 
Temperature des epoques geologiquesj par M. Deshayes, 309. — Ob- 
servations sur les Fausses-Gall.es _, par M. Vallot , 319. — Lettre de 
M. Begin sur la structure des pou/nons, 320. 

Memoire sur la vie intrabrancliiale des jeunes Anodonles, par M. Qua- 

TREFAGES . 3^1 

Reraarques sur les Entozoaires considered en general , et sur les modifica- 
tions d'organisation qu'ils presentent en pariiculicr; accompagnees de 
quelques considerations sur la place que leurs differens genres doivent 
occuper dans une classification naturelle , par M. Owen 336 

Description du Slvatherium giganieum , nouveau genre de Ruminans 
fossiles de la vallee de Markanda , dans la branche Sivalek des mon- 
tagnes inferieures de rHimalaya ; par MM. Falconer et Gautley. . . 348 

Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoologiques presentes 
a l'Academie des Sciences pendant le mois de juin i336. — (Seance du 
6.) — Sur les travaux de Goethe , pari M. Geoffroy Saint-Hilaire, 3/o. 
— ( Seance du i3.) — Sur les mceurs du Rossignol, par M. Nervaux, 
371. — Sur la structure des poumons , par M. Bagin,37i. — 
( Seance du 20. ) — Sur YOrajig, par M. Geoffroy, 371. — Sur 
Y existence de branchies chez un insecte _, par M. Guerin, 374. — x 
(Seance du 27.) — Sur YOrang, par M. Geoffroy, 374. — Sur la 
temperature des ardmaux, par M. Back, 374. 

Publications nouvellcs . . . | . $76 



TABLE DES MATIERES PAR NOMS D'AUTEURS. 



Audouin. — Sur des calculs biliaires 
trouves dans un Lucane Gerf- Vo- 
lant 129 et 134 

Back.. — Sur la temperature de quel- 
ques oiseaux 

Bassi. — Sur la Muscardine 3 14 

Bazin. — Sur la structure des Pou- 
mons -. 32o et 371 

Blainville. — Sur les especes de Sin- 
ges confondus sous le nom d'Oraug- 
Outang 69 

— Sur les empreiutes trouvees dans 
gresbigarre. 3i 7 

Bouchard-Chantereau. — Sur les Mol- 
lusques et les Crustaces du Boulon- 
nais. . . „ 233 

Bouillet. — Sur les Mollusques de 

l'Auvergne 2 33 

Bourgery. — Sur la structure des Pou- 

mons 3 10 

Brandt. — Sur les nerfs stomato-gas- 
triques ou intestiuaux dans les ani- 
maux iuvertebres 81 e t 138 

— Sur les genres et especes nouvelles 
trouves par le voyageur Mertens. . . igo 

Breschet. — Sur l'organe del'ou'iedans 

les oiseaux 5 

Cuvier. — Nouvelle edition du Regne 

animal 291 

— Nouvelle ediiion de I'Anatomie com- 

paree .. .. 3 7 4 

Cuvier (Frederic). — Histoire des Ce- 

taces 379 

Deshayes. — Sur la temperature des 

periodes tertiaires en Europe d'aprcs 

la distribution des coquilles fossiles. 289 
Desmoulins. — Sur les Echinides. . . 2 33 
Dujardin. — Sur les organismes infe- 

rieurs ig3 

Dumeril. — Rapport sur une mono- 

graphie du genre Clytus par MM. 

Laporte et Gory 56 

— Rapport snr une Monographic des 
Olives par M. Duclos 56 

— Sur la langue des Cameleons. ... . 127 
Duvernoy. — Sur la structure de la 

langue 123 e t 224 

Milne Edwards et Doyere. — Sur Im- 
plication du Camera lucida au mi- 
croscope simple 116 

— Sur les Polypes 127 

Ehreneerg. ■ — Sur l'anatomie des in- 

fusoires „ . 189 

Falconer et Cautley. — Sur le Siva- 
therium giganteum , nouveau genre 
de Ruminant fossile , , . . , 348 



Flourens. — Communications vascu- 

laires entre la mere et le fast us. 65 et 121 

— Rapport sur une tete d'Ours fossile. 12 r 
Gay. — Sur les Sangsues du Chili. . . 224 
Geoffroy-Saint-Hilaire. — Sur les 

Singes les plus voisins de i'homme. . 62 

— Sur un foetus informe. . . no et 191 

— Sur l'Orang-Outang. . . 189, 371, 3 7 4 

— Sur les travaux de Goethe . 370 

Guerin. — Sur des sacs branchiaux 

chez un insecte hexapode. ..... 374 

Goupil. — Sur les mollusques du de- 
pa rtement de la Sarthe 233 

Hitchcock. — Sur des empreintes de 
pieds d'oiseaux dans le gres rouge de 

Massachusets i54 et 206 

Hodgson. — Sur les caracteres des An- 

tilopes, des Chevres, etc 299 

Humboldt. — Migration des animaux. 58 
Jacquemin. — Sur le developpement 

des Mollusques 117 et 119 

— Sur la mue des oiseaux 227 

— Sur les canaux aerieus des oiseaux. 23 1 

— Sur l'anatomie des oiseaux 3i8 

Laurent. — Sur le Diatoma Swartzii. 121 
Lesson. — Sur la famille des Beroides. . 235 
Marion de Proces. — Sur l'Orang-Ou- 
tang 3i3 

Martin-Saint-Ange. — Villosites du 

Chorion des Mammiferes 53 

Maunoir. — Sur l'ajustement de l'ceil 

aux differentes distances i8g 

Nervaux. — Sur les mceurs du Rossignol. 3 7 1 

Owen. — Sur le genre Trichina. ... 116 

— Remarques sur la classification des 
Entozoaires 336 

Pelletan. — Sur la specialite des nerfs 

des Sens 5g 

Pelletier. — Sur les animaux micros- 

copiques x z g 

Pictet. — Sur le genre Sialis de La- 

treille el sur la classitication des Ne- 

vropteres , gg 

Poiseuille, — Sur les mouvemens du 

sang dans les vaisseaux capillaires. . in, 
Quatrefages. — Sur le developpement 

des Anodontes. 3 a i 

Ravin. — Fanons des Balenopteres. . , 266 
Robert. — Sur 1'auimal de la Spirule, 

etc 224 et 226 

Rusconi. — Sur le developpement des 

ceufs de poisson 3oo 

Swan. — Sur le systeme nerveux. ... 335 
V allot. — Sur les fausses Galles. ... 319 
Vanbeneden. — Anatomie de l'Helix 

Algiva , 278 



TABLE DES PLANCHES. 



Planches l et 2. Anatomie de Poreille des Oiseaux. 

3. Sialis. 

4 et 5. Nerfs stomato-gastriques. 

6 , 7 et 8. Empreintes de pieds d'oiscaux. 

9. Infusoires. 

10. Anatomie de l'Helix algira. 

ji. Anatomie des fanons des Balenopteres, 

12. Developpement des Anodontes. 

i3. Sivatheiium sicanteum. 



FIN DU CINQUlfeME YOLUME, 



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Zool. Tom . 5. PI . i. 




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OreiTfe interne de (a (Vwuette . / Striz /lamnua 



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Zool Tom. 5. PL .'J 



Fin. 2. 













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